‹ Des doctrines religieuses des JuifsChapitre 123 sur 225 · Liglhfoot, Opéra, t. iii, p. 929 cl suiv · texte numérisé non relu

Liglhfoot, Opéra, t. iii, p. 929 cl suiv

2. Dict, Essai Instar, et erit. sur l'ecole juive d'Alexandrie, p. 227.

3. De migratione Ahrahami. 0. De Abrahamn. ^ 21. De Josepho, § 26,' clc.

'los DES ÜOCTIUNES HELIGIELSES DES JUIFS

aloxaiulrins, 'le Pseuilo-Arislce, Aristoljule, Pliilon, dont les ouvrages étaient si familiers aux Pères de l’Église, sont restés inconnus pendant des siècles à leurs coreligionnaires'- Nous ne croyons pas que le Talmud fasse mention d’eux une seule fois On ne saurait s’en étonner; les savants Juifs d’Alexandrie écrivaient, non pour les Juifs en général, mais en vue des Grecs, auprès (lesquels ils voulaient faire l’apologie de leur religion. Tous leurs ouvrages, môme ceux de Philon, ont ce caractère. Les Juifs alexandrins formaient comme un petit monde isolé, qui pouvait bien subir quelque action de la mère-patrie, mais qui ne sentait nul besoin d’agir sur elle.

Les faits que nous venons de rappeler rendent |)eu probable l’origine alexandrine de la doctrine du Verbe. Ils nous invitent au contraire à en cher-

1. Il faut en dire autant des écrits de Joséplic, Ce fait est une nouvelle preuve du peu de cas que les docteurs juifs faisaient de la littérature grecque.

2. Rossi, dans son Dizionario storico dc(jU autori ebreiy l, 1"% p. H8, dit que Philon est connu des Juifs sous le nom de Jedidia; mais il aurait dû ajouter qu’il parle ici des Juifs modernes et nullement des auteurs du ïalmud et des autres anciens ouvrages.

DKS DOCTRINKS RKLIGIELSES DES JUIFS 20»

cher la formation dans la Palestine*. Dans tous les cas, nous pouvons, pour le moment, regarder ce point comme bien établi, qu’en général le mouvement des idées juives ne s’est pas accompli d’Alexandrie à Jérusalem, mais plutôt de Jérusalem à Alexandrie. Aussi toute hypothèse qui ferait naître la doctrine du Verbe à Alexandrie, sans expliquer d’une manière plausible comment elle passa de là dans la Palestine, devrait nous être suspecte et n’aurait en réalité résolu que la moitié de la question.

Après ces remarques préliminaires , recherchons sous quelle influence et par quel concours de circonstances la doctrine du Verbe a pris naissance.

i . Gfrœrer prétend que la doctrine du Verbe passa de l’Égypte, où elle était née, aux Juifs de la Palestine (Dos Jahrhundert des Heüs, t. p. 311); il reproduit la môme assertion dans son ouvrage sur Philon. Dæhrie partage cette opinion. Les preuves sur lesquelles il Tappuie nous ont paru manquer de fondement; nous chercherons à prouver plus loin ropinion contraire.

C’est une opinion généralement reçue que celle doctrine doit son origine à l’influence de la philosophie platonicienne et à celle de la religion zoroastrienne Ceux mêmes qui reconnaissent que les premiers germes en sont dans les livres canoniques de r Ancien-Testament, admettent que leur développement s’est opéré sous celle double action'^- Cette opinion nous paraît manquer de précision ; elle ne s’appuie d’ailleurs, nous le prouverons , que sur des raisons insuffisantes. En définitive , toute la preuve qui lui sert de fondement se réduit à ceci : il y a dans le mazdéisme une doctrine du Verbe (honover), et dans le platonisme le Logos joue un grand rôle; les Juifs ont eu des relations avec les mazdéens dans la Baby-

De Welle, Biblische Dogmatik^ p. 157; Cælln, Biblische Théologie y l. p. 93,408 cl 409.

2. Liicke, Comment iiber das Evong, des Johannes. 2'édil., t. p. 211-228.

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Ionie et avec les philosophes grecs à Alexandrie : c’est depuis celte époque qu’ils ont admis la doctrine du Verbe ; donc ils l’ont empruntée au mazdéisme et à Platon.

Pour que ce raisonnement eût quelque valeur, il faudrait d’abord comparer avec soin la doctrine juive avec celle des mazdéens et avec celle de Platon, qu’on lui donne pour antécédents, et montrer qu’il y a entre elles une ressemblance suffisante pour que la première ait pu dériver des deux dernières. Il faudrait ensuite, dans le cas que cette ressemblance fût réelle, indiquer de quelle manière s’exercèrent les influences supposées, et légitimer la filiation par des faits ou du moins par des conjectures historiques probables. On ne fait ni l’un ni l’autre ; on se contente de rapports généraux, vagues, mal définis, et on conclut d’analogies, qui ne consistent guère que dans des mots, à la réalité historique d’un emprunt.

