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L. Bertholdt, Christologia Judceorum

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quelle dans les doctrines de leur nation, mais de rechercher plus exactement ce que leurs livres saints enseignent sur ce point. Nous essaierons plus tard de déterminer en quel temps et sous quelle action se fit ce travail, 11 nous suffit ici d’indiquer quelle put être l’influence du mazdéisme. Elle n’alla pas au delà du désir que les docteurs juifs conçurent, à la vue d’une doctrine si consolante, de la retrouver dans les'écrits de Moïse et des prophètes.

Sous l’impression de ce sentiment, il ne leur fut pas difficile d’y voir des faits et même des enseignements, desquels on pouvait la tirer par quelque espèce de déduction, ou du moins auxquels il était possible de la rattacher avec quelque apparence de raison. Tant que les esprits enfermés dans l’antique point de vue que la piété trouve sa récompense , et l’impiété sa punition sur cette terre, n’avaient eu aucune idée plus relevée, ils ne s’étaient pas arrêtés à ces passages de leurs livres saints d’une manière particulière ; ils n’avaient même jamais pensé à la possibilité d’en tirer des conséquences presque indiquées à la curiosité de l’intelligence. Il n’en fut plus de même du moment que l’attention

350 DES DOCTRINES RELIGIEUSES DES JUIFS, eut été éveillée par la doctrine mazdéenne. L’exégèse rabbinique, possédée déjà de la manie des subtilités, qui fut toujours son caractère distinctif , finit par trouver à chaque page de l’Écriture une idée que pendant des siècles elle n’avait vue nulle part. Peut-être y eut-il déjà à cette époque un docteur juif assez clairvoyant pour entrevoir que le Dieu d’Àbraham, d’Isaac et de Jacob n’est pas le Dieu des morts, muisle Dieu des vivants*. Ce qui est plus certain, c’est qu’on regarda la disparition d’Hénoch (Gen. v. , ‘21’) , l’évocation de l’ombre de Samuel (Sam., xxvm, 7-20) et l’ascension d’Élie au ciel (2 Rois, ii, 11) comme des indications que l’homme passe dans une autre vie avec son corps*. Rattachant ensuite les inductions qu’on pouvait tirer de ces faits à de passages tels que ceux d’Ésaïe (xxvi 18 et 19) et d’Ézéchiel (xxxvii, 1-14), on eut une espèce de démonstration scriptuaire de la doctrine de la résurrection des corps, démonstration

i Math., xu. 32. — Lessing, Éducation de l'humanité , S 46.

1 L'auleur de la Sagesse de Salomon semble aussi tirer de ce fait une espèce de preuve en faveur de l'immortalité de l’âme, îv, 10-14.

sans doute arbitraire, mais valable pour l’intelligence juive, telle qu’elle était à ce moment, et nous pouvons ajouter, telle qu’elle est restée longtemps encore ’.

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Cette croyance juive ne doit pas cependant être considérée h part. Pour bien saisir sa formation et son développement , il ne faut pas la séparer de toutes les autres qui, à peu près à la même époque et par suite des mêmes circonstances et des mêmes

» Il ne faut pas être trop sévère pour l'exégèse rabbinique, quand tant de théologiens chrétiens ne savent pas résister à l'inclination, du reste assez naturelle, de voir dans l’Écriture sainte ce qu'ils désirent y trouver ou ce qui est devenu une opinion générale et inévitable. Ainsi, par exemple, après n’avoir vu, pendant des siècles, dans les premiers chapitres de la Genèse que ce qu’il y a réellement, le récit de la création opérée en six jours, on a voulu, dès que la science a eu prouvé que l'organisation actuelle de notre globe était le résultat d’un long travail cosmique, transformer Moïse en un savant géologue et retrouver dans les termes, fort précis d’ailleurs, qu’il a employés, toutes les théories des Cuvier et des Élie de Beaumont.

