PRÉFACE
l’idée religieuse des prophètes qu’avec des développements qui lui appartiennent en propre 1
Il n’est pas jusqu'à l’esprit même du christianisme qui n’ait eu, dans les temps immédiatement antérieurs, quelques antécédents, rares sans doute, mais bien marqués. Il y a, on ne saurait le nier, un abîme entre la tendance religieuse qui dominait dans la synagogue et celle qui caractérise l’enseignement de Jésus - Christ. Tandis que les docteurs juifs ne parlent que de l’accomplissement de la loi, sans s’inquiéter beaucoup du sentiment qui y préside, le fondateur de la religion nouvelle ne prend en considération que le principe intérieur de nos actes 1 et recommande avant tout la pureté de l’àme*. L’opposition entre les deux systèmes est radicale. D’un côté on veut réglementer la vie tout entière; à chacun des mille incidents divers de l’existence humaine on impose une prescription positive ; on enlève la détermination morale aux décisions de la conscience pour la soumettre à une jurisprudence souvent arbitraire; l’homme n’a plus d’autre guide et d’autre maître que les articles d’un code; c’est un véritable automatisme moral. De l’autre côté, au contraire, on renvoie l’individu à son sens moral, à la seule condition que ce sens moral soit purifié, et à l’inspiration de sa conscience, pourvu qu’au préalable l'instinct du bien l’ait emporté en lui sur les penchants égoïstes’ et grossiers; en d’autres termes, il s’agit ici d un principe intérieur de vie; que ce principe soit pénétré d’abord de l’amour de Dieu, de l'idéal du bien moral, et l'homme aura en lui-méme
1 Matth. '.x, 17, 21, 27, 34, 38, 42 ; vi, 3, 17.
2 Uatth., v, 8 ; Luc., xi, 34, 36.
PRÉFACE. vil
son propre législateur. Mais cette opposition n'était pas tout à fait nouvelle; elle avait déjà divisé les écoles juives avant la naissance du christianisme. Le formalisme et la tendance légale avaient soulevé plus d une fois des protestations; et quelque soin que les docteurs de la loi se soient donné plus tard pour effacer les traces de l’enseignement comparativement libéral et spiritualiste des Hillel, des Gamaliel et de bien d’autres encore, il reste cependant assez de témoignages pour qu’on puisse entrevoir que, dans les siècles antérieurs à 1ère chrétienne, le spiritualisme du prophétisme avait des représentants et que, de même qu’autrefois pendant les plus mauvais jours de la royauté, il y avait eu sept mille hommes qui n’avaient pas fléchi le genou devant Baal 1 , il se trouva, à côté des scribes et des pharisiens formalistes et hypocrites, de véritables israélites dans lesquels il n’y avait nulle fraude’.
Les considérations que nous venons de présenter, quelque sommaires qu’elles soient, nous obligent à reconnaître. ces deux faits : 1° qu’il y a dans le judaïsme antérieur à 1ère chrétienne diverses manifestations religieuses qui ont contribué à préparer l’avénement du christianisme et qui servent pour ainsi dire de lien entre celui-ci et le prophétisme ; 2° que la forme historique de la religion nouvelle, c’est-à-dire la manière dont elle s’est produite dans l’histoire a été déterminée en partie par le milieu dans lequel elle est née et par les antécédents auxquels elle se rattache. Il résulte de là qu’il importe, dans
» 1 Rois, xix, 18.
’ Jean, i, 48.