Zacharie, iil
vent que Tensemble de la théologie juive n’avait pas encore été entamé d’une manière sérieuse par une influence étrangère.
Il n’en est plus de môme à partir du commencement du 11* siècle avant l’ère chrétienne. Les livres palestiniens de cette époque , principalement celui qui porte le nom du prophète Daniel, présentent des traces irrécusables d’une action des idées mazdéennes sur le judaïsme. Quoique nous ne soyons pas disposé à accorder à celle influence une aussi large part que le supposent la plupart des critiques allemands modernes, dans là formation de la théologie juive, nous sommes loin de la méconnaître; elle est un fait incontestable, et tout nous porte à croire qu’elle se fit sentir principalement dans les temps qui précédèrent l’affranchissement d’Israël par les Maccabées. Nous ne pouvons pas cependant nous contenter des considérations générales auxquelles on s’arrête d’ordinaire sur ce sujet. Deux questions doivent, ce nous semble, être examinées avec soin : Que faut-il entendre par cette action du mazdéisme sur le judaïsme? et de quelle manière s’est-elle exercée sur la théologie juive?
Les éléments mazdéens qui ont pénétré dans les croyances juives n’y ont pas été importés par une espèce d’emprunt. Rien ne nous autorise à supposer que les docteurs juifs, frappés de ce qui dans les doctrines persanes pouvait s’accommoder à l’ensemble de leurs propres doctrines et les compléter en quelque sorte, aient adopté purement et simplement ces théories , et les aient transplantées, sans autre forme de procès, dans leur théologie. Grande ou petite, restreinte ou étendue, peu importe, l’action du mazdéisme sur le judaïsme ne s’est pas produite avec celte brutalité. On peut affirmer, en thèse générale, que les idées ne passent pas toutes faites et en bloc d’une nation à une autre, quelque affinité qu’il puisse exister entre leurs institutions religieuses. Une conception étrangère n’est jamais adoptée par un peuple qu’après qu’il se l’est assimilée par un travail d’appropriation plus ou moins considérable. Il n’y a pas d’autre mode de propagatiôn pour les idées.- (]e travail d’assimilation, bien différent d’un emprunt pur et simple, suppose que la croyance ainsi élaborée s’est plus ou moins transformée. Comment aurait-elle pu autrement s’accommoder au
génie particulier du peuple qui se Test appropriée, et s’adapter à l’ensemble de ses croyances?
Et c’est ce qu’on voit dans les diverses doctrines juives qui ont subi dans leur formation une influence mazdéenne plus ou moins prononcée, par exemple, dans la démonologie et l’angélologie, ou encore, jusqu’à un certain point, dans les idées apocalyptiques. Ces doctrines ne sont nullement identiques aux croyances persanes correspondantes, et, d’un autre côté, elles ont leurs germes dans l’bébraïsme. Sans l’action du mazdéisme, elles n’auraient pas pris les développements qui les caractérisent ; mais il faut ajouter aussitôt que si elles n’avaient pas eu quelques raisons d’étre, ou, pour mieux dire, si elles n’avaient pas eu des antécédents dans les idées hébraïques, aucune influence étrangère n’aurait pu les faire naître. En un mot, le mazdéisme a fait éclore des doctrines en germe dans l’hébraïsme; il ne les a pas produites lui-rnéme, et l’action qu’il a exercée sur leur formation n’a pas empêché l’esprit juif de les marquer fortement à son empreinte.
L’influence des doctrines persanes sur le judaïsme ne put se faire sentir directement ([ue
ÜES üOCTHiiNES RELIGIEUSES DES JUIFS Ü5
parmi les Juifs de la Babyloiiie ; c’est par leur inlermédiaire qu’elle arriva dans la Palestine. Elle s’exerça d’autant plus facilement que les Juifs babyloniens vécurent toujours dans de très-bons rapports avec les Perses. Déjà, au moment de la conquête de la Babylonie par Cyrus, les déportés du royaume de Juda saluèrent les vainqueurs comme leurs libérateurs. Se liguèrent-ils avec eux contre les Chaldéens, leurs ennemis déclarés depuis plus d’un siècle, les destructeurs de leur temple et de la cité sainte ? Leur rendirent-ils seulement quelques-uns de ces services qui, quelque légers qu’ils puissent paraître, assurent le succès d’une armée au milieu du pays qu’elle envahit? L’histoire n’en dit rien ; mais on peut le croire,* à en juger par la bienveillance que Cyrus leur témoigna et qui ne se démentit jamais chez scs successeurs. Quoi qu’il en soit, les Juifs trouvèrent des amis, presque des frères, dans les vainqueurs. On ne peut s’étonner que, dans les rapports continuels qui s’établirent entre les deux peuples, les enfants d’Israël, comparant la religion des Perses au culte grossier des Chaldéens, n’aient appris à l’estimer et n’aient fini par se pénétrer de celles de leurs doc-
Irines qui offraient des analogies avec leurs propres croyances ou qui pouvaient s’unir avec elles. Les Perses, de leur côté , ne paraissent pas avoir eu moins d’estime pour la religion mosaïque. Il est certain que plusieurs de leurs croyances religieuses *se teignirent d’un reflet bien marqué de celles des Juifs *.
Cette pénétration réciproque des conceptions religieuses des Juifs et de celles des Perses s’accomplit avec d’autant plus de facilité que la religion des uns et celle des autres sont, de toutes les religions de l’antiquité, celles qui offrent entre elles la plus grande ressemblance. Comme les Juifs, les Mazdéens admettaient l’unité de Dieu comme eux encore, ils avaient en horreur toute représentation sensible de la Divinité ». La législation des uns, aussi bien que celle des autres, av^it eu également pour but
1. Avesta, die hcHUjen Schriflcn lier Parsen, Irad. |»ar Fr, Spiogel, t. I, p. 269-276.