‹ Des dynasties égyptiennesChapitre 4 sur 7 · DE LA CHRONOLOGIE ET DE L^HISTOIRE · texte numérisé non relu

DE LA CHRONOLOGIE ET DE L^HISTOIRE

Quand on a ewmîoéde ppès cet^exiu^oaologle , si vantée aujourd'hui» des dynasties ^yptieune^^on s'étonne de la sorte de respect que moatrent pour ejie , et du haut degré d'autorité que lui accordent ceuji; de ses défenseurs que Ton doit supposer l'aTOtr étudiée arec le plus de soin , et s'être mis le glos par&itement en état de l'apprécier à sa juste valeur, t Le prêtre de Séhennytis^ nous disent-ils, devait connaUre mieuj«L que tout autre l'histoire de son pays (i). C'est hicn la plus imposante autorité qvie l'on puisse citer en pareille matière i (a). El partout la sèche liste de rois que Manethôn nous offre , est présentée.comma un trésor iqestimahle , échappié aux ravages du temps , et que nous sommes trop heureux déposséder encore, il semblerait que les dynasjties égyptiewtos soient hors de toute

(i) Précis^ pw aiS, (2} Pr. p. aa4.

( 6o ) conteslatlon , et niaient pas même besoin de preuves. On coDDaît cependant les débats dont elles ont été l'objet , et qui sont loin de s*étre terminés en leur faveur i| on connaît ce qu'en ont pensé des savans les plus distingués , et nous croyoïls avoir montré , dans l'examen que nous venons d'en faire, que leur jugement était' assez bien fondé.

En refusant à Manethon l'autorité qu'on lui accorde trop libéralement, nous ne prétendons pas l'exclure des recherches dont l'ancienne Egypte est aujourd'hui l'objet , et ne lui laisser aucupe ps^rt (Jans le^ discussions qu'elles feront naître. Nous regrettons plus tôt de n'avoir pas sa chrono-* logie plus entière , et de n'avoir presque rien de/ son histoire. Un manuscrit trouvé dans les fouilles de quelques tombeaux serait une des plus utiles découvertes que puissent faire nos voyageurs. Nous aurions plus de points de coniparaison ; nous remonterions par plus d'endroits aux sources où il avait puisé «et nous serions à méznede juger avec assurance si ces sources étaient aussi pures , si les faits qu*il en a' tirés étaient aussi authentiques que l'on aime à le croire.

Dans l'état où nous l'avons , dénuée de faits , dont la suite marquerait celle des dynasties et dfes règnes , la chronologie égyptienne, seule et par elle-même, rie saurait donner un fondement solide à des recherches sur la durée des temps qu'elle embrasse , et l'époque des faits qu'on voudrait y rapporter. Il faut lui chercher des appuis audehors : et déjà les monumens ont fait connaître un assez grand nombre de rois dans les dernières dynasties. Ce sont là des découvertes importantes sans doute , et qu'on pourra multiplier. Mais elles ne seront jamais qu'un premier pas Tcrs la connaissance de l'histoire et de sa chronplogie , qui resteront à peu près , tant qu'elles n'auront pas de secours plus puissans , l'une dans ta même obscurité et l'au-

(6. ) Ire dan& la même iacertitude. Une inscriptioD fera coil< natir^ le nom d*un roi; son existence sera certaine : mais à quelle dynastie le rapporterez-vous » si vous ne retrouvez son nom dans aucune? quelle place lui doni)erez-vous dans une dynastie où vous trouverez plusieurs rois qui Iç portent ? Et si vous ne connaissez que lui dans celle oii vous le mettrez , Texistence de 1^ dynastie entière sera4-elle assurée? Deux seulement jusqu'ici offrent une suite assez complète de noms monumentaux , pour qu'on puisse les regarder , elles et la succession de leurs roi», comme à peu près établies; mais où les placerez-vous dans l'ordre général des temps» si l'époque des dynasties.qui les ont précédées ou suivies» n'est pas encore fixée ? Et pour toutes, nous demanderons comment on en déterminera la durée, quaod les inscriptions » n'ollrant que les -noms des rois , nous laissent ignorer la durée de leurs règnes?.

Il en est de la chronologie comme de l'histoire égyp-* tienne : les monumens lui fourniront des matériaux , ils ne la créeront pas ; ils ne sauraient ni l'asseoir sur des dates qu'ils auraient rendues certaines , ni remplir seuls les vides que laisseraient ces dates. Que reste-t-il donc pour obtenir celui au moins de ces deux points essentiels , qui ferait distinctement connaftr^es temps vrais de cette chronologie , et marquerait distj^ement l'époque où elle entre dans le vague des conjectures , pour se perdre bientôt dans les pitoyables illusions d'nne antiquité chimérique ? Il reste le» annales des peuples contemporains , qui auraient eu des relations/avec l'Egypte» et en auraient conservé la mémoire. Mais , à cet égard » les ressources sont bornées. Dans tout ce que les historiens nous apprennent, ou plutôt nous rapportent des grands . empires qui %b sont succédé en Asie» jusqu'aux derniers temps du second empire des Âssyrienset auxcommencemens de celui des Gbaldéens»

(6« ) c'est-à-dIre 9 jusqu'au temps oiême du renversement de ta monarchie égyptienne, et dii règne des derniers Pharaons , on ne voit aucnn rapport entre TÉgypte et l'Asie , entre les Pharaons de Mwnphis ou d^ Thèbés , et les r<MS de Nînive ou de Babylone. Pendant ce long intervalle de temps , les Égyptiens semblent s'être donné pour bornes le Nil et la mer rouge>» et n'avoir jamais porté au>delà^ ni leurs vues, ni leurs pas. L'expédition du grand Sésostris n'est qu'une fable calquée sor une histoire qui n'était pas celle d'un conquérant ; mais eût elle un fond de vérité , on n'en lire^ rait aucun des renseigttemens que l'on cherche , puisqu'il est constant, quoique fort étrange, que ces conquêtes » si étendues et §i Rapides , ne laissèrent de traces^^ ni d^ns la situation politique de tant de pays envahis , ni dans les traditions de tant de pebples vaincuSé

Un seul peuple , imperceptible en quelque sorte entre les vastes continens d'Asie et d^Afrique , formant 4es limites de l'un » touchant aux barrières dé l'autre , avait eu avec l'Egypte, dès la plus grande antiquité , des relations qu'il n'aurait pu oublier > quand il ne les aurait pas consignés dans son histoire. Ce, peuple est eii même temps celui dont les annales , remontant à l'origine du genre humain» et devançant l'établissement d# toutes les autres nations et les plus anciennes chronique&^*qu'eiles pussent avoir » pré^ sentent seules tine suite de faits liés étroitement lès uns avec les autres i des dates précises qui tracent Tord^ des faits, et ne laissent aucune interruption dans l'ofdre àei temps{ un corps enfin d'histoire et^e chronologie > ^uquej le scep^ ticisme , s'il veut être raisonnable , ne peut riçn opposer , coçime la critique» si elle est éclairée, ne trouvera rien dans ces siècles reculés qu'elle puisse mettte en comparaison. Telles sont les atonales du peuple hébreu , abstrac* tion faite du caraclère sacré qui leur appartient exclosi-

(63) yement » et de rautorité supérieure à ipus les témoignages humains qu'il leur donne.

C'est donc de la chronologie de l'histoire sacrée qu'il faut rapprocher la chronologie de Manetkon , poup déterminer dans celle-ci les dates et les temps qu'on peut ad* mettre aVeo assurance , ceux qu'on doit décidément rejeter, ceux enfin qu'il convient de laisser dans. leur incer' titude actuelle » ou d'abandonner aux conjectures^ qu'il sera permis de former » en attendant que de quelque autfè côté viennent de nouvelles lumières.

La première chose qui frappe dans la chronologie égyp-^ tienne est son étendue : elle dépasse d'un grand nooibre de siècles la borne immuablement fixée à toute chronologie chrétienne par le déluge , et à toute chronologie raisonnab^y par les faits que présentent à la méditation l'histoire des hommes et l'état physique du globe. On peut reculer plus ou moins , suivant les divers calculs , l'époque du renouvellement du genre humain dans la postérité de Noé : mais ces différences et les incertitudes qui en peuvent résulter ont une limite, au-delà de laquelle l'histoire et la chronologie ne sont plus qu'erreur et mensonge. Les critiques , à l'exception d'Isaac Yossius et de quelques autres aussi inconsidérés que lui , ont senti la difficulté insurmontable qu'oppose ici Y Histoire sainte , et reconnu que, pour conserver les dynasties -de Manethon, il fallait nécessairement resserrer l'espace qu'elles occupent^ Les plus prudens ont donc pris le parti de les abandonner ii leur sort; et, parmi les autres , chacun en a tiré le système de chronologie , qui lui a paru le plus propre à concilier tous les intérêts.

M. Ghampollion ne s'est pas encore expliqué nettement sur ce sujet. D'un côté, il ne diminue rien de sa confiance en Manethon-, et se montre toujours également prévenu

( 64 ) en Faveur des dynasties. De l'autre, 41 setnble convenir que leur série chronologique ne peut pas être maintenue telle que nous l'avons et que nous l'entendons t et sans dire par quel moyen il la ramènera à de juèteis bornée, ou si elle y reviendra d'elle-même , mieux interprétée qu'elle ne l'a élé jusqu'à présent , il assure que a le canon de l'historien de l'Egypte est loin d'accoi'der à^a Monarchie égyptienne cette durée excessive qui effrayait l'imagination , et semblait appeler le doute sur la totalité niéme des assertions de son auteur • (i).

Cependant les vingt-six premières dynasties , calculées d'après J; Africain, donnent de Menés à Gambysc 5,4 1 ^ ans, et en y ajoutant les 55o ans de Cambyse à l'ère chrétienne, sur lesquels il n'y a point de difDcultéâf, elles nous feraient remonter à 6942 ans avant notre ère. Voilà pour Manethon. Rapprochons maintenant son calcul de celui de Moïse. Le déluge , suivant le texte hébreu , et son évaluation commune, tomberait à l'an 2,349 ^vant l'ère chrétienne, et suivant la version grecque dès Septante, qui allonge de 83o ans le temps dès patriarches fils de fioé , à 3,179. Les dynasties remonteraient donc à 3,693 ans avant le déluge selon l'hébreu , et à 2,765 ans selon le grec.

Gomment opérer cette éiiorme réduction d'une moitié des dynasties? 11 n'y avait, et l'on n*a employé, comme ïious l'avons dit , que deux moyen$ : la suppression , en tout ou en partie , des dynasties qu'on jugerait fausses , ou qui paraîtraient trop suspectes; le partage en différentes branches de dynasties et de rois, qui auraiemt existé et régné à la fois dans différentes contrées de l'Egypte.

Mais s'il y a . des dynasties suspectes , s'il y en a de fausses , et combien il fendrait en trouver de l'une où de

(1) Pr. p. 244.

( 65 ), l'autre espèce , que devient rauthenticité du canon ? Commen| se çoutiendi^aient l6$ dynastie^ qu'on préjtendraitcQQserver» et qui n^aurai^nt cependant que ce caduo apf^ui ? II ne serait pas déippQtré q^*eHe.s sont de pure inVçnticoi; serait -il prouvé qu'elles sont vraies ? On aurait sapé le fondement de l'édifie^ ^ tppt croulerait au même ini»tatlt; Le système des dynasties collatérales se présente naturellement à l'esprit : on conçois qqe l'Egypte ait été divisée en plusieurs btats , qui avaient cbacup son gouvernement et ses rois; il parait même [qu'elle l'a été réellement dans l'origine 9 et elle a pu Tétre encore dans la suite; on ne vojt p^s sur quel fuotif M. Champollion déclare ce système abêmr4c (i). Mats il ne portera jamais que sur des coQJQctiireâ; il n'offrira jamais que des combinaisons , plausibles oq forcées , dt toujours arbitraires i f oilà son vice radical. D14 reste , comme celui de suppres* sions pt de mutilatioqs des dynasties ^ il ôté toute autorité au témoignage de Mane^bon, qui n est plus qu'un conteur» trompeur pM fromp^ , et dont lès dynasties ne sont plus elles-poêmes qu'qn loqg système de mensonges.

Il fi^ut donc recevoir sa cbrpnqlogîe telle qu^'l l'a formée , et la juger sur pe qu'elle est. L'état de la questioa ainsi posfi , pe nou^ lest-il pas peïfpis de demander ce que l'on eptepd , et si Top s'entend bieu soi-niême , quand on parle , ai^ inême endroit que Qpus venons de citer « de la série d^s dynasties égyptiennes données par Manethon , réduit^ à ^ps yéri|;ables valeurs chrpiiologiques ? »

Ne pouvoa^:npi|s pas demander encore» si l'on a cru écarter M^uiçs les difficultés » et ouvrir un champ libre au déye)ppppmQBt de la c^rofîpli^^ii^ égyptienne^ en réclamant c^ile de. 1a"yersiop A^s Septante pour les premiers siècles après, le délpg^* L'illusijOn ne tiendrait pas contré

(t) Pr. p. 244.

( 66) le simple exposé de l'état réel des choses , et Ton reconnBlirait bientôt q^u'on ne gagnerait rien à sacrifier le texte sacré primitif à une version. Nous n'avons donc point à discuter ce qu'allègue M. Ghampollion Figeac en fareur de la version grecque contre le texte hébreu : il y aurait à lui faire sur ce sujet bien des observations » auxquelles il parait n'avoir pas songé. Nous dirons seulement , que si le choix est libre entre les deux manières de compter le temps des patriarches a vaut et après le déluge , il n'est point arbitraire; qu'au défaut de la foi, il y a des principes pour diriger le jugement ^ et le conduire au vrai qu'il faut chercher en tout; qu'on ne doit pas, toutes choses d'ailleurs égales^ mettre sur la même ligne .le texte sacré et sa version , quelque mérite qu'ait eellé-ci et quelque respectable qu'elle soit, Iq premier ayant par lui-même une autorité propre , que Fautre ne partage queutant qu'elle le représente; que la question est de savoir lequel des deux a^conservé la leçon primitive du livre de Moïse ; qu'en réduisant la question à un point de critique , toutes les règles de la critique prononcent en faveur du texte hébreu ; qu'il faudrait par conséquent des motifs tirés du dehors, étales motifs graves , pùissans, irrésistibles, pour rejeter sur lui la falsification qui existe de l'un ou de l'autre côté; que , dans l'état actuel de nos connaissances, l'autorité de Manethon et de ses dynasties ne petift certainement-pas balancer la sienne; qu'enfin , selon toutes les vraisemblances, et quelques secours qu'elle reçoive des documens nouveaux , qu'on espère ajouter â ceux que nous possédons déjà, jamais une chronologie certaine de» antiques Pharaons ne sera assez bien établie, pour qu'il devienne nécessaire de renoncer à la chronologie du texte hébreu , qui est celle de la version vulgate de l'Eglise latine , et de recourir à la chronologie de la version des Septante » commp

( 6? ) £ki seul moyen de défendre le récit de Moïse et de sauver la véracité de l'auteur.

On ne parait pas , dans les discussions actuelles , donner une grande attention au témoignage du texte samaritain , dont on a fait tant de bruit autrefois , et que des savons ont trouvé si décisif en faveur des Septante. Il a, disait-on, Tautorité du !exte original; et quand il y joint celle de la irersion grecque , il doit nécessairement emporter la balance. Si l'on revenait aujourd'hui sur ce sujet» écartant les détails d'une longue controverse , nous nous bornerions à une considération facile à saisir, et qui seule résout la question.

La confôrraiité du texte sàniaritain et du texte grec ne â'étend pas sur la chronologie des deux séries patriarcales : ils s'accordent pour les temps postérieurs au déluge; pour les temps antérieurs , le samaritain suit l'hébreu. C'est-à dire , que le samaritain conserve ou adopte l'hébreu , lorsqu'il n'a pas besoin d'allonger lès temps; et qu'il s'attache aux Septante ^ lorsqu'il cherche des temps moins raccourcis. Qui ne voit là l'évidente preuve d'une interpolation faite à dessein? Qui n'en voit pas manifestement le motif? £n effet , le calcul de l'hébreu sur les années des patriarches antédiluviens, ne peut s'allier avec celui des Septante sur les années des patriarches de l'âge suivant. Si les premiers engendraient à trente ans , les seconds ne dorent pas engendrer seulement à cent trente, cent ans plus tard. Le texte samaritain, qui réunit ces deux contraires, est donc bien certainement altéré , et l'on découvre bientôt , avec non moins de cériitiude , sur quelle partie de son texte tombe Fattération. Ainsi , ce texte nous fournit dans sa première partie , demeurée intacte, un témoignage irrécusable en faveur de l'intégrité de l'hébreu ; et dans la seconde, il achève lui-même de convaincre la version grecque

( 68 ) du vice dont il porte l'empreinte visible , et qu'il partage avec elle.

Plusieurs questions particulières naîtraient ici de la question générale , et leur exaioen pourrait jeter du jour sur l'origine et les progrès de la singulière interpolation dont il s'agit. Lequel des deux textes » samaritain et grec> a le premier subi l'altération ? Gomment a-t-elle passé de l'un à l'autre? Ou, reproduite par les mêmes causes , a-t-elle pénétré successivement et d'ellç-même dans loiis les deux^ lorsque les circonstances opportunes se sont présentées? Mais ces recherches he tienïient .pas d'assez près . à celles qui nous occupent, pour que nous crpyidns devoir y ©ntiferl

N'omettons pas une considération , que l'excédant seul des années égyptiennes au-dessus du déluge , rend presque superflue en ce moment , mais qui deviendrait importante, si la question changeait de place , comme il arrivera infaillir blement on jour^ et peut-^être dans peu. On n'aurait pas même la liberté d'étendre jusqu'au déluge les dynasties de Manethon, quoique Noésoit son premier roi. Il n'a pas connu la longévité des hommes de cette époque : Noé loi même vécut /^&o ans après le déluge, et Sem, son fik, 5oo. Les effets 4e ce grand bouleversement de la nature ae jSrent sentir dès les premières générations qui survinrent, m^is graduelieme^nt , de sorte que le sixième descendant de Sem vécut enivre aSo ans , et les deux sutvans , Nacbor et Tbaré père d'Abraham , plus de loo. Les premières dynasties de Manethon n'appartiennent point à ce premier ^^ du monde nouveau.

