XXX PRÉFACE
en point, conformément à ma volonté. Entre mes esclaves, j'affranchis Mus, INicias et L}con; je donne aussi la liberté à Phédrion. »
Je pourrais citer d'autres testaments, par exemple celui du philosophe Straton, qui hérita de l'école de Théophraste (1), et celui du philosophe Lvcon qui succéda à Straton (2). Je ne les rappelle ici que comme une preuve de l'habitude qu'avaient les Grecs de prendre leurs précautions pour ne pas mourir intestats.
Malgré cet usage très-général parmi ses concitoyens, Platon ne traitait pas avec faveur le droit de tester; il en parle sévèrement, non dans son livre bizarre de la République, qui n'est écrit ni pour les hommes ni pour les dieux, mais dans son traité des Lois, plus raisonnable et plus pratique. Il voit dans le testament une cause de troubles, de discordes et de maux ; il le considère en lui-même comme un effet du caprice des mourants, comme lacté de personnes qui, se voyant sur le point de quitter la vie, n'ont plus ni liberté dans l'esprit, ni fermeté dans la volonté. C'est en vain, suivant Platon, que l'homme revendique avec orgueil le droit de tester en disant ; « O dieux! ne serait-il pas bien dur que je ne pusse » disposer de mon bien en faveur de qui il me plait, » de laisser plus à celui-ci, moins à celui-là, selon » le plus d1 attachement qu'ils m'ont témoigné et dont » j'ai eu des preuves suffisantes dans le cours de ma
(1) Diogène Laërce, Vie de Straton.
(2) ld., Vie de Lycon.
l'KÉFAr.E. XXXI
» maladie, dans ma viellosse et dans les divers évé- » nenlents de ma vie? » Mais notre philosophe leur répond : « Mes chers amis, unis qui ne pouvez guère » vous promettre plus d'un jour, il vous est difficile, » dans l'état où vous êtes, de bien juger de vos affaires. » et de vous connaître vous-mêmes, comme le pres- » crit Apollon Pvfhien. Je vous déclare donc, on » nia qualité de législateur, que je ne vous regarde » [joint, ni vous, ni vos biens, comme étant à vous- » mêmes, mais comme appartenant à toute votre fa- » mille, tant à vos ancêtres qu'à votre postérité , et » toute votre famille avec ses biens comme apparle- » naiit à l'État. Et puisqu'il eh est ainsi . si . tandis » que la maladie ou la vieillesse vous font flotter » entre la vie et la mort, des flatteurs, s insinuant » dans votre esprit, vous permettent de faire un tes- » tament contre les règles, je ne le souffrirai point » autant qu'il est en moi. Mais je ferai des lois là- » dessus, envisageant le plus grand intérêt de l'État » et de votre famille, et lui subordonnant avec rai- » son l'intérêt de chaque particulier. »
Partant de là, Platon organise un système qui restreint autant que possible cette liberté du testateur qu'il voyait établie dans toute la Grèce (quoique avec des nuances diverses) et avec laquelle il est obligé de composer. Par un mélange curieux de l'esprit oriental et de l'esprit grec (I). il établit et constitue une portion héréditaire que le père peut donner à l'un de ses enfants à son choix, mais qu'il ne peut
(4) M. Cousin, t. VIII, p. 491, note.