XV. Passons aux dynasties antérieures à la dix-huitième
Ces temps reculés étant moins connus encore , et les souvenirs qui pouvaient en rester étant plus confus , les chroniqueurs égyptiens se sont trouvés parfaitement k l'aise , et leurs prétentions à une haute antiquité n'ont plus eu de bornes : il n'en sera que plus facile de la réduire.
Jusqu'à l'époque des Amosis et des Thoutmosis , deux royaumes avoient subsisté en Egypte , chacun ayant son territoire et ses rois : qu'ont fait les chroniqueurs qui en ont dressé les listes , ou qui, les ayant reçues toutes faites, se sont chargés de les mettre en ordre ? On sent d'abord qu'il n'a pas été difficile de les allonger si on l'a voulu^ Mais ce n'était pas assez; le moyen était limité , et il ne fallait pas en abuser. Ils en ont donc employé un autre plus commode et plus efficace. Au lieu de développer les deux listes de rois ou de dynasties sur deux lignes parallèles , qui se seraient réunies à un point commun, ils les ont placées tout simplement à la suite l'une dé l'autre , et par là ils ont doublé les temps pour cette portion de leur chronologie.
Ce n'est pas une simple conjecture ; la distinction est bien marquée dans l'ordre actuel de ces dynasties. Les sept premières, en remontant, sont toutes diospolitaines et se lient à la i8*. Les trois , que l'on attribue aux Pasteurs^ ne changent rien à la durée des temps : elles répondent à
( '&4 ) I4pe série égale de rois thébains qup Manethoa. lui-même indique , et qu'il faut bien supposer , si le règne de ces Pasteurs n'est qu'une chimère. Les dix^iulres dynasties» les premières de toutes , qui se présentent sous le$ noms de Thînite^ , de Memphites , d'Hèracléotes , une seule exceptée ^ dite d'Elephantins » et évidemment hors de place » appartiennent à FÉgypte inférieure.
Les dix premières dynasties forment , suivant le résumé de J, Africain, une suite 4e cent quatre-vingt-six rois, qui régnent 2,2107 ansr^n les terminant à la 18*, 1822 ans a. c. suivant Manethon et MM. Champollion , ces dix dyjnastie$ porteraient Iç commencement de la monai^hie égyptienne à 4»i^9 ^^^ Q* c. ; et par conséquent à iy6o3 ans au-dessus du déluge , fixé à l'^née 2,526 par la chronologie du texte hébreu. Les sept dynasties diospolitaines, de la 1 1* à la 17*', en prenant le calcul d'Eusèbe pour la i4' . qui manque dans J. Africain , ne donnent que 17,79 ans avant la 18" et 0601 a. c. , ce qui remonterait encore à 1075 ans au-dessus du déluge. Nous avons parlé ailleurs de la chronologie des Septante. Elle allonge les temp^ après le déluge de 700 ans , et même de 83o, si on lui laissé le Caïnan, fils d'Arpha^ad. En lui donnant sa plus grande latitude, elle ne porterait le déluge qu'à Tan 5356 avant notre ère, et par conséquent 773 ans encore au^de^sus da premier roi des dynasties memphites , et 44^ ^n^ £iu-de^su.s du premier roi thébî^in.
Mais , de plus , quelle que spît celle des deux çupputa^ tiens qu'on adopte, fera-t-on partir le calcul des dynasties, de Tannée iBême du déluge? Ne faud^a-t-il pas toujours défalquer des années qui le suivirent , non seulement le temps nécessaire à la multiplication et dissémination des races , mais tout le temps oii se maintint dans les générations successives, le caractère de longévité qui appartient
Gbogle
( .85 ) h ce premier &g^ du moade nouveau ? La circonstance est trop remarquable , et trop expressément marquée dans l'Écritur€i , pour se croire dispensé de la prendre en consîr dération. Elle ^eule retarderait d'une manière notable l'époque ^ donner aux anciennes monarchies, dont le^ auT nales n'en font aucune mention , n'en offrent mêmç pas de vestiges dans ce qu'elles peuvent avoir d'historique. Telles sont en particulier les annales des Égyptiens , qui n'ont connu ni le déluge, ni l'état du genre humain , soit avant, soit après la catastrophe , et qui mettaient toute Ii^ durée des temps ancieps qu'ils imaginaient , et des dieu^ qui s'y étaient ^ucç^dé , en dehors et au-dessus de leurs premières dynasties , par lesquelles commençait pour eux le règne des hommes. Menas, placé à la tête de leurs i^ois, ne règne que 60 ans , Athotis, son fils, 27, et ainsi des aur 1res. Ce ne sont là , ni Noé et ses fils , ni les enfans 4e ses fils : les générations patriarcales s'étaient écoulées; la vie des hommes était dès lors réduite à ce qu'elle est aujourd'hui.
II est doxkc certain que , dans k chronolegie même des Septante, l'époque du déluge serait de pkisieurs siècles audessus, no^-seulement de la première dynastie memphite» n)dis encore de la pjremière des dynasties thébaines.
C'est donc.^n vain qu'on aurait cru pouvoir , au moyen du dédoq^lement des seize premières dynasties memphites et thébaines , concilier la chronologie de Manethon, nolis ne disons pas avec celle du texte hébreu , on n'a pas pu y songer , mais avec celle des Septante. Avait-on quelque autre plan en vue , quand on se promettait de réduire à sa juste valeur l'effrayante étendue des dynasties ?