Obligées de se séparer , lorsqu'elles cessèrent d'avoir un langage Commun , les familles issues des trois fils de Noé durent, pendant long^temps, à mesure qu'elles se muUio pliaient, s'avancer chacune dans la directionqtii lui avait été assignée, et , s^éloignant de plus en plus les unds des autres»

( 69 ) &UP les lerres désertes qui s'ou vraienl devant elles et qu'ellea devaient successivement peupler. On ne peut déterminer ni l'époque , ni les circonstances , où quelques-unes furent acnepées à se rassembler en grandes masses » à former un sepl peuple de plusieurs peuplades , à réunir plusieurs che& , jusqu'alors indépendans , sous l'autorité d'un seul , à se donner ou h recevoir un gouvernement et des lois, qui ne venaient d'aucune en particulier^ et auxquels néanmoins toutes se trouvèrent soumises. Mais l'établissement de grands royaumes ne put être que l'ouvrage des siècles , avancé ou retardé suivant la nature des localités , les habitudes dçs familles , le génie d'un chef > le caractère d'une Iribu , différentes causes enfin , nécessaires ou accidentelles , et supposant toujours de longues années du régime paternel et de la société de famille- C'est effectivement en cet ^tat que l'hcriture mainte nous représente les peuples , même après l'âge des patriarches.

Le pays qu'Âl^^aham parcourait en voyageur, et que sa postéii'ité devait posséder un jour, était alors partagé entre plusieurs petits peuples , ou plusieurs tribus du mêmQ peuple , chaque tribu ayant son roi> et chaque roî n'ayant pour royaume qu'une ville et son territoire : cinq de ces rois régnaient dans les cipq villes de la vallée qu'occupe h présent , en partie du n>oins , la mer Morte, Voilà l'image de ce qu'était l'Egypte , plus en grand peutnêtre , à raison de circonstances partieulières à cette contrée. Le Pharaon chez lequel Abraham se retira da^s-un temps de famme , ot qui habitait Vraisemblablement qiiielqa'une des villes de la basse Egypte, proches de l'Arabie-Pétrée , qu'élait-il, et qu'était son royaume.? Le récit de Moïse en donne-t-il ui^e plus haute idée que de ce roi de Gérare au pays des Philistins , qui reçut également dans ses états Abraham d'abord et Isaac ensuite ? L'esprit religieux , maintenu jusquo

( 70 ) là chez ces peuples, est remarquable. UËgypte, ou du moins cette partie de l'Egypte , était loin encore dé Tabrutissante superstition dans laquelle on la trouve plongée plusieurs siècles après. M. Ghampollion observe que t l'époque de la 1 8" dynastie de Manethon , quelque reculée qu'elle soit, n'atteint pas l'âge d'Abraham. • Il n'a pas cher^ ché à reconnaître si cette brillante dynastie peut convenablement en être aussi rapprochée qu'il le suppose. M. Ghampollion Figeac, auquel Jl laisse le soin de préparer sa chronologie , fait remonter l'époque de la 1 8* dynastie à l'an 182a avant l'ère chrétienne: or, d'après l'Écriture , la mort d'Abraham tombe à Tan 1821 selon Ussérius.

€ham , père des Egyptiens , ne tourna ses pas vers cette portion de la terre qui lui était échue, qu'au temps de la dispersion générale des familles; cent ans après le déluge. 11 s'arrêta sur la route et y laissa des colonies; son fils Ghanaan s'établit dans la Palestine. Arrivé pins tard en Egypte et avec moins de monde , il dut être plus long-temps à y former des établissemens , à les multiplier et à leç étendre. La race de Sem , testée dans les plaines de Sennaar, avait à cet égard un grand avantage sur celle de Cham; et cependant le voyage du serviteur d'Abraham pour chercher à Isaac une femme de sa famille , le voyage et I3 séjour de Jacob dans le même pays et pour le même objet , nous montrent Id vie simple , pastorale ou rurale , qu'on y menait encore. Une autre circonstance nous en met sous les yeux l'état politique 2 les quatre rois de contrées voisines de l'Euphrate , qui réunissent leurs forces pour une incursion dans la Palestine , et qu'Abraham , avec trois cents hommes armés à la hâte , défait et poursuit , en les obligeant d'abandonner leurs prisonniers et leur butin, ne s'annoncent pas comme plus formidables que ceux de

( 7' ) Sodoiae et des autres villes de la Pentapole^ quUls étaienl veaus: combattre.

Tout cela nous reporte aux temps de la jeunesse des peuples y qu'avait prolongée l'influence des patriarches » irivant ^u milieu des générations qui se succédaient , et y entreten^Qt les. idées et les mœurs primillyes par* leurs instructions et leur autorité. Tout cela nous éloigne beaucoup de L'opinion qu'on se forme , sur de trop faibles téu(îoignages trop facilement adoptés » de grands empires qui ajuraient prodigieusement devancé les plus anciens temps connus , dans la haute Asie et l'Egypte , dans la Chine et dans l'Inde. Quand on voudra revenir au vrai » abandonner les fables et les histoires qui en ont le caractère , pour s'en tenir à ce que des recherches , sagement dirigées et conscientieusement approfondies , aupont suffisamment prouvé» on verra se rapprocher de nous le temps où les nations eurent de puissans monarques , de vastes territoires , des gouvernemens durables et consolidés par leur durée même, et où elles purent songer à écrire des annales.

On>a dû remarquer que nous ayons pris poup> base de nos observations » la chronologie du texte hébreu , telle qu'elle y existe de toute ancienneté» telle que saint Jérôme l'y a trouvée, et l'a rendue dans sa traduction , telle que l'Église l'a reçue en adoptant la traduction du saint docteur; et cela , non seulement parce que le texte original est toujours présumé^ le plus pur , et, quand il s'agit des livres saints, doit être respecté dans. les choses même souipises à la critique , toutes les fois qu'il n'y a pas de preuves convaincantes qu'il ait subi des altérations /mais encore parce que des trois textes entre lesquels les savans se partagent , l'bébreu est celui qui se soutient le mieux dans les deux parties de la chronologie des premiers âges , plus simple , plus uniforme dans sa marche , ne présentaivt

ni disparates» ni exagérations» et montrant dans son ensemble tons les caractères de la vérité primitive. Noos ne croyons 4onc pas que Ton puisse admettre deux additions qu'un coiâmentàteurmo'derne» dont la compilation » bonne il plusieurs égards, est trèsrtëp^rndue en Fk-ance, a pris sur hiï de faire à ki chronologie des patriarches aprè^ le déluge.

Sur quoi se fonde-t-il pour ajouter cent ans à Tâge d*Arphaxad fils dé Sem? L'hébrén ne donne h cç patriarche <jae trente-cinq ans lorsqa'il engendra S$ié> ce qui ^st ccûforme k l'âge de tous le6 patriarches stiîvaris , et dqt avoir lieu surtout pour les premiers hoînmes nés après le déluge ; lorsque la propagation rapide du gèi^re humain devait être le vœu de Noé et dé ses trois fils , et était san$ doute diins les |l6$s€ins de la Providence. Il faudrait dire qu'Ârphaxad avait eu des enfand avant celui dont la posté* rite devait former la nation sainte , et produire enfin le Messie ; tandis que tous les pairiatcher, après Salé» sont les premiers-nés de Jem*s .|)ères. L'auteur invoque le Samaritain et les Septante , et il les a victorieusement cc^battus ; il a prouvé que» snrla chronologie de cette époque» l^ir témoî^age était nul. Il a recours à des rapproçhemens diversement combinés » des nombres mai^q^és dans les troi$ textes, et il croit y voir. les tracies de ceux qu'exigeraient les cent ans^ ajoutés à l'âge d'Arphaxad : on sent combiei^ de pareils moyens sont faibles quand il s^agtt» non.de défendre ,Tnais; de prouver un fait.

Les dem textes originaulx ne reconnaissent pas le Gainan» que les^Se^tante placent entre Arphaxad et Salé , en lui donnant cent trente ans avknt la naissance de ce dernier. Sur cela on a remarqué que les années de ce Caînan n'étaient qu'une répétition des années de Sâlèqui lui succède» indice manifeste d'un double emploi. On a remarqué de

( 75 )^ plus ijue ce Gainan était à la 3' générÂtion après Noé , comme le patriarche du même nom , avant le déluge, estv à la 3* génâration après Adam ; et on a vu où le copiste avait pà trouver un Gainan pour INin des doubles dés années dé Salé. On a montré même qtre ce pàtriarclie dès Septante • n'avait été introduit dans leur version qu'assfez tard ; puisque J* Africain ^ Eusèbe et d'antres nncfenîs qui la suivaient, , ne le comptaient pas dans lenrs sûpputatiôiis chrènologiqiies. On en a concln que {yrîmilit^e^ébt il n'entrait point dans I^ généalc^e de Jésus-Ghri^t que dontfe saint Luc ; et li^ manbâicrits, où il manque encore aujotiH'bui, lé confir^ ment* Ces o)»8erVatroâs avaieht été Yaités depuis longtemps , et Tantenr n'y a pas répondu.

Les additions qu'il fâfïl au té^té hébreu fo^nl^nt un total de 23ô ans « et ces sSo ans de plus / dit-il , donnent lièù à la formation des peuplades, qui se l^pahdiréht sur la terre au tensps de I^alèg. t II avait tétharqué , en parlant d'Arphaxad ■ que riïrtervalFe que donne Thébreà entre le déluge et la naissance de Phaieg, ce trouvant rédàit aux environs de 1 ooannées, semble être trop court pour la formation des peuplades * (i ) . Il se ti^ômpe : lés hoïnmes étaient assez multipliés, loo ans après le déluge , pour que Dieu jugeât convenable "de séparer les familles. On prouverait au contraire quUl "était moins dans l'ordre de sa biefiveillante providence, de lés laisser s'accroître au p6iùt où ils seraient parvenus dans l'e^liace do 2S0 ans, au risque de la corruption 'qui se serait introduite parmi eux , du trouble et des divisions qn'auratt idMIliblemént fait naître la diversité des vues , le choc des iùtérêts , toutes les passions fermentant au sein à'uiiè multitude livrée à elle-même ; et qu'il n'était pas dans l'ordre naturel qu'ils rest«'îsseQt

(i) T. i. Diss. sur les deux pr. âges, p* 586 et 588.

( 74 ) rassemblés , si long-temps et en si grand nombre , sur le même point , sans songer à s'étendre , pour chercher, dans des contrées éloignées , les commodités de la vie et les moyens de satisfaire à leurs besoins. Le miracle delà confusion des langues n'aurait plus été nécessaire.

Mais il y avait un motif puissant, et qu'on découvre ailleurs , d'allonger les temps dont nous parlons. Rondel , car il faut dire son non) , qui fut toujours bien connu , quoiqu'il ne l'ait janiais écrit à la tête de ses ouvrages, Rondet s'est beaucoup occupé des histoires et des chronologies des anciens empires de l'Asie , qui eurent de si fréquens et de si importaps rapports avec le peuple hébreu: va«te champ de bataille , où les sa vans ont perdu tant de veilles à élever et à détruire,, les uns après les autres, une multitude 4^ systèmes dont aucun n'a survécu à leurs disputes. Les recherches de Rondet , ou plutôt les discus^ sions dans lesquelles i! s'engage sur les recherches de ceux qui l'avaient précédé , occupent de longues pages dans son travail sur la Bible.

Fatigué des difficultés qu'on trouvait à concilier Hérodote et Gtésias sur' la durée de la monarchie assyrienne , Fréret s'était définitivement arrêté au calcul , mieux fondé sans doute à son avis , d'un historien romain cité par Yelleius Paterculus. Appuyé de cette imposante autorité, il fixait les commencemens de la monarchie sous Ninus, à l'an 1 96$ avant notre ère ; les 1 36o ans de Gtésias , suivant l'époque d'où on les fait partir, mènent au même point. Rondet adopte cette date , qui le rapprochait de Nemrod, dont l'Écriture parle à l'occasion des villes de Babylone et de NInive. Il fait donc de Nemrod, petit-fils de Gham, le véritable fondateur non-seulement de la monarchie des Assyriens, mais de celle des Babyloniens; et il trouve que ce robuste thasseur en fut le premier roi vers l'an 21 58

( 75 ) avant Tère chrétienne , environ 4o ans après la naissance de Phaleg. Il restait une difficulté : comment admettre deux grands empires, ou un empire formé des deux, i4o ans après le déluge et 4o ans après la dispersion des hommes? Ce n'était pas trop demander que 23o années de plus (i). Voilà le secret de sa chronologie réformée, que des réviseurs judicieux ne devaient pas laisser subsister dans les dernières éditions.

Le^ mêmes limites renfermeront la chronologie égyp tienne. Rondet compte pour rien les dynasties, et n'en parle môme pas. Mais il trouve dans un auteur grec du douzième siècle , dont la chronologie commence , selon l'usage , à la création, et finit au temps où il vivait, que la monarchie des égyptiens a duré i663 ans jusqu'à Cambyse; et cette autorité lui suffit. Le» iQ63 ans avant Cambyse, joints aux 025 de Cambyse avant l*ère chrétienne , font remonter la fondation de la monarchie à Tan 2,188 , ou , suivant sa méthode d'additionner les grands nombres en chronologie , à 2 , 1 89 avant notre ère ; et par conséquent 5 1 9 après le déluge ^ en supposant les 260 ans d'Arpbaxad et de Cainan : nouvelle preuve pour lui de la nécessité d'ajouter ces années au calcul du texte hébreu.

Rondet n'a pas réfléchi que Constantin iManassès n'avait pas déterminé la durée de l'empire des Pharaons, d'après des documens historiques dont il aurait apprécié la valeur , mats uniquement d'après la limite que fixait l'Histoire sainte à la chronologie des plus anciens peuples , comme l'avait fait George le Syncelle long-temps avant lui , comme tout autre aujourd'hui , et Rondet lui-même , pouvait le faire. Il n'a pas non plus observé que Manassès, qui suivait la chronologie des Septante , aurait pu remonter

(1) Abrégé de l'Hist. prof. t. 13. p. 424.

( 76 ) ëix siècles plus haut , et se trouver encore de trois siècles au-dessous "du déluge* l*ourquoî s'en est-il tenii si loin? On ne peut en assigner qu'une, raison : il jugei^it impossible d'admettre l'existenÉe d'un royaume , tel qii'il se représentait le royaume d^Égjrpte , à une époque t^op rapprochée de la renaissance dû genre humain j ni des rois cpii n'iant que la yio ordinaire des homi^es , iau tbmps oùles hommes vivaient communément , les premiers, 4 ^ 5oo ansi et les derniers lôo^etsoo ans. Ro£idet ne poutaît dsonc jpa^ le citer, ea faveur dé «a chronologie amplifiée; et si le tétncignage dé^^t auteur était ^e q^elque poids , on aurait autant de droit dè-4e tourner contre elle, que de l'oppoèer à celle de l'hébreu.

Au reste , Constantin Manassès élmt probabl^meot k sçul^des chronogra;phes gi^'écs ^ qui eut raccourci à ce point la durée du royaume d'Egypte; il est le, seul du moins de ceux qui nous restent. N'est- ce pas ce qui lui vaut la préférence? Le Syncelle est plus ancien, plus connu ^ (ît montre plus d'étude et d'instruction sur la tnaiière: mais il profite plus largement de la liberté que lui . laisse la version des Septante ; et son premier r<M d'Egypte est placé bien au-dessui^ non-^seulement du Nemrod de l'hébreu , mais dé celui de Ilotidetà C'est aiosi qu'on fait de la chronologie pour ces temps qui ne sont pks du Romaine de l'histoire: parmi les témoignages,» très-différens entre eux et souvent opposés , que présentent les anciens auteurs.) chacun choisit à son gré celui qui s'accorde le mieux avec sefe propres idées; et sur ç^, fondement ou avec cet appui, dont on ne songe. pas à jétablrr la solidité, on bâtit ou l'on étaiele, système qu*on 's'ést: formé. On pose en fait , on cite en prei|ve , une date, un calcul , une évaluation quelconque dé temps , qui auraient eux-mêmeg besoin d'être prouvés. Rondet a eu de grands exemples devant lui.

Il était nécessaire do û\ev les idées sur les deux systèmes de chronologie sacrée , si considérablement éloignés l'un de l'autre. Nous pensions que celui de l'hébreu est le plus certainement vrai, et par conséquent; le pIu^sâr.Maisla question ne peut concerner que la première moitié des dynasties de Manethon , et c'est par les dernières de toutes qqe nous en commencerons l'examen , sous le rapport de la chronologie et de l'histoire.

Les dynasties de Manethon» au nqoibrei de ttente-depx » finissent à JDarius Codoman , dernier roi de Perse, Le tçrme en est donc marqué chronologjqgeiqent pqr U mort d'Alexandre, ou la p)[*emiè^e année da règne d^ Ptolémée, fils de Lagus , et cefs époques sQDt certaine^ d^ns l'histoire.

Il en est de mêpae de celle que l'pn doqqe à la guerre de Gambyse en Egypte. Qu^ la conquête de C0 pay§ par les Perses appartienne à Cyrus opà CambysO; que l'expédition de celui-ci n'ait eu pour ob}et que de punir les Égyptiens révoltés ; qu'en l'admettant pour le fond , oi^ rejette le burlesque récit d'Hérodote; qu'on doute même que Gambyse ait jamiiis pprté la gperre ep Egypte: n'importe^ le fait e^i reçu dans l'histoire , et sa d&te y est déterminée. Gette date est la cinquième année du règue de Gambyse , et la cinquième année du règne de^ ce prince est décidé-^ ment la 5 2 5" avant l'ère chrétiemie.

G'est de là que nous partirons pour notre examon chronologique des dynasties ; commençant ain^i par la 26^ , qui finit au fils d'Amasis , Faiacu et tué p«f Çanjbysô, TQijtes nos dates aboutiront k ce point; en y ajoutapt 5fi5 ans , on connaîtra , quand on en anra bp^n , la distance do chacune par rapport à l'ère chrétienne.

I. Amasis , Amosis dans Manelhon. ]L'histoire véritable des ten^s fabuleux a fait connaître ce qu'était le long et brillant règne que Manethon et liérodote donnent à Amasis.

( 7« ) Parmi les emprunta faits aux livres hébreux , celui-ci est un des plus remarquables par le noinbre et la singularité des rapprochemens , plus frappans les uns que les autres. 11 fen résulte que l'histoire du successeur d'Apriès ne se compose que de traits tirés de celle du roi de Babylône , Nabuchodonosor, le véritable vainqueur d'Apriès , le véritable conquérant de l'Egypte; que son règne n'est que celui du grand Nabuchodonosor et de ses successeurs en Egypte après la conquéte;'que Ce règne n'a été introduit dans les récits des Égyptiens , et ne s'y prolonge si long-temps que pour remplir l'intervalle entre la fin du dernier roi national qu'ait eu l'Egypte, et l'occupation de ce pays par les Perses. Ce n'est pas qu'au temps de la décadence de l'empire babylonien j il n'ait pu y avoir en Egypte, comme il y en eut sous la dominatioii des Perses , quelques chefs pltis hardis ou plus accrédités , qui , profitant des circonstances , aient secoué le joug et pris le titre de rois : mais les inonumens en donnassent-ils la preuve ainsi qu'on l'annonce , nommassent-ils ménie le roi Amasis , la durée et les actions de son règne n'en seraient pas plus sûresi

Quoique Apriès ait véritablement régné , son histoire 4 dans lès auteurs profanes, n'est pas d'un autre genre que celle qu'ils nous donnent de son Successeur. Leur Apriès, ou Yaphris , est l'Ephré des Livres saints : la guerre qu'il soutient contre Amasis révolté , sa défaite ^ sa mo'rt , les traits les plus bizarres de h narration d'Hérodote ^ n'offrent qu'un trâveistissement continu de traits divers du récit de l'Écriture, sur l'irruption des Chaldéens en Egypte, la victoire de Nabuchodonosor sur Ëphré, la mort de ce prince , la dévastation entière du pays , et le renversement final de la monarchie des Pharaons.

