‹ Des diverses espèces de morve et de farcin considérées comme des formes variées d'une même affection générale contagieuseChapitre 3 sur 14 · LS ASS · texte numérisé non relu

LS ASS

La substance lymphatique qui concourrait à les former se détruit, et elle est entrainée par les liquides sécrétés par la muqueuse. De la destruction de cette substance résultent des ulcérations pàles, a fond rugueux , plus ou moins profondes selon l'épaisseur des élevures. Leurs bords irréculiers comme ceux des élevures sont crénelés, et ces ulcérations ressemblent assez bien à des feuilles rongées par des insectes. Quelquefois ces ulcères ont l'apparence de vermoulures. Presque toujours les bords sont un peu saillants, parce qu'ils sont formés par une partie de l’élevure non encore détruite; ce n'est qu'au bout d'un certain temps qu'ils s’amincissent, lorsque la totalité de l’élevure est détruite. Ces ulcérations, comme celles qui résultent de la destruction d’un bouton de farcin, ne tendent point vers la cicatrisation ; le plus souvent elles s'agrandissent, quelquefois elles ne se cicatrisent jamais. Quand ces ulcérations ont été très profondes et qu’elles se ferment, c'est au moyen. de cicatrices saillantes, dures, d’un tissu blanc et ridé ou disposé en rayons.

Les élevures , les tubercules et les masses tuberculeuses de la muqueuse nasale, se forment plus ou moins vite, et restent à l’état d'élevures, pendant un temps plus ou moins long. Leur marche est plus prompte qu'on ne ie croit généralement. Je me suis assuré que quatre; cinq à six jours au plus, suflisaient à quelques-unes de ces

cn À As élevures pour naitre, croître, Se ramollir et s’ulcérer.

Les excoriations et les ulcérations superficielles de la muqueuse nasale des chevaux morveux, se forment de la même manière que les ulcérations plus profondes appelées ordinairement chancres. De pareilles lésions s’observent sur la membrane muqueuse du larynx, des trompes d’Eustachi , de la trachée et du voile du palais.

Les cartilages de la cloison nasale, du larynx et de la trachée, sont aussi quelquefois le siége de tubercules et d'ulcères.

D'autres lésions de la membrane muqueuse nasale ont encore la plus grande analogie avec certaines formes de farcin. Elles consistent en élevures plus saillantes que les précédentes, arrondies , isolées où confluentes, tantôt rouges à leur début , tantôt blanches et entourées d'un cercle rouge. Elles sont dures d’abord, se ramollissent promptement, et sont remplacées par des ulcérations qui s'agrandissent rapidement. Leur siége est plus particulièrement sur les régions où se développent les tubercules où les masses tuberculeuses diversement disposées, régions où se trouvent le plus grand nombre dé vaisseaux lymphatiques. Cette forme est toujours accompagnée de symptômes d'acuité et de lésions quis’étendent à toute la membrane muqueuse nasale ; à celle des sinus, du larynx , et quelquefois de la trachée.

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Elle «est aussi accompagnée ou précédée d’une altération profonde des liquides , dont les effets sont trés évidents sur un grand nombre d'organes, et en particulier sur la membrane muqueuse nasale, et sur celle des sinus, du larynx et de la trachée. Des ecchymoses très étendues envahissent la membrane muqueuse et le tissu fibreux sous - muqueux des cavités nasales. Ces hémorrhagies sont quelquefois suivies de la destruction des tissus ecchymosés.

Les ganglions lymphatiques d’un grand nombre de régions, et notamment ceux qui recoivent les vaisseaux Iymphatiques des parties spécialement affectées sont plus volumineux que dans l’état normal ; ils sont plus mous et souvent d'une nuance blafarde ; ‘ils renferment dans leur substance de petites masses d’un blanc jaunâtre, probablement formées par du liquide lymphatique altéré. Tantôtce liquide paraît tufiltré dans le tissu du ganglion, tantôt 1lest réuni en petits tubercules contenus dans des espèces d'utrieules dont on peut facilement l'extraire avec la pointe d'un instrument. J'ai fxit analyser ces petites masses; elles étaient composées en:très grande partie de matières animales avec des traces de sels calcaires. M. Dupuy et M.Renault avaient fait la même remarque, M. Dupuy m a dit que les proportions plus considérables de phosphate et de carbonate de chaux dont il a parlé dans l’ouvrage qu'il a pu-

= 000 blié, en 1817, sur l'affection tuberculeuse, avaient été trouvées dans les masses calcaires que l’on rencontre en si grande quantité dans plusieurs organes des ruminans, notamment dans les poumons et dans le mésentère.