Les èalculs pirécédons sont fondés sur la date que Ma^ nelhon donne à la 18^ dynastie, parce que cette date est aussi celle que lui donnent MM. Ghampollion. Nous de -
( 186 ) vons observer qiie les difficultés seraient moindres à lit vérité , mais ne seraient pas moins insurmontables , lors même qu'on ferait descendre la i8* dynastie à l'époque de la sortie d'Egypte, 1491 a. c. , comme nous croyons avoir assez bien prouvé que la combinaison des faits Findique et l'exige. En y rapportant les deux séries , celle des dynasties memphites s'élèverait encore au-dessus du déluge, de 44^ ^^^ ^^^^ la chronologie des Septante, et celle des dynasties thébaines ne serait au-dessous que de 86 atis. On voit que dans la chronologie de l'hébreu, ^^lne et Tautre excéderaient de beaucoup le terme qu'elles ne peuvent pas franchir , qu'elles ne doivent même pas atteindre.
Mais, en abandonnant à elle-même cette première moitié de la chronologie égyptienne , nous devons donner à ses dynasties une attention particulière : il importe de connaître ce qu'elles renferment d'historique , et de quels élémens elles ont été formées. .
On a pu remarquer , dans notre tableau général des dy- ^ nasties , combien celles-ci , quoique très-nombreuses , sont vides de faits; et de quelle nature encore sont la plupart de ces faits, signalés de loin en loin dans une longue nomenclature d'hommes qu'on suppose avoir régné. Manethon prétend les avoir tirés des archives des temples, des mémoires originaux de la nation. Nous avons fait justice ailleurs de cette vaniteuse prétention, commune à tous les prêtres égyptiens, et que réfute surtout victorieusement le fait des plagiats dont ils restent convaincus. No4is remarquerons seulement ici, qu'elle serait moins soutenable que jamais pour les temps anciens dont il est question : car ,' plus les temps sont reculés , plus s'accrott l'invraisemblance qu'on en ait eu dès l'origine des histoires écrites , qui auraient échappé à toutes les vicissitudes des âges.
Mais nous savons comment s'est formée , et d'où a pris
( '87 ) naissance rfabtoire entière de l'Egypte ; et nous savpns par là mémo oii doit se trouver celle de ses premiers siècles. Cherchez dans les livres hébreux » et d'abord dans les plus anciens 9 ce qu'ils ont eu occasion de dire do l'Egypte; cherchez ensuite ce que les Égyptiens disent de le«rs dynasties , en commençaot de même par les plus anciennes : comparez vos deux extraits dans l'ordre où les événemens »e présentent» et vous verrez quel en sera le résultat. Les Égyptiens ne sont pas le seul peuple qui ait eu recours à ce moyen de se donner desannales> quand on n'en a plus, et même quand on n'en eut jamais : mais ils en ont fait un plus ample usage , parce qu'ils ont écrit plus tard , parce qu'ils ont trouvé plus de maftériaox dans les livres de leurs voisins » et qu'ils ont formé à la fois, et pour ainsi dire, du méme')et , la lolalilé de leur histoire , et cette longue . suite de dynasties de leur invention , dans lesquelles il leur a plu de la distribuer.
Les commencemens de l'Histoire de TÉgypte sont présentés, dans Manethon, d'une toute autre manière que dans les auteurs grecs qui l'ont précédé ou suivi. Mai» touô s'accordent à faire de Menés ou Menas le premier de ses rois : celui que les Égyptiens trouvaient dans l'Écriture à la tête du genre humain , devait être le père de leur nation , le fondateur de leur etnpire.
En elSet , le roi Menés n'est rien moins que Noé luimême; son nom Noach, Noah, iN^oeh, qui signifie repos ^ comme son dérivé Menoah , en est une première preuve. Tous les traits qui le distinguent dans Manelhon , Hérodote et Diodore de Sicile , s'expliquent par ceux de l'Écriture et en sont évidemment tirés. Dans Hérodote , il est impossible de ne pas reconnaître son arche , en hébreu Thébé, et le déluge, à l'état de l'Egypte toute couverte d'eau au temps de Menés, excepté le nôme de Thèbos; à ce vaisseau de trois cents coudées de lon^ f construit à
( i88 ) Thèbest et consacré dans le temple; auxannnaux qui-, dans l'origine, s'étaient fonnés naturellement.de terre et de boue , et qu'on voyait encore sortir de terre à.Thèbes; h la prétention des Thébains , qui se donnaient pour lea plus anciens de tous les hommes; aux deux colombes qui s'envolent de Thèbes , et vont établir des oracles en d'autres contrées.
Dans Diodore de Sicile , Menas apprend aux hommes à honorer les dieux ^ et à leur offrir des sacrifices : Noé , en effet , offrit à Dieu le premier sacrifice après le déluge. Menas introduit parmi les hommes , qui jusqu'alors n'avaient vécu que d'herbes et de fruits , produits spontanés de la terre 9 et d'une manière très-simple , le luxe » les festins 9 la bonne chère : Noé reçut de Dieu la permi3sion de manger la chair des animaux; il cultiva la terre, planta la vigne , et connut le premier par son expérience les effets du vin. Gomme ces faits sont rapportés dans la Genèse après la sortie de l'arche , de la Thébé , les Thébains les prenaient pour eux , et s'attribuaient , ou au fondateur de leur ville, le dieu ou roi Osyris, la culture de la vigne et l'art de faire le vin.
Manethon n'a saisi qu'une circonstance de la vie de Noé, mais qui était remarquable. L'ivresse qui surprend le patriarche , et la conduite outrageuse de Gham , son fils , sont indubitablement ce qu^il représente sous l'image d'un hippopotame , emblème de l'impudence chez les Égyptiens , qui souille , tue ou dévore Menés.
