‹ Des donations entre-vifs et des testaments, ou, Commentaire du titre II du livre III du Code Napoléon (volume 5)Chapitre 14 sur 333 · CHAPITRE II (art · texte numérisé non relu

CHAPITRE II (art

Remarquons d*abord que ces mots sain d*esprit , ont une grande étendue : latè patent^ comme dit Gujas. Ils ne signifient pas seulement celte intégrité de jugement que les Romains appelaient sinceritas wenfis et qui est exclusive de la démence, de la fureur, de l'imbécillité ; ils veulent dire, de plus, que l'esprit du testateur doit être libre, indépendant, et dégagé de pernicieuses influences. C'est sous ces différents rapports que nous examinerons, dans le cours de cet article, les vices de la volonté du donateur ou du testateur.

446. L'intelligence de Thomme est comme un miroir sur lequel la raison fait apparaître la notion du bien et du mal. L'intelligence aperçoit; la raison conseille; la volonté décide (1). La volonté, pour être parfaite, devrait toujours obéir à la raison ; c'est l'entière concordance de la volonté avec la raison qui fait la sagesse. Mais la volonté se laisse trop souvent dominer par la passion plutôt que parla raison. Elle commet alors des fautes et devient répréhensible. Cependant elle n'en est pas moins la volonté. C'est pourquoi elle engage la responsabilité de l'homme ; car pour que la volonté soit irresponsable, il ne suffit pas qu'elle se mette en lutte avec la raison ; il faut encore qu'elle ne soit pas éclairée par l'intelligence. Toutes les fois qu'on peut dire d'elle avec Horace .

Meliora video proboque , détériora sequor,

{i) Mantica, Deeonject.^ 1, 3, 1 et suiv., a traité ce point d'une manière assez remarquable.

la conscience du mal qu'elle commet, fait peser sur elle Timputabilité de la loi ou de la morale. Elle a agi en connaissance de cause; elle a agi librement. L'action doit être jugée comme une œuvre de la liberté.

Les stoïciens n'appelaientvolonté que la volonté raisonnable ; ils appelaient passion la volonté effrénée (1). Cette opinion se ressent de l'exagération de leurs principes, d'après lesquels tout vice était une folie. La vérité est que la volonté mauvr.ise est une volonté dont l'homme répond, quand il n'a pas perdu la notion du bien et du mal. Saint Augustin a très-bien dit que le péché ne serait pas péché s'il n'était pas volontaire.

Mais si la volonté vient à manquer du mentor que Dieu a placé à côté d'elle , si l'infirmité qui s'éiend sur l'âme aussi bien que sur le corps, éteint le flambleau de la raison , l'homme cesse d'être responsable. 11 n'a pas agi en homme. La créature intelligente a disparu ; il n'est resté qu'un corps privé de sa divine moitié.

447. On sait que la volonté peut être pervertie par deux espèces bien distinctes de causes vicieuses. La première consiste dans les passions qui agissent sur la volonté, sans altérer l'essence d'un discernement raisonnable. La seconde consiste dans l'aliénation mentale qui ne trouble la volonté que parce qu'elle désorganise d'une manière fondamentale les facultés intellectuelles. Les passions sont, si l'on peut parler

(1) Cicéron, Tuscul., 4, 6.

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