‹ Des donations entre-vifs et des testamentsChapitre 80 sur 371 · CHAPITRE I IART · texte numérisé non relu

CHAPITRE I IART

('■claire des restes impurs des lois féodales. Car celle théorie de la succession est mot pour mot la théorie du droit féodal; il ne faudrait pas non plus insister sur celte continuité des mêmes jouissances et des mêmes droits résultant de V état précédent de la communauté. Car la continuité de la jouissance et la continuité de la possession conduisent tout droit, non pas à la théorie féodale, exposée sans le savoir par notre grand orateur, mais à la maxime du droit français: Le mort saisit le vif, qui en est le renversement.

28. Mais passons sur ces inconséquences; la plus grande de toutes, c'est d'avoir dit : «Etre mort, ou n'avoir jamais vécu, c'est la même chose. » Pline a exprimé une pensée au- (Jacieuce, ainsi traduite par un de nos anciens poètes:

l'ne heure après ma mort, mon âme évanouie Sera ce qu'elle était une heure avant ma vie (1).

C'est là une solution du problème de l'autre vie que chacun peut apprécier suivant le degré de sa foi, de ses lumières, et suivant la force de son esprit. C'est un système tout entier sur lequel on dispute depuis longtemps,, et sur lequel on disputera toujours, car un mystère impénétrable couvre cette haute question dans laquelle se résume l'homme tout entier. Mais aller jusqu'à dire que la mort efface tellement le passage de l'homme, que c'est comme si le souffle de la vie ne l'eût jamais animé, ce ne peut être qu'une figure de rhétorique qui, réduite à sa juste valeur, n'a pas de sens. Est-ce que l'homme n'a pas laissé des enfants dans lesquels il se continue? Est-ce qu'il n'a pas laissé des actes dont le souvenir se perpétue? Est-ce qu'il n'a pas transmis des droits, fait des aliénations, conféré des actions dont la mort n'ai-

(\) At quanto facUius certiusgue, sibi quemyiie credere, ac spécimen securitatis antegenitaii siimpre experimento ! Pline, VII, 56, rn fine. (Édit. Panck., t. VI, p. 14i |

tère pas l'irrévocabilité et n'efface pas la durée indéfinie? Est-ce que ces ouvrages de sa volonté ne marquent pas d'un sceau ineffaçable la trace de sa vie ? Il a donc droit de dire : Non omnis moriar. Et si sa volonté survit à la mort pour maintenir ses ventes, ses donations, ses échanges, pourquoi pas pour maintenir son testament ?

Mirabeau, poursuivant ses déductions, s'élève avec force contre les dispositions testamentaires qui renversent l'économie de la succession ab intestat ; il rappelle la prohibition des testaments à Athènes, avant Solon,, et la loi de ce législateur célèbre qui , en accordant le droit de tester, excepta néanmoins de ce droit les chefs de famille, voulant ainsi que tout fût réglé en ligne directe, par les lois de la République, et rien par la volonté des citoyens.

Puis il ajoute :

« Eh quoi ! n'est-ce pas assez, pour la société, des capri- » ces et des passions des vivants? Nous faut-il encore subir » leurs caprices, leurs passions quand ils ne sont plus?... » N'avons-nous pas vu une foule de ces testaments où respi- » raient tantôt l'orgueil, tantôt ia vengeance: ici un injuste » éloignement, là une prédilection aveugle ? La loi casse les » testaments appelés ab irato. Mais pour les testaments » qu'on pourrait appeler a decepto, a moroso, ab imbecilli, a » délirante, a superbo, la loi ne les casse point, et ne peut » les casser. Combien de ces actes, signifiés aux vivants par » les morts, où la folie semble le disputer à la passion ; où » le testateur fait de telles dispositions de sa fortune qu'il » n'eût osé de son vivant en faire la confidence à personne; » des dispositions telles, en un mot, qu'il a eu besoin, pour » se les permettre, de se détacher entièrement de sa mé- » moire, et de penser que le tombeau serait son abri contre » le ridicule et les reproches! » (Applaudissements). Enfin, après d'autres développements éloquents sur les avantages

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