Les deux travestissemens dont nous venons déparier terminent les recherches de Guérin du Rocher. Dans un

( 79 ) ■ ouvrage destiné à faire suite au sien^ nous avons été oblige de revenir sur la chute d'Apriès , vaincu par Nabuchodonosor ^ parce qu'elle se trouve inséparablement liée h la chute de Psamménile Vaincu par Cambyse; laquelle n'est au fond , chez les historiens , qu'une répétition de la première , portant le même caractère et provenant de la même source. Par là , nous avons eu occasion de développer davantage ce que les livres saints nous apprennent de la conquête de l'Egypte parles Chaldéens, de son étendue et de ses suites: point important que l'on s'efforce en vain d'atténuer , ou sur lequel on passie trop légèrement > par la difficulté sans doute , disons mieux , l'impossibilité de le concilier avec les récits des auteurs profanes.

L'ouvrage contiendra l'examen détaillé du troisième livre entier d'Hérodote , et du quatrième jusques et compris le siège de Babylone, c'est-à-dire les règnes de Cambyse et du faux Sioerdis , et la première partie ^e celui de Da rius , fils d'Hystaspe. S'il nous est donné de pouvoir en achever la révision , trop souvent interrompue , nous ne craindrons pas , nous nous ferons plutôt uii devoir de le publier en ce moment même^ si peu favorable eu apparence , où l'ancienne Egypte occupe toutes les pensées » oii ses monumens, cessant d'être muets , réveillent toutes les espérances , où l'on semble ne chercher dans les découvertes déjà faites , et n'attendre de celtes donl on se flatte^ qve la confirmation de sa fabuleuse histoire.

IL Éphré, Apriès. Nous trouvons ici le premier des synchroni^mes que nous cherchons. Lç Pharaou Éphré de l'Écriture est ,. sans aucun doul;e , le Yaphris de Manethon et l'Apriès des Grecs ; si donc l'époque de l'irruption de Nabuchodonosor en Egypte et de la fin du règne d'Éphré est connue , l'époque où finit le règne d' Apriès, et avec lui la monarchie égyptienne, sera par là même déterminée

( 8o ) d'une mapière certaine. Noua ne touchons que «ommaii-eineni la preuve.

' Ezéchiel anncmce à plusieurs reprises la ruine de FÉgypte, et s^ prophéties sont $otgnçusement datées de Paànée oh Jéçhoniâs , roi de Juda » fut conduit prisonnier à Babylohe , ce qui eut Ueu Tan Sgg avant Tère chrétienne. La captivité de ce, prince fut aussi celle dii prophète ^ comme il le dit )ui>même en marquant Tannée où il eut des visions relatives à la réédification de la ville et du temple (i): cette circonstance put être un des motifs qui lui firent choisir y pour la date de ses prophéties, l'époque de la captivité de Jéchpuias , si remarquable d'ailleurs par les vues de Dieu.sur ce prince.

Trois des prophéties d'Ézéchiél coatre l'Egypte , datées des dixième» onzième et deuxième années» n'annoncent encore que des éyénemens éloignés ; mais une quatrième , datée de la vingt- septième année» est ptus précise et plus pressante. Nabuchodonosor , roi de Babylope » y est expressément nommé; c'est le Seigneur qui Tami^nera sur la terre d'Egypte , et l'Egypte sera la récompense du service que l'armée de Nabuchodonosor vient de lui rendre au long et pénible siège de Tyr (2) : tqut annonce l'exécution prochaine des menaces faites depuis longtemps; Là vingtsepti(^me année après la translation de Jéchonias était la cinq cent soixante-douzième avant l'ère i^i^tienne. L'invasion de rÉgypte put donc avoir lieu dès la fia d$s cette année,» puisque la f»rophétie était du premier jour de son premier mois » et la guerre aurait continué dans là suivante» cinq cent soixante-onzième , qui serait l'époque

(1) In vicesimo quinto anno emigrationis nostrœ, xl. i.

(2) Ez. XXIX. 17. In vicesimo &t septimo anno ^ in primo, in una mensis, factum est verbum Domini ad mf.

(8. ) de la catastrophe d'Ëphré et de son peuple. On ne peut en effet mettre cet événement plus tard : le commencement et la durée du r^ne de Nabuchodonosor , bien marqués dans l'Écriture» en fixent le terme à Tan 563, neuf ans seu* lement après son retour dans ses états. C'est assez /mais ce n'est pas trop , pour tout ce que Daniel rapporte de ce prince : h songe qu'il eut alors , les douze mois que le Seigneur lui accorde pour rentrer en lul--méme et profiter des avis du prophète , les sept années du châtiment qui punit soù orgueil» son repentir et le témoignage qu'ilen donne par l'édit adressé à tous les peuples de son em-^ pire (i).

Le règne d'Apriès finit donc en l'année 5^ i a. c. 4^ ans avant l'entrée de Cambyse en Egypte , et six ans plus tard que Manéthon ne le suppose. Nous devons expliquer d'où vient cette dififérence.

L'Écriture nous instruit d'un fait important de l'histoire d'Egypte , qu'ont ignoré les écrivains profanes , qu'ont dû surtout ignorer les Grecs , qui n'étudiaient l'histoire de ce pays que dans les fables forgées par les prêtres égyptiens , postérieurement aux désastres de leur nation. Elle nous apprend que Nabuchodonosor» après sa victoire» traita l'Egypte comme il avait traité la Judée et les autres contrées Toisines » tant de la Syrie que de l'Arabie. Il en tifa les habitans pour les transférer dans ses états : c'est-à-dire» qu'il enleva » ainsi qu'il l'avait &ît à Jéri»alem » les principaux de la nation; les grands» les prêtres» les artisans, tous ceux qui pouvaient lui donner quelqu'inquiétude en Egypte » ou lui être de quelqu'utifité à Babylone et dans ses anciennes provinces.

(i) Dan. IV. aSetsiÛT...

La captifité i» Vtigff^ devait durev 4o <m* * com* Hienoée en £71 a« c^> die dut finir en 55 1 , l'année qui préoéda la mort de Cjrus , arrivée en S3o. Ce fut le der«nier aete , en ee genne , de la sagesse et dé la bienveiihme de ce prince» qui déj^, cinq ans auparavant» avait délivré de même et renvoyé chacun dans leur patrie , le» lui& et les autres captifs des pays voisins de la Judée. Mais fH le retour des Égyptiens eut lieu du vivant de Cy* rm f €0 priaee était donc dè$ lors maître de l'Egypte , c'était donc Inî qui en avait fait* la conquête : et ainsi se trouve confirmé r par un témoignage qui ne permet aucun doute » le récit de Xénophon , si vraisemblable en luito^m, et que n'«urait jamais dû balancer celui d'Hérodote. L'Egypte fut comprise , comme le dit expressémeni XjénopboâQ» dans les conquêtes dé Cyrus après la prise de Babylone; dans cette grande expédition , dont l'historien parte avec emphase » pendant laquelle il parcourut et soumit toutes les provinces au midi de l'Ëuphrate, qui avaiei^ fidt partie de l'empire des Chald^ens.

Les anleurs des contes égyptiens n'avaient eu garde d^ eonsigner une «Hrconstance si fôchease pour l'konneur de lanaitipn; ib remplisslient donc cet intervalle par qqaran^ années du règne d'Âmasis» auxquelles ils en ajoutaient quatre autres, petup atteindre le règne des Perses. Bar ]k disparaissait de leur histoire toute iii$ d'un temps de captivité; car il était bien constant que les Perses nç tmir avaient rien fait éprouver de paveiL Cependant le sep^ venir des déaastre^ de la antîen subststaH : l'Egypte entière pnésentaii d'ineffaçables traits df» k dévastation qu'elle avait subie; et il n'était pas possible d'attr^er à Cyrus » trop connu des Peraes et des Grecs ,-. ces barbares exécu^

(1) Ezéth. xxi%, IIP, la et 1 3.

lions. Voilà pdiiit]U(H les conteurs n*dnt point parlé de ce prince^ et ont mis tout, la conquête et ses sueeès^ sur le compte de son successeur; en affaiblissant néanmoins piu> sieurs traits et en ajoutant d'autres» sans que le tableau Cessât d'être paifaitement reconnaisdable » soit dans les traits qui lui étaient propres « soit mêiâe par ceux qui n'étaient qu'accessoires » mais qu'ils tiraient du même fond*

III. Néchao » le Néços des Gi^ees« La guerre de Nabudiodonosor contre Épfaré fiit la vengeance de celle qu'un autre roi d'Egypte avait faite à ce prince et à Nabopolassar ^ son père. Néchao était venu les chercher jusque sur les bords de l'Ëuphrate; il s^était rendu maître de Carchamis» ville ou province de la Mésopotamie , qu'on ne connaît que par l'EcritiH'e, et son armée l'avait occupée pendant trois ans , lorsqu'dle fut complètement battue » poursuivie et obligée ^ rentrer en Egypte , d'où Néchao ne put ou n'osa plus sortir. De l'expédition de ce Pharaon > les Grecs n'ont connu que sa victoire sur le roi de Juda , qui voulut s'opposer à son passage , et la prise de Jérusalem , dont il s'empara; parce que les Égyptiens n'avaient admis dans leur histoire que cette drconstanee glorieuse pour eux » la seule d'ailleurs qu'ils trouvaient dans les livres historiques des Jui&.

Ils ont connu cependant » comme tant d'autres prophéties de Jérémie relatives à l'Egypte » celle où la marche de Néchao et de son armée est représentée «ous l'image d'un fleuve qui enfle ses eaux » d^orde ses rives , et semble aller tout envahir; où ensuite la déroute de cette armée » sa fuite précipitée, la terreur qui s'empare des plus braves, le Carnage qu'en fait l'ennemi , sont si vivement décrits ( i ) * Bien d'incertain dans le texte du prophète ï le lieu du corn*

(i) Jér. XLrVi,

bat est indiqué , Tarmée yaincue est celle du roi d'Ëgjrpie^ et ce roi est nommé. Croirait-on ce qu'est devenu ce récit prophétique entre les mains des traducteurs égyptiens ? L'Iystoire du prétendu canal de jonction du Nil à la mer rouge > que Néchao entreprend le premier, pousse avec ardeur , et abandonne bientôt , après y avoir perdu, cent vingt mille hommes.

La date de l'expédition de Néchao est fixée par la mort de Josias , roi de Juda , vaincu et tué à la bataille de Mageddo» l'an &io avant l'ère chrétienne, et par conséquent 75 ans avant l'époque de Gambyse, «9 ans avant la chute d'Apriès. Il y a deux rois du nom de Néchao dans la ^* dynastie. Le premier commença son règne 85 ans avant la mort d'Apriès; et comme il n'en régna que huit, ce n'est pas lui qui fit la guerre au roi de Babylone. L'avène^ment du second au trône ne précède , toujours suivant les calculs de la dynastie , la mort d'Apriès que de 5 1 ans > et il en régna six. Sa victoire sur Josias put donc avoir lieu dans la deuxième année de son règne , et la défaite de son armée dans la cinquième.

IV. On lit, au quatrième livre des Rois et dans Isaïe (1), que le roi d'Assyrie > Sennachérib , déjà proche 4e Jérusalem et menaçant Ezéchias, roi de Juda, reçut la nouvelle que Tharaca , roi d'Ethiopie, s'avançait pour le combattre; et l'on voit ^ au chapitre précédent du livre des Rois, que ce roi d'Ethiopie était un Pharaon , roi d'Egypte. Tharaea était donc en même temps roi d'Egypte et d'Ethiopie; il est incontestablement le Pharaon de ce nom dans la 25* dynastie ^ la dernière des Éthiopiens Cft dont il fut le dernier roi.

Ceux qui ont voulu mettre Sennachérib aux prises avec

(i) 4 Reg. XIX. 9. la. XXXVII. 21.

( S5) le roi Setboo d^Hér^dote^ ou lai faire conquérir et raroger^ rÉgypte pendant trois ans, avant ses dernières menaces contre Jérusalem, et le désastre de son armée (i), ont étrangement embrouillé ct^ trait de l'histoire sainte , trèssimple et très-clair •dans le livre des Rois , dans les Paralipomènes et Isaïe. Sennachérib marchant sur Jérusalem , arrive à Lachis , et de là envoie des députés à Ezéchias , pour le sommer de se rendre. A leur retour , Sennachérib s'était avancé jusqu'à Lobna, où il reçoit leur réponse, et apprend en même temps que Tharaca s'approche. Il écrit alors des lettres pleines de menaces contre le roi de Juda et de blasphèmes contre le Dieu des Jui& , se dispose à' aller au-devant de son nouvel ennemi, et dans la nuit même perd son armée , frappée par l'ange du Seigneur. C^est dans le cours même de cette expédition de Sennachérib , qu'on veut placer celle d'un roi d'Assyrie e», Egypte et en Ethiopie , prédite au chapitre vingtième d'Isaïe ; l'opinion n'est pas soutenable.

Isaïe annonce que le roi d'Assyrie fondra sur l'Egypte , portera le ravage dans ce pays et dans toute l'Ethiopie , et en sortira emmenant avec lui une multitude de captifs , tant éthiopiens qu'égyptiens. II est clair d'abord, que ces événemens sont étrangers au récit de l'historien sacré, sur la marche de Tharaca , qui vient au-devant de Sennachérib i et sur le désastre de l'armée assyrienne , qui eut lieu au moment où Sennachérib allait marcher à la rencontre de Tharaca; les deux ennemis n'eurent pas même le temps de se joindre. On suppose donc que Sennachérib avait paru en Syrie trois ans auparavant , et que , sans s'arrêter alors à Jérusalem et se portant directement sur TÉgypte,,,

(i) Rondet S. Bib. dissert, sur le chap. 18 d'is. xm , p. 391.. .

( 86 ) le but; priïicipàl de son expédition ^ il n'étail re?ena es Judée qu'après avoir terminé cette guerre. Mais^ dans cette supposition, verrait-on le mémeroi, que Sennachérib venait de combattre et de vaincre , ei dont il avait ruiné le pays , reparaître tout-à-çoup à la tête d'une puissante armée pour l'attaquer dans sa retraite ? On ne sait pourquoi Ronr* det s'est attaché à défendre un système si mal combiné. • Au reste > le prophète nous donne le nom du roi d'As^syrie , premier dévastateur de l'Egypte , qu'il appelle Sar^. gon : il ne le confondait donc point avec l'ennemi d'Ézéchias , auquel il donne constamment le nom de Sennaché^ rib. Sargpn est le même qu'Assaradon , fils et successeinr de Sennachérib ; les meilleurs interprètes en conviennent* Isaïe nous représente ce prince assiégeant et prenant la ville d'Azot dans la Palestine , prélude sans doute de la guerre qu'il porta en Egypte , puisque c'est en cette année là même quelle prophète l'annonce.

Nous ne .parlerons du pieux Séthon» vainqueur de San*nacharib , ro» des Arabes et des Assyriens , et de l'armée de rats que Y ulcain envoie à son secours » que pour faire remarquer un exemple frappant et généralement avoué , de la manière dont les Égyptiens s'etnparai^it , pour les tournera leur avantage, des faits de l'histoire sainte où il était question d'eux , d'un Pharaon , du pays de Mezraim.

L'année oii Sennachérib menaça Jérusalem , et qui fut aussi celle de son désastre , renferme donc toute la durée de son expédition , depuis son entrée dans la Judée et le siège des places fortes qui couvraient la capitale» Mais à quelque époque antérieure qu'on le &sse entrer en campagne, et quelque part qu'on lui fasse porter ses armes, cette année, et par conséquent celle de la malrche de Tharaca ,' n'en auraient pas moins une date certaine dans la quatorzième année du règne d'Ézéchias, qui répond è la

( »7 ) sept cem iteiiÂèmt «tant Tère ehfétteiitie, Tbak^ae* régnait dûûc 188 ans ayant Gambyse , et io3 ans ayant la gueri^ de Nécbao II contre Josias^ toi de Judo ,, et ensuite bontré tes Assyriens. Or, de Tharaca à Néehao II , k cakul àb^ dynasties ne donne que gS ans ; c'est dix an^ h y ajouta jponr remplir l'interyalle entre les deux époques.

On a yu , d'après le téihoignage desl historiens sacrés , que Tharaca appartenait k cette race de roîs éthïopiens , qui ataient conquis FÉgypte et régnaient sur Tune et Fautre contrées. Il (q% probablement le dernier de Ces î^ois^ circonstance qui fixerait répoqne de la guerre d'Assara-^ don an sein des deux royaumes, et Aes trois années de désolation des deux peupled. Dans Manetbon la dynastie snitante» la â6*,<ne compte que des tùis saïtes, au non^ bre de neuf. L'Écriture ne donne à ses rois , NéchâO et Épbré, que les titres de Pharaons et de rots d'Egypte, et. il est bi^ certain qu'Éphré ne possédait plus TÉthiopie. Ézéchiel nous fait connaître les liipites de sa domination ^ en marquant celles ot s'arrêteront les conquêtes et les ravages de Nabuchodonosor : <t Je réduirai l'Egypte en servitude, et elle sera ravagée depuis Migdolon (dans l'isthme) jusqu'à Syene et jusqu'aux confins de l'Ethiopie i (1).'

V. Douze ans avant Tharaca, le roi d'Egypte Sua, dans notre version latine , et dans l'hébreu s. u. a , prononcé so ou soA, fait alliance avec Osée, roi dTsrac3, qui,, comptant sur scm secouris , et refusant le tribut imposé par le roi d'Assyrie, attira sur lui et sur son peuple cette guerre fatale, dont le résultat fut la prise de Samarie, après trois, ans de siège , dans la neuvième et dernière année de scm règne, et la mine du royaume d'Israël. Sura régnait donc^ en Egypte dès la sixième année d'Osée , â^pt cent vii)çK

, ( 88 ) cinquième avant l'ère chrétienne , et par <:onséquent la douzième ayant l'expédition de Tharaça. Deux rois pré-n cèdent Tharaca dans la 25^ dynastie , Sabbacus et Sèvechtis^ qui régnent chpcun douze ans. La plupart des in-^ terprètes prennent le premier , le 3abacon d'Hérodote, pour le Sua de TËcriture ^ ce qui n'est pas sans difficulté dans la chronologie de Manéthon. Si l'on met l'expédition de Tharaca. è la première année de son règne, la douzième année précédente serait la dernière de Sabbacus ou la première de Seveçhus; mais si l'expédition avait eu lieii dans quelque autre des dou:;;^ premières années de Tharaca 9 supposition historiquement plus probable , Sua se-^ rait nécessairement Sevechus. Au reste , on peut croire que ces deux Pharaons, qui régnent chacun le même nombre d'années, et dont les noms n'ofirent que deux variantes du même nom hébreu, ne sont en çffet qu'un seul et même prince qui aura régné, si l'on yeut, yingt-quatre ans. ' ,

TI. En remontant toujours , mais ^ une graùde distance de Sua et de Tharaca , nous trouvons un Sésac , roi d'Egypte, qui, sous le règne de Roboam, fils de Salomon^, entre dans la Judée , se présente devant Jéi^usalem , et se retire, emportant tous les trésors du temple et du p!i\lais du roi; et trente ans après , un Zara , roi d'Ethiopie, faisant une nouvelle irruption sur les terres de Juda, mais défait en |)ataille rangée par le pieux roi Asa , et obligé de fuir.