Manethon donne à Menés un fils qui lui succède, et que suiveut six autres rois qu'il nomme, et qui complètent la première dynastie composée de huit personnes seulement. Nos auteurs vont bien plus loin : Hérodote compte, après Menés, trois cent trente rois , issus de lui, et qui se succèdent de père en fils jusqu'à Mœris^ Il est vrai que ce prodigieux
.( >89 ) mtervaUed«9,900 ans» ne lui coûte pas beaucoup à remplir : tout ce qu'il sait de tant de rois , c'est qu'aucun d'eux n'avait rien fait qui fût digne d'être remarqué,
Dibdore de Sicile prodigue moins les rois et les années : il ne compte que cinquante-deux rois , qu'il ne nomme pas, de Menas à Busyris» dont il parle fort au long. Ges rois sembleraient répondre aux inconnus d'Hérodote ; s'il n*én comptait , entre Busyris et Myrîs , seize autres ^ dont deux sont au moins connus par leurs noms : un second Buàyris , huitième descendant du premier , et Uchoréus , huitième descendant du second. Ce n'est pas qu'il fût difficile de concilier les deux historiens : car , d'après l'usage attesté par Bochart , des anciens Arabes , et sans doute aussi des Égyptiens du même temps ; de prendre alternativement l'une pour l'autre les lettres B et M, Busyris pouvait être changé en Musyris, qui différerait peu de Myris; et le Busyris 4e Diodore de Sicile pourrait être le Mœris d'Hérodote. Mais ce n'est pas d'une contradiction de plus, entre des auteurs'qui ne sont presque jamais d'accord , que nous de?oos nous occuper.
La longue succession de descendans qu'Hérodote donne à Menés t est une extra?àgancê qui ne mérite pas d'étrô combattue; et il double l'absurdité de son récit , en y ajoutant une autre succession de grands -prêtres , parallèle à celle des rois , et semblable pour le nombre , la durée et le mode de descendance.Gependant, tout n'est pas de pure imagination , et les premiers conteurs jont bâti sur un fondement. Nous en disons autant des cinquante .«deux rois de Diodore; ce nombre rompu n'est point arbitraire. On voit où il faut le chercher , ainsi que celui des rois d'Hérodote; et Thistorien des temps fabuleux a su les y trouver.
Il est clair d'abord que 33o n'est que le résultat d'une combinaison de 5, successivement multiplié par lo. Ce
( ^9^ ) dernier nombre se présentait de lui-même pour uoe opé ration de cette espèce : il est donné en quelque sorte par la nature y qui apprend à Thomme à se servir des dix doigts de sa m^ain pour compter; et de toute antiquité» il a été parmi les peuples le régulateur le plus général de la numération. Mais où nos Égyptiens ont-ils pris le nombre 5 ? Dans le même endroit de la Genèse où ils avaient trouvé Menés. C'était le nombre de ses fils, et ils ont voulu en faire celui de tous ses descendans : en Télevant progressi-. vement par lo, ils ont eu 3 multiplié par lo» faisant 3o; ces trois dixaines , multipliées encore par lo , faisant 3oo » et pour somme totale 33o. L'opération est évidente ici , et elle ne doit pas étonner; des exemples de semblables combinaisons arithmétiques se retrouvent dans les m7du)logies , ou les fabuleuses chronologies d'autres peuples.
Le chiffre de Diodore n'^st pas de même formation; les premiers conteurs ont pu le lire dans le texte qu'ils traduisaient. Il résulte d'une inversion dans l'ordre où sont placés les trois fib de Noé , et p^ut-être* encore de la transposition d'un iod ou i. Des Égyptiens devaieai placer «n premier Gham, leur père; ils lisaient donc GH. M-SH. M-C. L PIL TH , Gham , Sem et JapheL Réu nissank ensuite les deux premiers noms en un seul aaot ils ont lu GH. M. SH. M. ou GH. M. SH. LM-U. PH. TH. quinquaginta et /V*agm«n<um » cinquante et un fragment une fraction , c'est-k-dire » un peu plus de cinquante ; ce qui était assurément bien ren^du par cinquante-deux. Nous pourrions ajouter que des adorateurs du dieu PH.-TH. A » dans l'histoire duquel le nombre 2 joue ua rôle , n'auraient pas su le rendre mieux; mais une explication de cette fabl« de Phtha entraînerait des bogueurs, qui seraient déplacées ici.
Reste cette suite de pontifes qu'Hérodote introduit dans
( >90 son histoire de Menas. D'oà ses interprètes l'oiit>iIs prise? du même endroit sans doute » où ils trouvaient celle des rois; et nous croyons y découvrir ce qui leur en a fait nattre l'idée. Ils voyaient un sacrifice offert aux dieux sous le règne de Menas : il y avait donc , dès ce temps là , un sacrificateur 9 un grand-prèlre. Ce premier grand-prêtre dut avoir des successeurs qui remplirent après lui le même mioistère , et subsistèrent nécessairement autant que la nation et son culte. Que ceux-ci aient été ses propres descendans» qu'ils se soient succédé de la même manière, en m^e nombre et aussi long-temps que les rois > tout cela s'imaginait aisément quand on avait un exemple devant les yeux. Les Egyptiens particulièrement, accoutumés à mettre leurs pontifes sur la même ligne et au niveau de leurs princes , quelquefois au-dessus d'eux , durent trouver cette égalité toute simple; le merveilleux delà chose était une raison de plus pour la supposer et la croire.
