SL REMARQUES PRÉLIMINAIRES
Les termes génériques morve et farcin sont employés ‘pour désigner des lésions dont les principaux symptômes sont généralement connus. Mais dès que l’on examine les opinions des vétérinaires sur la nature et le siége de ces lésions, on trouve parmi eux de grandes dissidences. Cependant, ceux qui regardent comme des maladies fort distinctes les diverses formes de la morve et du farcin, appellent encore ces maladies, comme si elles naïssaient d’une même source, morve Chronique, ‘morve aigué, morve pustuleuse, morve gangréneuse ; farcin chronique, farcin aigu. Pour moi, je pense que, sous ces noms , on à décrit des modifications ou des formes diverses d’une seule et même maladie. On trou-
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vera la preuve irrécusable de cette opinion dans les faits mêmes qui ont été recueillis avec soin par M. Dupuy (1), par M. Rodet (2) et par M. Renault (3). Dans ces observations, il n’est pas rare de trouver indiquées à côté des lésions que l’on dit caractériser la morve aiguë, par exemple, d’autres lésions qui appartiennent à la morve chronique; d’autres fois ce sont des lésions que l’on attribue spécialement à la morve gangréneuse qui sont réunies à des pustules, à des tubercules. Ces rapports sont encore bien plus frappants dans une quatrième espèce de morve admise par M. Delafond , et qu'il désigne par ces mots : « Terminaison » ( de la morve chronique ) avec résorption puru- » lente, gangrène et altération générale des li- » quides (4). »
L'identité de nature des diverses espèces de morve est si réelle qu'il est admis généralement, mème par ceux qui les croient distinctes, qu'une espèce succède souvent à une autre : la morve chronique à la morve aiguë, la morve aiguë à la morve chronique , la morve gangréneuse à la morve aiguë, le farcin aigu au farcin chronique, le farcin chronique au farcin aigu etc. Ces transfor-
(1) Dupuy, De l'affection tuberculeuse, 1817. (2) Rodet, Recherches sur la nature et la cause de la morve,
(3) Recueil de médecine vétérinaire, 1834.
(4) Delafond, Traité de la police sanitaire, tableau synoptique, 1858, |
mations , ne sont, pour moi, que des formes d’un même mal, que des aggravations ou des améliorations d’une même affection. Je ne parlerai point ici de ces degrés à époques fixes que l’on a admis pour la morve chronique; car rien n’est aussi variable que la succession des symptômes et des lésions qui constituent les diverses formes de morve ét de farcin. Il n’est pas rare, par exemple, dans ce que l’on appelle la morve chronique , de voir apparaître pour premières lésions caractéristiques , des lésions qui n’appartiennent qu’au second ou au troisième degré de certains auteurs. De même , la morve peut débuter par la forme aiguë où gangréneuse ou ecchymotique , et revêtir plus tard le caractère chronique. J’ajouterai encore, en faveur de la consanguinité des diverses espèces de morve et de farcin, que tout le monde reconnaît que ce sont les mêmes causes qui les produisent. Seulement on n'est pas d'accord sur la contagion que les uns admettent pour la morve aiguë, la morve gangréneuse et le farcin aigu, et qu'ils contestent à la morve et au farcin chroniques.
Admettant la consanguinité des diverses espèces de morve et de farcin, je vais exposer dans un seul paragraphe les caractères anatomiques de ces maladies.
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$ I. DES LÉSIONS ANATOMIQUES DE LA MORVE ET DU FARCIN, ET DE LEUR NATURE.
La morve et le farcin chroniques, comme les formes aiguës de ces affections, sont des maladies générales dont les lésions caractéristiques se montrent de préférence dans cértains organes. Ces affections ont leur siége le plus apparent dans les fosses nasales et dans le système lymphatique; mais il y a toujours d’autres lésions concomitantes, même pour le farcin dont la localisation dans le système lymphatique parait frappante.
Les lésions, dans la morve et le farcin (que je vais réunir dans une même description }, sont :
1° L'altération générale des liquides qui, même dans les cas où elle n’est pas très-manifeste, semble indiquée par le développement dans un grand nombre d'organes, de lésions particulières. Les altérations du fluide lymphatique sont presque constamment reconnaissables à l'œil.nu dans les vaisseaux d’un certain calibre, surtout dans les vaisseaux qui forment la base des cordes dites farcineuses, et dans les ganglions lymphatiques. Et il nya pas de doute pour moi que certaines tumeurs isolées, dites boutons de farcin, ne soient formées en grande partie, à leur origine, par du liquide lymphatique coagulé, accumulé dans des vaisseaux ou dans de petits ganglions lymphatiques;
car il arrive souvent que l’on peut suivre jusque dans ces boutons des vaisseaux lymphatiques remplis d’une matière coagulée semblable à celle que l’on observe dans des vaisseaux lymphatiques d’un plus grand calibre.