Il est visible d'abord que nous avons ici deux souverains du même état ou des mêmes peuples , et que Tégyptien régnait sur l'Ethiopie comme l'éthiopien sur l'Egypte, L'Écriture ne laisse aucun dpute à cet égard : on y voit que le roi d'Egypte avait des Éthiopiens dans son armée , et le roi d'Ethiopie des Égyptiens dans la sienne. Gelui-Â^'a-.

(89) vait pu venir dans la Judée qu'en traversant TËgypte; poursuivi jusqu'à Gérare, qui était sur la route , il cher^ chait évidemment à y rentrer , et s'y réfugiait comme danâ ses propres états. Nous remarquerons à ce sujet combien s'égarent les interprètes qui placent des Éthiopiens ou Guscbites » dans le désert , de l'isthme , dans la basse Egypte , sur les bords de la mer rouge , en Arabie , partout où ils -croient en avoir besoin pour leurs explications du texte sacré. Ussérius met les Guschites de Zara dans l'Arabie Pétrée , et c'est de là qu'il fait sortir une armée d'un million d'hommes. Galmet a senti la difficulté» et croit la lev<Qr ep observant que le roi des Guschites avaît les Lybiens, pour auxiliaires; il rappelle au surplus «ce qu'il a déjà remarqué plusieurs fois, que rien n'est plus équi-r voque dans l'Écriture que le nom d'Ethiopie. » Quelle in-r certitude on jette par Jlà dans les récits des historiens sacrés et sur le j^ens des prophéties! D'autres interprèles l'ont reconnu : ils ont pensé , avec raison , que le pays de Chus était dans l'Écriture un lieu déterminé, et que dési^ gnant dans les endroits les plus marquans rÉthiopiepro-; promeut dite, les Guschiteà n'étaient jamais que les Éthiopiens.

Sesac , roi d'Egypte , est le Sesonchis de la 2 a* dynastie. M. Ghampollion nous en a fait connaître le n6m égyp-^ tien, le même exactement que le nom hébreu , avec une seule lettre de plus dans la terminaison, et écrits l'un et l'autre sans voyelles : sgh. sgu. q. , Sesac; sgh. sgh. n. k« , Sesonk ou Sesonck. ^

Zara , ou Zaré comme l'écrivent les Septante, est moins reconnaissable dans l'Osoroth de Manethon , le seul prince cependant de cette dynastie qui puisse le représenter; les trois suivans n'étant pas nommés , et les autres portant des noms tout différens. Mais des inscriptions du palais de

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Camae, interprécéés par M. Cbampdlioti » corrigent Ma^ nelhon ou son texte. Ils nous donnent le véritable nom égyptien du successeur de Sesoncbis, Osorehon (t) , qoi répond parfaitement à Thébreu z. b^ ch. , prononcé Zarach ou Zoroch , suivant les voyelles qu'on y joignait. La lecture de ce nom est confirmé par un écrit funéraire , sur lequel nous nous arrêterons un moment , parce qu'il don* nera lieu à quelques observations qui ne sont pa* à né*^ gligen

Dans ce papyrus » le défuât est un Osorcbon , prêtre d'Ammon , fils d'an Sesoncb , 4"i en est le gfand prêtre, ' et qui loi-méme est fils d*un roi Osoroàoi); « Il s*agit évidemment ici , dit M. GbampoIKon » d'un arrière petit-fils du Pbaraon Sliesfaonk» cbef de ta 2 s* dynastie. » (â) S'il n'y avait dans les dynasties d^atrtre rw' dû nom d'Osorcbon^ ce serait de lui indubitablement qu'il s'agirait dand le papyrus; mais Manethon en compte deux autres^ : Tun dans la dynastie précédente , dont il est le cinquième roi; l'autre dans la dynastie suivante , dont il est le deuxième. Il y a donc à choisir entre ces trois Osorcbon; et peut-être celui auquel seul on s'attacbe, est*il le dernier auquel on doive penser. Ceux qui , pour bonorer la mémoire du défunt, remontaient au roi son alteul» auraient-ils oublié son illustre bisaïeul ? N'était-il pas plus glorieux de descendre du Pbaraon qui rentra triomphant dan$ ses états , chargé des dépouilles de l'ennemi, que de celui qui, après une honteuse défaite , n'y ramena que les débris d'une immense armée presqu'entièrement détruite ? On peut donc croire^ que, si te roi Sesonchis n'est pas rsfpçelé dans le papyrus ,,

(1) Beuxiènie lettre > p. ita^ <a) P. ia3.

( 9» ) c'est que le roi Osorchon , auquel la géoéalogie t'arrête g n'était pas son fils. i

Quoi qu'il en soit , nous ayons ieî ^rois oo prêtres, deux Sesonchis et quatre Osorchon qui se suivent » et présentent manifestement une même faibille, dans laquelle se perpé^ tuent les mêmes noms. Or , de là naissent deux questions : pourcfuoi une même race royale se trouve-trelle partagée en trois dynasties ? Comment arrive^t-il que .de ces dynasties > formées de la même famille g deux appartiennent à Tania , tandis que la troisième , placée entre elles , appartient à Bubaste?On se presse trop quelquefois d'étaoïir des r^les générales sur des obserrations particulières : on ne Voit pas même (}ue la manière dont Manethon dispose lea trois dynasties , puisse entrer dans aucun des plans réguliers qu'on lui attribue communément.

L'irruption de Sésac en Judée eut lieu la cinquième année du règne de Roboam, fils de Salomon^ la neuf cent soixante-onzième avant l'ère çbrétienne ; celle de Zara est de la quinzième année du règne d'Asa , fils de Roboam , neuf cent quaranteninième, Ce n'est que trente ans d'in-* teryalle entre les. deux époques; et la durée des deux règnes, suivant Manethon, viugt-un ans pour celui de Sesonchis , quinze pojir celui d'Osorchon , trente-six ans en tout, suffirait aux deux expéditions. Une autre circonstance , mentionnée dans l'histoire ëainte ^ demanderait peut-être quelques anâées de plus. £n reculant même l'ex^ pédition de Zarah à la deuxième année de son règn&, celui dé Sésac n'aurait commencé qu'en 977 , deux ans avant la mort de Salomon r Jéroboam, se réfugiant en Egypte pour éviter la colère de ce prince, n'aurait do.nc pu .y trouver Sésac sur le trône, qu^en supposant qu'il eût quitté la Judée dans la dernière ou l'avant-dernière année de Salomon. Or divers incidens ^u récit de l'historien sacré

prouveraient que sa fuite dut avoir lieu plus tôt. Ussâîus fait régner Sésac dès l'an 978 (1) : ce ne serait qu'un an de plus , et dans l'hypothèse dont nous parlons ce ne ferait pas encore assez; mais» quelques années déplus ou dé moina d'un règne ne sont rien au milieu de l'incertitude générale de la durée des règnes dans les dynasties de Manelhou.

M. Ghampoliion &it ici quelques réflexions sur le partage du royaume des Hébreux » qui eut lieu à l'époque de l'invasion de Sésac • et sur la part que put avoir le roi d'Egypte à cet événement. Quoique ce soit là une excursion dans le domaine de l'histoire » nous croyons pouvoir abandonner un moment la chronologie » pour y suivre l'auteur. Sesonchis lui parait avoir influé puissamment sur les destinées poUtiques de la Judée : Jéroboam trouva auprès de ce prince non-seulement asile ^ mais faveur et protection; il lui avait dpnné sa fille en mariage; et, par la terreurde ses armes» il décida le démembrement des états de David • et la création du royaume d'Israël , dont Jéroboam resta possesseur. Consultons l'histoire sacrée.

Sésac entre dans la Judée à la tête d'une armée formidable » s'empare des villes qu'il trouve sur son passage » arrive devant Jérusalem , y entre ou n'y entre pas^ car le texte n'est pas exprès sur ce point; mais obtient de Roboam effrayé » que tous les trésors du temple et du palais du roi lui soient livrés; et quand il les a dans les mains» il se retire , et retourne dans son pays sans rien gapder de ses conquêtes. Que voit -on là? Le dessein de piller un temple dont on connaissait les richesses» un palais où l'on savait qu'étaient accumulés tous les objets du luxe le plus

{i)3Rçg. XI. 4o.

, ( 93 ) techerché : une simple incursioû , à laquelle on ne doil pas supposer d'autres vues , puisqu'elle n'eut pas d'autre effet.

On ne sait où M. Ghatnpollion a pris que Jéroboam , encore simple particulier, fugitif de< sa patrie , sans moyens apparens d'y rentrer et de s'y soutenir, obtint en mariage la fille du Pharaon. L'Écriture n'en dit certainement rien; l'historien Josephe, ni aucun autre que nous sachions, n'en parlent. Aurait-il confondu le serviteur de Salomon avec Âdad, prince iduméen^ Vont il est question dans le même chapitre (i), transporté encore enfant en Egypte, au temps de la dévastation de l'Idumée par l'armée de David , rerecueilli par le Pharaon régnant, élevé à sa cour, et épousant ensuite , non sa fille , mais la sœur de sa femme ?

La scission des dix tribus fut consommée dès la première année de Roboam., lorsqu'au milieu de la nation assemblée à Sichém, ,les énfans d'Israël lui déclarèrent qu'ils ne voulaient plus être l'héritage du fi:ls d'Isaïe , et qu'ils le laissaient prendre soin désormais de la maison de David : « Et ce fut ainsi, ajoute l'historien sacré, qu'Israël se sépara de David comme il en est séparé aujourd'hui » (2). Roboam, il est vrai, voulut d'abord combattre les tribus révoltées et leva une armée nombreuse. Mais le Seigneur lui ayant signifié par le prophète Séméias, de ne point marcher contre Israël, et que tout élait arrivé par son ordre , le prince obéit , les projets de guerre furent abandonnés, et les deux parties se maintinrent dans leurs positions- respectives, ennemis sans doute et s'observant mutuellement , mais sans rupture ouverte pendant tout le règne de Roboam. Que firent donc dans cette révolution.

(i)3 Reg. XI, t4.

(a) 3 Reg. xii , 19.

, ( 94 ) 6t en quoi purent y contribuer, les armes dé Sésac » qui ne survint que lorsqu'elle était consommée » et déjà depuis plusieurs années ? Ce n'est pas que le démembrement du royaume de Juda ne fut propre à l'encourager dans son entreprise ; mais il n'accourut pas pour l'opérer ou le fa- I voriser : il en prrofita seulement , et le motif qui l^amenait en devient plus sensible.

Ce grand événement dans Thistoire du peuple de Dieu eut des causes, et fut produit par des moyens , d'un autre ordre que ceux qui enfantent les événemens de ce genre dont est remplie l'histoire des nations. C'est dans les livres saints, et dans les vues de la providence qu'ils nous découvrent, que l'ofi en doit chercher le principe secret, en étudier la marche et les longs résultats. Sésac eut une mission spéciale , étrangère à la séparation des dix tribus que Dieu donnait à des princes d'une autre race, en réservant la tribu de Juda à la race de David. Il fut envoyé pour punir l'abandon de la loi dont Roboam et son peuple s'étaient rendus coupables , et dajis lequel ils persévéraient après même le coup qui les avait frappés. Le roi et les ^ princes de Juda s^humilièrent devant le Seigneur, et leur châtiment fut borné à la honte d'un asservissement passager, et à la perte des richesses dont ils abusaient. Tout cela , pour l'observer en passant , contrarie un peu les ef- ^ forts que l'on fait pour réhausser la gloire du vainqueur de la Judée.

Revenons au Sesonchis des dynasties. A quélqu'année de son règne que l'on rapporte son irruption ^ur les terres de Juda , l'époque de cette guerre demeure invariablement fixée par la cinquième année de Roboam, qui est la neuf cent soixante et onzième avant l'ère chrétienne, quatre cent quarante -six ans avant Cambyse, ^t deux cent cinquante-huit avant Tharaca. Mais les dynasties ne comp-

( ?5 ) tent^ de Sesaoehb k Tliaraca, que deux cent trente-MpI ans , TÎngt et un ans de moins : c'est dont vingt et un an» qu'il faut ajouter mvl calcul égyptien pour cet interralle de temps.

Gomme }a marche de nos discussions chronologiques ne sora plus^désormais la même » parce qu'elles ne seroni plus fondées sur des synchronismes aussi précis^ nous réunirons ici , dans un seul tableau , les résultats partiels de celles qui nous ont occupé jusqu'à présent , afin d'en former un résultat général , qui nous donne la différence totale entre la chronologie des liyres saints » et la chronologie des dynasties depuis Cambyse jusqu'à Sesonclûs.

DYNASTIES. HISTOIBB SACRER.

Gambyse. 525 av. Père ehrét.

De C<uxx. h Apriès 4o ^^s 46 ans 571 D'A^ à Néchao ti 3o ^9 610 ,

De N. à Tharaca 96 io5 71$

DeT. àSesonclns ^^j 258 971

4oo 44^

On sera peut-être smrpris de trouver les dynasties aussr Hipprochées de l'hbtcHre sainte , pour Tordre et pour les époques des faits correspondants : mais il ne sera pas difficile d'en découvrir la cause , si Von veut remonter à la source où les Égyptiens ont puisé leur chronologie et leur bistoire des temps dont il s'agit. Las livres des H^reu»

, ( 96 .) étaient bien connus en Egypte à cette épckjue : on en a. là preuve dans le grand nombre de faits qu'ils en ont tiré pour se former des annales , et que Ton reconnaît visible^ ment encore, au milieu des transformations qu'ils ledr ont fait subir* A?ec les faits qu'ils ont pu s'approprier^ et qui réellement leur appartenaient , ils trouvaient des noms^ dont ils avaient par là même droit de s'emparer» ou qu'ils pouvaient reconnaître comme étant en effet ceux de quelques-uns de leurs anciens rois. Enfin , l'ordre dans lequel se présentaient ces faits et ces noms , et lés intervalles de temps qui les séparaient , ne leur.avait point échappé : et voilà les bases de leur chronologie , comme de leur histoire , pour les quatre à cinq siècles que nous venons de parcourir; les limites de cet espace dei temps étaient déterminées , et quelques points fixes en partageaient la durée. Il ne s'agissait donc plus que de remplir» dans leur chronologie» les vides qu'y laissaient les synchronismes de l'histoire sainte ; et pour cela ils ont pu employer les matériaux qu'ils trouvaient chez eux et qu'ils avaient sous la main. Il restait sans doute alors beaucoup de monumens épars et de toute espèce , publics et privés ^ qui rappelaient au moins quelques rois de ces époques» puisqu'il en reste tant encore aujourd'hui: et c'est ainsi qu'a pu être remplie la liste des dynasties» depuis Sesonchis jusqu'au dernier des Phafraons. De là , l'exactitude pour la mesure des temps » dans cette portion de chronologie égyptienne»* mais de là aussi les embarras que l'on trouve dans les détails de cette chronologie» quand il s'agit de les mettre d'aeeord entre eux et avec les points fixes de celle ies Hébreux.

VIL Sesonchis est ^ dans l'ordre des temps» le. premier roi d'Egypte que l'Écriture distingue par son nom propre; et nous serons désormais privés de ce facile moyen de re-.

(97 ) tonnattre , dans les dynasties , les Pharaons dont elle parle. Il nous restera le rapprochement des faits; mais Ton sent combien ce .secours doit être borné, quand une des deux chronologies est presque entièrement dépouillée de sa partie historique.

Sous le règne de Salomon , on voit encore un roi d'Egypte , dont ce prince épouse la fille , et sous le règne de David , un autre Pharaon , qui donne asile à xin prince iduméen chassé de son pays par Tarmée de David.

Mais depuis le règne de Saiil , et pendant toute la durée du gouvernement des juges » l'histoire sacrée garde iin profond silence sur l'Egypte et ses rois î les deux peuples, comme d'un accord commun, se renferment chacun chez soi , sans liaison et sans guerre ; ils semblent ne pas se connaître ou se fuir, et par crainte ou par haine, éviter toute communication l'un avec l'autre. Cet état, qui est singulier entre des nations voisines , qui avaient eu pendant long-temps des rapports si intimes , se conçoit aisément, et devient même très -naturel , après la catastrophe du Pharaon persécuteur des Hébreux.

Il faut donc remonter jusqu'à Moïse et sa sortie de l'Egypte avec le peuple hébreu , pour trouver un point de contact entre l'histoire de ce peuple et celle des Égyptiens. Mais ici se présente la difficulté que nous avons fait pressentir: les mémorables événemens de l'Exode, quoique également intéressans pour les deux nations , ne s'étaient pas conservés dans la mémoire des Égyptiens , ou n'y avaient laissé que des souvenirs confus , lorsqu'ils pensèrent à écrire ces annales tardives dont nous avons quelques restes : elles sont muettes à cet égard , et ne donnent aucun moyen de les rattacher à celles des Hébreux par la comparaison des faits. Il faut donc prendre une autre route, et elle est toute tracée: nous établirons d'abord la

(98 ) date de ces événemens. d'après la chronologie de l'Écriture, qui est notre règle ; nous verrons ensuite à quel point répond cette date dans la chronologie égyptienne.

Les années de Roboam avant F irruption de Sessac» cefles de Salomon, de David, de Saiil, sont exactement fixées , et leur durée est connue ; il n'en est pas de même des années que comprend le gouvernement des juges. Les anciens chronologistes qui ont pris pour base unique de leurs calculs le livre consacré à l'histoire de ces chefe nàomentanés des douze tribus , ont rencontré des difficultés qu'ils n'ont jamais pleinement vaincues : la preuve ^ est dans la diversité des systèmes qu'ils ont établis y eb combinant , de différentes manières et chacun à son gré » les données que l'écrivain sacré leur offi*ait. Des text^ clairs et formels qu'ils avaient soas les yeux auraient prévenu Uembarras dans lequel ils se sont volontairement jetés, et leur auraient épargné des peines restées iafructueuses. Mais ces textes resserraient les temps; et il« cherchaient au contraire à les étendre le plus qu'il leur ^élaît possible , dans l'intention de mettre la chronologie de l'histoire sainte, au niveau de cette antiquité fabuleuse, que les historiens profanes «prêtent à plusieurs des anciens pécules, et particulièrement aux Égyptiens. On a senti enfin qu'il fallait sortir de cette route scabreuse et incertaine.