Il y a bien d’autres difficultés. Nous en relevons une seule. Qu’enlend-on par cette double action du mazdéisme et du platonisme, de deux éléments si différents en soi et partis l’un de l’Orient et l’autre de l’Occident, pour venir, dans la Judée

OU dans l’É^ypte, produire par leur union une doctrine qui n’a avec eux qu’une ressemblance éloignée? Alexandrie fût, il est vrai, le lieu de rendez-vous des opinions et des doctrines les plus diverses. Mais, quand on accorderait que le mazdéisme a été connu des Alexandrins aussi bien que le platonisme, ce qu’il ne serait pas facile d’établir, il resterait encore à faire voir comment la doctrine du Verbe, née à Alexandrie, prit droit de cité parmi les Juifs de la Palestine. Si, pour couper court à cette difficulté, on suppose que la doctrine du Verbe s’est formée en Palestine sous l’influence du mazdéisme et à Alexandrie sous celle du platonisme, on se trouve en présenced’un fait bien autrement difficile à expliquer, d’un fait unique dans l’histoire et des plus étonnants. N’eslil pas bien étrange qu’à la même époque, dans deux lieux différents, une môme idée ait été produite par deux éléments d’une origine si diverse ?

El la surprise augmente quand on voit que ces deux éléments, au fond peu analogues, ont donné naissance, non pas seulement à une môme idée, mais encore à une idée exprimée avec la même terminologie.

Mais laissons de côté ces considérations générales ; décomposons l’hypothèse par laquelle on veut expliquer l’origine de la doctrine juive du Verbe par le mazdéisme et par le platonisme, et examinons à part chacun de ces deux éléments. Cet examen nous conduira à chercher ailleurs que dans la religion de Zoroastre ou dans la philo- Sophie de Platon les véritables antécédents de celle doctrine.

P' Le mazdéisme a-t-il exercé une influence sur la formation de l’idée juive du Verbe? Cette question ne peut être résolue qu’autant qu’il sera établi qu’il y a dans le mazdéisme une doctrine analogue à celle du Verbe. Si l’on pouvait s’en rapporter a la traduction du Zend-Avesta d’Anquetil-Duperron*. il n’y aurait pas le nioiiidn? doute ; il y est parlé du honover (la parole) comme d’un être qui remplit à peu près les mômes fonctions que le Verbe des Juifs*. Malheureusement,

1. Les orientalistes s’accordent à reconnaître qu’Anquetil- Duperron ne possédait pas à un degré suriisanl les langues qui lui étaient nécessaires pour traduire les documents qu’il avait apportés de rOriont,

2. Klcuker, Zend-Avesta, 1. 1 «', p. 107-1 10. Voyez sou traité

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cette traduction ne paraît pas mériter une entière confiance, et celle de M. Spiegel, qui lui est préférable, ne donne pas la même idée du Verbemazdéen. Le passage le plus explicite sur la parole d’Ormuzd se trouve dans le Vendidad, Nous le transcrivons en entier. Il est probablement peu connu de nos lecteurs, et il n’est pas inutile de le mettre sous leurs yeux. Il est pris du Fargard xix, v. 4:2-57.

(( 42. Alors Ahura-Mazda répondit : Célèbre, ô Zarathustra, la bonne loi mazdéenne;

43. Célèbre, ô Zarathuslra, ces amschaspentas qui régnent sur la terre formée de sept keshvars ;

44. Célèbre, ô Zarathustra, le firmament qui s’est produit lui-méme, le temps infini, l’air qui agit en haut;

45. Célèbre, o Zarathuslra, le vent, le rapide vent, créé par Ahura-Mazda, Spenta-Armaili, la charmante fille d’Ahura-Mazda;

lifjirze DarsteU, des Lehrbegriffs der alten Perser^ en lùlc de sa iraduclion, t. p. 36 et suiv, — Rhode, Die heiiige Sage der alten Baklrer, Medcr und Perser^ p. 3oo et suiv. — Bohlen, Das nlte Indien, l. p. 159, 212. — Sliihr, Die Beligionssysteme der Uciden-V'olkct\ t. p. 370 et 371.

46. Célèbre, ù Zaralhuslra, mon fravashis (fer" ver d’Ahura-Mazda) ;

47. Le plus grand, le meilleur, le plus beau, le plus fort, le plus intelligent, le mieux fait, le plus élevé en sainteté :

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