ÉDITION DE ROME
La France pourra revendiquer l'honneur d'avoir produit les travaux d'archéologie musicale les plus importants , et d'avoir contribué , plus qu'aucune autre nation catholique , à remettre en honneur les mélodies grégoriennes. A Rome même , où d'ailleurs ces travaux ont reçu du Saint-Père les encouragements les plus précieux, les livres de chant n'ont subi aucune notable amélioration depuis le xvn e siècle. Ils reproduisent l'édition de Paul V, publiée en 1614 , et celle de Venise. Il y a quelques années , on annonça l'intention de confronter de nouveau le chant traditionnel avec les manuscrits du Vatican ; mais les termes mêmes de la circulaire datée de Rome le 10 mai 1856, portaient à croire qu'on n'introduirait peu ou point de changements, et qu'il s'agissait plutôt d'une réimpression pure et simple , c'est-àdire d'une entreprise de librairie, que d'une restauration du chant grégorien. Les livres annoncés étaient : 1° Graduale Romanum de Tcmpore et de Sanctis; 2° Antiphonarium Romanumde Tempore et de Sanctis; 3° Psalterium Romanum expositum per hebdomadam , et hymnarium ; 4° Manuale Chorale ad formant breviarii Romani ; 5° Directorium Chori ad usum omnium Ecclesiarum. On voit que la disposition matérielle des livres est la même qu'au xvn e siècle. En outre , la rareté des livres de chant est signalée par les éditeurs beaucoup plus encore que leur corruption, et ils en attribuent la cause à ce que ces livres ont la plupart deux ou trois cents ans d'existence. A quoi peut-on attribuer un fait aussi extraordinaire ? Comment ! dans la ville éternelle, à Rome, mère et maltresse de toutes les églises, plusieurs générations de fidèles se succèdent sans qu'il devienne nécessaire de réimprimer des livres de chant ! Cela n'est que trop vrai et s'explique naturellement par la préférence donnée à la musique sur le chant grégorien dans toutes les églises de l'Italie, depuis quatre siècles. On est obligé de reconnaître que le goût du
plain-chant est demeuré plus vivace en France, malgTé toutes les erreurs liturgiques et les rites particuliers qui semblaient devoir le corrompre et l'anéantir.