On Ut au chapitre xi , ;^. 26 du livre des Juges , qu'il y avait trois cents ans que les Israélites habitaient les pays situés au-delà du Jourdain , quand ils furent attaqués et soumis par les Ammonites; et c'était sur la considération de cette longue et paisible jouissance, que Jephté combattait les injustes prétentions du roid'Amm<m (i). Jephfcé n'avait pas intérêt à diminuer le nombre des années ; et s'il n'en comptaijt que trois cents , c'est qu'il n'y en avait

(1) Ji;cl. XI. a

( 99 ) pas davantage. Les trois cents ans de possession dont il s'agit ici » diataient dé l'entrée des Uébreujc dans la Jterre promise; car les deux tribus de Rubc^ çt de Gad, et la demi-tribu de Manassé, furent les premières qui eureint une demeure fixe. La ^rvitude, sous les Ammonites» est comptée pour la pénultième , et l'on ne peut mettre après elle que celle des Philistins^ qui fut bien décidément la dennière^ Lia période de temps qui finit à la judicature de Jephié > renfermait donc la plus grande et la plps embarrassante partie de la chronologie des juges, et elle en détermine la juste étendue.

Un autre texte du troisiè^me livre de^ Rois , aussi clair, aussi formel, et qqi Gomprend.,.à quelques années près^ sur lesquelles il n'y a pas de difficulté , tout Tespace de temps que nous avions, à déterminer, semblerait avoir été destiné à prévenir ou h jever toutes les incertit^iides qui pouvaient naître , soit wr la durée des époques marquées au livre de Jôsué , sôit sur les sncces^siops de servitude et de .paix décrites au livre des Juges. ïUi effet, quand on le preaod pour base générale de cette partie de. la «chronologie sainte, on voit bientôt s'aplanir Ijqs difficultés, en apparence inextricables, qu'elle présentait. A Taide d'une critique ^agé , et d'après quelques passages mieux entendus de Josué et des Juges , la suite des feits et les nombres d'années assignés à chacun viennent se ranger d'euxmêmes et sans violence dans les limites qu'il leur fixe; et l'on est étonné de trouver plus claire et plus juste dans un espace plus resserré , une période de temps qui , en considérant les fractions multipliées dont elle se compose, paraissait exiger un beaucoup plus ^ong interval(e. C'est ainsi que ce texte détermine à la fois l'ordre des fails et la durée des temps sous les gouvernemens de Josué et des juges; et qu'à son tour il trouve, dans l'harmom'e établie par lui au milieu d'une sorte de confusion, qui, sans

( ïoo ) ébranler la certitude de l'histoire , en embarrassait ia marche » une preuve manifeste de l'exactitude des calculs dont il prése.nte le résultat. Examinons de plus près ce texte important.

L'Histoire du peuple hébreu est rem *quable par le soin particulier que prirent , dans tous les temps , les écriTains à qui nous la devons , de joindre au développement des faits , la suite des générations ou des tableaux de la durée des temps qu'elles avaient remplis , de manière à former une chaîné chronologique non interrompue et inattaquable dans son ensemble : la foi nous apprend quelles furent en cela les vues d6 l'Esprit saint , qui inspirait ces hommes privilégiés et dirigeait leur plume. En consignant, dans son Histoire du règne de Salomon » le mémorable événement de la fondation du temple , l'auteur sacré a donc voulu en constater la date et la tendre à jamais certaine ; il s'exprime ainsi : « 48o ans après la sortie des enfans d'Israël hors de l'Egypte , la quatrième année du règne de Salomon sur Israël , au mois de zio , qui est le second mois , ce prince commença à bâtir une maison au Seigneur » (i ).

L'auteur , comme on le voit, s'énonce avec une sorte de solennité , qui montre l'importance qu'il mettait à fixer l'époque du fait qu'il rapporte. Il la rattache à une des époques antérieures les plus intéressantes et les plus sures, è. celle peut-être qui était le mieux et le plus universellement connue parmi les Hébreux de toutes les tribus et de toutes les classes ; il veut fonder la vérité de l'une sur Tauthenticité de l'autre : cela seul , indépendamment du caractère divin qui lui appartient , garantit son exactitude dans les recherches dont il donnait le résultat. Dira-t-on que le •texte primitif a pu être altéré? Il y a été moins exposé que

<i) 3 Reg. Ti. t.

d^autres« Les c<»pistes, l69 dépositaires 4es annales sacrées élaieot avertis; il ont dû lui donner une attention spéciale; ils ont dû craindre d*y porter une main distraite ou témé^ raire. Ce texte, dont ils sentaient le prix , ils Toni donc religieusement conservé tel qu'ils l'avaient reçu. Les pré-^ soioptions les plus légitimes ,, les considérations les plus • fortes » s'unissent donc pour repousser toute idée d'altération; et il ne œra jamais permis d'en supposer aucune , tant qu'on n'en aura pas la preuye directe et évidente.

Ajoutons que les plus habiles interprètes ont toujours reconnu l'autorité de ce texte , et qu'aujourd'hui les plus sages chronologistes n'hésitent pas à le prendre pour règle dans l'évaluation des temps qu'il embrasse. Quelques légères différences dans la manière d'obtenir ce résultat , différences qui ne doivent même plus subsister à présent que la matière est éclaircie dans tous ses détails , ne changent rien au fond : c'est toujours à 480 ans seulement que tous bornent le temps écoulé de la sortie d'Egypte h la fondation du temple.

Mais comment réduire à ce court espace de temps la somme des années distinctement marquées au livre des Juges? Nous pourrions reoToyer aux auteurs qui ont traité "ce sujet avec plus ou moins d'étendue, Marsham, Ussé* rius, Galmet, et après «ix l'éditeur de la Bible française , dite de Yence , qui a clairement exposé le système général d'explication , discuté avec soin les divergences particulières dont nous venons de parler , et qui seul peut absolument suffire :mais la question est ici d'une trop grande conquence ,pour ne pas rappeler sommairement au lecteur les considérations qui la décident.

* La chronologie des Juges se compose de deux sortes d'années, qui se suivent alternativement , années de servitude attirée par les péchés d'Israël , années de paix prg-r

curée par le juge que Dieu envoie pour délivrer sou peuple : on trouve ainsi sept périodes de servitude et sept périodes de paix , pour chacune desquelles le nombre d'années qu'elles durèrent est exactement marqué. II est clair que ces diverses périodes de servitude et de paix , quelque multipliées qu'elles soient dans l'histoire , doivent toutes entrer dans la chronologie , et il n'est pas moins évident qu'elles ne pourraient pas être renfermées dans les limites que leur assigne le troisième livre des Rois , si elles devaient être rangées toutes en ordre successif, et former uiie seule série continue.

Il faut donc que les événemens , au lieu de se suivre toujours , aient quelquefois marché ensemble » soit qu'une partie des tribus restât libre pendant que l'autre était assujettie » soit que deux peuples différons opprimassent à la fois deux portions différentes des tribus : or ces deux circonstances se sont successivement présentées , et la dernière surtout est remarquée de la manière la plus positive au dixième chapitre du livre des Juges.

La servitude sous les Ammonites commence avec la servitude sous les Philistins , l'une pour les tribus situées audelà et à l'orient du Jourdain y l'autre pour les tribus placées en-deçà et à l'occident du fleuve. Le texte est formel» et " toute l'histoire de ces deux servituées ne permettait pas de l'entendre autrement : les enfans d'Israël, après la mort de Jair , avaient de nouveau commis le mal devant le Seigneur , <i et la colère du Seigneur s'alluma contre eux , et il les livra entre les mains des Philistins et entre les mains des eâfans d'Ammon » (i). La domination des .Philistins dura long-temps , et he finit que sous le gouvernement de Samuel; celle des Ammonites cessa beaucoup plus tôt , et

(i) Jud* X. 7.

( '03 ) pour cette raison sans doute , elle est décrite la première : les enfans d'Âmmon, « en cette même année et pendant dix-huit ans, afQjgèrent et opprimèrent les enfans d'Israël qui demeuraient au-delà du Jourdain , au pays des Amorrhéens qui est en Gakad. »

Il y eut donc alors deux servitudes collatérales ; le fait es^ incontestable , et donne le ill des événcmens qui suivirent. La victoire de Jephté sur les Ammonites rendit la liberté aux tribus orientales , Ruben , Gad et la demi-tribu de Manassé. Elles en jouirent pendant la vie de Jephté, et pendant tout le temps des trois juges qui lui succédèrent; ee qui nous mène jusqu'à la dé&ite des Philistins et à la délivrance des tribus occidentales ^ après laquelle tout Israël sr réunit sous le gouvernement de Samuel* Voilà ce qui résulte évidemment du récit de Thistorien sacré , et en met les deux parties d'accord, quand on a reconnu l'époque commune qu'il donne à la domination des Philistins et à celle des Ammonites , et le partage qu'il fait des tribus asservies toutes en même temps par l'un ou l'autre de ces peuples.

La même distinction se retrouve , quoique moins expressément prononcée au temps de la servitude squs Jabin , Foi des Ghananéens. Toutes les tribus qui se lèvent à la voix de Débora et de Barach , sont de celles qui habitaient le même côté du fleuve où s'étaient maintenus les restes de ces anciens ennemis d'Israël. Aucune des tribus du côté ep]3tosé ne se montre dans cette occasion. Elles eurent à la vérité cela de commun avec les tribus de Dan et d' Aser , et Déjbora , dans son chant de victoire , leur en fait à toutes également le reproche; mais considérons comment elle s'exprime à l'égard des uaes et des autres. « Pourquoi Dan s'est -il tenu sur ses vaisseaux , et pourquoi Aser est-il resté sur le rivage de la mer , au sein de ces rochers escarpés ?»•

( io4 ) •

On voîi quelle était la position des deux tribus; et soit -qu'elles se fussent retirées aux extrémités de leur territoire en'abandonnant le reste , soit que le difficile accès de leur pays' en eût écarté reninemi , ou leur eût donné le moyen de repousser ses attaques , elles auraient évité, en partie au moins , et en tout si Ton veut, la servitude qui pesait sur les tribus voisines; mais sans être exemptes de peines et' de craintes , sans jouir d'une tranquillité parfaite , plus libres seulement et moins vexées qu'elles.

Débora nous donne une autre idée des tribus orientales. « Il y a dans le partage de Ruben des chefs puissans , d'un ' cœur ferme, et capables de grands desseins : pourquoi donc êtes-vous restés tranquilles au milieu de vô§ étables pour entendre les bêlemens de vos troupeaux ? Pourquoi Galaad s'est-il tenu en repos au-delà du Jourdain?» Est-ce là l'image d'un peuple qui à gémi sous un joug étranger , et servi vingt ans des maîtres qui l'opprimaient? N'y voit-on pas au contraire que Ruben et Galaad avaient conservé leur liberté pendant la servitude de leurs frères , et continué de vivre heureux dans leurs aciennes possessions ; la paix n^ayant pas été troublée au-delà du Jourdain , où la domination du roi de Chanaan ne s'était pas étendue.

Cette observation est d^une extrême importance. Elle lève la seconde des deux principales, ou plutôt des deux seules difficultés que présente l'Histoire des Juges , en expliquant, par le fait même , les 80 ans de la paix procurée .par Aod , et prouvant que cette longue paix a subsisté réellement , et suivant toute la force du terme» pour les tribus orientales. Car ces 80 ans répondent exactement aux 20 premières années dé la paix d'Aod, qui fut alors générale, aux 20 années de la servitude des tribus occidentales sous^ Jabin . enfin aux 4o années de la paix , encore générale » qui suivit la victoire de Débora et de Barach.

( io5 )

Ainsi se trouve réglées et démontrées » par le texte même de l'Histoire des Juges» la suite et la durée des temps» soit de paix» soit de servitude» jusqu'à la fin de la domination des Philistins et à la judicature de Samuel , après laquelle la chronologie n'a plus d'embarras. Ainsi » celte histoire , développée comme elle doit l'être » s'accorde parfaitement avec le texte du troisième livre des Rois » qui » après avoir mis sur la voie pour en découvrir la marche , reçoit d'elle à son tour sa pleine et entière justification.

Que nous opposera-t-on maintenant ? Nous pouvons le prévoir. On nous opposera cette grave autorité qu'on n'hésite point à produire » quand il s'agit de la chronologie sacrée; qui a déjà suflS pour décider» sans examen» la grande question des années des patriarches » et sur laquelle on semble principalement et presque uniquement compter pour les résoudre toutes.

Ceux qui connaissent C Antiquité véritable et C Antiquité défendue àe Dom Pezron, ont été certainement étonnés de voir les défenseurs des dynasties citer , avec tant de confiance» le plus paradoxal de;s chronologistes » au jugement de tous les isavans. Son système sur les années des juges étant singulièrement propre à faire connaître le génie de cet écrivain , et la manière dont il emploie une vaste érudition, qu'il déprise par l'excessif abus qu'il en fait » nous avons un double motif de le prendre pour Tobjet de nos remarques. Le simple exposé de ses idées sur ce sujet donnera une idée juste de toute sa chronologie » oubliée depuis long-temps et que l'on veut faire revivre.

Pezron ne conteste pas le témoignage du troisième livre des rois : mais l'auteur sacré n'a pas voulvi ou n'a pas pu tout dire ; son évaluation est incomplète » et il faut y suppléer ce qu'il a omis. Nous verrons bientôt en quoi consistent les prétendues omissions; contentons-nous d'observer

( >o6 ) ici qu'elles donneraient le moyen de grossir le nombre marqué dans ce texte d'autant d'années que l'on croîraii en avoir besoin.

Quant aux périodes de servitude ou de paix , qui eurent la même époque, et coururent en même temps» quoique leur existence simultanée soit marquée expressément , ou sufiisamment indiquée dans les deux passages du livre des Juges que nous avons cités , Pezron ne l'a pas connue , ou n'a pas voulu la reconnaître. Libre ainsi de tout entrave , il a pu donner carrière à son désir d'allonger les temps. Sa chronologie n'est que le relevé de toutes les périodes , ou plutôt de toutes les sommes d'années mentionnées dans le texte , et chacune y entre en son rang , comme de droit et sans distinction » même celle des do années de SamSon, qui commença seulement, selon l'expression de l'Écriture, la délivrance d'Israël rqui l'annonçait par le succès miraculeux de. quelques entreprises partielles, mais ne l'opéra point, et mourut pour son peuple , ente laissant encore sous le joug des Philistins : même celle des 4o ans du pontificat d'Hélî , qui ne- fut pas du nombre des libérateurs de la nation , et n'eut le nom de juge qu'en «sa qualité de grand-prêtre.

C'était déjà bien des années gagnées , mais ce n'était pas assez. Pezron imagine ce qu'il appelle des temps d'anarchie, c'est-à-dire, de certains nombres d'années, qu'il place entre la paix qui a précédent la servitude qui a suivi cette paix; et, au moyen de ces seules intercalations , dont l'Écriture ne dit rien , qu'elle ne permet pas de soupçonner , il trouve so3 ans à ajouter aux années qu'elle exprime. Demandez à l'auteur sur quel fondement il introduit ces temps d'anarchie : il vous répondra qu'ils ont dù^ exister , et quUl est constant que les années marquées dan» l'Histoire sainte , ont été interrompues par des anarchies»

( ^07 ) ~ cousidérables qui n'y sont pas comprises. Demandez-lui encore sur quoi il en détermine la durée : il vous dira qu'il ne peut la déterminer que par conjecture; mais que la durée des anarchies, était proportionnée à celle des servitudes , qu'elle devait même être plus longue» et qu'une servitude de 4o ans , telle que la sixième , a dû être précédée par une anarchie de 5o ans pour le moins. Il explique le texte du troisième chapitre des Rois , qu'il ne lui a rien coûté d'admettre ^ comme on le voit à présent, par l'omission de ses prétendues anarchies. C'est hien pire pour le texte de saint Paul au xiii'' chapitre des Actes qu'il suppose regarder le temps des juges: l'apôtre ne compte que 4^0 ans de Josué à Samuel , perce qu'il retranche à la fois et les anarchies et les servitudes ; et si vous témoigniez quelque doute sur de pareilles réticences^ avec lesquelles l'Histoire sainte ne serait plus une histoire , il vous observerait très-sérieusement qu'en cela l'Écriture n'a rien fait d'extraordinaire; que les Orientaux n'avaient guère coutume de marquer dans leurs histoires les temps malheureux » et que les servitudes même ne sont comptées dans le livre des Juges que pour l'instruction des Israélites , et non pour en con^rver le souvenir (i).

Avec cette méthode Pezron pouvait prolonger les temps h volonté , et l'on doit lui savoir gré de n'avoir donné à celui des juges que 876 ans, le double à peu près de sa durée réelle : et voilà l'homme dont la chronologie va confirmei[* et Tendre inattaq^able ceUe de Manethon I Voilà les chimères qu'on opposera aux calculs précis de l'Écriture sainte!

YIII. L'époque de la fondation du temple étant fixée à la quatre cent quatre-vingtième année après lu sortie d'É-

(1) Chronologie véiitabte , p. i3o à i33, éd. iQ-12.

( io8 ) gypte , il ne faut qu'y joindre les 56 dernières années de Salomon et les quatre premières de Roboam, pou^ descendre jusqu'à Sesonchis. Il est donc constaté qu'en pre-' nant l'Histoire sainte pour guide , on ne peut compter de l'époque de Sesonchis à celle où les Israélites furent délivrés de l'esclavage par Moïse que 52o ans. Cherchons maintenant sous quelle dynastie^ et sous quel roi de cette dynastie , tomberait la sortie de l'Egypte dans la chronologie de Manethon.

Depuis la 22^ dynastie, dont Sesonchis fut le premier rot » nous avons 1 3o ans de la 2 1 ^, 1 55 de la 20^ et 26g de la 1 g** ; ce qui ne fait encore que l^'^/^ans. Il faudrait donc entrer dans la 18^ dynastie, et 7 prendre les 46 ans qui nous manquent : on sent déjà combien la position devient difficile.

Les auteurs varient sur la durée de cette dynastie : selon le Syncelle» J. Africain ne lui donnait que 265 ans sous seize rois ; le calcul des années» tel que le présente le texte du Syncelle, donnerait 284 ans; enfin l'historien Josèphe,, qui avait, comme J. Africain , l'ouvrage de Manethon sous les yeux , nomme 17 rois ou reines , qui régnent 54o ans et sept mois; car c'est lui qui nous a conservé cet exemple de la scrupuleuse exactitude de Manethon. MM. Ghampollion ne doutent pas que nous n'ayons dans Josèphe le véritable texte original : nous le supposerons aussi, non poui^ accroître le nombre des aanées , mais parce que la 1 8* dynastie paraît être celle à l'égard de laquelle nos anciens chronologisties ont pris le plu^ de liberté, cherchant à y arranger , chacun suivant son système , les mêmes événemens qui nous y amènent , l'histoire de Josèphe et la sortie de Moïse.

