‹ Des doctrines religieuses des JuifsChapitre 40 sur 225 · Pirke Aboth, cli · texte numérisé non relu

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néral de la science juive de ce temps est nettement empreint dans ces trois préceptes que la tradition attribue aux membres de la grande synagogue : « Soyez circonspects dans vos jugements; formez beaucoup de disciples, et faites une haie à la Loi. » La circonspection qui est ici rècommandée aux docteurs de la Loi se rapporte peutêtre autant à leur interprétation des écrits de Moïse qu’à leurs décisions dans les affaires litigieuses soumises à leur arbitrage. Nous pouvons cependant laisser de côté cette maxime qui fait une loi de la prudence et de la bienveillance dans les jugements ; mais il n’est pas inutile de faire remarquer que cet esprit de réserve et de modération a toujours été recommandé dans les écoles juives. (( Juge tout le monde favorablement , » disait dans le même sens Josué ben Perachia, qui vivait probablement vers le commencement du II® siècle avant l’ère chrétienne •.

Les deux autres préceptes se rapportent plus directement à notre sujet. Former beaucoup de

i. Ce môme chap. du TrSilô Pirke Aboth conlienl quelques autres déclarations analogues.

disciples, c’était répandre la connaissance de la

Loi, affermir la nation dans ses traditions et con-

tinuer l’œuvre d’Esdras et de Néhémic; c’était encore s’attacher à la science, la cultiver, la développer sans cesse. La science juive était le rempart de la religion ; elle devenait chaque jour davantage le fondement de la vie tout entière de l’Israélite. Cette maxime nous prouve que les plus am ciens docteurs de la Loi l’avaient compris.

Faire une haie à la Loi, c’était l’entourer 'd’explications, de tous les principes qu’elle suppose, de toutes les conséquences qu’on peut en déduire; c’était en préciser les prescriptions de telle manière, que dans la pratique, et c’était là en dernier ressort l’affaire essentielle dans ce point de vue, l’Israélite ne pùt être exposé à en faire des applications erronées. Mais aussi, faire une haie à la Loi, c’était faire une haie à la conscience, enfermer la vie humaine dans une voie murée des deux côtés, et, pour prévenir les écarts, étouffer la spontanéité de l’àme. Tel fut, en effet, le résultat de la science juive. Ce qui en constitue en propre la nature est très-bien caractérisé dans le troisième précepte des docteurs de la grande synagogue,

comme le sentiment qu’ils avaient de son importance, ou, pour mieux dire, de sa nécessité en

Israël, est très- clairement exprimé dans le précédent.

L’autorité des docteurs de la Loi était considérable. Le peuple les regardait comme ses conducteurs et ses chefs. Et cette influence, ils ne la devaient ni à leur position sociale, la plupart d’entre eux vivaient du travail de leurs mains ; ni à leur position dans le gouvernement, ils n’occupaient pas de charges publiques. Leurs connaissances dans les Saintes Écritures et leur dévouement à la cause nationale étaient leurs seuls titres à l’affection et à la vénération de leurs coreligionnaires. 11 faut rendre cette justice au peuple d’Israël, qu’il sut les apprécier. Ni le sceptre ni l’encensoir ne l’emportèrent jamais à ses yeux sur la science de la Loi. Le respect qu’il avait pour ses docteurs, le haut prix qu’il attachait à leurs enseignements, éclatent dans ces paroles de Joseph ben Jœser : « Que ta maison soit le rendez-vous des sages * ;

i. Les docteurs do la Loi (liaient désifrnés dans la Palcslinc et la Babylonio par le litre de Sages (Buxlof, Lexicon

chald. talm. et rabh. col, 751), mot employt^ déjà avec celte

couvre-toi de la poussière de leurs pieds et savoure avec avidité leurs paroles *•

signHicalioM dans les livres de l’Ancien-Teslamenl , I Rois iv, 28-34; Job, xxviii, 28. L’historien Jos^phc, pour s’accommoder au langage dos Grecs, leur donne parfois le nom de aoçtrral (Guerre des Juifs, i, 33, 2). Ailleurs il les appelle avec plus de raison ::axp{tuv l^r{>çr{V!xi v6u.tov (Antiq^.^ xvii. 6, 2).

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