‹ Des doctrines religieuses des juifs pendant les deux siècles antérieures à l'ère chrétienneChapitre 49 sur 56 · VI · texte numérisé non relu

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Cette croyance juive ne doit pas cependant être considérée h part. Pour bien saisir sa formation et son développement , il ne faut pas la séparer de toutes les autres qui, à peu près à la môme époque et par suite des mêmes circonstances et des mêmes

1 11 ne faut pas être trop sévère pour l'exégèse rabbinique, quand tant de théologiens chrétiens ne savent pas résisler à l'inclination, du reste assez naturelle, de voir dans l’Écriture sainte ce qu’ils désirent y trouver ou ce qui est devenu une opinion générale et inévitable. Ainsi, par exemple, après n’avoir vu, pendant des siècles, dans les premiers chapitres de la Genèse que ce qu’il y a réellement, le récit de la création opérée en six jours, on a voulu, dès que la science a eu prouvé que l’organisation actuelle de notre globe était le résultat d’un long travail cosmique, transformer Moïse en un savant géologue et retrouver daus les termes, fort précis d’ailleurs, qu'il a employés, toutes les théories des Cuvier et des Élie de lieaumont.

besoins, naquirent ou prirent de nouvelles proportions. La persécution d’Antiochus Epiphanes provoqua dans la Palestine un grand mouvement religieux et politique. Il est difficile d’en bien saisir les traits de détail ; mais on en distingue assez nettement le caractère général, et on voit que presque tout ce qui a caractérisé depuis le peuple juif, date de ce moment. Les institutions, aussi bien que les formes nouvelles que prirent les croyances populaires et les tendances intellectuelles et morales qui se sont maintenues pendant tant de siècles, ont leurs racines dans cette époque de rénovation. La haine de la culture grecque', de cette culture qui dominait dans tout le monde civilisé, fut la première conséquence des efforts que fit le peuple juif pour secouer le joug de son persécuteur; elle le sépara des autres peuples plus que n’aurait pu le faire le particularisme de son culte et de ses lois; et tout en relâchant les liens

1 Les partisans de la culture grecque en Palestine nous sont représentés, et nous avons vu que c'est à juste titre, comme des traîtres disposés à vendre leur patrie à l’étranger ; tel est Jason, qui achète le souverain sacerdoce (175 ans av. J.-C.) ; tel est encore Alcime (162 ans av. J.-C.), qui est établi et soutenu par Démétrius dans celte même position.

DES DOCTRINES RELIGIEUSES DES JUIFS. 353 qui avaient pu exister jusqu’alors entre les Juifs de la Palestine et ceux d’Alexandrie, elle resserra ceux qui les rattachaient déjà à leurs coreligionnaires de la Babylonie. Ceux qui déployèrent l’ardeur la plus vive à combattre pour la religion nationale, furent naturellement les docteurs de la loi et le peuple ; ce sentiment commun les rapprocha, et, depuis ce moment, lespremiers eurent une influence immense sur les classes inférieures, reconnaissantes de leur patriotisme et de leur dévouement à la chose publique. L’opposition à la domination étrangère donna une valeur extrême à tout ce qui était juif. Les traditions acquirent l’importance exagérée qu’elles gardèrent depuis, même quand la cause qui avait fait naître ce sentiment eut cessé d’agir. Ce fut sans aucun doute alors que s’organisa la secte des pharisiens, secte qui, pour avoir mérité plus tard les justes reproches de Jésus-Christ, n’en fut pas moins, à son origine, distinguée par une piété réelle et un inébranlable attachement à la cause nationale. D’un autre côté, les hommes qui avaient déjà pris parti pour ladomination étrangère, comme aussi ceux qui, peu susceptibles d’entraînement ou retenus par leur position sociale et par une fortune

354 DES DOCTRINES RELIGIEUSES DES JUIFS, considérable, ou peut-être encore doutant de la puissance et des résultats de l’élan populaire, ne prirent aucune parta la guerre de l’indépendance, furent portés par cela même ù se soutenir mutuellement, à former une espèce d’opposition aux tendances des bouillants docteurs de la loi, et à jeter les premières bases d’un parti qui fut ensuite celui des sadducéens.

Au milieu de cette fermentation générale, les idées religieuses, éparses peut-être jusqu’alors, durent être rapprochées les unes des autres, et de ce rapprochement résulta, non pas sans doute une systématisation dans le sens propre du mot, mais une plus exacte détermination de chacune d’elles. Probablement aussi, certaines modifications destinées à les mieux accommoder les unes aux autres furent la suite de ce travail élémentaire. Il ne faudrait point s’exagérer l’importance de ce mouvement ihéologique. Quoiqu’il existât sans doute des écoles dans lesquelles on discutait, tant bien que mal sur le sens des prescriptions légales, la science rabbinique était encore dans l’enfance, et le travail dont nous parlons fut principalement l’effet de la surexcitation que les événements publics donnèrent

DES DOCTRINES RELIGIEUSES DES JUIFS. 355 à la conscience religieuse. Les diverses croyances populaires vinrent se grouper autour de la doctrine qui dons ce moment dominait tous les autres, doctrine qui était celle de l’attente du libérateur promis, et, en lui prêtant en quelque sorte leur appui, elles tirèrent d’elle une nouvelle vie.