Il est donc prouvé que le j)remier des rois d'Egypte est le premier des patriarches après le déluge ; et que les fables dont se compose la vie de Menés > ne sont que d'informes copies y prises sur le texte même de la Genèse , des traits principaux de la vie de Noé. Ce {K>int est capital dans la discussion présente : il nous place à l'origine des traditions égyptiennes; et en montrant où ont d'abord puisé ceux qui les ont recueillies , il annonce , ou plutôt il sufHrait seul pour décider, ce que sera toute la suite de leur histoire.
Confirmons ce premier aperçu , en continuant l'examen succinct des plus anciennes dynasties , dans lesquelles nous û'avons que Manethon pour guide.
La première dynastie comprend, avec Noé, sept de ses descendans. Â l'exception d'un seul , nous n'avons que leurs noms; nous n'avons donc qu'à chercher d'où ces noms
( 19*-* ) sont tirés, et nous les trouverons dans ceux» soit de personnages réels y soit de choses personnifiées , dont il est parlé dans le même endroit de la Genèse où il s'agit de Noé et de ses trois fils. Ainsi Aoth, au pluriel Aothoth, Alhoth , le signe de l'alliance que Dieu fait avec Noé , est devenu Athotis son premier saccesseur. Athotis fut anàtomisle : c'était une interprétation du mot alliance , en hébreu B. R. L T. H. » qui vient , disent les hébraïsans, de B. R. A. ou B. R. H. , couper^ parce qu'en faisant les alliances, on immolait et coupait des victimes. L'expression û passé dans les langues grecque et latine (i).
La ressemblance n'est pas au^si frappante pour les noms des rois suivans. Néanmoins Chenchenès , troisième roi , se reconnaît aisément dans Ghanaan, ou Gham-Ghanaau , et Semempsis le septième , dans les trois noms réunis au verset 18, Sem-Gbem (ou Hem) Jpht. On sait que le cheth hébreu n'est souvent qu'un ê légèrement aspii^ , et le thau qu'un s ou z. Mais le nom du huitiènie et dernier toi donne la clef de tous les autres , et les renferme pour ainsi dire tous. Bienachis serait en hébreu et presque en toutes lettres, Beni-Noach, les fiU de Noé; cette appellation générale se lit au même terset 18 , avec les trois noms individuels qui ont produit celui de Semempsis , dont Bienachiâ par conséquent* ne devait pas être séparé.
Le chef de la seconde dynastie est Boélhus , ou Béo nothus. On peut trouver de la difficulté à reconnaître ce nom dans celui de Mezraim ou Metzer , lors même qu'on supposerait le changement de M en B. , et qu'au lieu de Metzer les Égyptiens auraient lu Belzer : cependant « il y en aurait moins , il n'y en aurait même plus aucune , s'il est vrai , comme le P. Sicard d'après l'inspection des
(i) Gcd; IX. 17. Signam fœderii y Atoth àecàAs.
( '93) lieux ^ et d'Anville d'après ses rapprochement géographiques, Tont pensé» que le Jac Mœris des Grecs, le lac Metzer, soil le même que les Égyptiens ont appelé et appellent encore aujourd'hui Bathen. Au vrai , est-il croyal>ie que Manedion eût oublié dans sa liste celui qui avait laissé son nom à TËgypte / surtout ayant ce nom sous les yeux an chapitre suivant? Mais^ quoi qu'il en soit de l'origine du nom « il est certain que Boéthus occupe dans la chronologie de Manethon ^ là place que Mezraïm occupe dans le récit de la Genèse , parmi les enfans de Noé : cela itous suffit , et nous n'avons plus qu'à vérifier Si l'on peut rapporter à l'époque de Mezraïm , les circonstiancesque les Égyptiens rapportaient au règne de Boéthus. Il y eut alors un prodige auprès de la ville de Bul>aste> et il y périt beaucoup de monde ; suivant une autre version 9 la terre s'ouvrit^ il y eut une grande ouverture de terre. Le prodige pourrait être également la confusion de$ langues et la dispersion des peuplesi Le terme hébreu qui signifie ici disperser /PH. U. TS. , se confond aisément avec celui qui signifie ouvrir , PH. TS. H. ; de là , la seconde version , et au lieu d'une dispersion des peuples sur la terre 9 pn aurait vu laterres'entr'oiivriret former un gouffre. L'Écriture parle en cet endroit de la ville de Babel : on conçoit qu'elle soit devenue pour les Égyptiens celle de Bubaste; ik supposaient que lesévénemeiM avaient eu lieu en Egypte, puisqu'ils les consignaient dans leur histoire. Bubaste est appelée dans Ézéchiel, Phi-Bcseth, qui signifierait littéralement, la bouche de Beseth : cette dénomi^ nation était Qssez propre à confirmer l'idée d'une ouverture de la terre à Bubaste. Enfin, les hommes qui périrent en cette occasion , ne rappellent-ils pas la fable des anciens que rapportait Âbidène, et la multitude d'honraies
( »94 ) qui (arent écrasés par la chute de la tour de ftabel ? Les Égyptiens devaient en avoir appris quelque chose. '. Le successeur de Boéthus est appelé Caeachus» ou Ghoiîs dans Eusèbe; on y reconnaît Chus ^ frère éà Mezraïm , et nommé avee lui au verset 6 du chap. io« Les Égyptiens durent remarquât*, ce nc^n Ju père des Éthiopiens » et comme h l'époque oii tts (Composèrent icur histoire, des rob d'Ethiopie avaient régné en Egypte , ils ne trouvèrent aucune difiic^ulté à le compter pour un de leurs plus anciens rois.
