‹ Des donations entre-vifs et des testaments, ou, Commentaire du titre II du livre III du Code Napoléon (volume 5)Chapitre 18 sur 333 · CHAPITRE II (art · texte numérisé non relu

CHAPITRE II (art

mal profond qui désorganise leur intelligence. C'est ainsi que le pilote qui a perdu sa route et sa boussole, manœuvre encore ses voiles et son gouvernail sur celte mer où il est comme abandonné. C'est ainsi que l'horloge, qui n'est plus d'accord avec le méridien, engraine cependant encore ses. rouages et se soutient par un certain jeu de ses ressorts. Le pilote n'en est pas moins le triste jouet du hasard , et la machine détraquée n'en est pas moins incapable de marquer le vrai point de l'heure. Tel est aussi l'homme frappé de démence. Il peut avoir des idées sages, ce qui ne l'empêche pas d'élre jeté hors du vrai par une aberration essentielle. D'Aguesseau a très-bien dit : «Un » fou peut faire des actes de sagesse ; un homme # raisonnable ne peut pas faire des actes de folie. » 451. 11 est encore un autre phénomène dans la démence : c'est de trouver un homme tout à fait insensé sur un seul point et qui parait sage sur les autres. Cette espèce de folie a pris dans ces derniers [temps le nom de monomanie. Mais si le mot est nouveau, la chose ne l'est pas. Horace raconte qu'il y avait à Argos un homme d'assez bonne naissance qui, croyant entendre d'excellents comédiens, allait s'asseoir avec un vrai plaisir dans le théâtre vide et silencieux, et y applaudissait ces acteurs imaginaires. Cet homme était, du reste, un excellent citoyen qui remplissait à merveille les devoirs de la vie, bon voisin, bon époux, hôte aimable, maître indulgent pour ses esclaves et qui n'entrait pas en fureur pour une bouteille débouchée, promeneur prudent qui savait éviter un précipice ou une II. 3

pierre d'achoppement (1). Qu'est-ce que cet homme, sinon un monomane, ou, comme on aurait dit autrefois , un fou? C'est bien ainsi qu'Horace le représente , et il n'est pas autre chose qu'un pauvre insensé digne d'interdiction, 'malgré la justesse de son coup d'œil pour apercevoir un mauvais pas et malgré la régularité de sa vie partout ailleurs qu*au théâtre (2). On cite aussi un honnête Athénien qui s'imaginait que tous les vaisseaux qui entraient dans le Pirée lui appartenaient (3), mais qui, à part cette illusion, n'était pas plus déraisonnable qu'un autre sur les choses ordinaires de la vie. Ce sont là des folies qui , bien que partielles et circonscrites en apparence, sont cependant l'indice certain et éclatant d'une perturbation radicale dan« les fondements mêmes de la raison. Nul n'oserait contracter avec certitude avec un tel'homme; nul n'oserait lui confier sa fille comme épouse, ni lui prêter une somme d'argent ; nul ne voudrait en faire son mandataire ou son dépositaire. Qui pourrait avoir foi dans celte parole , à côté de laquelle se

(*) . Fuit liaud ignobilis Argis,

Qui se credcl)at miros auilire Iragœdos, In vacuo laelus sessor, plausorque iheatro; Cœlera qui vil.-c servaret tnunia reclo More, bonus sanè vicinus, araabilis liospes, Comis in uxorem ; possel qui ignosccre servis. Et signe lîeso non insanire lagenae; Possel qui rupem et puteura vUare patenlem. Epist., 2,2.

(2) M. Touiller, t. II, no 1512, m'étonne quand il dit que tel homme ne doit pas être interdit.

(5) La Uochefoucaull en parle, Maximes, 92,

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