Les deux derniers rois de cette dynastie, selon Josèphe, sont Amenophis, qui règne 17 ans, et avant lui Ramessès

( Ï09 ) Meïamoun qui en règne 66* Ce serait donc au milieu du règne de Meïamoun qu'il faudrait placer la sortie d'Egypte; , cela n'est pas possible. II y a plus : en examinant cette longue suite de rois thébains » plus puissans les uns que les autres , qui se succèdent sans interruption depuis Thutmosis , chef de la dynastie , jusqu'à Séthos , chef de la suivante , dont on fait le grand Sésostris et plusieurs autres de ses glorieux successeurs , on ne voit réellement aucun vide où l'on puisse placer la terrible catastrophe de la mer Rouge. Il faut cependant l'introduire quelque part, degré ou de force y dans toute chronologie ou histoire d'Egypte, qu'on prétendra donner pour son histoire authentique et sa chronologie yéri table; et toute époque de l'une et de l'autre, où ce mémorable événement ne pourrait trouver place, serait par là même convaincu d'appartenir à d'autres temps. Il semble qu'on aurait dû s'assurer de cette concordance nécessaire avant d'adopter définitivement la chronologie de Manethon , et d'en faire la base de l'histoire qu'on espère tirer des monumens égyptiens. Mais il nous faut quelque chose de plus positif.

Quand on lit l'Histoire de Moïse , quelle idée se formet-on de l'état où était alors l'Egypte ? Y voit-on ces rois puissans qui en avaient réuni toutes les parties • avaient étendu leur domination dans la Nubie et l'Ethiopie, et faisaient de Thèbes , devenue le centre de leur empire et embellie par eux des plus somptueux édifices , le lien de leur résidence ? Le Pharaon , persécuteur des Hébreux, n'était évidemment que le roi de Memphis , maître peut-être alors de toute la Basse-Egypte, et sans doute de la partie de l'Egypte moyenne la plus voisine de cette ville , capitale de son royaume. C'est là que Moïse lui porte chaque )Our les ordres du Seigneur dont il est chargé, et de là qu'il revient au camp des Israélites rapporter ceux du Pharaon.

( >«o ) Toute la relation du départ , de la oiarçhe et de Tarrivée du peuple hébreu au bord de la mer Rouge , où l'armée égyptienne tes atteint le troisième jour , ne laisse aucun doute à cet égiard.

Cet état de l'Egypte , au moment de la sortie des Hébreux , répond parfaitement à celui où ils l'aTaient trouvée en y entrant. Le Pharaon qui avait remis le soin de son royaume entre les mains de Joseph , et qui reçi^t ensuite avec tant de bienveillance son père , ses frères et toutes leurs familles , avait une cour , de grands ofiiciers , des généraux et une armée; c'était un véritable roi. Mats s'il pa~ ralt , par plusieurs traits de Tadministration de Joseph , que son royaume embrassait dès lors toute l'Egypte inférieure, il ne paraît pas qu'il s'étendît beaucoup au-dessus du Delta ; que ce prince habitât Mempbis ou Tanis , ou tout autre des villes que l'on décore peut-être trop libéralement du titre de capitales , il n'y aurait rien à changer aux limites de son royaume. On peut même croire , comme d'autres l'ont observé , que ces lîpiites Turent fixées ainsi dès l'origine de cette monarchie. La nature du pays semble peu compatible avec cette multiplicité de petits états qu'on suppose. Dépendantes Jes unes de autres, et obligées de se concerter pour les opérations nécessaires à leur praspérité, ces différentes portions de la contrée qu'embrassent les branches du Nil durent se former d'elles-mêmes en un seul corps d'état, ou y être l^ientôt am'enées par la force des choses. Voilà ce qu'était l'Egypte, celte Egypte dont parle l'Écriture, au temps de Moïse et de Jacob. Elle fut certainement la première habitée, quoi qu'on en ait dit et qu'on en dise encore , el par conséquent la première qui fut civilisée , c'est-à-dire , qui eut un peuple et un gouvernement. L'Egypte supérieure Ae tarda pas sans doute à en recevoir des habitans, qui , dispersés peut-être d'abord sur

( M. ) \iii terrain vadte et libre , et n'ayant pas les mêmes raisons de se réunir à mesure qu'ils s'y établtsrsaient , finirent cependant, plus tôt ou plus tard, par se former aussi en corps tle nation. Il y eut alors un nouveau royaume d'Egypte , dont Thèbes fut la capitale , comme Memphis l'était du premier. Tel fut, dès la plus haute antiquité, l'état de l'Egypte, partagée en deux monarchies qui purent fleurir également chacune de son côté, mais oui restèrent constamment séparées, et t'étaient encore lorsque les Hébreux Tinrent s'établir dans l'Egypte inférieure , et lorsqu'ils en sortirent plus de deux siècles après.

On X)hercberaît en vain dans Manethon ou Hérodote des notions précises sur ces temps anciens. Il ne restait d'idée parmi les Égyptiens que des derniers rors « dont les monumens leur rappelaient les noms , et des derniers temps de la monarchie , dont le souvenir était encore récent , et se perpétuait d'ailleurs par la vue de ce qu'était l'Egypte sous la domination de ses conquérans. Ils se la représentaient comme ayant toujours formé un royaume unique sous des rois puissans qui la possédaient toute entière , et dont la succession directe remontait aux premiers hommes qui l'avaient habitée. De là ces nombreuses dynasties rangées bout à bout dans Manethon , et ces interminables générations d'Hérodote. Dans la privation absolue d'annales vraies et suivies , réduits à chercher leur histoire dans quelques fragmens d'une histoire étrangère , où de loin en loin . rÉgypte est nommée , et qu'ils s'appropriaient sur cette seule raison, en la défigurant, comme il fallait s'y attendre, leur était-il facile de concevoir autrement ce qu'avait été la monarchie égyptienne depuis sa fondation et pendant le cours de sa longue durée ?

Nous avons maintenant des bases plus sûres pour établir 3 à l'égard des temps où nous sommes parvenus , quel-

ques points chronologiques , rares il est trai , et bien éloi* gnés les uns des autres , mais certains au moins , et q^i serviront à mesurer les^ distances et à les remplir.

Il résulte des données que nous fournissent les livres sacrés , qu'il y a eu long-temps» et dans la plus haute antiquité, deux royaumes en Egypte ; que ces royaumes restèrent séparés jusqu'à Tan 1491 A. G., qu'ils étaient réunis en l'année 97 1 , et qu'ainsi la réunion s'était opérée dans l'intervalle entre ces aeux époques , qui sont celles de la délivrance des Hébreux par Moïsç et de l'irruption de Sessac , Sesonk on Sésonchis , en Judée» Il résulte encore des observations précédentes , et Ton peut poser en principe que tous les rois qui n'ont eu en partage que l'un des deux royaumes primitifs , doivent être antérieurs à la sortie d'Egypte , et que tous ceux qui ont régné sur la totalité de l'Egypte , sont nécessairement postérieurs à cett *. épgque.

Dès lors la question est décidée , et irrévocablement décidée; car ce sont les monumens même de l'Egypte qui prononcent. Ces monumens , à l'aide desquels on croyait démontrer la grande ancienneté du royaume thébain, c'est par eux que nous apprenons à la renfermer dans sa véritable étendue; à lui donner des bornes plus justes à la fois et plus certaines , qui la mettront enfin d'accord avec l'histoire générale des peuples , et Içs témoignages de l'Écriture sur l'origine du monde et des nations. En combinant le peu de notions positives que les monumens égyptiens ont procurées jusqu'à présent sivr les rois de la !&• dynastie , il est évident que ces princes régnèrent sur l'Egypte entière , et qu'il n'y avait plus de leur temps ni de royaume dans la Basse-bgypte » ni de Pharaons à Memphis » mais un seul et unique royaume, qui comprenait toute la vallée du Nil, et un seul Pharaon qui siégeait h Thèbes. La conséquence est facile à tirer , et elle est inévitable : ces rois

( l'S ) r»^0Qt régné qu'après l'époque où les Israélites sortirent de l'Egypte, et ce sont eux , avec les rois des dynasties suivantes, qui remplirent l'interyalle entre Moïse et Sesonchis. On se récriera contre le terme trop court que nous ac-^ cordons à tant de princes illustres , à tant de règnes brillans de tous les genres de gloire; car on s'épuise en admiration et en éloges , la plupart bien gratuits , sur ces grands bâtisseurs de temples et de palais. On, dira que nos 5 20 ans atteignent à peine les derniers rois de la 18* dynastie ; qu'il faudrait par conséquent en retrancher près de trois siècles , c'est-à-dire la supprimer entièrement , ou répartir la diminution sur led 800 ans et plus que Manethon donne aux quatre dynasties , depuis Thutmosis jusqu'à Sesonchis , 'et que l'une et l'autre manière d'opérer cette réduction est également hors de toute mesure et de toute possibilité. Nous devons nous y attendre; mais nous observerons que les dynasties dont il s'agit n'ont , pour leurs dates el leur chronologie , que l'autorité qu'on leur prêle ; que nous avons expliqué à quoi les dynasties plus récentes ont dû d'être moins éloignées des temps vrais , et que les circonstances n'étant plus les mêmes , il n'est pas permis de faire une règle générale pour toutes de ce qui ne convient qu'à quelques-unes ; que lorsque la chronologie égyptienne se trouve en contradiction avec la chronologie sacrée , on ne saurait 9 même en bonne critique , hésiter sur le choix; qu'il fout au moins alors examiner préalablement les dynasties qu'on oppose , et s'assurer de leur valeur sous le double point de vue des faits et de la chronologie ^ si l'on veut juger sainement du poids qu'elles peuvent mettre dans la balance. C'est de cet examen que nous allons nous occuper.

IX. On est averti par ce qui précède^ quç les trois dynasties , placées entre la i8* et celle de Sessac, demande-

ront une «ilention parliculière ) car c'est le que commence l'opposition eotro la chrooologie égyptienne et la chrono* logie sacrée ; et c'est là par conséquent qu'il faut chercher le point où elles se séparent , découvrir la pi^emière cause de cette divergence , et en suivre les progrès jusqu'au point où elles se réuniront.

On a trouvé quelques noms de rois appartenant à la s i * dynastie. On aura de la peine à en trouver pour la. ao*, composée de douze rois dont aucun n'est nommé » et l'on n'a pu encore former à son égard qu^ des conjectures trop faibles. Quant à la 1 9* , les monumens de Thèbes ont fourni une demi-douzaine de nouveaux Ramessès, qui la complètent et même l'augmentent. Nous n'avons point h discuter le mérite de ces découvertes et l'application qu'on en fait. Nous admettrons les trois dynasties , telles que Mançihon les présente; et ne les considérant que sous le point de vue chronologique , nous chercherons seulement dans quel ordre elles doivent être placées , et si elles ont été nécessairement successives. En effet , l'état des choses est changé sous 1^ 21** dynastie; ce ne sont plus ces rois thébains de la 18** et de la 19'', que l'on reconnaissait à leurs noms seuls » transmis de l'un à l'autre » et annonçant par leur retour fréquent la continuité des races qui les avaient adoptés. De nouvelles familles Oiccupaient le trône; et qu'elles fussent originaires de la haute ou de la basse Egypte , elles n'appartenaient plus aux anciennes ËMnilles des Thoutmosis , des Aménophis > des Ramessès „ éteintes ou déchues. On peut en dire autant de la ao* dynastie , sans être arrêté par la dénomination de diospolitain^ que Manethon lui applique..

Mais n'y eût -il à cette époque qu'un changement de races régnantes? L'empire égyptien se maintint-il dans toute sa force et toute son étendue , depuis le premier roi

(1.5) de la iS"* dynastie jusqu'au dernier de k âi*? Nous le trouvons immédiatement après entre les mains d'un Éthiopien : que s'était-il passé dans l'intérieur du pays depuis que les barbares de l'Étbiopie et de la Nubie , soumis d'abord aux Pharaons de la iS** dynastie , après avoir secoué le joug, avaient osé attaquer leurs anciens maîtres , et fait un premier pas dans le royaume d'Egypte, jnsqu^au moment oh ils en achevèrent la <KHiquéte ? Notts ne connaissons pas , et nous chercherions en vain à découvrir, la suite des événemensqui amenèrent ce grand résultat; cependant, an milieu delà confusion des récits des Égyptiens,, qu'ont recueillie , et sans doute eistbrouillés encore , les historiens ^recs p peut-être trouverons-nous qudques données générales, susceptibles d'être rapprochées , et propres à répaiidre une sorte de lumière sur celte époque obscure.

Parmi le grand nombre de Ramessès que l'on fait régner après Séthosîs , et qui remplissent la i g"" dynastie presque entière , il en est un dont le jrègne offre des particularités remarquables. On vante ses richesses , son amour pour les arts , sa piété envers les dieux; mais on lui reproche « de n'avoir pa» hérité du courage et de là science politique de ses ancêtres ; puisque ; d'après l'histoire , a joule-t-on , ee Pharaon laissa décliner , pendant un long règne, l'influence <iue l'Egypte exerçait sur les contrées voisines * ( i ). L'idée que l'on nous donne ici des temps qui suivirent le règne de Sethosis est incomplète , ou n'est que partielle. Elle peut convenir aux successeurs de son nom , que Ton croit retrouver dans les monumens : mais Fhistoire nous en montre d^autres qui régnaient également en Egypte , qu'on ne saurait confondre avec eux , et sur lesquels il faixlrait

(i) Précis, p. 20 2.

(ii6) dire qu'ils avaient perdu leur pouvoir , comme ils avaient perdu leur influence sur les contrées voisines.

Suivant Hérodote , le troisième successeur du Sethos ou Sethosis de Manethon, est ce Rampsinite» fameux par les immenses richesses qu'il amassa , et que n'égalèrent jamais > dit l'historien , celles des rois les plus opulens qui Vinrent arprès lui ; plus fameux encore par le conte de l'architecte , constructeur de l'édifice où il croyait avoir mis son trésor en toute sûreté. C'est le Ramessès ou Ramsès, compté d'abord pour le quatrième du noià , et placé immédiatement après Sethosis ou Ramesses III ; mais reculé ensuite à mesure qu'on a découvert d'autres princes du même nom » et qui n'est plus actuellement que Ramessès V ou VI. Nous ne voyons point de rai- ' son pour lui ôter la place que lui assigne Hérodote , et rien n'empêche de la lui conserver dans la nouvelle série des rois de la 19* dynastie; l'ordre qu'on établit entre eux étant tout à fait arbitraire > puisqu'il n'est plus réglé par la table d'Abydos qui finit à Sethosis. Au reste , les deux prédécesseurs de Rampsinite n'étaient guère plus propres 'que lui à soutenir l'éclat du règne de Sésostris. Phéron , son fils y n'est connu que par l'attentat sacrilège qu'il se permit contre le Nil , les dix ans de cécité qui en furent la punition » le remède plus que singulier qui lui rendit la vue , et deux obélisques érigés à Héliopolis , devant le temple du Soleik Prêtée qui lui succède , qu'il soit ou ne soit pas le Prêtée de la fable, n'était originairement qu'un citoyen de Memphis» et régnait h Memphis. Ajoutons que ks premiers successeurs de Rampsinite furent les tyrans £héops et Ghéphren. Ceux-ci sont remplacés par trois rois plus humains » après lesquels parait Sabacos , roi des Éthiopiens (i).

(1) Her. liv. 11 , >ao et suiv.

. ( "7 ) Suivant Diodore de Sicile , le fils de Sésoosis prit le nom die son père : du reste , ce Sésoosis ou Sésostris second est le Phéron d'Hérodote et toute son histoire. Après lui un grand nombi^o de rois se succèdent , sans avoir rien fait digne de mémoire » et plusieurs siècles. s*écoulent ainsi jusqu'au roi Âmasis , dont les violences et les exactions aliènent les peuples et facilitent l'inyasion de l'Éthiopien Âctisanès. Celui-ci n'est pas Sabacos et semblerait tenir la place de Sesonchis. Sabacos ne parait dans. Dîpdore que beaucoup plus tard , après, onze générations simplement indiquées »^ et neuf ou di^ rois nommés par intervalle. Au nombre de ces rois se trouvent Prêtée, le devin et magicien des Grecs , et Remphis , son fils , dont l'iiyarice et les trésors entassés font reconnaître te Rampsinite d'HérodotO} successeur aussi d'un Prêtée, qu'avaient précédé Phéron et Sésostris.

Il serait difficile sans doute de tirer quelque chose de suivi et de satisfaisant, d'une semblable confusion de noms , de faits et d'époques; et les essais de ce genre , qui exercent aujourd'hui la sagacité des critiques ^ en fourniront indubitablement la plus convaincante preuve. Cependant les récits des deux historiens s^'accprdent sur un point capital , duquel il semble qu'on peut partir : la faiblesse des successeurs de Sethosis , leur négligence ou leur impéritie , leurs vices propres , ou ceux de leur gouvernement. Que dut-il naturellement en résulter? le mécontentement et le mépris des peuples, les révoltes qui en. sont la suite ordinaire , et le déchirement de l'État qu'opèrent bientôt des che& puissans ou ambitieux, qui cherchent à profiter des circonstances pour s'élever. Sur quelle portion de l'empire ces funestes effets durent-ils se (aire sentir plus promptement et plus fortement? Les Pharaons de la ny dynastie résidaient à Thèbes , comme ceux de la dynastie précé -

(1.8) ienie: serail-il étonnaDt que, sous ces princes lâches et oppresseurs , les habilans de la Basse-Egypte se fussent r ressouvenus qu^ils avaient formé autrefois un royaume indépendant , et eussent saisi Toccasion de se rétablir dans leur premier étalr Or , c'est là précisément ce qu'indiquent les faits que l'on peut recueillir sur ces temps , perdus encore pour l'histoire, quoiqu'on en dise, et restés pour la chronologie sous un voile qui n'est qu'en partie soulevé.

Nous voyons , dès le commencement delà ig* dynastie ^ des rois sortis de Memphis, ou qui régnent à Memphis; d'autres, après ceux-là , qui décorent des temples, élèvent des obélisques et des pyramides , toujours et uniquement dans diverses parties de la Basse-Ëgypte : ces princes n'étaient plus des Thébains, et ne régnaient plus à Thèbes^

Les douze rois de la 20^ dynastie ne produisent tous ensemble que i35 ans selon J. Africain , plus sûr à cet égard qu'Eusèbe, qui cependant ne leur en donne que 1 78, ou 1 7» selon la version arménienne» M. Ghampollion observe avec raison, que « les années assignées à ces douze princes ne sont point en concordance avec la durée moyenne des règnes en Egypte , si l'on prend pour fondement de calcul les dynasties précédentes:» et il en conclût «qu'on doit présumer que Tétat politique de ce pays fut , à cette époque , dans une certaine agitation , puisqu'on vit passer sur le trône un si grand nombre de princes dans un aussi court espace de temps » (1) , l'agitation est plus que présumable ,. quand on en reconnaît la cause , et qu'on en fixe le lieu : elle fut la suite naturelle de la position où se trouvait alor& l'Egypte inférieure , détachée de la mélropole , n'ayant pu se donner d'abord une assiette solide , inquiétée d'ailleurs.