Le preiodier âge après le déluge , les hommes qui remplirent alors la terre , appartenaient de droit aux historiens de rÉgypte ; ils s'en sont emparés. Après Noé et sa famille, un long intervalle de temps s'écoule sans que i'hist^)rien djQ la Genèse ait occasion de parler de l'ÉgypIe , et par conséquent , sans rien offrir aux Égyptiens qu'ils pussent prendre pour eux jusqu'au temp$ d'Abraham. Aussi les voyons- nous , après Boéthus et Ghotis , passer immédiatement à Abraham , qui eut des rapports avec leur payBy et dont ils ont fait le troisième roi de leur seconde dynastie. On ne peut s'y méprendre : Binothris c'st » en hébreu , Ben-thré, le fils de Tharé ; ils ne l'auraient pas mieux désigné , en l'appelant de son nom propre.
Ce qu'ikrapportent de Binolhris n'est pas moins décisif* Sous son règne , disent-ils , il fut statué que les femmes régneraient. Cette loi était, à la vérité , fort extra<Mrdi^ naire pour l'époque et le pays , et , par le fait , elle ne fvA jamais observée ; mais ils la trouvaient écrite en tenues exprès dans leurt}mémoires.€'e$t l'ordre que Dieu donne à Abraham de ne plus appeler son épouse du nom de Saraï^ mats de l'appeler Sara. Sar ou Shar signifie prince, seigneur , et. Sara ou Shara , princesse ; l'un et l'autre se disent d'un roi et d'une reine. On a donc compris que la
( igS )
femme àe Binotbris avait reçu le titre de reine , qa'eUe était devenue reiiœ; et coeome on voyait un ordre formel donné à cet égard , on a dû comprendre qa'une loi générale avait élaUi Qoe^^désormais les femmes régneraient.
Nous ne pooss^rons pas Ténumératbn pkis loiii* Sous voufions mon6*er par 4es exraiples ce que soiil ces anciennes dynasties , dont Tautorité ne nous eét garantie i}ue par celle de Manethon. Les deux premières sufiG»ent , et nous répondent de toutes les autres. Les plus proches ne sont encore formés que de l'histoire d'Abraham et de sa Camille , qui ncwis mènent jusqu'à la i a* dynastie et à Sésostris, l'ancien, le véritable Sésostris, dont nous avons retrouvé le type dans le patriarche Jacob.
Il y a cependant une exception que nous devons remarquer. Manethon place la reine Nitocris dans la 6* dynastie, et ne parie que de $a couleur rouge .ou tirant sur le rouge. Les Grecs ont aussi une Nitocris , mais placée à une grande distance ; ils nous en donnent une assez longue histoire, dont les détails offrent une allusion perpétuelle au passage delà mer Rouge. On voit parla, que la Nitocris des Grecs étah la même que celle de Manethon , et l'on apprend d'où venait à celle-ci cette couleur particulière , qui n*empêchait pas qu'elle ne fût la plus belle femme de son temps. Lors même que la correspcmdance entre nos deux histoires parallèles ne se soutient pas, c'est.tou jours Thistoire sainte qui fournit les matériaux de l'histoire égyptienne. • *
La dynastie survante, la 7* , aurait ^é de mêf»e mieux placée après SésoWiris : c'est celle qui compte soixante-dix ï*<M« eu soixante-dix jours ,• et où l'on ne peut voir que les soixante-dix personnes qui composaient la famille de Jacdb après son entrée en Egypte , et quand il fut présenté au
( '96 ) PharaoD. Il.fiillatt.c{ae les interprètes égyptiens reusjsent lu de leurs yeux , pour l'insérer dans leurs extraits.
L'iiistoire de l'Egypte > chez les Grecs ^ ce quVii peut appeW propremeot histoire y commence au règne de Sesoslris. Hérodote ne met avant lui que le roi Mœris ; les aièctes quiprééèdent* restent perdus dans la nuit destenaps. IHodorek de. Sicile compte, sept rois de Myris à, Sésostris , et sept, autres. encore de Busyris à Myris; mais de ces quatorze, rois y il ne nous donne que les noms de trois ,- et des cinquante-deux qui les ont précédés il ne nous apprend pas même les noms; tout cela est encore perdu pour l'histoire. Mœris seul dans Hérodote » et le seul Myris dans Diodore » sont caractérisés par une circonstance qui peut les faire reconnaître; et comme cette circonstance est commune aux deux rois, elle prouve d'abord , ce que la ressemblance des noms indiquait assez» qu'ils forment un seul et même personnage ,. et quç le Mœris de l'un est le Myris de l'autre. Elle prouva de plus que Mœris ou Myris est le Mezraïm de l'histoire sainte » le père en effet des Égyptiens. Le lac prodigieux que ceux-ci attribuaient à Mœris et qui portait son nom » mais gui ^ tel qu'ils le dépeignaient » n'a jamais existé, ou n'a jamais pu être un ouvragé des hommes, doit son origine et son nom au nom de Mezraïm* Ce mot est un pluriel hébreu , comme le sont dans récriture les noms des chefs de peuples : en le décomposant , on en a fait Mezr-im ou Melsr-im, qui signifiaient les. eaux, la mer , le lac de Metsr , et l'on y a trpuvé à la fob le nom de Mœris et le lac qu'il avait creusé. Mœris et le lac devaient appartenir aux premiers temps connus delà monarchie, puisque les mémoires en faisaient mention immédiatement après Noé et ses trois enfans ,. auxquels par conséquent Mœris avait dû succéder.
