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Des doctrines religieuses des juifs pendant les deux siècles antérieures à l'ère chrétienne

Depuis quelques années, l’histoire du judaïsme pendant les deux siècles antérieurs à l'ère chrétienne est étudiée, dans les plus hautes régions de la science allemande, avec une ardeur infatigable. Déjà plusieurs ouvrages remarquables à la fois par l’érudition étendue et par l’esprit critique de leurs auteurs; ont dissipé, du moins en partie, l’obscurité qui couvrait cette époque, naguère encore si peu connue et, on peut ajouter, si indifférente à la plupartdes historiens.

Qu’on ne s’étonne pas du puissant intérêt que cette etude présente aujourd’hui. Il n’y en eut jamais de plus légitime. C’est du sein du judaïsme qu’est sorti le christianisme, et s’il a quelque part des antécédents directs et immédiats, c’est là qu’il faut les chercher.

L’ancienne théologie ne jetait un coup d’œil, en passant, sur ces temps, que dans des vues d’apologétique. Elle ne leur demandait qu'un tableau général, et par cela même pcd exact dans plusieurs de ses parties, de la décadence religieuse du peuple d’Israël, pour tirer de sa comparaison avec la religion nouvelle une preuve, non pas seulement de la supériorité, dans tout état de cause incontestable, du christianisme sur le judaïsme, mais encore et surtout de l'origine miraculeuse du premier qui, sans une intervention surnaturelle spéciale, n’aurait pas pu se dégager d'un milieu si complètement incapable de le produire. Pour ce dessein, une connaissance superfi-

il PRÉFACE.

cielle de l’état religieux des Juifs au moment qui vit

naître la religion chrétienne lui suffisait ; à la rigueur,

les livres du Nouveau Testament pouvaient lui fournir

les indications nécessaires, et c'est à peine si on les '

complétait par quelques citations empruntées au

Talmud.

La théologie moderne a été entraînée par l’esprit critique de la science actuelle à se proposer un but quelque peu différent dans l’étude de cette dernière période de la vie du peuple d'Israël. C’est un principe généralement admis aujourd’hui qu’il ne s’est produit aucun événement important dans le monde sans avoir été longuement préparé par une succession de faits plus ou moins analogues et tendant tous à lui comme à leur dernière conséquence et à leur forme la plus complète. Le christianisme, l'événement le plus considérable de l’histoire tout entière, fait-il exception à la règle- commune? N'a-t-il été préparé par aucune manifestation de même nature du sentiment religieux? On ne saurait le prétendre. L’Église chrétienne ne l’a jamais tenu pour un fait isolé. Elle s’est appliquée de tout temps à faire converger vers lui tous les grands événements du monde antique, dont les uns ont préparé sa naissance et les autres ont contribué à rendre sa propagation plus facile. C’est, dans tous les cas, une croyance générale que la Nouvelle Alliance a ses racines dans l'Ancienne et qu’elle n’en est à la lettre que le plus parfait développement.

A vrai dire., le principe de l’évolution historique ne trouve nulle part de confirmation plus manifeste que dans l’ensemble des documents sacrés sur lesquels se fonde la religion chrétienne. De Moïse à Jésus- Christ se montre, avec une évidence éclatante, une

PRÉFACE. ni

marche toujours croissante de l’idée religieuse. Le prophétisme est le mosaïsme spiritualisé, si l’on peut ainsi dire, et le christianisme, à son tour, est le prophétisme poussé au suprême degré du spiritualisme. Cette manière de considérer l'histoire du monothéisme biblique n'était ni contraire, ni même étrangère à l’ancienne théologie. Mais tandis qu’elle constatait les antécédents les plus lointains du christianisme et qu'elle le voyait naître dans le mosaïsme et grandir dans le prophétisme, elle ne trouvait plus, après que la voix du prophète s’était éteinte, qu’une décadence marquée et elle n’apercevait dans la synagogue qu’une opposition de plus en plus décidée aux principes qui devaient triompher dans les enseignements de Jésus-Christ et de ses apôtres.

Est-il possible cependant qu'il y ait eu une lacune de cinq siècles dans le développement de l'idée religieuse? Cette interruption serait, dans tous les cas, d autant plus étonnante que c’est précisément pendant le temps dans lequel on ne trouverait plus le moindre antécédent du christianisme, que le monothéisme règne sans contestation parmi les enfants d’Israël, autrefois presque toujours rebelles à la voix des prophètes. Ce n'est donc pas sans quelque apparence de raison qu’on cherche dans le judaïsme des deux siècles immédiatement antérieurs à notre ère les manifestations religieuses qui ont préparé l 'avènement de la religion chrétienne et les origines les plus prochaines, non pas sans doute de son idée fondamentale qui remonte bien plus haut, mais de la manière dont elle s’est annoncée dans l’histoire. Les formes primitives sous lesquelles elle s’est produite, celles qui ont été propres à ses premiers développements,

iv l'IU'CACE.

doivent avoir leur explication dans les dernières

formes religieuses du judaïsme 1 .

Le christianisme eût-il été simplement une réaction, dans l’esprit de l’antique prophétisme, à la théologie de la synagogue, il aurait dû encore tenir compte, dans la manière dont il s’annonça, de la science religieuse qu’il venait renverser, et adapter ses arguments et son langage aux adversaires qu’il avait à combattre. La même idée religieuse se serait produite certainement sous une autre forme dans un autre milieu et en face d’une opposition différente. C’est ainsi que la cause de la liberté a revêtu dans la révolution anglaise d’autres formes que dans la révolution française, par la seule raison que les antécédents et le milieu n’étaient pas les mêmes pour l’une et pour l’autre.

On peut supposer que l’action du judaïsme sur la manière dont l’idée chrétienne s’est présentée dans l’histoire va même encore plus loin. De même qu’il est tel fait de la révolution française qui a sa cause occasionnelle, si l’on veut nous permettre cette expression, dans tel autre fait de l’ancienne monarchie, ainsi il est certains mouvements de l’histoire primitive du christianisme qui ont dû être déterminés par des circonstances particulières au judaïsme et dont les résultats se seraient réalisés, dans une autre position, par des voies différentes. Nous pouvons en citer un exemple frappant. On connaît l’opposition qui éclata entre ceux des premiers chrétiens qui, inclinant à ne voir dans le christianisme qu’un mosaïsme perfectionné, étaient par cela même peu portés à le détacher

• Hilgenfeld, Zeitschrift für wissenschafl, théologie, t. i, p. 16 ,

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