Arrêtons-nous un moment ici
Mirabeau a la prétention de remonter aux premiers principes des choses ; mais il se perd dans des hypothèses fantastiques qui lui font oublier la véritable histoire de l'humanité.
Où Mirabeau a-t-il trouvé la trace d'un état originaire de l'homme en dehors de toute société? Jamais la mythologie païenne n'a rien inventé de plus fabuleux que cet état. Jamais chimère plus vaine n'a été offerte à l'imagination. Séparer l'homme delà société^ c'est le mettre en hostilité avec la nature et non dans l'état de nature. L'homme n'est pas passé par une phase de cette espèce. Il n'a pas été insociable avant d'être tel que nous le voyons figurer dans l'histoire de ce monde. Il n'a pas été sans lois morales avant d'avoir des lois écrites. Mirabeau pense-til que les castors ont eu un état primitif antérieur à leurs merveilleuses républiques (1), ou que les abeilles, fatiguées un jour de la vie solitaire, ont tenu congrès pour décider qu'elles se réuniraient en société, qu'elles formeraient une monarchie et se donneraient une police et des lois (2)? Si l'illustre orateur était convaincu
(4) M. de Chateaubriand, Voyage en Amérique, t. VII, p. 153 (Fume, 183"), a décrit ces sociétés d'animanx intelligents.
(?) V. le 4e liv. des Géorgiques de Virgile, v 155 : « .... Magnisque agitant sub legibus œvurn. ;>