‹ Des doctrines religieuses des juifs pendant les deux siècles antérieures à l'ère chrétienneChapitre 27 sur 56 · G DUS DOCTRINES RELIGIEUSES DES JUIFS · texte numérisé non relu

G DUS DOCTRINES RELIGIEUSES DES JUIFS

55. Je célèbre le ciel, qui s’est produit lui-méme; le temps infini, l’air qui agit là-haut.

5G. Je célèbre le vent, le rapide vent qu’a créé Ahura-Mazda, et Spcnta-Armaiti, la charmante fille d’Ahura-Mazda ;

57. Je célèbre la bonne loi mazdéenne, la loi de Zarathustra contre les Daévas. »

Il estévident que la parole saintedesvcrscts A8ct 5/i est autre chose que la bonne loi mazdéenne des versets A 2 et 57 ; ce n’est donc pas une expression figurée pour représenter cette loi mazdéenne. Elle estappelée, au verset A 8, l’âme du fer ver d’Ormuzd ; on peut en conclure que, dans ce système, elle avait une certaine existence par elle- môme, et qu’elle était regardée en quelque sorte comme un être. Mais séparée d’Ormuzd, dans la première partie de ces litanies, par un terme, le ferver de ce principe du bien, et, dans la seconde partie, par deux termes, Mithra et Çraosha, elle n’est, ni au verset A 8, ni au verset 5A, la première manifestation d’Ormuzd ; et cela suflit déjà pour la distinguer du Verbe juif. Ce n’est pas tout : la création ni aucune des autres fonctions qui lui appartiennent dans le système juif, ne lui sont attribuées ici, pas

plus d’ailleurs qu’à Mithrn, qu’à Çraosha et qu’au ferver du bon principe. Le véritable créateur do tout ce qui est bon est Ormuzd lui-môme, comme le père de tout ce qui est mal est Alnlmnn. Ajoutons enfin qu’au jugement de M. Spicgel, tout ce passage est probablement une interpolation '. En l’absence de tout autre enseignement analogue dans le Vendidad , ce passage suspect, renfermât-il quelque idée voisine de la doctrine juive du Verbe, ne saurait avoir une valeur décisive.

Voudrait-on insister sur ce fait que du moins le même terme est dans les deux théologies ? A quoi bon, puisque ce terme ne présente pas dans l’une la même idée que dans l’autre, et que les Juifs n’avaient pas besoin d’emprunter aux mazdéens une locution qui, ainsi que nous le ferons voir plus loin, leur était donnée par leurs propres livres saints ?

Une étude plus approfondie des documents religieux de la religion mazdéenne donnera-t-elle raison à Anquetil-Duperron et à tous ceux qui l’ont pris pour guide? 11 serait peut-être téméraire de

> Vendidad übers., von Spiegel , t. 1 er , p. 242.

198 DES DOCTRINES RELIGIEUSES DES JUIFS, se prononcer dans un sens ou dans un autre, quoique nous penchions fortement pour la négative. Mais à quelque résultat que doive arriver sur ce point la philologie orientale, il est certain ïjue, pour le moment et dans l’état actuel des connaissances. il est impossible de trouver dans la religion mazdéenne des antécédents positifs et directs de la doctrine juive du Verbe.

2° Est-on plus fondé à faire dériver cette doctrine de quelque théorie platonicienne analogue? C’est ce que nous allons examiner. Et d’abord écartons une erreur souvent répétée et née d’un malentendu : on a voulu conclure du Logos de Platonau Logos de Philon. Une connaissance, même légère, des écrits du philosophe grec suffit pour montrer qu’il n’y a rien de commun entre les notions que représente ce mot dans l’un et dans l’autre. Dans le langage platonicien, le Logos ne désigne ni l’ordonnateur, ni le conservateur du monde, ni à plus forte raison le révélateur des vérités divines, dans le sens propre du mot, et l’intercesseur des hommes auprès de Dieu ; partout et toujours il est la raison en général. Tel est le sens qu’il a dans Platon et dans toute son école; même

DES DOCTRINES RELIGIEUSES DES JUIFS. 199 encore dans Plutarque il n’en a point d’autre Il en est de même pour les stoïciens qui se servent aussi de cette expression. Les qualificatifs qu’ils lui joignent ne laissent aucun doute sur le sens qu’ils lui donnent : c’est ainsi qu’ils désignent lu droite raison par épGcç ).cycç, le sens commun par xa voq >■75;, les lois qui régissent le monde par Àsyct mpuartxci. 11 n’y a rien dans tout cela qui rappelle le Logos de Philon.

Les partisans de l’origine platonicienne de la doctrine juive du Verbe ont coutume d’en appeler à un passage de l’Épinomis* et à la phrase qui termine la sixième des lettres attribuées à Platon’. Ces deux citations ne sont pas sérieuses. En détachant du contexte le passage de l’Épinomis, on lui donne un sens qu’il n’a pas. Dès qu’on le rapproche de ce qui le précède et de ce qui le suit, on s’aperçoit que le mot logos est pris ici dans l’ac-

• De Is. et Osir., § 68.

s Platonis opéra , Comm. M. Ficini, Lupduni, 1590, p. 702, c., et Œuvres de Platon , trad. par V. Cousin, t. xm, p. 21.

1 Platonis opéra, même édit., p. 711, et irad. de M. Cousin. t. xiii, p. 74.

ccption qu’il a dans toute l’école platonicienne et qu’il signifie la raison en général. Quant au passage de la sixième lettre, comment peut-on le faire intervenir dans la discussion qui nous occupe, quand il est démontré que cette sixième lettre est postérieure à l’ère chrétienne 1 ?

S’il n’v a aucune analogie entre le Logos de Platon et celui du philosophe juif, il est cependant incontestable que le philosophe grec admet, aussi bien que les alexandrins et que les paraphrastes chaldaïques, un être intermédiaire entre Dieu et le monde ; mais cet être intermédiaire est fort différent de celui des Juifs. C’est dans le Timée que cette théorie est exposée. En voici les traits essentiels. Avant la production des êtres contingents et périssables qui devaient peupler notre terre. Dieu commença par former le monde, qu’il anima en plaçant en lui une âme faite de trois essences, l’une indivisible, appartenant au divin, une autre divisible, provenant de la matière désordonnée, et une troisième tirée de la fusion des deux préeé-

i Voyez sur celte lettre la remarque de M. Cousin dans sa traduction de Plalon, t. xm. p. 229.

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