‹ Des doctrines religieuses des juifs pendant les deux siècles antérieures à l'ère chrétienneChapitre 46 sur 56 · IV · texte numérisé non relu

IV

C’est dans la Babylonie que la plupart des théologiens placent l’origine de cette doctrine,

3Z|2 DES POCTRIKES RELIGIEUSES DES JUU’S, qu’ils regardent comme une importation du mazdéisme dans le judaïsme. Avant de discuter cette opinion, il est un fait préliminaire à examiner. L’idée de la résurrection des morts faisait-elle partie des croyances des Perses? On a prétendu que primitivement elle leur fut inconnue, et qu’elle ne pénétra chez eux que longtemps après avoir été généralement reçue parmi les Juifs, et l’on a tiré de là cette conclusion qu’elle était passée, non des mazdéens aux Juifs, mais des Juifs aux mazdéens'.

Il est impossible de ne pas reconnaître que le silence du Vendidad sur cette doctrine 2 prouve qu’elle était étrangère aux mazdéens à l’époquo où ce livre fût rédigé. Les autres anciens écrits attribués à Zoroastre ne contiennent rien de plus sur ce sujet. Le Boundehesch seul parle souvent et longuement de cette croyance; mais on ne peut ici tenir compte des déclarations de ce livre, postérieur, et de beaucoup, à l’ère chrétienne. On prétend, il est vrai, qu’il contient un grand nombre de

• Ilævernick a soutenu cette thèse dans son Commentaire sur Daniel.

1 11 est inutile de faire remarquer qu’il ne faut pas s’en rapporter à la traduction d'Anquetil-Duperron.

DES DOCTRINES RELIGIEUSES DES JUIFS. 343 fragments antiques, dans lesquels on trouve des indications valables sur les croyances mazdéennes primitives 1 . JJais tant que ce livre, mélange évident, d’opinions empruntées à différentes religions et de dates fort diverses, n’aura pas été soumis à une critique sévère, peut-être impossible, il serait téméraire d’invoquer son témoignage, quand il s’agit de déterminer l’ancienne théologie des sectateurs de Zoroastre. Son emploi légitime doit se borner à constater et à décrire le mouvement religieux qui s’accomplit parmi les Perses au in* et au iv* siècle de l’ère chrétienne.

Mais si la doctrine de la résurrection des morts n’a pas, chez les mazdéens, la haute antiquité qu’on lui a longtemps supposée, elle est cependant antérieure à l’époque qui nous en montre des traces bien marquées dans le Livre du prophète Daniel. Elle régnait dans la Perse au moment qu’Alexandre de Macédoine s’en rendit maître. Nous en avons pour garant Théopompe, qui, dans

» Voir dans Studien und Kritiken, 1834, 2 e cahier, un article de M. J.-G. Müller, qui en appelle entre autres à ces fragments antiques du Boundehesch, pour réfuter l'opinion d’Hævernick.

344 DES DOCTRINES RELIGIEUSES DES JUIFS, trois passages cités dans différents auteurs, parle d’une manière fort claire de cette croyance comme particulière aux Perses. Dans un de ces fragments, conservé par Plutarque', il rapporte que, d’après eux, à la fin du temps que doit durer l’ordre actuel des choses, l’Adès sera vidé ou cessera d’exister 3 , et que les hommes vivront heureux, n’ayant plus besoin de nourriture et ne projetant plus d’ombre 3 . Dans un autre passage, cité par Diogène de Laërte, il dit que, selon les mages, les hommes rappelés à la vie serontimmortels 4 . Enfin, dans le troisième, rapporté par Enée de Gaza 5 , il raconte queZoroastre a prédit qu’il arriverait un moment où aurait lieu la résurrection des corps.

' De laide et Osiride, § 47.

’ Selon qu’on lit TtXot S’attoXeintaOou to» «Ss* ou W).of iï'inoUlaQu to» âSnv. La première leçon est celle qui est reçue dans la plupart des éditions de Plutarque.

* Cette expression indique évidemment que le corps ressuscité ne sera pas absolument semblable au corps terrestre. Comparez 1 Corinth., xv, 42-44.

* Prœmium ; avxStwixsaTat * arc/. TO'jf Msryouj friai Toù{ av0pÙ7rov{ xai eiriaQou «0avÙTOv(.

1 Dialogus de animi immortalitate, p. 177. Ce passage a été accueilli dans Theopompii Chii fragmenta, édit. Wischer, 1829, p. 160.

Que cette doctrine se soit répandue chez les Perses à la suite des modifications religieuses qui s’accomplirent sous le règne d’Artaxerxès , fils d’Ochus, ainsi que le suppose M. Spiegel’, ou, ce qui nous paraît plus probable, qu’elle remonte plus haut, peu importe à notre but ; il nous suffit de savoir qu’elle avait cours dans la Babylonie du temps de Théopompe, c’est-à-dire plus d’un siècle avant le moment où fut écrit le Livre du prophète Daniel. On ne peut pas, par conséquent, repousser, au nom d’une impossibilité historique, l’hypothèse qui place dans les croyances mazdéennes l’origine de la doctrine juive de la résurrection des corps.

Il ne suffit pas cependant de prouver que cet emprunt a été possible; les partisans de cette hypothèse ont encore à montrer qu’il a eu lieu. Voici sur quelles considérations ils s’appuient.

La doctrine de la résurrection des corps ne se produit, au milieu des Juifs de la Palestine, que depuis qu’ils ont pu la connaître chez les Perses, parmi lesquels elle était généralement reçue et avec lesquels il avaient des relations suivies. Elle

« Av esta, trad. par Spiegel. 1. 1 , p. 15, 16 et 32.

346 DES DOCTRINES RELIGIEUSES DES JUIFS, reste étrangère aux Juifs alexandrins, qui n’ont aucun commerce avec les mazdéens. Ces deux faits constituent une forte présomption en faveur de l’hypothèse que nous examinons. Il faut en ajouter un troisième qui vient les corroborer : c’est que cette croyance est exposée pour la première fois dans un écrit dont l’auteur ne connaît, en dehors de son propre pays, que la Babylonie et l’Assyrie, et qui se donne lui-même pour un disciple des sages de la Chaldée \

Ces considérations ont leur valeur, nous ne voulons pas le nier, mais elles ne vont pas jusqu'à donner le droit de conclure que la doctrine juive de la résurrection est tout simplement un emprunt fait à la religion des Perses. Elles indiquent seulement qu’il y a eu quelque action du mazdéisme sur le judaïsme dans la formation de cette doctrine au sein du peuple juif.

» Daniel, i, 4.

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