352 DES DOCTRINES RELIGIEUSES DES JUIFS, besoins, naquirent ou prirent de nouvelles proportions. La persécution d’Antiochus Epiphanes provoqua dans la Palestine un grand mouvement religieux et politique. 11 est difficile d’en bien saisir les traits de détail ; mais on en distingue assez nettement le caractère général, et on voit que presque tout ce qui a caractérisé depuis le peuple juif, date de ce moment. Les institutions, aussi bien que les formes nouvelles que prirent les croyances populaires et les tendances intellectuelles et morales qui se sont maintenues pendant tant de siècles, ont leurs racines dans cette époque de rénovation. La haine de la culture grecque', de cette culture qui dominait dans tout le monde civilisé, fut la première conséquence des efforts que fit le peuple juif pour secouer le joug de son persécuteur; elle le sépara des autres peuples plus que n’aurait pu le faire le particularisme de son culte et de ses lois; et tout en relâchant les liens

1 Les partisans de la culture grecque en Palestine nous sont représentés, et nous avons vu que c’est à juste titre, comme des traîtres disposés à vendre leur patrie à l’étranger ; tel est Jason, qui achète le souverain sacerdoce (175 ans av. J.-C.) ; tel est encore Alcime (162 ans av. J.-C.), qui est établi et soutenu par Démétrius dans cette même position.

DES DOCTRINES RELIGIEUSES DES JUIFS. 353 qui avaient pu exister jusqu’alors entre les Juifs de la Palestine et ceux d’Alexandrie, elle resserra ceux qui les rattachaient déjà à leurs coreligionnaires de la Baby Ionie. Ceux qui déployèrent l’ardeur la plus vive à combattre pour la religion nationale, furent naturellement les docteurs de la loi et le peuple ; ce sentiment commun les rapprocha, et, depuis ce moment, lespremiers eurent une influence immense sur les classes inférieures, reconnaissantes de leur patriotisme et de leur dévouement à la chose publique. L’opposition à la domination étrangère donna une valeur extrême à tout ce qui était juif. Les traditions acquirent l’importance exagérée qu’elles gardèrent depuis, même quand la cause qui avait fait naître ce sentiment eut cessé d’agir. Ce fut sans aucun doute alors que s’organisa la secte des pharisiens, secte qui, pour avoir mérité plus tard les justes reproches de Jésus-Christ, n’en fut pas moins, à son origine, distinguée par une piété . réelle et un inébranlable attachement à la cause nationale. D’un autre côté, les hommes qui avaient déjà pris parti pour ladomination étrangère, comme aussi ceux qui, peu susceptibles d’entraînement ou retenus par leur position sociale et par une fortune

considérable, ou peut-être encore doutant de la puissance et des résultats de l’élan populaire, ne prirent, aucune part à la guerre de l’indépendance, furent portés par cela même à se soutenir mutuellement, à former une espèce d’opposition aux tendances des bouillants docteurs de la loi, et à jeter les premières bases d’un parti qui fut ensuite celui des sadducéens.

Au milieu de cette fermentation générale, les idées religieuses, éparses peut-être jusqu'alors, durent être rapprochées les unes des autres, et de ce rapprochement résulta, non pas sans doute une systématisation dans le sens propre du mot, mais une plus exacte détermination de chacune d’elles. Probablement aussi, certaines modifications destinées à les mieux accommoder les unes aux autres furent la suite de ce travail élémentaire. Il ne faudrait point s’exagérer l’importance de ce mouvement ihéologique. Quoiqu’il existât sans doute des écoles dans lesquelles on discutait tant bien que mal sur le sens des prescriptions légales, la science rabbinique était encore dans l’enfance, et le travail dont nous parlons fut principalement l’effet de la surexcitation que les événements publics donnèrent

DES DOCTRINES RELIGIEUSES DES JUIFS. 355 à la conscience religieuse. Les diverses croyances populaires vinrent se grouper autour de la doctrine qui dons ce moment dominait tous les autres, doctrine qui était celle de l’attente du libérateur promis, et, en lui prêtant en quelque sorte leur appui, elles tirèrent d’elle une nouvelle vie.

