‹ Des diverses méthodes et des différens procédés pour l'oblitération des artères, de leur avantages et de leur inconvéniens respectifs. De la réunion immédiate des plaiesChapitre 30 sur 45 · UN DERNIER MOT A M. DEZEIMERIS · texte numérisé non relu

UN DERNIER MOT A M. DEZEIMERIS

Je pensais en avoir fini avec M. Dézeiméris ; car , attaqué le premier, j’avais usé sans trop de rigueur du droit de me défendre , et , m’attachant surtout à examiner la question scientifique, je n’avais pas voulu trop insister sur une démarche dont l’improbation publique avait assez fait justice. M. Dézeiméris n’est point satisfait de ces ménagemens ; c’est lui qui reprend le ton haut et colère ; c’est lui qui recommence , dans deux journaux à la fois , une attaque qui ne brille ni par trop de politesse , ni par trop de décence. 11 se fâche de ce que j’ai pris la liberté grande de plaisanter avec lui; ondirait, à voir son désappointement, qu’il s’étaitpromis de m’irriter et qu’il est désolé d’avoir manqué son but. Si cela est , je désire apprendre à M. Dézeiméris que je ne m’émeus pas pour si peu , et que je sais encore choisir mes adversaires.

Cependant, puisqu’il me fournit l’occasion d’ajouter ici ce qui pouvait manquer à ma réponse , je l’en remercie ; et je vais tâcher de la faire si complète que je sois dispensé désormais d’y revenir. Rétablissons d’abord quelques faits , dans l’exposition desquels on ne reconnaît pas l’exactitude accoutumée de M. Dézeiméris.

« Ces remarques, dit-il en parlant de sa brochure , furent remises par moi mercredi dernier, à quatre heures moins quelques minutes, en épreuves non corrigées , à cinq professeurs de la Faculté de Médecine et à cinq autres personnes. . . »

Et à cinq autres personnes ! Avez-vous oublié le nom de ces personnes , Monsieur ? Ou bien avez-vous eu quelque motif caché pour les désigner d’une manière aussi vague? Il fallait dire : et aux argumentateurs de M. Lisfranc ; cela eut été plus exact et plus franc. Je dois vous avertir encore d’un bruit qui s’est répandu et qui a acquis quelque créance ; on dit que tous vos exemplaires n’ont pas été distribués si tard , Monsieur ; on cite des noms et des circonstances. Y aurait-il aussi là quelque oubli de votre part ou quelque inexactitude ?

Vous pensez bien que je n’irai pas discuter sérieusement si vous n’aviez d’autre but que d e faire connaître , ..comme vous le dites , l’existence de votre brochure. Cela pouvait se remettre au lendemain ; une brochure d’un savant tel que vous ne perd rien pour attendre vingt - quatre heures de plus à paraître. C’est trop compter sur la crédulité du public que d’alléguer que vous n’auriez su où trouver réunis plus tard cette foule de médecins attirés parla solennité du concours . Le concours devait avoir encore plusieurs séances ; et d’ailleurs, pourquoi donc , si vous désiriez tant de publicité, avez vous fait une distribution si discrète et si mystérieuse? Comment moi, que vous attaquiez, n’ai-je reçu un exemplaire de votre brochure que par un hasard qui n’était point entré dans vos combinaisons, qui même les a contrariées autant que je peux croire? Pourquoi n’osez-vous pas, même aujourd’hui, avouer que c’est à mes argumentateurs que vous aviez préparé ces armes contre moi ?

« Enfin , dites-vous, j’ai senti que j’avais le droit d’agir comme je l’ai fait et j'en ai usé ! » A la bonne heure ! mais après la leçon sévère qui vous avait été donnée , je suis surpris que vous trouviez matière à vous en applaudir.

Vous étiez là , pourtant, Monsieur; vous avez vu la manière dont s’est prononce l’auditoire; vous avez entendu tous les argumentateurs , et ceux même qui avaient reçu votre brochure , renier publiquement toute solidarité avec vous ; et enfin, si votre critique m’est tombée entre les mains, c’est que l’un des juges que vous eu aviez fait dépositaire n’a pas voulu être complice d’un procédé qu’il a déclaré peu loyal. Vous vous êtes trouvé repoussé de toutes parts ; vous êtes resté isolé et presque montré au doigt par la foule. Aujourd’hui, vous êtes encore seul à vous féliciter, et certainement c’est montrer du courage. Mais moi qui vous trouvais plus humilié que je ne l’aurais même désiré, moi qui vous aidù, dans cette séance, l’un des momens les plus beaux de ma vie , pourquoi donc aurais-je gardé du ressentiment contre vous ?