Il résulte de là , pour le remarquer on passant , d'abord
( ^97 ) que le Mœris dea Grecs n*a rien deccHSimiiBavec ie lUisaphi& ou Afipl]^ri8 » sixièiùe roi de la. iS"" dji^astie» ou AUspbragmulhosis qui en est ie septième , auxf{aels on- veut le rapporter aujourd'hui , moins sur une &tble ressemblance de nom y que dans le vaiu espoir d'établir une sorte de concbrdance entre la cjbrondiogie.biea suivie de Manetbon et les cbroaologjes imparfaites des Grecs , trop , sou vent coupées par des lacunes et. toujours disparates : ensuite » que le Sésostris de la i^s." dynastie>. celui d'Hérodote ^ le Sésoosis de Diodore, était» dans l'origine» très-différ rent duSétbosis ou Kame^sès delà ig"^» auquel les Thébains tisansportaient son nom et ses exploits , que nos modernes , pour l'intérêt de leur système , s'efforcent de lui assujrer : enjQn , et ce point est pkis important que les trois, historiens de l'Egypte ,^ quelque nombre d'années et de rois.qu'ils comptassent de Menés àMcecis» etde-Mœrisà Sésostris , ou de Menés h Sésostris directement, sexéunisstdent.quand ils venaient au héros égyptien, qui étaitlemême pour tous. Son règne forçie donc un véritable synchronisme dans cette chroaologie fantastique : nous pouvons abandonner h .l'incertitude qu'ils y mettent eux-mêmes , les siècles antérieurs»^ etpartir de l'époque commune à tous» de l'époque de leur Sésostris» pour nous occuper des siècles suivons, qui ». dans le vtai » comprennent à peu près tout ce que les Grecs nous onl conservé » tout ce qui nous reste des anciennes annales de l'Egypte,
Si les campagnes de Sésostris ne sont » comme nous l'avons dit » que le voyage de Jacob dans la Mésopotamie , l'histoire des Pharaons qui vinrent après lui doit se ti^uver dans le reste de la vie du patriarche » dans celle de ses .fils et spécialement de Joseph» dans l'histoire entière des Hébreux au temps de leur servitude, du retour.de Moïse parmi eux » des prodiges qu'il opéra pour leur itù-
( '98 ) livrafice, jusqu'à lewr passage d'Egypte en Arabie au tratei^d de la met* Reuge. Teut s'exécule au sein même de rÉgjpte, lès Pharaons prennent part aux érénemens , se montrent et agissent eà personne; il était érident pour les Égyptiens /qu'ils avaient en main la propre histoire de leur pays. D'âilleuts, le champ était vaste; car, sî'l'es' paee est resserré pour le temps , les faits sont nombreux et varié!, et ils pouvaient y trouver de quoi remplir bien des siècles. II était donc naturel qu'ils s'emparassent de cette partie àé l'histoire des Hébreux , comme d'un bien qoi leur appartenait; et , en éfïet , ils l'ont saisie avec empressement et en ont largement profité. C'est de là que sont sortis tous les rois dont nous parlent Hérodote et Diodore et Sicile , tous les faits t|a'ils leur attribuent , et ^'autres rois encore , où d'autres noms avec d'autres faits, épars dans les divers auteurs , depuis Rampsinite, Çls de Sésostris , jusqu'à l'éthiopien Sabacos et les Pharaoûs qui lui succédèrent , pour lesquels ils ont trouvé des renseignemens dans la suite de l'histoire sacrée. ^
Il serait hors de propos de vouloir donner ici , même une simple idée de cette longue chaîne de travestissemens, qiii forment la grande partie de l'histoire égyptienne des Grecs. Il faut les voir avec leurs développemens et leurs preuves , les considérer dans leur ensemble , leur liaison entre eux et leur rapport constant avec le texte sacré , pour se convaincre qu'ils n'en sont réellement que des copies , presque aussi fidèles pour le fond que défigurées pour la forme. Mais nous devons remarquer l'exemple en gr^nd qu'ils nous offrent , de cette marche des plagiaires, qui leâ trahit si évidemment , et que nous ayons déjà signalée.
^Échappé de l'Egypte et établi dans sa nouvelle possession, le peuple llébreu n'eut plus de communication avec
(•»99) te p^iys où ii avait été esclave;, et cet état dura autnu • que le gouveroemont 4ea )uge& et au*delà, enviran 5oç 9^8^ Pendant tOAit ce temps , les Ustoriena sacrés tk*tmteai idk>so rien k dire de rÉçypte; ce n'est ^ue sous les règnes ^ Dayid et de Salomoa qu*ib recommeoce^t k e^ÙMe meptioii* C'éti^it ua gi^od vide daua l'histoire é^plt^anno ; et il n*7 ^valt d'autre m^ycm de^ki remplif que d'en rajH procher les doui^ extrêmes» en ^teniibnt les faits aalé^ riçurs h la «ortie d'Egypte, «u h l'eiitrée des H^Imtoux dans la terre deChaoaan (car les Ëgyplieafl ontOMUiu quelques circonstanoes de leur séjour daas!!^ désQrt), jusqu'aux faits qu'allait oi&ir le ri^ne des roif d'Israef. De Û, le Phar^u Soccboria et «ou agfiieau pariant > transportés au temps de Sabacoa par Ptodore de Sicile « et à la 94* dynastie par Manetfaon , long-temps après Sésonçibia et Salomon; et qui ne sont cependant que la mort des premiers nés en Egypte, et la première pâque célébrée par les Hébreux h nuit de leur départ* ^
XYI« Nous avons souvent cité » dans le cours de oosi dis^ eussions » l'histoire véritable des temps £8ibuleux^ et Ict plus souvent» nous œla citons que pour y renvoyer le iec^ teur* Les personnes qui pensent que l'ouvrage a été ausi^i victorieusement que vivement combattu , dès l'instant de son a^aritioQ^ el qu'il est depuis long-twipa et d^finitt* vement jugé » seront sans doute surprises , p^ut-êtKO scandalisées, de tant de confiance. Nousoroyoos donc leur devoir , avant de finir» quelques nmts d'explication.