(i) Duuxtème lettre, p. 97.

(•»9) comme on peut le croire» par les Pharaons qui se màia-^ tenaient à Thèbes , et surtout s'ils n'avaient pas encore à lutter contre les Éthiopiens. Dons cet état de choses , on comprend que plusieurs chefs ambitieux se soient disputé .à la fois» ou arraché successivement, le pouvoir; et qu'ils aient ainsi formé un grand nombre de règnes dans un court espace de temps.

Un certain ordre s'établit apparemment sur la fin de la 20* dynastie , dont le dernier roi occupe le trône pendant 26 ans; et il parait s'être assez bien soutenu dans le cours de la fii^y qui dure i3o ans, et ùe compte que sept rois. Un trait de l'Histoire sainte prouve que ces derniers ne régnaient que sur la Basse-Egypte. Le Pharaon dont Salomon rechercha l'alliance aurait-il quitté Thèbes pour venir en personne faire la guerre à un petit peuple de la Palestine , s'emparer de la ville qu'habitait ce reste des Ghananéens , et la donner en dote à sa fille ? il résidait vraisemblablement à Memphis, et dut être un dés derniers rois de la dynastie.

Les monumens sembleraient venir à l'appui de l'histoire» et la preuve serait décisive» si elle était éomplète. On ne connaît pas encore de monumens des rois de la so*' dynastie» et l'on en connaît peu des rois de la 2l^ Quant à ta {)remière » l'absence de monumens s'expliquerait par les troubles civils qui l'agitèrent » et la courte durée de gouvernemens mal affermis; quant à la seconde» côux qu'on a découverts sont dans la Basse-Egypte. C'est tout le contraire pour la 1 9* dynastie : les Ramassés ont couvert la Haute-Egypte de leurs monumens ; Sethosis » leur chef» en aurait seul élevé aussi dans l'Egypte inférieure , encore t'exprime-t-on là -dessus d'une manière bien vague (i).

(1) Aperçu d«s résultat!, p. i4 et i5.

( 120 ) La conséquence serait claire et sure': les Pharaons qui n'eurent de monumens que dans Tbgypte supérieure » ne régnèrent point à Memphis ; ceux qui n'en eurent que dans la Basse-Egypte , ne régnèrent point à Thèbes^.

L'Egypte formait donc alors deux royaume» distincts; et il est permis, d'après les récits des auteurs, que confirment toutes les circonstances connues , de faire remonter le partage jusqu'aux premiers temps de la 19^ dynastie. Celle-ci, depuis ou peu après Séthosis, n'aurait donc été que collatérale des deux dynasties qui la suivent dans Manethon ; et sa durée presqu'entière , ou Tentière durée des deux autres , serait à retrancher de la chronologie égyptienne.

X. Le nom et les exploits de Sésostris furent célèbres dans Tantiquilé, au moins depuis Hérodote; et ce héros, un peu décrédité, semble reprendre t^ute sa réputation et briller même d'un nouvel éclat, depuis les découvertes faites sur l'ancienne Egypte. Les monumens , dit-on , s'unissent à l'histoire pour constater irrévocablement , d'une part, son existence et ses conquêtes , de l'autre , l'époque où il a vécu; il est , sans aucun doute, le Sethosis ou Ramessès, chef de la 19* dynastie : et celui-ci en effet j^ parait plu» dans les écrits du jour que sous la dénomination du grand Sésostris , ou , quand on lui conserve son nom monumental de Ramessès-le-Grand. M. ChampoUion est aussi prononcé et aussi ferme sur tous ses points , dans la nouvelle édition de son précis qui m'arrive à l'instant , qu'il l'était dès la première.

Le règne de Sésostris a toujours embarrassé les critiques, qui ont voulu le faire entrer dans les temps vrais de l'histoire ; quoiqu'ils eussent alors une assez grande liberté d'en avancer ou d'en reculer l'époque. Il deviendrait plus embarrassant maintenant qu'on lui assigne une place fixe

( lat ) dans une chronologie , regardée comme à peu près certaine et désormais immuable : pour lever les difficultés qui se présenteraient , on se croirait en droit de ramener à ce point déterminé de l'histoire et de la chronologie égyptienne» la chronologie générale des anciens peuples, et l'histoire la mieux connue de chacun d'eux en particulier. Quelques réflexions sur le Sésoslris-Ramessès ne paraîtront donc pas déplacées.

Nous avons fait remarquer qu'en combinant la chronologie sainte pour l'intervalle des temps entre Sésac et ia sortie d'Egypte , avec la chronologie des dynasties , ce dernier événement aurait eu lieu 4^ ^^^ avant le Sethosis de Manethon, le Ramessès-Sésostris dont nous parlons. Ce serait donc 46 à $o ans après la sortie d'Egypte , qu'il fondrait placer l'expédition de Sésostris; car les anciens la mettent dans les premières années de son règne. Elle tomberait ainsi nécessairenient au temps où les Israélites étaient déjà entrés dans la Terre-Promise , oii même ils en achevaient la conquête , et commençaient à jouir des années de repos qui remplirent le reste du gouvernement de Josué , et se prolongèrent long-temps encore après, jusqu'à l'invasion du roi de la Mésopotamie. Trouverait-on le moment opportun pour une invasion de six ou sept cent mille Égyptiens , le ravage et l'assujettissement du pays , et l'érection dans la Syrie même de ces colonnes infamantes, qui devaient en être un témoignage éternel , au rapport d'Hérodote; car on n'oublie pas cette circonstance?

La difficulté deviendrait bien plus grande, s'il fallait^ comme nous l'avons prouvé , enlever à la chronologie une grande partie des rois de la 1 9' dynastie ou les deux suivantes : en général , elle sera d'autant plus insoluble, que le règne du Sethosis ou Ramessès-Sésostris sera plus retardé. D'Ovigny la sentait peut-être , et cherchait à l'éviter.

( lî^2 )

quaud , par la combinaison de ses dynasties collatérales ^ il faisait tomber le passage de la mer Rouge à la dernière année d'Âminophis, le père de Sethosis, suiranl Manethon ; ce qui plaçait en efiel Texpédition au temps où les Israélites erraient dans le désert, et plusieurs années avant leur entrée dans la terre de Chanaan. Il restait à expliquer comment le nouveau roi d'Egypte , presque immédiatement après le désastre de son prédécesseur et les coups redoublés qui avaient frappé sa nation , aurait eu les moyens, ou même la pensée , de former une pareille en^ treprise : comment son armée aurait passé si près du camp mobile des Hébreux , non seulement sans le rencontrer ^ mais sans que ni Tun ni l'autre de ces immenses corps de troupes eût eu connaissance , ou se fût aucunement inquiété , de rapproche ou du voisinage , de la marche au moins de Tennemi; et cela par deux fois, puisque Sésostris rentra dans ses états au bout de neuf ans , et dut y revenir par le même chemin. C'est donner beaucoup aux hasards de la guerre. On peut voir dans l'auteur de quelle manière il se tire de ces deux objections ^ les seules qu'il se soit faites (i).

Les savans qui, en étudiant l'antiquité, n'ont cherché

(i) Chronol. égyptieoae , tome !•', p. 90 et 302. L*aateur d'une lettre écrite d'Amsterdam , et récemment publiée , retarde un peu la marche de Sésostrin^ afin de la lier plus exactement avec le système de Manethon et de M. GhampoUion. Il suppose que Sésostris cherchait à éviter les Hébreux, ce qui ne prouve pas qu'il dut, ni même qu'il put les éviter; il le fait aller constamment sur les bords de la mer, et oublie les monumens qu'il fit ériger au sein du pays de Chanaan. Nous ne le suivrons point dans l'examen de divers textes des historiens sacrés , où il croit trouver des indices de la route que suivit l'armée égyptienne; mais nous louerons le respect qu'il professe pour l'autorité de l'Ecriture, et le zèle qui l'anime pour sa défense , quoiqu'elle n'eût pas ici besoin d'être défendue*

et n'ont voulu admettre que le vrai , se sont donc assez généralement accordés sur ce point , que les conquêtes de Sésostris ne pouvaient trouver place dans Thistoire profane à aucune époque des siècles connus , ni dans Thiâtoire du peuple hébreu , à aucune époque postérieure à sa sortie d'Eg^te. Ils en concluaient qu'il fallait» ouïes ranger parmi les fables , dont se sont bercées à l'envi les nations, ou les renvoyer à cette nuit des temps , qui peut tout admettre par la même raison qu'elle ne peut rien garantir. Sur quoi donc se fonde aujourd'hui l'assurance avec laquelle on rappelle les exploit^ de Sésostris , en les attribuant à Sethosis-Ramessès ? Ces deux noms he sauraient aller ensemble , et quelque époque qu'on assigne au premier , elle ne peut pas être celle que Manethon donne au second : c'est ce qui résulte évidemment des observations précédentes. Mais supposons la possibilité du fait, quelles preuves donnet'-on de sa réalité?

On invoque d'abord le témoignage des monumens mêmes de ce Ramessès , qui portent son image , et montrent « qu'il fut un souverain guerrier , puisque leurs sculptures représentent des sièges , des combats , des marches militaires , àes passages de fleuves , des peuples vaincus ou captifs » ( I ). Fort bien pour Ramèssès-le-Grand; mais, sans alléguer de^ exemples de ce que peuvent en ce genre la vanité du prince ou l'adulation des sujets, nous demanderons si ces tableaux offrent quelques indices propres à Sésostris , et qui en caractérisent les conquêtes; car c'est là pour "nous la question.

On y voit des sièges , c'est-à-dire des palissades en bois brut, élevées sur des rocs et que des soldats escaladent; représentations insignifiantes et peut-être de fantaisie » qui

(i) Précis ,p. 321,

ont fait penser à un savant , recaeillant des notions sur les^ guerres anciennes, que le sculpteur avait voulu figurer celles de Sésostris dans les montagnes du Caucase \ et la nature des défenses dont les sauvages qui les habitent, entourent leurs demeures escarpées. Gomme si le conquérant de l'Asie n'avait rencontré sur la route ni grandes villes , ni fortes places , qu'il lui était plus glorieux d'emporter d'assaut; ou que Ramessès n'eût pu, sans s'éloigner de l'Egypte, trouver des huttes de Lyhiens à renverser, et des fugitifs à poursuivre dans les rochers , où ils auraient cherché un refuge. On y voit des batailles , dans lesquelles le héros parait monté sur son char et presque nu, décochant des flèches sur les malheureux sans vêtemens et sans armes , qu'il a choisis pour victimes et qui mordent la poussière \ ses pieds. On y voit des vaincus , des captifs , dont tout ce qu'on peut dire est que leur couleur et leur costume n'ont rien de commun avec les Égyptiens : lorsqu'il faudrait leur trouver au moins quelque chose de commun avec les peuples asiatiques. Un voyageur, qui a dessiné les objets sur les lieux, a cru y reconnaître des {ndiens : ce serait un trait nouveau , et aussi remarquable par là que par lui-même , dans l'histoire de Sésostris.

Des fleuves à traverser, des troupes en marche peuvent avoir place dans tous les tableaux de ce genre et n'indiquent rien de particulier : rien donc jusque-là qui soit propre à Sésostris. Mais une dernière circonstance prouve directement qu'il ne s'agit ici ni de lui ni de ses conquêtes.

Le roi guerrier, qui a érigé les monumens , n'a pris soin sans doute de joindre à la représentation de ses coniibats , celle de diverses espèces d'animaux qui lui sont offerts cq homm£|ge ou comme tribut , que pour désigner les pays divers qu'il avait soumis , et monlrer jusqu'où il avait porté ses armes : or, le pays natal de toutes ces espèces est connu,.

et toutes appartiennent à l'Afrique. On en fait Ténutnération: des giraffeSy des autruches, des singes, des gazelles; et Ton en conclut « qu'il pénétra surtout en vainqueur dans l'intérieur de l'Afrique. » C'est déjà quelque chose que de borner le témoignage de ses propres monumens à faire de l'Afrique le principal théâtre de ses exploits , en nous laissant absolument sans preuve qu'il ait jamais pénétré dans l'intérieur de l'Asie. Nous pousserons plus loin les conséquences à tirer de ce fait : nous dirons que si le vainqueur eût triomphé de l'Asie comme de l'Afrique, il n'eût. pas été moins jaloux de transmettre à la postérité le souvenir de ses brillans faits d'armes dans l'une , que celui de ses petites guerres dans l'autre de ces deux parties du monde; que la conquête de l'Asie était bien plus glorieuse pour un roi d'Egypte , plus extraordinaire , et plus propre à flatter son orgueil , que toutes celles qu'il pouvait s'attribuer sur ses faibles voisins , à quelque point qu'il leseût portées ; qu'enfin, s'il eût voulu choisir, ce serait certainement les animaux et les productions de l'Asie, qui figureraient seuls sur les tableaux de ses victoires, et nous en indiqueraient aujourd'hui l'objet.

N'est-il pas singulier d'ailleurs devoir, d'un côté, les historiens de Sésoslris presque uniquement occupés de ses exploits dans l'Asie, et de l'autre, ses monumens exclusivement consacrés à ses exploits dans l'Afrique? Gomme s'il n'avait lui-même attaché de prix qu'à ceux-ci , et qu'il eût dédaigné ou voulu faire oublier ceux-là. En faut- il davantage pour démontrer que le Sésostris de l'histoire n'est pas celui des monumens , et que le Pharaon-Ramessès est un tout autre personnage que le Pharaon-Sésostris?

On fait valoir la réponse des prêtres de Thèbes à Germanicus , qui demandait l'interprétation de caractères hiéroglyphiques tracés sur des ruines : «Un roi d'Egypte nommé Ramsès^ lui dit gravemeixt le plus âgé d'entre eux, avait

( is6 ) une armée de sept cent mille hommes , avec laquelle il soumit la Libye , TÉthiopie , les Mèdes et les Perses », et le reste des détails du texte de Tacite. Mais que fait ici le vieux prêtre? lisait- il sur les monumens mêmes qu'il avait sous les yeux, et dont on suppose qu'il déchiffrait couramment l'écriture , tout ce qu'il débitait au prince romain ? Non certes, puisqu'il parlait de lieux et de peuples auxquels les monumens n'ont aucun rapport , et ne font en aucune manière allusion. Quel était donc son rôle? Il racontait simplement ce qu'il avait appris de ses devanciers, ce que lui et les siens répétaient à tous les voyageurs , ce qui se disait dans toute l'Egypte. Ne l'avaient-ils pas déjà dit à Diodore de Sicile ? et Hérodote ne L'avait-il pas appris des prêtres de Memphis avant Diodore ? Ce n'était donc là qu'une {tradition plus ou moins ancienne « que ces prêtres rendaient comme ils l'avaient reçue , et à laquelle leur témoignage ne donnait pas plus de poids. II ne faut pas que les noms en imposent : leur récit des guerres de Ramsès devenait-il plus authentique , parce qu'il était £iit devant Germanicus, et qu'il a été recueilli par Tacite?

Au surplus , il y a beaucoup à rabattre de la haute idée qu'on se forme de Ramessès, et qui le fait paraître digne de soutenir le nom de Sésostcis. Des tableaux de guerres et de combats , fitssent-ils mieux caractérisés , n'ayant pas l'histoire pour interprète , ne sauraient être considérés comme des témoignages positifs et irrécusables de son courage et de ses exploits; nous en avons déjà fpit la remarque. Eh ! que seraient, après tout, des victoires remportées sur quelques peuples de la Libye , des conquêtes plus ou moins étendues dans l'intérieur de ces pays barbares, ou déserts ? Car ces monumens seuls n'apprendront jamais rien de plus. Ces nombreuses inscriptions, dont il aimait à charger toutes les parties des palais et des temples auxquels il miettait

( >^27 ) la main, annonceraient plutôt la juste crainte que sa mémoire ne pérît trop vite. Elles lui ont yalu » de la part de son panégyriste , le sobriqui^t qu'appliquèrent en pareille occasion les plaisans de Rome à un illustre empereur : cette manie d'écrire son nom sur toutes les murailles est pour Fordinairé bien loin du sentiment de la véritable gloire ; Ramassés put mériter le surnom de Pariétaire , et n'avoir que cela de commun avec Trajan, Il se pourrait donc que le chef de la 19® dynastie n'eût été qu'un personnage vaniteux et médiocre , ce prince même , dont parlent le$ historiens , qui , au milieu de son faste et de. ses richesses , laissa décliner l'empire des Thébains » en prépara la ruine par sa faiblesse et sa négligence, et en vit peut-être le démembrement déjà commencé sous son règne.

Le prêtre d'Héliopolis ♦ ou, comme on l'appelle, le prêtre de Sébennytus , Manethon enfin , n'a pas plus d'autorité et n'en savait pas plus sur ce point que ses confrères de Thèbes : mais il fait connaître, par. ce qu'il en dit, ce qu'était au fond la tradition égyptienne.

Manethon, il est vrai» attribuaità Sethosis, son premier roi delà 19® dynastie, ce que les prêtres de Thèbes attribuaient à Ramsès : on le voit dans l'extrait de ses dynasties par J. Africain, et mieux eucore dans son propre texte , rapporté par Josèphe.Il est vrai encore que Manethon, soit dans ce même teinte, soit dans un autre que M. ChampoUion a produit, remarque expressément que Sethosis ou Sethos portait aussi le nom de Ramessès ( 1 ) , d'où l'on est fondé à conclure qiw le Séthos des dynasties est ce Ramsès des Thébains.

Mais l'auteur, dans une dynastie beaucoup plus ancienne, parle d'un autre conquérant qu'il nomme par son véritable Bom, Sésostris; le nom du moins qui a été plus générale-

(1) Séthoffift, quiestRanessèfl. Jos. contra Ap. lib. i/cap. i5eta6.

ment connu des Grecs et peut- être des Egyptiens , Assèd approchant d'ailleurs de Sethos , Sethosis , Sesoosis , pour n*en former qu'un seul avec ceux-ci : du reste le caractère^ la renommée , les faits et gestes , sont les mêmes des deux côtés. Admettra-t-on dans l'histoire d'Egypte, comme le font quelques-uns, deux rois et deux règnes si remarquables, si parfaitement ressemblans , et néanmoins réellement distincts? On ne saurait voir ici que la même histoire appliquée à deux rois différons, ou le même héros transporté d'une dynastie à une autre. II n'y eut originairement, dans les annales égyptiennes , qu'un seul Pharaon vainqueur de tous les peuples de l'Asie, qu'un seul Sésostris à qui on en attribuait la conquête.