Certes, j’avais droit de prendre avec vous un ton plus sévère ; je le pouvais d’autant mieux que j’avais trouvé sur nombre de points vos objections aussi mal fondées que votre imperturbable suffisance. Si je ne l’ai pas fait, était-ce à vous de vous en plaindre ? Vous auriez mieux aimé apparemment qu’au lieu de dire en souriant mon savant critique , je vous eusse appelé très-sérieusement mon pédant critique P Mon Dieu, cela a tenu à peu , je vous assure , et le mot m’est venu plus d’une fois au bout de la plume. J’en aurais eu regret ; car vous êtes jeune , et vous vous amenderez. 11 ne faut pas au dix-neuvième siècle renouveler les aigres querelles des savans en us du moyen-âge ; et je serais fâché que quelque mauvais plaisant allât vous affubler du nom de Dézeimérus.

Mais les plaisanteries vous ont empêché , à ce qu’il parait, de comprendre le sens réel de mes réponses; je vais donc , d’une manière plus nette et plus sérieuse , récapituler les points en litige, et les résultats auxquels je suis arrivé.

1° Vous aviez prétendu que le chapitre d’Aétius attribué à Rufus était le 51e; je vous ai appris qu’il existait une édition où ce chapitre était côté 52e; je vous l’ai si bien appris que vous avez jugé nécessaire de réparer votre bévue dans les Ar-

chives eu ajoutant ces mots; d'après une mauvaise édition , qui ne se trouvent pas dans votre brochure.

2° Vous aviez prétendu que le chapitre en question n’était point de Rufus ; je pense avoir démontré le contraire ; et je vous démontrerai tout à l’heure que vous le lui avez attribué vous-même, ce qui n’accroitra pas peu la confiance du public dans votre exactitude historique.

3° Vous affirmez que Peyrilhe avait reconnu qu’il s’était mépris ; je vous ai fait voir que vous n’aviez pas bien lu Peyrilhe.

4° Vous prétendiez que dès qu’il s’agissait de veine blessée , il ne pouvait être question d’anévrisme ; je vous ai appris que les anciens donnaient aussi le nom d’anévrisme au thrombus.

5° Vous écriviez auparavant le mot anévrysme par un y ; c’est moi qui vous ai fait corriger votre mauvaise orthographe.

6° Vous alléguiez que Rufus distinguait les varices de l’anévrisme ; je vous ai fait voir l’énormité de cette bévue , puisque Rufus ne connaissait que l’anévrisme traumatique.

7° Vous déclariez que Rufus n’avait rien écrit qui se rapportât d'une manière quelconque aux anévrismes; je vous ai rappelé que vous-même lui attribuiez au moins une définition de cette maladie , sans compter une opinion physiologie.

8° Vous ne vouliez pas qu’il existât un original grec de la traduction latine que j’ai citée; je vous ai fait souvenir qu’il y en avait de nombreux manuscrits.

9° Vous aviez donné à Antyllus le procédé d’Aétius ; certes vous ne nierez pas que c’était une notable bévue que. vous me devez d’avoir corrigée.

10° Vous vous attribuiez l’honneur d’avoir rayé le nom de Pilagrius de cette histoire ; je vous ai montré que vous vous pariez trop complaisamment des dépouilles de Sprengel et de Peyrilhe , et je vous montrerai tout à l’heure une autre bévue bien plus grosse que vous ne vous soupçonnez guère.

11° Vous aviez confondu, dans votre article duDiction-

naire, le procède' de Paul d’Egine relatif aux ane'vrismes spontanés avec le procédé pour l’anévrisme traumatique , j’ai mis bénévolement la bévue sur le compte de votre imprimeur.

12° Vous aviez rapproché le procédé de Paul de celui d’Aétius ; j’avais dit pour vous complaire qne le texte était obscur ; vous le trouvez clair, et je vous ai montré que vous aviez oublié le point le plus capital de la description , et que vous lui donniez un sens qu’elle ne peut avoir et que personne avant vous ne lui avait jamais trouvé.