Les critiques» upus entendons, ceux qui traitèrent la matière sérieusement » et qui étaient qu était d'eu parler , les critiques alors se récrièrent beauooup contre cesinterpré* tations de mots , qui avaient ui^ s^aa dans la phrase , et dont on faisait des noms de choses ou de personnes ; oonlra les sens détournés que Ton donnait aux expressions . du
texie» ou les altérations qu'on leur ftisait subir, pour threr d'un récit vrai et simple» unréoit tout différei^t el queiqc^^is absurde, Oa n'a voulu voir en cela qu'un système à la manière dés étymol^^istes , que de pures el vaines éCymoiogies , décriées d^avance par l'abus que quelques savans avaient fait de ce genre de preuves dan« le cours de leurs recherches conjecturales ; et l'on crut que l'immense travail de Tauteur tombait en ruines , i{ue ses plus frappans résultats » ne jetant que de fausses lueur» » s*en allaient en fumée /par. la seule application d'une dé* DOQiination vague qui ne leur convenait point » et que démentait leur véritable caractère. Attaqué de toutes parts et de toutes les manières» Guérin du Rocher ne r^ondit à aucun de ses censeurs » et la raison qu*il en donnait prouve que son silence ne tenait pas uniquement à la mo* deslie et à l'amour de la paix qui étaient dans son cœur ,, et ne tenait nullement à l'embarras de répondre : il voyait ^u'on ne l'avart pas xompris » que les difficultés qu'on éier vait » ne touchaient point à la question qu^on avait à débattre» et \\ en concluait que son livre n'étant pas réellement attaqué» n'avait pas besoin d'être d^ndu. On doit regretter que Guérin du Rocher n'ait pas donné lui-même les ei^plioations^ qui auraient éclairé la critique» et dissipé dès le^ premier moment» les nuages qu'elle &isait naître » en la ramenant à l'objet qu'elle perdait de vue^ mais ses plaintes étaient fondées*
Quand on n'avait su voir , ou qu*on affectait de n'avoir vu » dans le dévoilement des fables égyptiennes » que des mots arbitrairement interprétés » et des rapport» entre les choses, que l'imagination créait; il était évident qu'on ne connaissait pas l'ouvrage^ qu'on n'avait» ni saisi l'esprit „ ni suivi le fil de ses preuves. On ne considérait pas que l'^ttteur n'avait pas eu le choix des textes qu'il entrepre-
liait d'expliquer , et encore moins le cboiK des explicatioi» dont il montrait qu'ils étaient susceptibles ; que le texte original qu'il supposait atoir fourni le .traVestisseiiient^ ainsi que le texte travesti lui-même » étaient l'un et l'au-^ tre également et rigoureusement donnés ; que dès lors , le rapport qui se trouvait entre eux ne pouvait plus être Une i«encontre de hasard» et n'existait que parce qu'il aTait été volontairement établi ; que ce rapport eûtre le texte original et le texte travesti , ne portait point unique-^ ment- sur des mots, mais portait essentiellement sur des traita marquans , sur des faits positifs, qui ne pouvaient naturellement se reproduire dans les deux textes , que parce qu'ils avaient passé de l'un à l'autre; que ces traits caractéristiques autorisaient à rechercher; si dans le reste du récit, dans la phrase qui le développait ^^ ils n'offriraient pas aussi quelques rapports dans les expressions , dans I^ marche , les formes , les incidens quelconques du discours, qui confirmeraient le rapport fondamental , en établissant une correspondance plus suivie entre les deux textes ; enfin , que ces rapports secondaires , qui , par eux-mêmes et multipliés , auraient une force propre , appuyés sur la base Solide qu'on leur avait d'abord dbxmée, fortaiaient avec elle un ensemble inébranlable.
