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CHAPITRE II

De la doclrinc du Verbe.

Dieu, trop pur pour être en contact avec les choses créées, a. tout produit et gouverne tout par le ministère des puissances célestes, qu’il a appelées à l’existence dans ce but : telle est la conséquence à laquelle cpnduisaient , ainsi que nous venons de l’établir dans le chapitre précédent, les idées élaborées peu à peu, depuis la captivité, au sein de la famille d’Israël tout entière, sur la nature divine. La première de ces puissances divines; celle qui les résume toutes, pour ainsi dire, en elle, est le Verbe de Dieu.

C’est une opinion généralement répandue que la doctrine du Verbe ne fut particulière qu’au judaïsme alexandrin. Rien de plus faux. La doctrine du Verbe est commune à toutes les fractions

du judaïsme ; elle se rencontre aussi bien dans les écrits d’origne palestinienne que dans les écrits composés à Alexandrie. Elle est exposée, il est vrai, sous des formes très-différentes dans ces deux classes d’ouvçages; Philon cherche à lui donner une couleur philosophique qu’elle n’a pas, qu’elle ne pouvait pas avoir dans les paraphrases chaldaïques ; mais sous ces différences qui tiennent soit au caractère des écrivains, soit à la nature de leurs ouvrages, elle est au fond la même dans les uns et dans les autres. C’est ce que nous allons d’abord essayer de mettre hors de contestation.

Pour Philon , aussi bien d’ailleurs que pour

l’auteur de la Sagesse de Salomon S le Logos est un être intermédiaire entre Dieu et le monde-. Désigné par le philosophe alexandrin sous les noms

1, Sapience, ix, 1 el 2; xvi, 12. Les fonctions attribuées dans ces passages au Logos sont données, dans un plus grand nombre d’autres, à la So^ia, vu, 12; viii, 6 : ix, 2; xi ctsuiv., etc; mais la Sagesse (ao^la) n'est qu’une dénomination différente du Verbe (Xoyoç) et représente l’étre divin, intermédiaire entre Dieu et les choses créées, une sorte de Dieu second, comme l’appelle Philon.

2. Quod deterius potiori itisid., § 16. Comparez Lc^. aUeg.,i, § 19. i)c $acrifirio Abel, § 18.

significatifs de Dieu second S de fils aîné de Dieu de premier-né de Dieu d’image de Dieu il remplit les quatre fonctions suivantes :

1° 11 est le créateur ou, du moins, l’ordonnateur du monde. « Par le Logos, le premier-né des choses qui ont pris naissance, Dieu façonne le monde, en se servant de cet instrument pour la structure irréprochable des choses produites »

2® Il est le directeur du monde. « Le Verbe de Celui qui est le lien de toutes les choses, en tient unies les diverses parties ; il les relie et les empêche de se dissoudre et de se séparer » On doit

1. Ae-jTEpoç Ocb;, Philonis Opcra, t. vi, p. 175; Eusèbe, Prœp. cvang.; liv. vu, ch. 13.

2. lîpEaCliTEpoç uîoç OeoS , îrpEaêuTatoç uîoç Oeou. De Migrât. Abrah., § 1. Quod Dem imrnut.y § 6. De confus, ling., § 14 cl 28. De Proftigis, § 20.

3. IIpwTbYovos uto? Oeou, De somniis, i § 37. De agricult., §i2.

4. EîxcGv Oeou, De mundi opificio, § 8; De Confus, ling., § 20; De Monarchia, § 5.

5. Leg. alleg., i, § 8 et 9; Leg., alleg., ni, § 31, De Cherub., § 35. De Monarchia, g 5.

6. De posteritatc Caiui, § 32; Quod Deus immut., g 36 De xornniis, i, § 33.

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le regarder comme la Providence qui, tout en gouvernant Tensemble, prend soin des moindres détails. C’est lui qui soutient les hommes de bien ; c'est lui qui punit les méchants. Il est, dit encore Philon, ce que la foule des hommes ignorants appelle le hasard *•

3*^ Il est le révélateur des choses divines. « Le Verbe divin descend comme d’une source, semblable au fleuve de la sagesse, pour arroser et abreuver les âmes qui aiment les productions célestes C’est par son Verbe que Dieu donne aux enfants de la terre la connaissance de ce qui est »

4® Enfin, il est l’intercesseur, .ixéry,;, des homm: s auprès de Dieu *; sous ce rapport , il est le véritable grand -prêtre et on peut l’appeler le consolateur, 7:apa)cV/;TOç

On retrouve cette doctrine, au moins dans ses premiers linéaments, dans la Sagesse do JésiF,

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