La matière tuberculeuse des ganglions Ilymphatiques, qu'elle soit infiltrée ou qu'elle soit enkystée, se ramollit après un temps plus ou moins long, devient purulente, puis se durcit quand elle n'est pas évacuée. Alors elle change totalement de nature; la proportion des sels calcaires augmente ; la substance animale est absorbée par l'espèce de kyste qui l'entoure; cette enveloppe , elle-même, s’encroûie de sels calcaires. Arrivée à ce point, les tubercules restent stationnaires au milieu de la masse ganglionnaire, qui finit par s'atrophier et se réduire à un tissu fortement induré, renfermant de petits noyaux calcaires. Lorsque les masses tuberculeuses sont très-voiumineuses et très-multipliées, elles forment quelquefois après leur ramnollissement, des foyers rempris d'un liquide tout-à-fait semblable à celui des boutons farcineux. Quelques-uns de ces foyers s'ouvrent à l'extérieur, lorsque les ganglions sont superficiels.

L'atrophie et les dépôts calcaires exigent beaucoup de temps pour s’opèrer. Il n’en est pas de même de l'infiltration tuberculeuse et de l’accumulation de liquide lymphatique coagulé dans

les ganglions ; elle: peut avoir lieu dans l’espace de 4, 5 ou 6 jours au plus.

J'ai rencontré ces tubercules, ou plutôt ces dépôts de substance albumineuse , dans les ganglions des chevaux atteints de toutes sortes de morve et de farcin. Ces dépôts ne sont point un signe infaillible de la chronicité de l'affection. J'insiste sur ce point, parce qu'il rectifie une opinion longtemps accréditée et que J'ai partagée pendant bien des années.

Les tubercules des ganglions, comme ceux de la membrane nasale, peuvent exister concurremment avec d'autres lésions, qui viennent les compliquer ; les ecchymoses, les infiltrations sérosanguinolentes , sont communes dans certaines variétés de morve , appelées sangréneuses.

Dans la morve et le farcin, les lésions dites tuberculeuses des ganglions se retrouvent dans les poumons, dans le foie, dans la rate, dans les testicules , etc. J'observerai encore , à l'égard des lésions des poumons, que les masses tuberculeuses sont beaucoup plus nombreuses, plus développées dans cet organe que partout ailleurs.

C'est, je pense , par les organes de la respiration que la transmission de la maladie a lieu le plus ordinairement. Dans la morve spontanée, ce sont encore ces organes qui ont la plus grande part des influences morbides.

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Les tubercules pulmonaires, morveux, sont tresabondants dans les points où il. y a le plus dé ‘vaisseaux lymphatiques. |

Les masses tuberculeuses, d’abord solides, se ramollissent à la manière du bouton farcineux ; elles se réunissent et forment des cavernes quelquefois .très-étendues qui finissent par s'ouvrir dans les bronches. Alors la matière purulente qu'elles renferment a une odeur infecte par suits de son contact avec l'air. C'est dans cette occasion que souvent des complications graves arrivent, et que d'autres formes de la morve apparaissent. |

Les granulations pulmonaires qu’on rencontre dans la morve et le farcin ressemblent beaucoup aux tubercules enkystés des ganglions lymphatiques. Ces granulations Sont souvent en quantité innombrable au milieu du tissu pulmonaire crépitant. Elles sont plus réguliérement sphéroïdes. Elles sont formées d’un dépôt albumineux , solide ou liquide, renfermé dans un kyste de nüance grisâtre qui n'est, peut-être, qu’une vésiculé pulmonaire dont les parois sont épaissies. Ces granulations débutent fréquemment par uñ point rouge dont le centre blanchit ensuite, ét reste encore pendant’ un certain temps entouré d’une enveloppe rouge. La matière qui est enkystée tout d'abord, se ramollit, puis se durcit et devient calcaire. |

Les altératuions du sang sont très-difhiciles à apprécier tant que la morveet le farcin ne sont pas arrivés à un certaïn degré de gravité, tant que les. principales fonctions ne sont pas manifestement troublées. J'ai examiné, selon, ma méthode (1), à l'hématomètre, le sang d'un trèsgrand nombre de chevaux morveux et farcineux à divers degrés, Je publierai incessamment ces observations et les résultats de quelques études microscopiques; aujourd hui je me bornerai à quelques faits principaux. :

Dans les animaux qui ne présentent point d’autres symptômes que les boutons ou les cordes dites de farçin, que le jetage purulent, le gonflement des ganglions lymphatiques sous-linguaux, et les ulcères de la muqueuse nasale (morve et farcin chroniques), le sang ne diffère pas sensiblement, en apparence, de celui des animaux en santé.

