Eusèbe, Prœpar. evang.^ viii
» au contraire, qui ont moins de pénétration et de » jugement, s’attachent à la lettre des Écritures » et se persuadent que Moïse n’a pas fait preuve » d’une haute sagesse. »
Avec une méthode d’interprétation qui permet de découvrir sous le sens littéral un sens caché, accessible seulement aux intelligences d’élite, il était facile à Aristobule de trouver dans le Pentaleuque toutes les théories philosophiques qu’il lui plaisait d’y voir. Nous avons peu de détails sur les résultats auxquels il était arrivé. Nous voyons seulement, dans les fragments qui nous restent de son ouvrage, qu’il regardait les- anthropomorphismes comme des expressions figurées qu’on ne doit pas prendre à la lettre, et qu’il admettait, comme l’auteur de la Sapience , un être intermédiaire entre Dieu et le monde, être intermédiaire qu’il appelle parfois la Sagesse et plus souvent la Puissance ou la Vertu divine ‘. Mais ces traits suffisent pour nous apprendre qu’il marcha dans la voie commune du judaïsme alexandrin, et nous savons
1. 0s\a B'uvafitç. Eusèbc, Prœpar. eoang.^ vil\ 14, viii, 6 et 40; XIII, 42; ix, 6.
OÙ cette voie condait. Ce qui le distingue principalement dans le mouvement que nous étudions ici , c’est d’abord d’avoir poussé jusqu’à son gxtrême limite la fusion de la philosophie grecque et des croyances juives ; c’est ensuite d’avqir décidément établi que la méthode d’interprétation allégorique était la seule qui pût convenir à la science du judaïsme alexandrin. Cette méthode, on l’avait employée, avant lui, comme un expédient utile ; on en a la preuve dans plusieurs passages de la Sapience ; après lui, on s’en servit avec connaissance de cause. Philon , qui n’en ' connut pas d'autre, la légua aux Pères de l’Église, et pendant des siècles elle a largement contribué à égarer les esprits.
C’est aux écrits de Philon qu’il faut demander l’expression la plus complète, le dernier mot du judaïsme alexandrin. Cet homme, dont l’influence a été beaucoup plus considérable qu’on ne l’a cru jusqu’ici, ne fit en réalité que tirer les conséquences des principes déjà posés et que lier ensemble les idées encore flottantes et incertaines de ses prédécesseurs. Toutes les parties de son sys-
tème sont en germe dans la Sapience, dans Aristobule et sans doul£ dans d’autres écrits judéo-alexandrins qui ne sont pas parvenus jusqu’à nous.
On avait montré que Dieu est d’une nature trop pure pour qu’on puisse le représenter sous dçs images humaines ; poussant plus avant dans celte voie, il établit qu’il est trop au-dessus de l’intelligence humaine pour qu’on puisse lui appliquer une détermination quelconque ; l’esprit de rhonime peut arriver à savoir qu’il est, mais jamais à connaîü*e ce qu’il est *.
L’auteur de la Sapience avait assuré que le corps borne les facultés intellectuelles ; il fit un pas de plus, et il le donna pour la cause de l’erreur * et des passions, pour la source du mal moral. Le corps est pour lui la prison de l’âine^ ;
Oi xf,ç çy'jecijç aùtou ôia^vCivat ôyvaxat, Lf^g. AUegor, III § 73. Kaxà îidlaaç tSiaç i)caxa?.T^7:Toç 0 î6î. De somniis l, § 11 ; De Mbnarvh. i% \ ; De prœmiis et pœnis § 6 et 7; quod Deus immutab. § 13, etc.
2. Aftiov ôè TTjç (ivEni(rcrj(xocryvrjÇ |j.6yi(jTov f, adpÇ xa( î) î:p6ç adpxa otxeftüatç. De Gigant. § 7; Leg. Allcgor. iii, § 22.