La doctrine de la résurrection des corps devint, au point de vue juif, comme un postulat des espérances messianiques. Le Messie, qui devait reconstituer la famille d’Israël tout entière et recueillir dans son royaume les descendants de Joseph comme ceux de Juda, ne serait-il le sauveur que des générations futures? 11 ne pouvait se faire que ceux-là seulement que le hasard de la naissance aurait fait vivre à la fin des temps, fussent appelés à prendre part à sa victoire et à jouir de ses bienfaits, et que ceux qui avaient disparu depuis longtemps, que ceux surtout qui combattaient et mouraient en ce moment pour préparer l’avénement de son règne, fussent exclus de son royaume et ne fussent pas mis en possession de l’héritage des justes. Le Messie promis à tous les enfants d’Israël sans exception, c’était le libérateur des Juifs, autant de ceux qui avaient vécu autrefois que

356 DES DOCTRINES RELIGIEUSES DES JUIFS, de ceux qui vivraient à l’époque de sa venue.

La résurrection des morts était ainsi une conséquence nécessaire des espérances messianiques. Elle fut présentée d’abord comme le premier acte du Messie triomphant. Sous cette première forme, elle ne s’appliquait qu’aux Juifs, et c’est là la véritable doctrine juive de la résurrection des corps, â cette résurrection partielle, qui doit avoir lieu au commencement du règne du Messie, on ajouta plus tard une résurrection générale qui s’opérera à la fin de ce règne ; mais cette addition, à laquelle il nous est difficile d’assigner une date précise, pourrait bien être pour le moins autant le résultat de la haine de l’étranger que le fruit des spéculations subtiles de l’esprit rabbinique. Quoi qu’il en soit, c’est au moment le plus violent de la lutte contre la domination grecque, quand les espérances messianiques se réveillent le plus vivement dans la conscience, qu’apparaît dans la Palestine la doctrine de la résurrection des corps. Ces deux croyances sont inséparables ; la première appelle la seconde qui la complète. Elles furent sans le moindre doute le plus puissant encouragement de ceux qui prirent les armes pour leur culte et

DES DOCTRINES RELIGIEUSES DES JU1ES. 357 pour leur indépendance. Il est digne de remarque qu’elles restent également étrangères aux Juifs alexandrins qui ont quelque peu oublié la mèrepatrie, et qui, dans leur point de vue cosmopolite, se contentent des idées plus humaines de l’immortalité de l’âme et du triomphe définitif d’une morale philosophique. Elles forment, au contraire, une partie très-importante du système théologique des pharisiens, c’est-à-dire du parti qui fut toujours à la tête du mouvement populaire en faveur de l’affranchissement de la Judée.

Tout semble donc concourir à nous faire voir dans cette croyance de la résurrection des corps, comme d’ailleurs dans celles qui la supposent ou qui se rattachent à elle par quelque lien logique, un produit du mouvement politique et religieux que fit naître la persécution d’Antiochus Epiphanes. Qu'elle ait été auparavant en germe dans quelque école rabbinique ; que, dans sa conception primitive, elle ait été inspirée par quelque souvenir de la doctrine correspondante des mazdéens, il serait difficile de le méconnaître ; mais elle dut son importance aux circonstances dans lesquelles se rouva le peuple juif vers le milieu du second siècle

358 DES DOCTRINES RELIGIEUSES DES JUIFS, avant Père chrétienne, et qui entraînèrent ses docteurs dans un ordre d’idées dans lequel elle eut sa place marquée. La plus large part dans la formation réelle de cette croyance doit être laissée au développement intérieur, sans lequel l’influence étrangère et première serait restée stérile. Le peuple juif, dans un de ces moments qui font époque dans son histoire, s’assimila sans doute quelques éléments étrangers qui complétaient ses opinions propres et répondaient à ses besoins spirituels; mais, en se les assimilant, il les modifia et les accommoda à l’ensemble de ses croyances. Encore faut-il ajouter qu’il ne put se les approprier qu’autanl qu’il trouvait dans ses traditions, dans ses antécédents et dans ses livres saints, des points auxquels ils pouvaient se rattacher, et dont ils n’étaient, du moins h ses yeux, que des exprèssions nouvelles ou des conséquences naturelles.

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