Reprenons maintenant la suite des arguments de Mirabeau
Après avoir établi à sa manière que ce sont les lois qui reconnaissent et garantissent les droits de propriété, il aborde la question de savoir si de cette garantie promise au propriétaire il suit que ce dernier puisse disposer arbitrairement de ses biens pour le temps où il ne sera plus.
« Il me semble, messieurs, qu'il n'y a pas moins de dif- » férence entre le droit qu'a tout homme de disposer de sa » fortune pendant sa vie, et celui de disposer après sa mort, » qu'il n'y en a entre la vie et la mort même. Cet abîme, n ouvert par la nature sous les pas de l'homme, engloutit » également ses droits avec lui ; de manière quV/ cet égara1, > être mort, ou n'avoir jamais vécu, c'est la même chose. » Quand la mort vient à nous frapper de destruction, com- » ment les rapports attachés à notre existence pourraient-ils » encore nous survivre?Le supposer, c'est une illusion véri- » table, c'est transmettre au néant les qualités de l'être » réel.
* Je sais que les hommes ont professé de tout temps un » saint respect pour la volonté des morts. La politique, la - morale et la religion ont concouru pour consacrer ces
iO Mon petit Traité de la Propriété, eh. 23.
» sentiments. Il est des cas, sans doute, où le vœu des » mourants doit faire loi pour ceux qui survivent. Mais ce » vœu lui-même a ses lois aussi ; il a ses limites naturelles; » et je pense que, dans la question dont il s'agit, les droits » de l'homme, en fait de propriété, ne peinent s'étendre au » delà du terme de son existence^
» La propriété ayant pour fondement l'état social , elle » est sujette, comme les autres avantages dont la société » est l'arbitre, à des lois, à des conditions. Aussi voyons- » nous partout le droit de propriété soumis à certaines rè- » gles et renfermé, suivant les cas, dans des limites plus » ou moins étroites. C'est ainsi que chez les Hébreux » les acquisitions , les aliénations de terre , n'étaient »> que pour un temps, et que le jubilé voyait rentrer, au » bout de cinquante années, tous les héritages dans les fart milles de leurs premiers maîtres. C'est ainsi que , malgré b la liberté laissée aux citoyens en général de disposer de » leurs fortunes, la loi réprime la prodigalité par l'inter- » diction : on pourrait citer vingt autres exemples.
» La société est donc en droit de refuser à ses membres, » dans tel ou tel cas, la faculté de disposer arbitrairement » de leur fortune. »
Mirabeau trace ensuite un portrait sévère de la législation romaine qui avait tant accordé à la puissance du père de famille. Il met en relief le droit naturel des enfants sur la succession de leurs pères ; droit naturel qu'il explique d'une manière assez bizarre, en supposant que les biens du défunt, rentrent de droit dans le domaine commun , pour retourner ensuite, par la volonté générale, aux héritiers légitimes, naturellement appelés à continuer et la jouissance de leur auteur et les droits résultant de l'état précédent de COMMU- NAUTE. Quand on soutient de pareilles hérésies, il ne faudrait pas au moins s'imaginer qu'on est l'adversaire