LÉGISLATION DE L'INDE
7. — Moïses’était dit inspiré de Dieu. Manou s’annonça comme le créateur du genre humain. Aux yeux du législateur hindou, l'unique fin de l’homme ici bas était de perpétuer le culte des ancêtres en donnant naissance à des enfants. Pour obtenir le bonheur éternel, l’hindou devait avoir une épouse et un fils. Faute de postérité masculine, il se voyait exclu à jamais du séjour céleste, et tous ses aïeux étaient précipités avec lui dans les enfers. Aussi Manou appelait-il le fils « Pouttra » c'est-àdire sauveur de l’enfer et considérait-il l’aîné des fils comme engendré pour l’accomplissement du devoir, tandis que les autres étaient les fruits de l'amour.
Le mariage était donc pour l’hindou le premier des devoirs. L'homme non marié encourait dès qu'il avait atteint un certain
âge de rigoureuses pénalités et le père de la jeune fille nubile qui
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refusait de la marier était déchu de la puissance paternelle. Chose curieuse ! Manou paraît s'être fait du mariage une conception plus haute que Moïse. Il abolit l'antique usage du mariage par vente et obligea la femme à apporter une dot à son mari. Quand le roi du Vidiha maria sa fille à Rama, il remit à Dacarantha, père de ce dernier une dot magnifique. (Le Ramayana, Traduct. Parisot, ch. 75.) La femme devait trouver dans cet apport d’une dot au mari une sérieuse garantie d'indépendance. Elle cessait d’être une esclave pour devenir une associée. Sans doute, c'était toujours un être inférieur à l’homme par sa nature ; Manou luimême disait d'elle : « Les femmes ont en partage l’amour de leur lit, de leur siège, de leur parure, la concupiscence, les mauvais instincts, la méchanceté ;‘'elles sont la fausseté même (Loi de Manou, IX, 17, traduct. Loiseleur-Deslongchamps). Mais si on laisse un instant la femme pour ne voir que l'épouse et la mère, on la trouve entourée de la plus grande vénération ; elle n’est pas seulement honorée, dit M. Gide, elle est divinisée (Gide, Étude sur la condition privée de la femme, p. 47.) Les femmes qui s'unissent à leurs époux pour devenir mères, sont, d’après Mancu, les déesses de la fortune (Manou, XI, 66).
Sur bien d’autres points encore, Manou s'était élevé au dessus de son temps. Tandis que Moïse avait permis plusieurs femmes et autorisé le mari à répudier arbitrairement celle qui avait cessé de lui plaire, le législateur hindou n'avait admis qu’une seule épouse et avait eu soin de déterminer et de limiter les cas de répudiation.
#. — Cette façon nouvelle de concevoir les rapports personnels des époux ne pouvait manquer d'exercer une heureuse influence sur la réglementation de leurs intérêts pécuniaires et en particulier de leurs droits héréditaires. — À [a mort de la femme, ses enfants étaient appelés en premier lieu à lui succéder. A défaut d'enfants, le mari recueillait toute la succession à l'exclusion des ascendants, qui n'avaient droit qu’à la dot par eux constituée à leur fille.
Le droit de la veuve était plus considérable encore. La femme