13° Vous n’aviez fait remonter, dans l’article du Dictionnaire , la compression qu’à l’abbé Bourdelot, je vous ai appris qu’on en trouvait l’indication dans A. Paré et dans Guy de Chauliac ; et vous avez si bien profité de la leçon qu’en recherchant mieux encore vous l’avez retrouvé dans Galien. Or , certainement c’est à moi que vous le devez ; car vous n’en saviez pas un mot quand vous avez fait l’article du Dictionnaire.

14° Vous prétendiez que Guillemeau avait suivi la méthode d’Aétius ; je vous ai montré que vous confondiez les choses les plus disparates et que vous ajoutiez au texte ce qui n’y était pas.

15° Vous aviez assuré que A. Paré ouvrait la tumeur ; je vous ai démontré le contraire , par l’édition latine même que vous invoquiez au témoignage que vous n’aviez pas lue.

16° Vous disiez que A. Paré donnait le conseil de couper l’anévrisme ; je vous ai rappelé qu’il ne coupait que le cuir qui n’a jamais signifié l’anévrisme. Je passe sous silence votre explication grammaticale du français de ce bon A. Paré, qui n’a sûrement jamais songé aux bévues que vous lui faites commettre.

Voilà donc une large quinzaine d’oublis, d’omissions , d’inexactitudes, de bévues historiques, que j’ai relevées, sans presque y songer , dans un article et une brochure qui ne font pas ensemble vingt pages; encore en ai-je passé , et des meilleures. Je ne suis pourtant pas de votre force en érudition , je

( Wl )

n’y ai pas consacré ma vie ; j’avais quelque autre chose à faire ; j’en ai suffisamment réitéré l’aveu; tout autre en eût été satisfait; mais la vanité d’un érudit, vanitas vanitatum, ne se rassasie pas à si bon marché j et vous avez pris soin de faire sans cesse reluire votre supériorité , de me reprocher sans fin mon peu de science. Imprudent ! Car si les ignorans vous épluchent de cette manière , les textes à la main, quelle figure feriez- vous donc devant des critiques plus experts?

Mais enfin , à ces objections jugées si futiles ; qu’avez-vous répondu , Monsieur ?

1° Que la traduction d’Aétius parMontanus était mauvaise ! Or, vous êtes bien hardi de juger de la sorte un livre que vous ne connaissiez pas il y a huit jours. Et il me semble que la comparaison que j’en ai faite avec celle de Cornarius n’est pas si fort à son désavantage.

2° Que le passage en question n’est pas de Rufus ! — Vous pensez bien que je n’ai pas le loisir de reprendre une à une toutes les absurdités de critique historique que vous avez débitées à ce propos ; je veux seulement vous montrer que vousmême , Monsieur , vous lui avez attribué ce passage. Car ce passage est bien nettement consacré à la ligature, n’est-il pas vrai ? Et vous n’en connaissez pas d’autre où Rufus ait parlé de la ligature , n’est-il pas vrai ? Or , voici ce que vous avez imprimé dans l’article chirurgie du Dictionnaire de médecine , tom, VII , pag. 339 :

« Ses connaissances étendues (il s’agit de Galien) sur l’anatomie des vaisseaux lui permirent de traiter mieux que ne l’avaient fait ses prédécesseurs des hémorrhagies artérielles et des moyens de les arrêter , la compression et la ligature , moyens indiqués d'une manière trop concise dans Celse pour en ôter à Archigènes ET A. RUFUS l’honneur de l'invention.

Cela est-il clair , Monsieur ? Etes-vous bien pris ici dans vos propres paroles? Et puisque nous en sommes sur le chapitre de vos contradictions, dites-moi donc comment il se

fait que Galien , que vous élevez si haut dans votre brochure , que vous me blâmez si cruellement d’avoir traité de copisle , se soit tellement rapetissé dans votre Dictionnaire , que vous disiez de lui : « Il ne contribua à ses progrès (de la chirurgie) par aucune invention de quelque importance. » (Ibid.) Quoi donc ! pour ne parler que des anévrismes , les réfrigérans, la compression . la ligature, la torsion, toutes choses que vous lui attribuez dans votre brochure , sont-ce des inventions de nulle importance ? Il est vrai que dans votre article chirurgie vous rendez la ligature à Rufus ; mais que voulez-vous que deviennent vos lecteurs dans un tel fatras d’assertions contradictoires?