Quaud les animaux morveux ou farcineux sont faibles, quand ils sont, maigres, lorsque leur muqueuse nasale estinfiltrée, jaunâtre, lorsqu'ils sont malades, depuis très-longtemps, le sang est foncé en couleur ,. à sa sortie de la veine ; ses coagula blanc et rouge sont moins: fermes : le sérum est plus abondant; mais 1] se sépare plus lentement des. caillots, ce qui pourrait faire croire d'abord

(1) Voyez Recherches expérimentales sur lescaractères physiques du sang dans l’état de santé et dans l'état de maladie (Journal dé médecine vétérinaire théorique et pratique, 1831).

que sa proportion est moins grande. Mais cette erreur est facile à rectifier ; il suffit de comprimer le caillot pour s'assurer des quantités relatives du sérum et de la partie fibrineuse. Trèéssouvent le caillot cruorique est très-brun, quand le caillot blanc est d'un jaune très-pâle; et il ne conserve pas sa forme cylindrique lorsqu'il est extrait de l'hématomètre. Dans l'éprouvette il est nettement séparé du caillot blanc (1), qui est alors très-volumineux ; je l'ai souvent vu de 45 à 80 parties sur 100. Le sérum est peu coloré, trés-aqueux.

La température du sang, prise en plongeant le réservoir du thermomètre dans le jet du sang, est presque toujours un peu au-dessous de la température normale, de 28, 2% R.

Dans la morve aiguë, dans la morve pustuleuse, dans la morve gangréneuse, dans le farcin aïgu, le sang présente les caractères les plus variés, d'un jour à l’autre. J’ai remarqué que l’état des organes de la respiration et de la circulation correspondait à des altérations déterminées. Lorsque la respiration est très-laborieuse, le pouls vite, petit , inégal ou intermittent, le sang sort diflicilement de la veine et ne forme pas de jet rapide; il est trèsfoncé en couleur, d’une nuance ressemblant as-

(1) Il est bien entendu que tous les soins ont été pris pour éviter que des influences étrangères à la composition du sang aient agi sur sa coagulation, après sa sortie de la veine.

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sez à celle du jus de müres parvenues à leur maturité complète. Trés-fréquemment alors la séparation des parties cruoriques ne se fait pas bien; la promptitude de la coagulation s'oppose à la précipitation complète du cruor (1). Dans ce cas, le caillot est diversement nuancé; il n’est pas divisé nettement en caillot blanc et en caillot cruorique , comme dans le sang $ain. Dans le caillot cruorique on trouve des portions de caillot blanc, et dans le caillot blanc des points cruoriques ; quand on examine le caillot dans toute son étendue, on ne trouve plus la différence qui existe ordinairement entre la consistance du caillot blanc et celledu caillot cruorique. Ces deux portions du caillot sont assez fermes ; il n’y a de différence notable qu'a la partie inférieure du caillot cruorique, qui est lécèrement diffluent. Ces caillots du sang dans la morve aiguë se putréfient beaucoup plus vite que le caïllot cruorique du sang diffluent, qui appartient à un animal moins malade, comme même le sang d’un cheval qui jette sbondamment depuis très long-temps, par exemple, et

(1) Ce qu'il. y a de remarquable, c'est que cette dernière particulsrité s’observe aussi dans le sang qui provient d'un animal nourri pendant quelque temps avec du froment. Dans ce cas , comme dans l’autre, les deux caillots ne sont Jamais nettement séparés. Mais il est facile de distinguer le sang qui a appartenu à l'animal malade. Dans l'animal sain, le sang qui sort assez facilement de la veine est d’un rouge vif, d'un rouge de sang artériel , tandis que dans l’autre il.est d’une nuance très foncée et coule difficilement.

MES devenu dans un état de marasme à la suite de la morve et du farcin chroniques.

Il existe une forme de la morve et-du farcin dans laquelle les altérations du sang sont encore plus manifestes. Dans l'espace d'un ou deux jours, une très-s#rande partie. du corps se couvre d'une infinité de petites tumeurs qui sont remplies d'un liquide séro-purulent et déjà trouble aussitôt qu’elles ont apparu. Dans ce cas, quoique l'ouverture de la veine soit. large ,. le sang coule lentement; la respiration est pénible,;.le pouls petit, inégal, intermittent. On retrouve, dans le sang un liquide analogue, au moins en apparence, à celui qui existe dans les petits abeës cutanés. Ge liquide est plus léver que les autres parties du sang; on le trouve toujours à la partie supérieure de L'hématom être ; on peut même le reconnaitre dans des gouttes de sang. Il conserve quelques propriétés dv liquide qui forme, par la coagulation, le caïllot blanc; car il se solidifie.et. se coagule spontanément après un certain temps, mais bien pluslong, à la vérité, que celui qui est nécessaire à la.coagulation des caillots hlanc (couenne) et cruorique. J'ai vu ce liquide rester fluide pendant trois heures, quand il n’avait fallu qu'une demi-heure à la couenne pour se solidifier. Dans l’hématomètre sa proportion, relativement à la totalité du caillot, a été de 2, 3 et 4 millimètres d'épaisseur sur un décimètre de hauteur du caillot. Ni la couenne,

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