La doctrine de la résurrection des corps devint, au point de vue juif, comme un postulat des espérances messianiques. Le Messie, qui devait reconstituer la famille d’Israël tout entière et recueillir dans son royaume les descendantsde Joseph comme ceux de Juda. ne serait-il le sauveur que des générations futures? Il ne pouvait se faire que ceux-là seulement que le hasard de la naissance aurait fait vivre à la fin des temps, fussent appelés h prendre part à sa victoire et à jouir de ses bienfaits, et que ceux qui avaient disparu depuis longtemps, que ceux surtout qui combattaient et mouraient en ce moment pour préparer l’avénement de son règne, fussent exclus de son royaume et ne fussent pas mis en possession de l’héritage des justes. Le Messie promis à tous les enfants d’Israël sans exception, c’était le libérateur des Juifs, autant de ceux qui avaient vécu autrefois que

356 DES DOCTRINES RELIGIEUSES DES JUIFS, de ceux qui vivraient à l’époque de sa venue.

La résurrection des morts était ainsi une conséquence nécessaire des espérances messianiques. Elle fut présentée d’abord comme le premier acte du Messie triomphant. Sous cette première forme, elle ne s’appliquait qu’aux Juifs, et c’est là la véritable doctrine juive de la résurrection des corps. A cette résurrection partielle, qui doit avoir lieu au commencement du règne du Messie, on ajouta plus tard une résurrection générale qui s’opérera à la fin de ce règne ; mois cette addition, à laquelle il nous est difficile d’assigner une date précise, pourrait bien être pour le moins autant le résultat de la haine de l’étranger que le fruit des spéculations subtiles de l’esprit rabbinique. Quoi qu’il en soit, c’est au moment le plus violent de la lutte contre la domination grecque, quand les espérances messianiques se réveillent le plus vivement dans la conscience, qu’apparaît dans la Palestine la doctrine de la résurrection des corps. Ces deux croyances sont inséparables ; la première appelle la seconde qui la complète. Elles furent sans le moindre doute le plus puissant encouragement de ceux qui prirent les armes pour leur culte et

DKS DOCTKINES BELIGIEUSBS DES JUIFS. 357 pour leur indépendance. Il est digne de remarque qu’elles restent également étrangères aux Juifs alexandrins qui ont quelque peu oublié la mèrepatrie, et qui, dans leur point de vue cosmopolite, se contentent des idées plus humaines de l’immortalité de l’âme et du triomphe définitif d’une morale philosophique. Elles forment, au contraire, une partie très-importante du système théologique des pharisiens, c’est-à-dire du parti qui fut toujours à la tête du mouvement populaire en faveur de l’affranchissement de la Judée.

Tout semble donc concourir à nous faire voir dans cette croyance de la résurrection des corps, comme d’ailleurs dans celles qui la supposent ou qui se rattachent à elle par quelque lien logique, un produit du mouvement politique et religieux que fit naître la persécution d’Antiochus Epiphanes. Qu'elle ait été auparavant en germe dans quelque école rabbinique; que, dans sa conception primitive, elle ait été inspirée par quelque souvenir de la doctrine correspondante des mazdécns, il serait difficile de le méconnaître ; mais elle dut son importance aux circonstances dans lesquelles se trouva le peuple juif vers le milieu du second siècle

358 DBS DOCTRINES RELIGIEUSES DES JUIFS, avant l’ère chrétienne, et qui entraînèrent ses docteurs dans un ordre d’idées dans lequel elle eut sa place marquée. La plus large part dans la formation réelle de cette croyance doit être laissée au développement intérieur, sans lequel l’influence étrangère et première serait restée stérile. Le peuple juif, dans un de ces moments qui font époque dans son histoire, s’assimila sans doute quelques éléments étrangers qui complétaient ses opinions propres et répondaient à ses besoins spirituels; mais, en se les assimilant, il les modifia et les. accommoda à l’ensemble de ses croyances. Encore faut-il ajouter qu’il ne put se les approprier qu’autant qu’il trouvait dans ses traditions, dans ses antécédents et dans ses livres saints, des points auxquels ils pouvaient se rattacher, et dont ils n’étaient, du moins à ses yeux, que des expressions nouvelles ou des conséquences naturelles.

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