Esdras, vni, 15 et suiv.; iv, 21, 22, 29 et suiv
font de ravénement et du règne du Messie est loin d’avoir les mêmes traits et les mômes couleurs que celui qu’eu tracent Daniel et, après lui, les écrivains qui l’ont pris pour modèle. Laissons de côlé le ton qui n’est pas le môme, le mode d’exposition qui est différent , circonstances accessoires qu’on peut négliger; mais on ne peut méconnaître qu’il y a dans Daniel et dans les autres apocalypses juives des traits, et des traits importants, caractéristiques, qui sont tout à fait inconnus aux prophètes. La détermination en nombres mystiques de la date des principaux événements qui doivent préparer la venue du Messie, la fixation de la durée de son règne, la personnification du chef de scs ennemis dans le prince des mauvais esprits, la résurrection partielle des morts au commencement de la cinquième monarchie, la publication d’une loi nouvelle, ou du moins le perfectionnement de l’ancienne, voilà certainement des éléments nouveaux, très-propres à distinguer les apocalypses des prophéties hébraïques.
Ces différences ne vont pas cependant jusqu’à détruire toute analogie entre les croyances apocalyptiques des Juifs et les espérances messiani-
qiies de leurs pères. En réalité, tout ce qui est contenu dans celles-ci est conservé dans celles-là: En effet, comme les espérances messianiques, les
apocalypses juives ont pour but essentiel d’annoncer la venue du libérateur d’Israël, libérateur issu de la famille de David, de célébrer son triomphe sur les ennemis du monothéisme, et de décrire l’ère de bonheur et de vertu qu’il doit fonder sur la terre. Mais, si elles embrassent l’ensemble des prophéties anciennes, elles les dépassent en un grand nombre de points, en voulant déterminer d’une manière précise ce qui, dans les prophètes hébreux, est laissé dans l’indécision. Le tableau des espérances messianiques a été agrandi dans les apocalypses; les traits en sont plus arrêtés, mieux marqués, les vides remplis, les personnages multipliés; mais on peut reconnaître dans les espérances messianiques le fond, l’esquisse des idées apocaly{)liques, comme sous une broderie on aperçoit encore le dessin prirnilif.
On doit donc, ce nous semble, regarder les croyances apocalyptiques des Juifs comme un développement des espérances messianiques des Hébreux. Cette opinion n’est pas nouvelle. Cor-
rodi Ta présentée, il y a déjà longtemps, dans son Histoire du chiliasme ' ; mais ce serait, selon nous, une profonde erreur que de l’entendre dans le môme sens que cet ingénieux écrivain. S’il a raison, en effet, d’admettre que les idées apocalyptiques sont sorties des promesses messianiques des anciens prophètes, il se trompe complètement en indiquant, comme la cause de cette évolution, le fait, incontestable d’ailleurs, que les Juifs prirent à la lettre ces promesses, qui n’avaient pas d’autre but, selon lui, que de retenir le peuple dans l’observation de la loi Sans nous arrêter à faire ressortir ce qu’il y a d’erroné et dans cette manière de considérer les prophéties, qui ne seraient, à ce point de vue, que de pauvres expédients d’une politique aux abois, et dans l’explication superficielle et insuffisante par laquelle Corrodi ci’oit résoudre le problème de la transformation des espérances messianiques en croyances apocalyptiques, nous allons demander à l’histoire
du^ peuple juif par quel concours de circonstances