Des doctrines religieuses des Juifs
Le tableau des doctrines religieuses des Juifs pendant les deux siècles antérieurs à Tère chrétienne nous présente le speclacle des dernières transformations du mosaïsme, et ce speclacle n’est pas sans instruction pour Thistoire comparée des religions. Ce n’est pas toutefois le seul sujet important d’étude qu’on peut y trouver. Des systèmes qui ont longtemps agité les esprils, et qui n’ont pas tous entièrement disparu, ont leurs origines dans le judaïsme de cette époque. Le gnosticisme fut une continuation très-peu modifiée de l’essénisme qui, transporté à Alexandrie, dans l’Asie Mineure, dans la Syrie, s’assimila quelques-
PRÉFACE
uns des éléments qu’il y rencontra, en conservant
ce qui le caractérisait en propre, je veux dire la
théorie des degrés descendants, l’ascétisme, l’or-
ganisation de ses adhérents en société secrète et leur classification en catégoriel hiérarchiques. D’un autre coté, le judaïsme alexandrin introduisit le mysticisme extatique à la fois dans la religion chrétienne qui, dans le principe, ne le connaissait pas, et dans la philosophie grecque à laquelle il avait été étranger jusqu’alors. Mais ([uand on considère (piele christianisme, le plus grand mouvement religieux qui se soit accompli dans le monde civilisé, a pris naissance dans ce milieu, et qu’il y a inévitablement ses racines, tout autre intérêt s’efface, et quiconque arrête ses regards sur l’histoire du judaïsme à cette époque, ne peut avoir d’autre pensée que d’y chercher les antécédents delà religion chrétienne.
Au moment où cette religion apparut sur la scène du monde, la famille d’Israël était divisée en deux grandes fractions ; l’une d’elles habitait la Palestine, l’autre était répandue parmi les
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Grecs Egalement attachées à la religion de leurs pères, elles différaient toutefois dans la manière de renlendre et de la pratiquer. Il y avait même,
dans chacune d'elles, des tendances différentes, des
partis opposés. Celte diversité d’opinions entretenait dans le peuple une agitation continuelle; elle amenait parfois des discussions orageuses.
Dans laquelle de ces deux fractions, dans quelle écoie, dans quelle doctrine se trouvent les antécédents du christianisme?
Dans toutes, s’il huit eu croire Baur. Le chris- . lianisme est à ses yeux a l’unité naturelle do tous les éléments qui, quelques différences (ju’ils présentent entre eux, appartiennent à la même phase de développement. - » Cette appréciation est fort juste, si l’on parle du christianisme du milieu et même du commencement du second siècle; elle
Bahylone (Hait aussi à colle époque un contre de judaïsiuo. I-e pharisaïsnio semble y avoir dominé ; mais comme le judaïsme babylonien n’a pas rxorcé d’influoncc sur le chrislianisme, nous n’avons pas en parler.
2.' Ikis Christcntlninf ilrr dr<:i crslvn Jafirliunü('rh\ p, 21.
PRÉFACE
me paraît au contraire fort contestable, s’il s’agit du christianisme primitif, je veux dire de l’enseignement de Jésus-Christ.
Au second siècle, le christianisme n!était déjà plus exactement conforme à la pensée de son fondateur. Cette différence était née tout naturelle-
ment, Jésus parlait de son propre fond; c’était ses conceptions, sa propre vie spirituelle, qu’il exprimait dans ses discours. 11 n’en fut plus de même pour ses disciples. Il leur fallut s’approprier des pensées qui, dans leprincipe,leur étaient étrangères. Ceux qui vécurent avec le maître purent y arriver assez aisément. La difficulté augmenta pour ceux qui leur succédèrent. Il leur fallut comprendre, expliquer renseignement qu’ils recevaient ; ils ne pouvaient le faire qu’en le traduisant en des notions portant l’empreinte des opinions des ' écoles auxquelles ils avaient appartenu avant d’embrasser la foi nouvelle. Et comme les chrétiens furent, pour la plupart, dans les premiers temps, des Juifs de naissance, ce fut au moyen de croyances et d’idées juives qu’ils s’expliquèrent à eux-mêmes l’ensei-
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gnement chrétien. Les principales doctrines des anciens, partis juifs entrèrent ainsi dans le christianisme, qui ne larda^pas à devenir ce que Baur appelle l’unité des divers éléments du judaïsme, ou ce qu’il me paraîtrait plus conforme à la réalité des choses, d’appeler un amalgame des opinions les plus hétérogènes.
Quelques exemples me paraissent nécessaires par donner une idée claire de ce premier mouvement d’altération du christianisme primitif.
Ceux des chrétiens qui avaient vécu avec Jésus ou qui seulement l’avaient vu pendant son ministère, avaient reconnu en lui unhomme approuvé de Dieu*, un prophète le messie l’oint de Dieu son fils bien aimé le Seigneur le prince