‹ Des diverses méthodes de traitement des plaiesChapitre 5 sur 17 · OCCLUSION SIMPLE · texte numérisé non relu

OCCLUSION SIMPLE

Quel est le chirurgien qui l'a employée le premier ? Cette question me parait insoluble, et je dois me contenter de rechercher quel est le chirurgien qui le premier a publié quelque chose sur ce sujet.

Le 28 octobre 1844 (Comptes rendus de l'Académie des r sciences, t. XIX, p. 914), M. Laugier annonçait à l'Académie qu'il venait de mettre en usage à l'hôpital Beaujon un nouveau mode de pansement des plaies suppurantes qui lui donnait les avantages de la réunion immédiate, quel que fût l'écartement de leurs bords et à l'aide duquel la cicatrisation était obtenue avec une remarquable rapidité. Ce pansement consistait dans l'application d'un morceau de baudruche recouvert d'une solution épaisse de gomme arabique. M. Laugier n'attribuait à la gomme et à la bandruche aucune propriété spéciale. Pour lui, elles jouaient un rôle analogue à celui que remplissent le pus et le sang desséchés à la surface d'une plaie en formant une croûte au-dessous de laquelle se fait la cicatrice. M. Laugier n'avait pas imposé de nom spécial à ce mode de pansei ment. Je signalerai en passant l'extension considérable que ce professeur a donnée aux applications de baudruche gommée, dont il retire d'excellents résultats dans les brûlures et le phlegmon diffus.

Le 11 novembre 1844 (Comptes rendus de l'Académie des sciences, même volume, p. 1006), M. Chassaignac exposait devant l'Académie que depuis trois ans, il avait mis en pratique dans divers hôpitaux, notamment à Cochin, à Necker et à la Charité, un mode de pansement des plaies qu'il désignait sous le nom de pansement par occlusion et

dont du reste, il faisait remonter l'idée première à Velpeau qui, en 1831, avait émis l'idée dans une leçon publiée dans la Gazette des hôpitaux (4 août) d'appliquer au traitement des plaies contuses le mode de pansement de Baynton pour les ulcères.

Je dois dire que, dans une leçon faite à la Charité par M. Chassaignac (Gazett" des hôpitaux, 12 septembre 1843, p. 438) il est dit que le malade objetde la Clinique fut pansé par occlusion. Voici du reste en quoi consiste le pansement par occlusion de Chassaignac. Ce chirurgien recouvre la plaie d'une cuirasse de bandelettes de sparadrap qui sont croisées et qui se recouvrent par imbrication. Ces bandelettes ne doivent jamais être appliquées circulairement. Les cuirasses doivent toujours dépasser d'une certaine étendue les limites de la lésion.

Par-dessus la cuirasse, on met un pansement externe consistant dans l'application d'un linge criblé de trous, enduit d'une épaisse couche de cérat, puis de la charpie, des compresses et des bandes.

Aux yeux de M. Chassaignac, ce mode de pansement prévient la rétention du pus et empêche l'inflammation traumatique. L'écoulement du pus est assuré par l'emploi d'un linge fenètré enduit d'une épaisse couche de cérat et débordant partout la cuirasse. Cette dernière est ainsi entretenue dans un état de souplesse qui permet au pus de s'insinuer entre les bandelettes où il est absorbé parle pansement externe. Il va sans dire que l'on renouvelle le linge cératé qui remplit ioi l'office d'une soupape de sûreté.

Le pansement doit rester en place huit ou dix jours. Si le malade souffre, si la suppuration souille les pièces d'appareil, on renouvelle les pièces extérieures, jusqu'au linge cératé exclusivement. On explore attentivement les envi-

rons de la plaie, la plaie elle-même à travers la cuirasse. Si cette occlusion donne lieu de craindre quelque complication, on enlève la cuirasse, sinon on se borne à laver la surface avec un liquide contenant quelques gouttes d'eaude-vie camphrée ou de jus de citron ; si la cuirasse s'affaiblit, on la soutient par l'addition de bandelettes supplémentaires. Quand on enlève la cuirasse au bout du temps fixé, on lave la surface de la plaie ; on la touche avec une solution d'azotate d'argent a S grammes pour 30 d'eau distillée, et l'on reconstruit un pansement nouveau.

Laugier, dans son mémoire à l'Institut, attribuait à son pansement la propriété de mettre les plaies dans les conditions des plaies sous-cutanées. Chassai gnac attribue au sien le double avantage d'assurer la protection continue de la plaie et de favoriser en même temps l'issue des produits auxquels elle donne naissance.

Le pansement de Laugier remplit incontestablement le rôle qui lui donne son auteur, en ce sens qu'il soustrait très-exactement la partie au contact de l'air. Il diminue les phénomènes inflammatoires, mais ne prévient pas d'une façon absolue la suppuration, ce que du reste M. Laugier n'a jamais avancé, car on est quelquefois obligé de pratiquer des piqûres à la baudruche pour laisser écouler le pus. Quant au pansement de Chassaignac, je suis loin d'en contester les bons effets, tels que de diminuer la suppuration et d'accélérer la cicatrisation, mais il faut bien reconnaître qu'il remplit moins efficacement que celui de Laugier la condition de soustraire la partie au contact de l'air ambiant.

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