Quand on examine, avec attention, les Iymphatiques d’une région atteinte de farcin , on remarque que ces vaisseaux sont distendus par un liquide plus épais et plus coloré en jaune (1) que dans l’état de santé, ou par une matière coagulée et d’une nuance jaune plus tranchée encore. |
Les vaisseaux qui renferment le liquide altéré sont presque toujours malades; leurs parois sont épaissies, opaques; souvent leur membrane interne est pointillée de rouge ; elle est inégale, et adhérente au caillot lymphatique; dans quelques points, elle est plus molle sans être ulcérée; ailleurs elle est complétement ramollie. Le ramollissement s’étend à la totalité de l’épaisseur du vaisseau sur. un point de sa circonférence ; le coagulum lymphatique. en rapport ayec cette ulcération du vaisseau, se ramollit aussi; le tissu cellulaire qui correspond à l'ouverture ul-
(1) J'ai observé aussi quelquefois une autre altération du fluide lymphatique. Ce liquide était, d'un blanc laiteux, ayant entièrement l'aspect du pus. C'était à la suite de phlegmons profonds, à la suite d'inflammations graves des cordons testi-
culaires , après la castration, et lorsqu'il y avait résorption purulente.
cérée du vaisseau se tuméfie, se durcit, puis se ramollit ensuite. Alors existe un dépôt plus où moins volumineux qui a son siége, partie dans le tissu cellulaire, partie dans le vaisseau [lymphatique même. On observe ordinairement ces dépôts près des valvules des vaisseaux lymphatiques; ce qui tient à ce que le liquide lymphatique épaissi ou coagulé s’est accumulé en plus grande quantité dans ces points , probablement par suite de l’obstacle qu'il a éprouvé à circuler. Cela expliquerait la disposition des cordes dites farcineuses et celle des petites tumeurs qui se trouvent de distance en distance ou dans la direction des cordes. Quand ces petits abcès ou ces boutons de farcin ont leur siége dans des vaisseaux lymphatiques superficiels, ils ne tardent pas à s'ouvrir à la surface du corps, après avoir détruit la peau. Lorsqu'ils sont profonds, ils s’agrandisseut aux dépens des tissus voisins qui se détruisent ou s’atrophient , et il se forme des abcès. Tous les boutons de farcin ont à peu près les mêmes caractères. Le liquide qu’ils contiennent lorsqu'ils sont ramollis offre, dans tous , la plus grande analogie : c'est le plus souvent un mélange, dans des proportions variables, d'un liquide filant et d’une matière coagulée ; de tissu cellulaire infiltré, ramolli, de matière purulente d'aspect variable {selon les tissus dans lesquels le bouton s’est développé), enfin quelquefois de
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stries de sang. Jamais on ne trouve de pus phlesmoneux dans ces petits abcès.
Les boutons de farcin qui n’ont pas évidemment leur siége dans les principaux vaisseaux lymphatiques, n’ont point de disposition déterminée; ils sont disséminés cà et là, et en plus grand nombre dans les régions où il y a le plus de vaisseaux lymphatiques. Ces boutons ou ces dépôts sont tantôt superficiels, tantôt profonds; on en trouve dans beaucoup d'organes , dans les muscles , dans les tendons, dans le périoste, dans la peau, dans les testicules, dans les ganglions lymphatiques , dans les poumons, dans les membranes muqueuses, même dans les membranes muqueuses du canal digestif.
Quelquefois ces boutons farcineux sont mous dès leur apparition, ets’ouvrent très-promptement. C'est lorsque la maladie fait des progrès rapides, ou lorsque l’altération des liquides est profonde. Dans ce cas, ces boutons ne sont plus limités à quelques régions seulement; ils se montrent à la fois dans toutes les parties du corps. Le liquide qu'ils contiennent n’est point un mélange de parties hétérogènes ; il a, à peu près, le même aspect dans tous les points ; il est quelquefois limpide; plus souvent il est troubleetlivide (4 ). Dansle dernier cas, le liquide lymphatique est profondé-
(x) Journal de med. vét. théorique et pratique, année 1855, page 367,
ml Ph ment altéré , et lesang l’est épalement de manière à frapper ceux qui sont le moins eéxercés à l'étude de ce liquide.