3° Que j’ai dit à tort que Galien donnait le nom d’anévrisme à toute tumeur formée par du sang épanché , qu’il vînt d’une veine ou d’une artère. — J’en suis vraiment confus, Monsieur ; mais vous me traitez comme Paul d’Egine , comme A. Paré, comme Guillemeau et beaucoup d'autres; et vous falsifiez mon texte, parlons mieux , vous le traduisez d’une manière un peu trop libre. J’attribue cette opinion à Antyllus et à Rufus, et non à Galien; et si vous n’en connaissez pas les preuves , je peux vous dire où elles sont. Lisez Peyrilhe ; vous y gagnerez beaucoup, je vous assure.

4° Que j’ai voulu recourir à des originaux de Rufus qui n’existent pas. Pour le coup, je désespère de me faire comprendre; vous n’y mettez pas de bonne volonté. Monsieur !

5° Que vous avez éliminé Phijagrius de l’histoire des anévrismes. — Je croyais en effet que c’était bien là votre opinion; mais est-on jamais sûr de l’opinion que vous avez? Je retrouve , quatre volumes après, dans votre malencontreux article chirurgie , cette incommensurable bévue , reconnue telle à l’avance par vous-même ; « Pbilagrius seul mérite d’être cité pour divers cas intéressans de chirurgie , ET PARTICULIÈREMENT pour l'opération de l'anévrisme dont la première descripion paraît devoir lui être rap-

portée ( t. VII , p. 340 ) » Ne saurez-vous donc jamais être d'accord avec vous-même ?

6° Que ni Peyrilhe ni Sprengel n’ont ôté à Philagrius le procédé de Paul d’Egine. — Je ne vous ai jamais regardé comme un ignorant, Monsieur ; mais comment voulez-vous qu’on croie à votre bonne foi ? Lisez Peyrilhe , p. 645 du tome second de l’Histoire de la chirurgie; et lisez Sprengel , non pas Guillaume, mais Kurt Sprengel, p. 208 du tome second de la traduction deM. Jourdan; et vous verrez que ces deux auteurs rapportent ce procédé à Aétius. Il ne faut pas confondre les deux Sprengel ; et il fraudait lire Peyrilhe quand 011 le cite , Monsieur. Je vous prie en outre de faire attention qu’il ne s’agit pas pour Antyllus du procédé de Paul d’Egine; sont-ce encore vos imprimeurs qui auront mis Paul d’Egine à la place d’Aélius ?

7° Vous répétez que Philagrius en a été indiqué comme l’auteur par beaucoup d'historiens ; j’avais déjà relevé cette exagération. Jusqu’à présent l’historien le plus notable que je connaisse , qui ait commis cette bévue , est l’auteur de l’article chirurgie du Dictionnaire en 25 volumes.

8° Enfin vous revenez sur Antyllus « dont je n’avais pas parlé , » ajoutez-vous. — Précisément , vous vous souciez si peu d’en parler que vous aviez rayé son nom de la phrase que vous empruntiez à ma thèse , pour ne pas laisser soupçonner seulement que vous aviez pu tomber dans une telle erreur. Vous dites encore « qu’il y a peut-être de meilleurs motifs pour laisser cette question dans le doute. » L’amourpropre vous égare , Monsieur ; pourquoi dire au public ce que vous savez si bien qui n’est pas?

Vous glissez si modestement sur Guillemeauet A. Paré que je n’y ai pas vu l’ombre d’une objection à ce que j’en ai écrit. Cela ne vaut donc pas une réponse. Je n’ai compté ni pour des raisons ni pour des réponses les petites injures bien malicieuses , les petites insinuations bien détournées que peut contenir votre article; mais je ne terminerai point celte revue

sans donner au public médical un échantillon de votre urbanité en matière de critique.

« Ici (à propos d’Antyllus) , comme en une foule d’endroits des Quelques recherches , il saute aux yeux que l’auteur ne connaît des sources que les seuls passages dont il a trouvé l’indication dans Peyrilhe, dans Sprengel et dans mon article. »

Certainement, Monsieur , j’aurais tort de nier que votre article m’a beaucoup servi; car c’est la critique de votre article qui occupe les trois quarts de ma réponse. Il m’a rendu un autre service que je vais vous dire ; je me suis convaincu eu le lisant que certaines réputations de vaste science et d’exacte érudition étaient quelquefois moins solidement fondées qu’on ne le pense; qu’il est bon aux érudits vulgaires , tels que moi, de recourir aux sources dont certains auteurs donnent les indications ; en un mot, que ce n’est pas le tout de citer et de critiquer les anciens et les modernes , mais qu’il faut auparavant les lire et les comprendre.

11 août 1834.

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