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Dans sa communication à l'Académie des sciences, M. Laugier avait prononcé le mot de méthode sous-cutanée. C'était assez pour donner l'éveil à M. Guérin, qui regarde comme sa propriété spéciale tous les sujets dont il s'est occupé, et qui réclame d'autorité la priorité de toutes les découvertes grandes ou petites faites sur ces matières, habitude invariable dont j'ai eu moi-même, il y a quelque temps, à subir les effets. M. Guérin- protesta donc d'abord dans son journal, puis devant l'Académie des sciences. (Comptes rendus de l'Académie des sciences, tome XIX, p. 1009). Il disait devant cette dernière société que l'idée de laméthode en question se trouvait dans le mémoire qu'il avait présenté à l'Académie en juillet 1839, que depuis longtemps dans sa pratique privée et publique, il avait fait des expériences nombreuses sur le pansement des plaies avec différentes espèces de membranes, des appareils de bandruche, de taffetas gommé, de caoutchouc, dans le but d'enfermer les plaies décou vertes pour les isoler, à l'aide d'une peau artificielle, du contact de l'air.
La réclamation de M. Guérin finit d'une façon malheureuse; il établit un parallèle entre les idées de M. Laugier et les siennes au sujet de l'inflammation suppurative. Pour M. Laugier cette phase de la cicatrisation des plaies est utile à la réunion des parties divisées. Pour M. Guérin cette inflammation suppurative est un préliminaire inséparable des conditions ordinaires de plaies exposées à l'air, mais qu'il serait facile et très-avantageux de supprimer à l'aide du pansement des plaies par occlusion hermétique. Je n'ai pas besoin, je suppose, de faire remarquer combien la pré-
te n t ion de M. Guérin de supprimer à l'aide de ses pansements l'inflammation suppurative est illusoire, du reste ni M. Laugier, ni M. Chassaignac, ni M. Maisonneuve qui ont employé des pansements plus ou moins analogues n'ont eu la prétention de supprimer la suppuration.
Voici donc la première apparition de la méthode de M. Guérin.
Le 6 février 1866, ce chirurgien lisait à l'Académie de médecine un mémoire sur le traitement des plaies par l'occlusion pneumatique, mémoire publié dans la Gazette mèdieale de la même année, pages 87 et suivantes. 11 annonce dans cette publication qu'il est arrivé à faire rentrer toutes les plaies dans les conditions des plaies sous-cutanées. Pour cela, d'après lui, il était nécessaire :
1° De maintenir les plaies dans un espace complètement fermé à l'air;
2e De les maintenir constamment recouvertes d'une membrane artificielle qui se moulât exactement et se maintint â tous les instants moulée sur la surface de la plaie;
3° Il fallait en outre que cette application, quoique continue et immédiate, ne s'opposât pas à l'exercice physiologique des exhalations et des excrétions cutanées, qu'elle les favorisât au contraire ;
4° Que cette occlusion et cette application ne permissent pas la stagnation des produits exhalés et des liquides épanchés, qu'elle prévint la putréfaction des uns et des autres et s'opposât incessamment à leur absorption, en un mot, il fallait que l'enveloppe protectrice des plaies réalisât de tous points les bienfaits de l'enveloppe cutanée.
Le but, l'auteur pense l'avoir atteint, à l'aide de son appareil qui se compose :
1° D'un récipient métallique parfaitement étanché, d'une
Dubrucil. *
capacité variable dans lequel se fait le vide, récipient muni de deux robinets et d'un indicateur de vide;
2° D'une série d'enveloppes ou manchons en caoutchouc vulcanisé de deux millimètres d'épaisseur, à une ou deux ouvertures de forme et de dimensions variées et telles qu'elles puissent s'adapter à toutes les parties du corps. Ces enveloppes sont munies à une de leurs extrémités ou sur le côté d'un tube de caoutchouc vulcanisé, capable de résister à la pression atmosphérique;
3° D'une série d'enveloppes intermédiaires d'un tissu élastique, très-fin, perméable, de façon à se mouler sur les parties qui doivent être enfermées dans les manchons en caoutchouc.
La partie sur laquelle se trouve la plaie préalablement recouverte de l'enveloppe de tissu perméable est placée dans le manchon en caoutchouc, puis le manchon est mis en rapport avec le récipient pneumatique par l'intermédiaire du tube incompressible ; immédiatement l'air et les gaz renfermés dans le manchon passent dans le récipient pneumatique, et la poche enveloppante obéissant à la pression atmosphérique sur le retrait des gaz aspirés se moule hermétiquement sur la surface enveloppée et y est immédiatement appliquée.
Le rôle du récipient pneumatique consiste surtout à entretenir d'une manière permanente le double effet de l'aspiration du contenu du manchon et de la pression atmosphérique de ce dernier, l'un et l'autre agissant à un degré variable, et ce degré étant toujours appréciable à l'indicateur du vide dont est muni le récipient.