Dans l'application de ces considérations générales , il ne , fallait pas oublier que les rapports ^condaires dont nous venons de. parler, n'étaient présentés dans l'ouvrage que comme des moyens accessoires , plus forts ou plus fiiibles^ sortant plus immédiatement du texte. ou tirés de plus loin ; et qu'ainsi on ne les aurait pas tous détruits y paroe qu'on en aurait trouvé quelques-^uns moins évidens et moins k l'abri des difficultés; que les preuves essentielles du travestissement étaient dans les faits réels et positifs , don.t 1^ ressemblance constatait l'identité ; et qu'ainsi on aurait
( «0* ) écaiié tous €es acoessoires , que le ImyefttiiaeQkeiil u'ei^ resterak pas moins démonlré; que les faits wi^-ioéiiies portaient la défDÔDstjration plus ou moiàs haut «, suivant qu'il» étaient plus içsporlansDu péunià en plus grand nombre. Un seul fait bien établi suffisnit à la preuve s un^ suite da faits clairement yérifiés , comme ils le sont dans le dévoilement de Sésostris , par exemple , dans ceu]^ du oonted» rarchitecte de Rampsinite » ou de l'histoire d'Amasîs » mel le travestissement dans un degré d'évidence qui ne penne! pas même d'hésiter : combien donc devait-on être fipappé de celte suite de traveslissemens» développés dans touteleur étendue , et discutés dans tous leurs détails avec le |dua grand soin ; tous tirés dea passages de l'Écriture <iù il est fiiit mention de l'Egypte , dt que les Égyptieas en avaieni dû extraire par cette raison , tous se succédant dans le même ordre où ces passages s'étaient offerts è eux dans l'Écriture, et avaient dû par conséquent être 'recueillis par eux. De -sorte que l'histoire égyptienne lea reafero^ tous et n'en renferme pas d'autres , et que n!ayainl rien k dire d'elle-mêt|ie dans les intervalles où rÉcritu» ne Im fournissait rien ; elle remplit , comme on l'a vu , ces lacunes , quelquefois très-longues , par le simple rapprochement des faits qu'ils avaient trouvés d'abord et de ceux qu'ils retrouvaient ensuite*
Voilà ce qu'il fallait voir et combattre» si l'on voulait réfuter» et non pas seulement attaquer , l'histoire vérita^ ble des temps fabuleux t on semble n'avoir rien vu » et certainement on n'a rien combattu » rien discuté de tout ceta* Au défaut de l'auteur» qui gardait le silence, un de ses amis se chargea de le prouver; et il le fit habilemeBl et avec vigueur. On lui reprocha de l'emportement et des^ personnalités; bientôt les plaintes s'élevèrent » et ^quoique on les grossit à de^ein » toutes n'étaient pas dénuées de
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IbikkDoiABt. Il MmUii avoir praint lui-|ii6itte 40 t'y \mset «olralqer : il promoUaii 4^ûâ lôa aviertiaaemeQt , oi «an» doute il à'élail pitmiia, dtp ne pa» sortir d^ bornai», de- la modératioD; il prévieet qu'oo poiinra s'aperçevoir^oiik plu-^ •leurs endroits, 4e la violence qu'il s'est laite; et en ei&t, les traits qui peuvent offrir le caractère de p^rtonnaUt4* » sont rares dans son écrit. Quapt h la véhénienee du style » à la dureté des expressions , ne pouvait-on p^s accorder quelque chose à la chaleur de la défense» au sentiment de la conviction» à l'impatienoe de voir toujours des yh^mens sévères et Iranchana » prononcés sans qu'on eftt jamais ahordé les véritables questions ? Mais ce ne fut pas Ih ^ qui attira Torage : les torts réels qu'on exagérait* les shnples t(»^ts de caractère dont on faisait des crimea^ne furent qu'un prétexte» et couvraient des motifs qu'on n'osait pas avouer»
L'histoire véritable des temps £ibuleux parut au moment» ob les prétendus philosophes attaquaient avec le plus de fureur, et sur tous les points » nCs livides sacrés et ceux de Moïse particulièr^nent : un pareil ouvrage dut leur déplaire ^ et l'effet qu'il produisit à son apparition pouvait déconcerter leurs projets. Il avait alarmé des savans , admijrateurs trop exclusifs d'Hàrodote » et trop intéressés au . maintien de sa réputation» qu'ils voyaient fortement corn-' pr^NQ^iise : qu'allaient devenir tant de traiMuux et de veilles , consacrés k éclaircir , à rajusler^à concilier avec Itè aur» très auteurs » ceux de ses neuf livres préekémeiit qu'on vcQait renverser de fond en comble? On n'ignore pas aujourd'hui qu'il se forma, vers ce temps-là , une association secrète d'hommes de lettres des deux partis , qui se proposaient de soutenir de tous leurs moyens , d'augmenter même, autant qu'il leur serait possible, l'autorité de l'his- ;iorien et de son histoire, dans le but de l'opposer avec plus
(«04) de succès au témoignage de l'Écriture , quand on aurait oelle-ci à oombattce : fallait-il abandonner cett« lotrablé et glorieuse entreprise , et i^noneerà Pespoir de la voir un jour heureusement accomplie ?
En prenant la défense de Guérin du Rocher , Tabbé Chapelle s*él^t donc fait de nombreux et redoutables ennemis; plus sa réponse était victorieuse» plus elle dut les irriter. La position cependant était embarrassante. D'un cdté , garder le silence eftt été avouer la défaite ; de l'autre» comment répliquer» si Ton ne pouvait se flatter de faire mieux* que ces premiers agresseurs» sur lescj^uels on avail compté» et qui venaient d'être repousses avec tant d'avantage ? Il y avait d'ailleurs du danger à laisser s'établir une c<mtrover$e» qui, en se prolongeant, aurait attiré do plus en plus l'attention publique » qu*il Importait au contraire de détourner. Ils le sentirent » et l'on sait à queb moyens ils eurent recours pour mettre fin à la dispute» et être en même temps déchargés du poids d'une réplique.
Le livre de l'abbé Chapelle fat supprimé; mais THiistoire véritable» qu'il avait voulu venger, subsistait , et n'eu fut que plus recherchée et plus répandue. Ce grand ouvrage se suffisait à lui-même; il répondait d'avance à toutes les objections qu'on pourrait élever; sou défenseur n'avait presque eu besoin que d'y rapiener ses divers adversaires» . pour écarter l'une après l'autre toutes leurs lobjections^ On le comprit peut^êtro; du moins est -il vrai que personne depuis n'entra dans la lice » et ne voulut risquer une nouvelle attaque. ^