Ibid.^ t. I®*', Abschn
il fut poussé, non à abandonner les espérances de ses pères, auxquelles il ne renonça jamais, mais à leur donner des développements aussi nouveaux que considérables.
La position dans laquelle les enfants d’Israël se trouvèrent placés après le retour de la captivité de Babylone, et les rapports divers qu’ils eurent à soutenir avec les peuples voisins depuis ce moment et principalement depuis les changements introduits dans les grands empires d’Orient par les conquêtes d’Alexandre, leur firent une obligation, sans qu’ils en eussent eux-mêmes une claire conscience, d’étendre et de modifier la législation et lès croyances de leurs pères. Dans le travail général qui dut alors s’accomplir, il fallut expliquer les expérances messianiques aussi bien que les autres parties des croyances religieuses. Ce dut être surtout une affaire de première nécessité, si nous pouvons ainsi dire, dans les moments difficiles que les Juifs eurent à traverser, depuis leur restauration jusque vers le milieu du siècle qui précéda la naissance du christianisme h A cha-
1. De iqus temps, les espérances messianiques ont été chères aux Juifs pendant les momenls de détresse; mais ils en ont en
cun (le ces moments, il fallut trouver, dans les promesses faites par les prophètes touchant le libérateur, des traits appropriés aux malheurs présents, et naturellement il y eut là pour ces croyances une cause féconde de développement.
Mis en rapport, depuis leur rétablissement dans la Judée, avec les nations les plus puissantes de l’antiquité, n’ayant par eux-mômes aucune importance politique, et habitant un pays que sa position géographique faisait le point de séparation de l’empire perse et de l’Égypte, et plus taid de plusieurs des royaumes formés des débris des conquêtes d’Alexandre de Macédoine, les Juifs virent leurs destinées dépendre des succès ou des revers des monarques voisins,- qui furent tour à tour leurs maîtres. Ils durent dès lors tenir compte, dans leur espérance d’une délivrance future, des révolutions de ces grands États, et rattacher, en quelque sorte, leur attente du Messie à rhistoire de ces empires. C’est ce qui se voit dans le livre de Daniel , aussi bien que dans plusieurs
général fail bon marclié partout où ils ont joui de quelque sé curilé.
ÜKS DOCTIUMES UELIGIEUSES DES JUIFS 311
<les oracles sibyllins et dans le quatrième Esdras,
On peut donc admettre que les Juifs furent forcés par une nécessité intérieure, résultat des conditions de leur nouvelle vie politique, d’étendre , au delà du cercle connu de leurs [)ères leurs espérances messianiques, et de leur donner à la fois des développements considérables et une forme différente, pour pouvoir les approprier à cbacime des nombreuses crises nationales qu’ils éprouvèrent. Telle fut la cause générale de la formalioii de l’apocalypse juive, ou, pour {)arler avec plus d’exactitude, de la transformation des espérances messianiques en croyances apocalyptiques.
Quand on examine de près les idées apocalyptiques telles qu’elles se trouvent dans le livre do Daniel, dans le quatrième Esdras et dans les autres monuments de la littérature juive, on s’aperçoit bien vile que, si quelques-unes sont nées simplement d’une extension des enseignements des prophètes sur le Messie, extension commandée par la situation polil-ique et religieuse des descendants d’Israël, d’autres n’ont pu sortir que des résidlats combinés de ces [)romesses et des éléments nouveaux entres dans le cercle de leurs croyances
depuis que, à la suite de la 'captivité de Babylolie, ils avaient été mis en relation avec des peuples voisins. Il est facile de voir que la doctrine de plus en plus compliquée des précurseurs du Messie, doctrine qui, en se liant avec l’espérance du rétablissement des dix tribus depuis longtemps séparées, produisit plus lard celle des deux Messies, a son antécédent dans Malachie (iv, 5 et 6) ; que celle de Déliai ou de rAntéchrist a également son antécédent dans Ézécliiel (xxxviii et xxxix) ; que celle de la conversion plus ou moins complète
des nations idolâtres au culte du vrai Dieu a aussi
sa racine dans de nombreux passages des prophètes. Mais il est plusieurs autres points tout ‘ aussi importants, tout aussi caractéristiques, qui ne sont pas de simples conséquences des espérances messianiques et qui ne peuvent y avoir été rattachées que* par suite des modifications éprouvées par les croyances juives au contact des peuples étrangers. Telles sont la doctrine d’une . résurrection partielle des morts à l’avénemenl du Messie, celle de la durée de mille ans assignée au règne de ce libérateur, celle de la promulgation d’une loi nouvelle, ou du moins delà modification
de l’ancienne, pendant cette période. Ceci suppose que quelque action venue du dehors s’est fait sentir dans le travail de transformation des espérances messianiques en croyances apocalyptiques. Il n’y a là rien qui doive nous surprendre. Il se passa quelque chose d’analogue pour plusieurs autres idées religieuses, qui subirent des modifications plus ou moins profondea au contact de la religion ou de la philosophie des peuples étrangers.
On aura sans doute remarqué que dans l’exposition des croyances apocalyptiques, nous n’avons cité que des livres écrits dans la Palestine ou sous l’influence des tendances religieuses qui y dominaient. C’est que ces croyances n’eurent cours, pendant les deux siècles qui précédèrent l’avénement du christianisme, que. parmi les Juifs de ce pays et parmi ceux de la Babylonie, et qu’elles restèrent étrangères à la Ihéosopbie des Juifs alexandrins.
L'opinion conlraire a élé soutenue dans ces derniers temps. On a fait remarquer que, dans l’espèce d’exil dans lequel vivaient ces derniers, la patrie absente avait du leur être plus chère , la domination étrangère , qui pesait sur elle , plus odieuse, le désir de la voir libre plus vif ; que les injustes mépris dont les accablaient les païens au milieu desquels ils habitaient avaient bien pu leur faire rêver des représailles méritées ; et que, dans ces sentiments, ils avaient dù se plaire à lire, à méditer, à commenter les promesses de restauration et de domination que les prophètes avaient si souvent fait entendre à leurs pères. De ces considérations, on a cru pouvoir conclure qu’il était dans 1 ordre des choses que les idées messianiques se développassent plus tut et plus largement à Alexandrie que dans la Palestine L A priori, ce raisonnement n’est pas sans quelque vraisemblance. Mais il ne saurait prévaloir contre les faits; et il est incontestable que les écrits des Juifs alexandrins ne renferment pas la
1. Frankel, lebrr dm Eiuflussdcr palœsl. Excgcsc au f die alexandr. Hcrmeneutik, p. 182 cl suiv.
moindre trace des traits essentiels des croyances
apocalyptiques, je veux parler des révolutions des
divers empires qui devaient précéder la venue du
Messie, des grandes luttes que celui-ci aurait à
soutenir contre les puissances du mal liguées
contre lui, de la résurrection des justes qui sui-.
vrail la victoire, pour prendre part à la félicité
du règne de mille ans. Il y a bien plus ; ce n’est
pas seulement ces événements dramatiques qui
y sont passés, sous silence ; il n’y est pas fait
mention une seule fois du Messie ; ce mot ne s’y
rencontre même pas ; on le chercherait en vain
dans la Sapience ^ dans les fragments qui nous
restent d’Aristobule et dans les nombreux traités de Pliilon.
Il est bien parlé daiisZa Sapience d’une victoire des hommes pieux sur les impies et de leur domination sur les nations. Mais cela n’a aucun rapport avec les croyances apocalyptiques, car ce triomphe est tantôt placé, après cette vie, dans le ciel *, et tantôt considéré comme la conséquence d’une disposition providentielle, en yertu de la-