Le rôle de l'enveloppe intermédiaire de tissu élastique perméable est de favoriser sur toute l'étendue de la partie enveloppée la circulation des gaz et des liquides aspirés,
de maintenir ainsi la surface enveloppée en rapport incessant avec le récipient pneumatique, et d'empôcher la formation de petits espaces vides par le plissement des manchons enveloppants.
Le rôle du manchon en caoutchouc est, en vertu de sa souplesse, de son imperméabilité et de la pression élastique de son ouverture, de se mouler uniformément sur les surfaces enveloppées, sans permettre l'entrée de l'air. Ces effets mécaniques entraînent des effets physiologiques correspondants.
L'aspiration continue du récipient pneumatique favorise l'exhalation et les excrétions cutanées; il empêche la stagnation de se produire ; il exerce sur la surface de la plaie une double et caractéristique influence; il favorise la sécréion plastique réparatrice; il prévient le mouvement rétrograde qui provoque l'absorption ou la résorption des gaz ou des liquides épanchés ou des substances toxiques ou violentes déposées à leur surface. Telle est l'opinion de M. Guérin .
Venons en maintenant à l'aspiration continue.
Dans un mémoire, lu à l'Académie des sciences (4 novembre 1867), M. Maisonneuve expose une méthode nouvelle de pansement, destinée à. empêcher l'intoxication de l'organisme, par les liquides exsudés de la surface des plaies au contact des corps étrangers ou de l'air extérieur. Cette méthode consiste, après les amputations, à soumettre le moignon du membre amputé à une aspiration continue, laquelle entraine les liquides sécrétés par la plaie au fur et à mesure qu'ils perdent leurs propriétés vitales, et les transporte dans un récipient avant qu'ils aient eu le temps de se putréfier. Voici comment il la décrit luimême : après avoir, comme d'habitude, arrêté l'écoulement du sang au moyen de la ligature des vaisseaux, on
nettoie lu plaie avec le plus grand soin, on la lave avec de l'alcool, on l'essuie avec un linge sec, on en rapproche doucement les bords au moyen de quelques bandelettes de diachylon, en ménageant avec soin des intervalles propres à l'écoulement des liquides. On applique ensuite une couche de charpie imbibée de liquides antiputrides, tels que l'acide phénique, la teinture d'arnica, le vin aromatique ou quelque autre substance analogue, puis on maintient le tout avec quelques bandes de linge imbibées des mômes liquides. C'est seulement après ce pansement préliminaire, qui n'est guère que le pansement usuel, que l'on procède à l'application de l'appareil aspirateur.
Cet appareil se compose : 1° d'une sorte de bonnet de caoutchouc muni d'un tube de même substance ; 2° d'un flacon de 4 ou 5 litres de capacité , muni d'un bouchon percé de deux trous; 3° d'une pompe aspirante munie d'un tube flexible. Le moignon d'amputation enveloppé de son pansement est d'abord coiffé d'un manchon de caoutchouc; l'orifice de celui-ci embrasse exactement le pourtour du membre, tandis que l'extrémité de son tube est adaptée à une des ouvertures du bouchon. A l'autre, s'adapte le tuyau de la pompe aspirante, puis on fait agir le piston. Bientôt l'air contenu dans le flacon est en partie aspiré et chassé. Les liquides du pansementv mêlés à ceux qui suintent de la plaie, viennent tomber dans le flacon. Le manchon de caoutchouc, privé de l'air qu'il contenait, s'affaisse et s'applique exactement sur le moignon. Le poids de l'atmosphère exerçant, par son intermédiaire, une compression puissante, maintient exactement en contact les surfaces divisées, en même temps qu'il expulse des profondeurs de la plaie tous les liquides non organisâmes.
D'une autre part, l'aspiration continue produite par la raréfaction de l'air du flacon, exerce sur ces mêmes liquides un appel incessant qui non-seulement empêche leur stagnation dans les pièces du pansement, ce qui serait certainement très-nuisible, mais encore et surtout ne permet pas que ces mêmes liquides morts puissent séjourner dans la profondeur de la plaie, et y devenir en se putréfiant la cause des accidents redoutables dont l'auteur a exposé le mécanisme dans un précédent travail. (Mémoire sur les intoxications chirurgicales, décembre 1866.)
Yoici la statistique donnée par Maisonneuve :
Morts »
Maisonneuve, pour rendre plus évidente la différence de la méthode de Guérin et de la sienne, a donné à côté des observations qui lui sont propres deux observations d'amputés traités dans son service par M. Guérin, et dont l'une s'est terminée par la mort du malade.
Yoici ces observations extraites de son mémoire intitulé : Méthode d'aspiration continue, et ses avantages pour la cure des grandes amputations.