‹ Des donations entre-vifs et des testamentsChapitre 77 sur 371 · CHAPITRE I (ART. 893.1 T · texte numérisé non relu

CHAPITRE I (ART. 893.1 T

que l'association esl, pour ces animaux intelligents, l'état de nature, quelle étrange préoccupation lui faisait adopter l'absurde hypothèse (pie l'homme, c'est-à-dire le plus sociable des animaux, n'avait pas porté en naissant l'instinct inné', le besoin invincible, la nécessité toute-puissante de la société?

Mais ce qui confond de plus en plus le bon sens, c'est que Mirabeau, après avoir pris son point de départ dans ces folles rêveries, se mette à formuler les lois précises de cet état imaginaire. La tentative n'est-elle pas plaisante? Il décide donc de sa pleine autorité que l'homme ainsi considéré sans société réglée avec ses semblables, n'a pu avoir de droit exclusif sur aucun objet de la nature. Je ne sais vraiment pas pourquoi il le décide ainsi, car un peu plus loin il accorde à Yhomme de la nature un privilège exclusif sur sa cabane, sur le produit de sa chasse, sur le fruit de son travail et de sa culture. Je prends acte de ceci, et je demande comment, dès lors, il peut avancer raisonnablement que cet homme ne saurait avoir de droit exclusif sur aucun objet de la nature? Est-ce que l'animal abattu n'est pas un objet de la nature? Est-ce que le bois qui soutient et couvre la cabane, n'est pas également un objet de la nature? Pourquoi donc, de l'aveu même de Mirabeau, ces choses entrent-elles dans le domaine privé de l'homme, et pourquoi toutes les autres que la nature nous a données sont-elles moins susceptibles d'appropriation? Est-ce parce que le propriétaire a vaincu et transformé les premières par sa force et son industrie qu'il les possède avec la pensce d'en rester le seul maître privilégie? Mais, ceci posé, quelle est donc la raison solide qui empêche Mirabeau d'admettre le droit de propriété sur les fruits spontanés de la terre, qu'il exclut nommément de l'appropriation? Est-ce qu'il n'y a pas un certain travail pour les cueillir? Et si l'arbre (qui est aussi un fruit spontané de

la terre) peut tomber dans le domaine privilégié de l'homme, quand ce dernier l'a façonné pour en faire sa cabane, est-ce qu'il ne faut pas en dire autant de tous les autres fruits naturels et spontanés que l'on s'approprie par la cueillette? Est-ce que la cueillette n'est pas aussi bien que la chasse et la pèche un moyen naturel d'appropriation? Maintenant, je vais plus loin et de conséquence en conséquence, j'amène Mirabeau sur le terrain de la propriété foncière devant laquelle sa logique recule arbitrairement. Comment I l'homme de la nature aura le droit incontesté de couper un arbre séculaire et d'en fabriquer une cabane qui lui appartiendra à toujours, et il lui sera défendu d'occuper le sol par la culture et de devenir propriétaire de cette terre qu'il aura fécondée par des travaux bien autrement longs, pénibles et intelligents, que ceux du constructeur d'une méchante cahute! Mirabeau oublie-t-il d'ailleurs que cette cabane, dont son homme de la nature est propriétaire privilégié, repose sur la terre? Il consent donc à retrancher de la propriété commune ce sol occupé par des constructions ? Pourquoi pas le sol occupé par des cultures qui l'enrichissent, par des plantations qui s'élèvent et par des travaux qui ont versé dans le sillon la sueur de l'homme?

Evidemment toute cette théorie de Mirabeau n'a pas de sens. En reproduisant la doctrine de l'école de Bynckershoeck, il ne lui donne ni plus de précision , ni plus de suite, ni plus d'esprit d'analyse. Il en fait même mieux ressortira son insu les côtés faibles; car il met en plus grand relief, par ses paroles vives, les trop fameuses inepties du Contra/ sorial, qu'il accepte naïvement comme une base incontestée d'argumentation.

Mais que penser d'un orateur voué par la générosité de son âme à la défense de la liberté, qui vient déclarer froidement que la propriété est une création sociale, que ce

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