DES DOCTRIMES RELIGIEUSES DES JUIFS
Sans nous arrêter à faire de nouveau remarquer ici que les idées ne passent pas toutes faites et arrêtées d’une nation à une autre, comme les produits de l’industrie que transportent les caravanes, il nous suffira, pour établir que l’hypothèse d’un emprunt est insoutenable, d’attirer l’attention sur deux faits : 1° La croyance juive de la résurrection des corps n’est pas identiquement la même que celle des Perses. Tous les hommes doivent ressusciter, d’après ceux-ci; quelques-uns seulement, sans aucun doute les descendants d’Israël, selon le Livre de Daniel, et à ce qu’il paraît, les justes seuls, d’après le second livre des Maccabées', Dans la religion mazdéenne, la résurrection doit être suivie de la conversion et du salut des méchants. Cette idée d’un rétablissement final resta étrangère aux juifs, nous l’avons déjà indiqué ailleurs. S’il y avait eu un emprunt pur et simple, on aurait pris la doctrine avec tous ses accessoires; il n’en fut rien. On ne peut donc pas soutenir que cette idée ait passé tout d’une pièce du mazdéisme dans le
1 II est resté dans les traditions rabbiniques que la résurrection n’aura lieu que dans la Judée. Otho, Lexicon rabbin., p. 513.
judaïsme. 2° La doctrine juive ne s’est formée que peu à peu ; on peut suivre les principales phases de son développement. Elle est plus précise dans le second livre des Maccabées que dans e Livre de Daniel. Judas Maccabée y associe, par forme de complément, la prière pour les morts*. Enfin, à la résurrection partielle qui doit avoir lieu au commencement du règne du Messie, on ajouta plus tard une résurrection générale qui doit s’accomplir à la fin de ce règne 3 . Il y a là un travail de formation qui exclut toute idée d’emprunt, dans le sens exact du mot.
Il ne reste ainsi qu’une influence assez générale du mazdéisme sur le judaïsme, influence qui ne peut guère se déterminer que de la manière suivante. 11 est probable qu’à un certain moment, les docteurs juifs, frappés de la croyance mazdéenne de la résurrection des corps, furent conduits à la comparer avec la croyance juive du scheol, et que, la trouvant supérieure et plus satisfaisante, ils eurent l’idée, non sans doute de l’incorporer telle
1 2 Maccabée, xu, 45 et 46.