DES DOCTRISES RELIGIEUSES DES JUIFS
Les enfants d’Israël doivent-ils seuls jouir du bénéfice de la résurrection des corps? Nous ne trouvons dans le second livre des Maccabées aucun passage qui puisse donner une solution précise à cette question. Les menaces que les sept martyrs font entendre à Antiochus Épiphanes ne se rapportent qu’aux choses de cette vie; mais il serait peut-être téméraire d’en induire que la punition divine ne doit pas, dans l’esprit de l’écrivain juif, aller au delà. Nous ne voudrions pas trop insister non plus sur les paroles du quatrième martyr, qui déclare à son persécuteur qu’il n’y aura pas pour lui de résurrection de vie 1 ; car, à la rigueur, cette déclaration pourrait signifier seulement qu’Antiochus n’a pas à espérer un sort heureux dans la vie future. Cependant, l’impression générale que l’on rapporte de la lecture de ce chapitre vu, c’est que, dans l’opinion de l’auteur, la résurrection des morts est réservée aux seuls enfants d’Israël fidèles à la loi de Dieu *.
1 Xot àviu roiait ii( Çwov o-jx carat ; 2 JUacCttb., VII, 14. Comp. ibid, ., xii, 44.
• Le quatrième livre des Maccabées annonce, au contraire, que le méchant est menacé de tourments qui doivent servir à
Quant à l’époque à laquelle elle doit avoir lieu, on peut la voir indiquée dans les mots sv tû èXéet ; les morts ressusciteront au temps de la miséricorde, c’est-à-dire au commencement du règne du Messie. L’auteur du Livre de Daniel place au même moment ce grand événement.
Il est encore question de cette croyance dans deux autres passages de ce livre (xii, 44 et 45, et xiv, 46). Encore ici elle nous est présentée comme l’espérance et la consolation des fidèles israélites qui combattent ou qui meurent pour la défense de la religion nationale. La forme du verset 45 du chapitre xu semble impliquer qu’elle n’était pas généralement reçue parmi les descendants d’Israël et qu’elle était particulière à un nombre plus ou moins limité de Juifs. D’un autre côté, nous savons qu’elle faisait partie des doctrines des pharisiens. C’est ce que nous apprend Josèphe '. Le
sa purification (x, 15 ; ix, 9; xiii, 15). Ce livre est d’une date postérieure au deuxième livre des Maccabées, dont il n’est du reste qu’un remaniement développé.
1 Guerre des Juifs, n, 8. 12; ni, 8; Antiq,, xvm, 1, 2; Actes, xxni, 8. Josèphe représente la doctrine des pharisiens sur l'âme comme une espèce de métempsychose. Mais il est naturel de croire qu’il ne se servit de cette manière de parler
Nouveau Testament rend le même témoignage à cette secte. Enfin le Talmud, qui est son œuvre, enseigne partout cette doctrine de la résurrection des corps.
Tout nous porte à croire que c’est dans les écoles des pharisiens que cette croyance se développa. « C’est par elle, nous dit Josèphe *, qu’ils acquirent une si grande autorité parmi le peuple, qu’il suit leurs opinions dans tout ce qui regarde le culte divin et les cérémonies religieuses. » On peut croire que leur patriotisme, sentiment toujours et partout si bien accueilli de la multitude, ne contribua pas peu à consolider leur influence. Les pharisiens jouèrent certainement un rôle considérable dans le mouvement national excité par la persécution d’Antioehus Épiphanes, ou, pour mieux dire, ce fut probablement à cette époque que les Juifs fervents, attachés à la fois à l’indépendance de leur pays et aux traditions qui s’étaient formées depuis la restauration de la na-
que pour se faire comprendre des Grecs, auxquels la doctrine de la résurrection des corps était entièrement inconnue. Actes, xviii, 32.
1 Antiquités, xvm, 2.
DES DOCTHINES RELIGIEUSES DES JUIFS. 331 tion, se rapprochèrent dans un commun danger, serrèrent leurs rangs et constituèrent cette secte qui se trouve naturellement opposée à tous ceux qui, moins décidés ou moins enthousiastes, balancèrent à prendre les armes contre un maître puissant. Depuis le retour de la captivité, il s’était fait sans aucun doute un travail parmi les docteurs d’Israël, touchant les choses religieuses. 11 éclata tout d’un coup au dehors au moment que les plus fidèles d’entre les Juifs se levèrent pour reconquérir l’indépendance du peuple et sauver ta religion nationale. C’est du moins alors que se montre pour la première fois la croyance à la résurrection des corps. Elle ne prit pas naissance tout d’un coup à cette occasion ; ses racines doivent naturellement s’enfoncer dans le passé. Mais ce qui n'avait été jusqu’à ce moment qu’un objet de spéculation pour les docteurs de la loi, prit une nouvelle vie, en devenant une espérance pour les opprimés et un encouragement pour ceux qui combattaient pour la cause de Dieu.
Telle fut la première manifestation de cette doctrine. Comment s’était-elle formée dans les écoles de la Palestine?