On à voulu distinguer ces sortes de boutons farcineux des véritables boutons de farcin, parce que leur cavité ne communiquait pas, disait-on, avec les vaisseaux lymphatiques ; en y introduisant du mercure on n’avait pas pu parvenir à injecter les vaisseaux lymphatiques voisins. Mais il peut arriver que le mercure ne pénètre pas dans certains Vaisseaux, Soit parce qu ils Sont trop ténus, soit parce qu'ils sont obstrués; d’ailleurs je ne pense pas qu’il faille absolument rencontrer un ou plusieurs lymphatiques bien apparents sur les limites d’un bouton farcineux, pour dire que la petite tumeur ou le petit abcès est réellement farcineux. Ce qui me porte à regarder ces boutons zso/és comme ayant le caractère farcineux, c'est l’apparition fréquente et simultanée des diverses formes de cordes et de boutons sur un même cheval. Il en est, à cet égard, du farcin comme de la morve, dont toutes les formes, dont toutes les nuances peuvent aussi se rencontrer sur le même animal.
En traitant des altérations du liquide lymphatique des chévaux morveux et farcineux, je dois faire connaître mon opinion sur les lésions morveuses que l’on appelle communément /uberculeuses , soit dans la membrane muqueuse des voies respiratoires , soit dans les poumons, soit
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dans les ganglions Iymphatiques , soit enfin dans d’autres organes.
Ces petites masses dites tuberculeuses ont recu diverses dénominations : selon leur apparence, on les a distinguées en tubercules crus, tubercules ramollis, tubercüles enkystés. On les a regardées comme le produit d’une sécrétion anormale et l’on a pensé qu’un de leurs caractères distinctifs était la lenteur avec laquelle ellés se développaient. Les uns les ont considérées comme un tissu, les autres ont dit qu'elles étaient formées par une substance privée de vie, diversement déposée dans les organes.
Selon moi, il y a de l’analogie entre les caractères physiques du tubercule et certains boutons de farcin.
Si l’on examine la membrane muqueuse nasale d’un cheval morveux, on voit, selon l’état de la maladie , d’abord un épaississement de la membrane. Cet épaississement , qui est dû à l’accumulation d’une plus grande quantité de fluides, et surtout de fluides blancs ou d’un blanc jaunûtre, précède l'apparition destubercules, comme la tuméfaction du tissu cellulaire précède les boutons de farcin. La membrane muqueuse est alors luisante et plus humide quedans l’état normal. Puissur divers points de sa surface et notamment vers la partie moyenne de la cloison nasale et sur les cornets, apparaissentde petites élevures blanches ou d’un blanc
Me prb jaunâtre, un peu plus saillantes à leur centre que vers leur bord , qui se confond insensiblement avec la membrane muqueuse. Ces élevures sont formées d’une substance infiltrée dans le tissu de la membrane et dont on ne peut la séparer qu’en détruisant son tissu même. À côté de ces élevures de forme et de volume très-variés, il y en a d’autres, plus étendues, d’un blanc un peu jaune, à bords irréguliers, et qui sont allongées dans le sens de la longueur des cavités nasales. Ces élevures correspondent aux principaux faisceaux lymphatiques de la membrane, et ont très-probablement leur siége dans ces vaisseaux. Du moins j'ai pu constater que de petites masses allongées, formées de substance absolument semblable à celle que l’on trouve dans les lymphatiques des mem bres farcineux, étaient renfermées dans des cavités dont il était facile de les extraire avec la pointe d’un instrument. Ces petites masses n’adhéraient que dans quelques points où il existait un peu de rougeur (1). J’ai trouvé la plus grande analogie entre ces altérations et les altérations les plus ordinaires du liquide lymphatique que j'ai décrites plus haut dans le farcin. Ces deux sortes d’élevures dans l’épaisseur de la membrane muqueuse, se ramollissent après un temps plus ou moins long.
(1) H ne faut pas confondre ces petits coagulum ly mphatiques avec les caillots sanguins, qui obstruent les sinus veineux de le membrane muqueuse, et qui sont quelquefois blancs.