Parlons d'abord de la colère et de l'action abirato
Horace représente la colère comme une courte démence :
Ira furor brevis est ; animum rege, qui, nisi par et, Imperat : hune frenis, hune tu compesce catenâ (1).
Or, le testateur, qui est un législaleurdomestique, ne doit rien faire que de raisonnable, et sa volonté doit être exempte de ces perturbations violentes qui offusquent la raison. Ce n'est pas qu'il ne puisse aimer et haïr, récompenser et punir ; il est homme; il a des passions, et nous ne sommes pas de l'école stoïcienne qui ne voyait la volonté que là où dominait la raison du sage (2). Lorsque ces sentiments passionnés sont médités et réfléchis, ils commandent l'obéissance, parce qu'après tout le testateur est
au-dessous, et une à chaque air de vent, le tout surmonté d'un baldaquin en bois d'acajou !!! Mais, malgré ses bizarreries, il ne paraissait pas que le marquis fût. fou... Le pourvoi fut rejeté aux requêtes, Je 21 janvier 1846. Devill, 46, 1, 171.
(1) Epist. l, 2, adL'illmm.
(2; Cicér., Tusciil. IV. Mantica, 1, 3, 5.
maître de sa chose, qu'il peut en disposer librement, et qu'il dépend de sa conscience de la donner suivant ses affections. Mais quand la colère aveugle son esprit, quand, le rendant sourd à la voix de la nature, elle semble lui donner comme un accès de démence, il faut juger l'acte de disposition avec plus de sévérité et maintenir l'autorité de la loi contre l'abus de la volonté de l'homme.
C'est pourquoi, dans l'ancien droit, on admettait l'action ab irato (1), qui était comme un point au delà de la querelle d'inofûciosité. Celle-ci venait au secours des enfants exhérédés par un père trop rigoureux ; celle-là venait au secours des parents déshérités par un testateur injustement et aveuglément courroucé. Le testament devant être mentis nostrœ jusia senteniia, ainsi que le dit Modestin, la logique conduisait à décider que cette définition ne concordait pas avec un testament dicté par un de ces accès de colère où l'homme ne se possède pas.
Dumoulin a prétendu que l'action ab irato n'appartenait pas aux collatéraux (2) ; mais il est difficile d'admettre cette doctrine. Sans doute , il est plus aisé de supposer l'aveuglement de la part d'un père qui ne laisse que la réserve à son fils, qu'il déleste sans raison, et distribue à des étrangers le restant de son patrimoine. Mais il ne faut pas dire que l'action ab irato ne saurait jamais être
(1) DAguesseau, plaid, du 25 mnrslG94. ?>erres, Instit. au droit français, 2, 18, § 3. Ilenrys, liv. G, q. 45. M. Merlin, Répert., v° Ab irato.
(2) Conseil, 45, n° 8.