Maintenant quel est ce Sésostris , puisque nous en trouvons deux avec les mêmes titres ? Il est évident que le véritable est celui dont l'époque remonte le plus haut. Si on l'avait placé d'abord dans la 39* dynastie, il n'y aurait eu aucun motif de le reculer ensuite jusqu'à la 1 1*; on n'y aurait jamajs pensé. Supposez au contraire qu'au temps oit l'existence d'un roi guerrier , -tel qu'on se représentait Sésostris , fut reconnue , on l'eût renvoyé à quelqu'un de ces siècles obscurs , qui convenaient si bien aux merveilles de son règne , vous concevrez aisément comment et par quelle raison on l'aura plus tard fait descendre à un siècle mieux connu. Le prince dont les monumens deThèbes attestaient les exploits, pouvait-il être un autre que cet illustre guerrier , le vainqueur de la terre , l'honneur de FÉgypte , le plus grand de ses Pharaons? Ce seraient donc les prêtres de Thèbes , qui auraient imaginé de transférer à leur Ramessès les hauts faits et peut-être aussi le nom de l'ancien Sésostris. Les prêtres de Memphis , qui n'en avaient pas comme eux les preuves sous les yeux, ont pu tenir plus long-temps h la tradition primitive : de là le double emploi

C i«9 ) de Manethon, et les deux Sésostris , qu'il met à deux dynasties différentes, et à une grande distance Tun de Tautrc.

Il résulte de cette discussion, que l'âge vrai du conquérant de l'Asie n'était pas bien connu et bien déterminé parmi les Égyptiens ; et comme la plus ancienne des deux époques qu'on lui assignait a dû être la première fixée , et qu'elle est par conséquent la plus authentique , tandis que la plus récente reste convaincue de n'être qu'une méprise, fruit de l'ignorance et de la vanité de ceux qui l'ont imaginée , ne peut-on pas s'en tenir uniquement au Sésostris de la 10* dynastie? et, dans celte supposition, y aurait il de l'injustice à le compter au nombre de ces héros des temps fabuleux, dont l'existence et les exploits sont aussi incertains que l'âge où ils ont vécu? On sera donc moins sulrpris maintenant , quand nous dirons que toute Thistoire du grand Sésostris n'est en effet qu'une fable ; et l'on sera plus disposé à recevoir la preuve positive du fait , après en avoir reconnu la possibilité et même la vraisemblance.

L'expédition guerrière, si brillante et tant vantée, du plus célèbre des rois d'Egypte, n'est au fond que le modeste voyage de Jacob , parlant des environs de Sichem , dans le pays de Ghanaan , pour aller dans la Mésopotamie cher»cher l'épouse que le Seigneur lui destinait ; revenant, après quatorze ans de séjour, avec ses femmes et sa nombreuse femille; voyant avec efiroi son frère ÉsaQ qui vient à sa rencontre à la tête d'un corps d'armée; formant ses dispositions de défense en partageant sa troupe en trois bandes , avec l'espoir , si l'une périt , de sauver les deuxlautrcs; invoquant le Seigneur dans le péril qui le menace , et , sous sa protection, rejoignant enfin l'humble toit de rhabitation paternelle. Nous n'avons point à développer ici ce travestissement singulier et très - étendu. Les récits dé-

( i3o ) taillés et souvent divergeas d'Uérodole et de Diodore dit Sicile , en multipliant les circonstances » donnaient plus de rapprochemens à faire , plus de points de comparaison à établir, et par là plus de plagiats à vérifier^ Le lecteur sait oii il en trouvera l'indication et les preuves; et, quelque prévention qu'il y apportât , il concevrait bientôt , malgré la disparate des faits, qu'aux yeux des interprètes égyptiens, qui cherchaient l'histoire de leur pays dans cplle des Hébreux , la marche de Jacob vers la Mésopotamie et les fils de l'Orient, a pu être le type de celle de Sésostr4$ , qui envahit l'Asie on commetiçant par sa partie orientale; trouve, lorsqu'il veut rentrer en Egypte , un ennemi dans sonpropre frère Armais, n'échappe aux pièges qu'il lui tend, que par le secours des dieux, vers lesquels il lève les mains , et en sacrifiant deux de ses six enfans pour «auver les deux autres tiers et lui-même. Ajoutons que l'histoire est tellement absurdç, que jamais les Égyptiens ne l'auraient eux-mêmes imaginée , et qu'on est obligé de croire qu'ils l'ont trouvée toute faite.

Mais les travestissemens relatifs k Sésostris ne se bornent pas aux circonstances du voyage de Jacob : ils embrassent la vie entière du Pharaon , dont tous les traits répondent à quelques traits de la vie du patriarche. L'auteur les a rassemblés avec soin , et traite de chacun dans un article à part et avec une égale sagacité : l'ensemble de ces rapports, si nombreux, si étranges et toujours si justes, 'ne laisse aucun doute sur l'identité des deux personnages.

Nous finirons p^r une remarque , qui importe à la chronologie. L'origine , désormais démontrée , de l'histoire de Sésostris , fixe irrévocablement la place de ce conquérant dans l'ordre des dynasties. Il appartient aux plus anciennes : car c'est là qu'il se trouve au milieu des noms cl des faits, empruntés aux ancêtres ou à la postérité de

( .31 ) Jacob ; c'est là qu^ont dû le mettre les premiers rédacteurs de rhistoire et de la chronologie de TÉgypte.

XI* La iS"* dynastie est sans contredit la plus remarquable de toutes. Aux monumens qui constatent Texistence de ses rois , se joint aujourd'hui le témoignage de la table d'Abydos , qui en détermine la succession : on pourrait donc se flatter , en combinant ces deux genres de preuves , qui s'aident et s'éclairent mutuellement , de former une liste de rois aussi complète et aussi authentique qu'on peut le désirer. Mais on n'a pas yquIu s'en tenir à ce ^u'on avait de certain : la table et les inscriptions ne donnent que quatorze rois» et par conséquent autant de règnes; Manethon compte dix -sept règnes , et son autorité l'emportera sur celle des monumens.

Manethon introduit dans la chronologie de la 18* dynastie deux règnes de femmes , dont les cartouches ne sont pas dans la table d'Abydos , et qu'aucun monument, gravé . ou écrit , ne présente comme ayant réellement gouverné. Il n'était pas difficile d'imaginer que de deux femmes » mères ou épouses , filles ou sœurs de rois » représentées avec eux et à leur côté sur les m^es tableaux> on avait fait deux reines , occupant seules le trône et 6n possédant les droits et les honneurs. Dans toute la suite des dynasties, avant et après la 18*, on n'en trouve qu'un seul exemple remarquable, celui de la fabuleuse Nitocris ; aux temps les plus ténébreux des chroniques égyptiennes ; il n'est certes pas propre à confirmer les deux autres. Une dynastie , composée des plus grands souverains de l'Egypte, et si féconde en princes belliqueax, n'est pas celle où devraient se trouver deux exemples snr trois d'une anomalie de ce genre.

Le manque de cartouche royal parait avoir embarrassé d'abord; mais l'explication s'est bientôt présentée : les

femmes qui régoaient n'ayaient point de cartouches » ils étaient ré&ervés aux fois. On le conclut sans doute de ce que Manethon fait rëigner deà femmes , pour lesquelles on ue troif ve point de cartoaches dans la table d'Abydos ; d'autres 9 partant de ce fait bien avéré • en concluront au contraire » avec autant au moins de raison , que ces femmes n'ont pas régné, et qae c'est pour cela , uniquement pour cela > qu'on n'y voit point leur signe de règne.

De l'explication que l'on donpe à Tomission des reines Amensès et Akenchrès dans la table d'Abydos , et à l'absence de cartouches royaux qui marqueraient leurs places , il suit que la table n'est pas chronologique , comme il était naturel de le penser; et par là , elle perd nécessairement beaucoup de sa valeur. Elle ne préseiite plus qu'une série d^'écusson^ réunis , on ne sait dans quelle vue , ni dans quel drdre; il fiiut le deviner. Ëst-^ce le désir de conserver deux règnes à la chronologie » ou la craiilte de compromettre l'infaillibilité de Maoethon » qui détermine à ôter à ce monument son plus imposant caractère ?

Elle n'est pas chronologique , puisque elle ne joxarque pas la suite des règnes ; elle est purement géoéèilogique , marquant seulement ceux qui forment la filiation » dans laquelle les femmes n'entrent pi^. Ainsi ce grand ouvrage , unique dans son ^nre ^ ne serait qu'un monument de la vanité d'un prince , plus jaloiïx d'étalé aux yeux la longue suite de roi^ ses aïeux ^qpe de constater» au profit de l'histoire» la durée de l'empire sur leqiiel il régnait après eux*

Mais est-ce bien là l'objet de la table d*Abydos ? Une réflexion générale se présente d'abord » et sa0irait peutêtre pour en écarter l'idée. Cette table , comme on l'appelle , ne donne que les cartels-prénoms , c'est-à-dire, ceux qui indiquent le nom de règne ^ la phrase 4yu le titre d'honneur affecta à chaque roi. Elle omet les cartels qui con-

( i33 ) ■ tiennent le nom propre , celui que le prince avait porté ayant son accession ou adopté en montant sur le trône/ qui défait être ordinairement» et par le fait est presque toujours un nom de famille. De ces deux manières de dé- ^gner les rois, laquelle convenait le mieux k une table généalogique ? celle qui ne marque réellement que la succession , ou céllô qui asrail en même temps montré h descendance ?

Entrons dans quelques détails. Est-il vrai , est-il même croyable que tous tes rois compris dans ce tableau se soient succédé de père en fil^ aussi régulièrement qu'on lesuppose? Car, depuis la décduterte de son caractère généalogique , on ne manque pas de remarquer, presqu'à chaque règne , que celui qui monte sur le trôneestfils de celui qui précède. La table ofiVe eflcot*e cinq à six rois antérieurs à la 18* dynastie , et l'on est porté à croire qu'elle en contenait plusieurs autres ; ce serait donc autant d'aïeux de plus qu'il faudrbit donner à Séthosis,et si l'on y joignait^ sur le même pied > les cinq ou six Ramessès qu'on lui donne pour successeurs, on aurait vingt-cinq à vingt-six rois, régnant de père en fils pendant plus de 5oo ans , durée de trois dynast^. Nous aurions là un exemple de stabilité ^ de possession toujours paisible et de filiation non interrompue , qu&n'offrtrait probablement aucune famille royale , dans aucun autre des anciens empires» et que l'Egypte n'a plus offiert depuis.

Au testt , cettennilbnaité continue dans le mode de sucomsîon de la gran^ famille thébaiioe, n'est qu'une conséquence nécessaire du système de généalogie qu'on veut établir, etqui lui-même n'a été imaginé que pour conserver, dan& là 18* dynastie, les deux reines de Manethon , omises dans la table d'Abydos. Nous serions donc dispensé d'attaquer directement ce système; il suffirait d'avoir montré

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■ ( '54 } sur quel fondement il repose. Voyons cependant si la nomenclature des rois et de leurs noms monumentaux , car nos connaissances ne vont point encore au-delà , ne fournirait pas seuloidequoi la combattre et la détruire. N*]r reeonnait-on pas en effet deux races bien distinctes, celle des Amosis ou Thutmosis qui se proltoge jusqu'au, roi Horus , et celle des Ramessès qui commence après les frères Akenchrès ou Mandoui » et s'étend jusqu'h la fin de la 19^ dynastie? Les noms vraiment patronymiques , affectés à chacune d'elles» et portés par chacun des individus qui les composent , ne permettent certainement pas de ne voir dans leur ensemble qu'une seule et même famille. Le ncim de Rameuses rappelle celui d'un lieu , peut^ire d'un roi de la Basse-Egypte, au temps oii les Hébreux habitaient ce pays. Sérait-<^e un descendant des anciens rois de Memphis qui , après avoir relevé ce royaume détruit » aurait attaqué à son tour et conquis le royaume de Thèbes ? Horos et ses deux successeurs semblent également étrangers aux Thut^ mosis qui les précèdent > et aux Ramessès qui les suivent r ne formeraient-ils pas une race intermédiaire? ou plutôt seraient^-ils des concurrens ambitieux, qui auraient su combattre pour s^emparer de la couronne et se la disputer, mais qui n'auraient pas su la conserver, et dont les règnes isolés et assez courts n'en marqueraient que mieux le passage de l'une à l'autre des deux grandes familles.

La prétendue filiation de tous ces rois, ou , si l'on veut s'y borner, de ceux seulement qui forment la 18* dynastie, est donc une chimère démentie par les faits; et avec . elle s'évanouit l'idée de faire du monument d'Abydos un simple tableau généalogique. Ce monument remarquable reprend le caractère qui lui convient. 11 présent© l'ordre chronologique des souverains qui ont régné à Thèbes dans l'intervalle de deux époques déterminées; il les fait co»-

{ «55 ) naître par la suite, chronologiquement rangée, des car^ touches oh le titre royal de chacun d'eux est inscrit ; \ï exclut par conséquent les deux reines , pour lesquelles il ii*offre point ce signe propre de la souveraineté. Elles A^ont pas régné , puisqu'elles n'entrent pas dans la chronologie des règnes, et Fautorité de Manethon ne les y rétablira point.

Ces dernières dbsetvatîons donnent lieu à une remarque que nous devons au moins indiquer; elles prouvent que les temps de la grande dynastie n'ont pas été toujours aussi paisibles qu'on aime à se le figurer. Deux importantes révolutions s'y sont opérées vers le milieu de la dynastie , et ne sont peut-être pas les seules; elles pourraient en faire soupçonner d'autres moins complètes, mais très-réelles, soit dans la fiimille qui avait précédé, soit dans celle qui suivit : elles auraient été le résultat des premières , et ïe principe des «econdes. L'efiet de cette continuelle agitation eût été nécessairement d'abréger les règnes et d'auge monter le nombre des prétendans au pouvoir : deux causes qui tendent à multiplier les titres de rois dans un moindre espace- de temps. On risquerait donc de se tromper, st l'on calculait la durée de cette dynastie sur Pestimalion commune de la durée moyenne des règnes , à des époques de calme intérieur et prolongé, où rien ne troublerait le cours naturel des <^oses. Nous le répéterons id : il faut attendre l'histoire, qui expliquera les monumens et en éclairera l'usage.

Revenons maintenant sur tes deux rois successeurs d'Horus : ils offrent une particularité digne d'attention, et féconde peut-être en conséquences, même pour la chronologie.

Les monumens font connaître deux rois dont les noms , ni aucuns noms qui leur ressemblent , ne se lisent dans la

( >36 ) 18' dynastie de ManeihoA , à laquelle ils doivent apparie*^ nir. Ces rois se présentent sur les monumens avec une circonstance que Ton ne remarque pas ailleurs , et qni probablement n'a existé que pour eux. Ils ont chacun leur nom propre bien distinct : l'un celui de. Manâo^éi» tiré du dieu Mandou , {'autre celui d'Ousiréi , pris du dieu Osyris : mais les .prénoms» les noms du règne , demeurent communs à tous les deux; Ousiréi est, comiao Mandouéi». , le soleil stabiliteur de la région inférieure, *

De là naît une question : sentie deux rois , succédant l'un à Tautro, et ayant chacun son nom propre^ qui oni voulu signaler leurs deux règnes par le même prénom; ou est-ce le même personnage qui aurait porté successivement deux noms propres ^ en conservant toujours son prénom, primitif? M. Ghampollioa s'est arrêté à la première bi^an* che de la question, l'alternative ne lui est pas venue en^ pensée : celle-ci néanmoins paraît la plus naturelle », et , è* tous égards, la plus vraisemblable. La nature des prénoms. « qui seuls , nous dit-il , à cette occasion même , furent établis cooune signes nominaux individuels ( 1 ) , » et qui ,, h ce titre, sont seuls inscrits sur la table d'Abydos, semble décider le sens de la questioa: puisque la table n'offre qu'un nom individuel , elle ne doit se rapporter qu'à un^ seul individu; Quel motif pouvaient avoir deux rois difiérens de confondre leur$ règnes et leur existence en ua même prépom? Un roi , autant et plus qu^un autre, veut être personnellement connu; il veut que l'on sache quels sont les actes de gouvernement qui lui appartiennent, et qu'on ne lui attribue pas ceux qui appartiendraient à ua autre et pourraient compromettre sa mémoire.

On dira , conmie on le dit des deux Akenchrès de Ma^

(0 Scc« Lettre, p/ i^.

( »S7 ) nethon , ^fu'Otisîréi et Mandouéi étaient frères, et l'on en coDclara qu'un des deux seulement devait entrer dans une table généalogique. Mais lequel des deux y placerait-on ? i.es monumens n^apprenant rien à cet égard , il n'y aurait aucun moyen de reconnaître le père du roi suivant, et la filiation serait restée en cet endroit ifteertaine. Cette ftttternité , h laquelle on Tondrait recourir , n'est qu'une supposition dont on n^apporte point de preuve directe , que Ton déduit uniquement du caractère qu'on attribue à la table d^Âbydos » et qui par conséquent ne peut servir à justifier des inductions tirées de ce caractère même. Nous» au contraire , qui avons prouvé qiie la table devait être , et qu'eUe était véritableçaent chronologique , nous avons droit d^en saisir les conséquences , et nous dirons que le monument n'offrant qu'un seul cartouche de règne , il n'y a eu qu'un roi; que Mandouéi et Ousîréi ne sont ni deux rois y ni deux frères, qui aient ré^né successivement, mais un seul roi qui a pris successivement deux noms propres ; et qui , pour ne pas troubler la succession des règnes , objet essentiel et le plus intéressant sous tous les rapports, pour qu*on ne crût pas qu*il y avait eu deux rois et qu'il eût cessé de régner, n'a pas voulu, n'aurait pas même pu, changer son prénom. Il est évident qu'une table chronologique aurait plutôt répété le cartoucfae^prénom , qui eût alors indiqué Ites deux règnes , que de n'en donner qu'un, qui ne pouvait jamais indiquer qu'un seul roi. M. Ghampollion observe , dans l'endroit cité , que « les prénoms doivent nous servir de guides pour bien distinguer entre eux les souverains d'Egypte , qui ont porté des noms propres semblables. » Quand nous trouvons un prénom répondant à deux noms propres différens , que nous apprend donc ce prénom ? Que les deux noms propresi uppartiennent à un même individu, puisqu'il ne peut \i\};^.

( .58 ) même appartenir qu'à un seul , qu'il ne répond qu'à u» seul règne^

Nou» opposerait -on tes deux Akencbrès» qui semblent en effet, représenter dans la i8* dynastie, les deux rois dont nous parlons? C'est, sans doute, leur nom vulgaire que Maoethon a conservé , selon sa coutume , celui qu'ils portaient avant de monter sur ie trône , et sur lequel ils continuèrent d'être connus. Mais l'identité de nom ne seraitelle pas un indice de l'identité de personne? Et s'il n'y eut d'abord qu'un seul roi Akenchrès , si Ton n'en imagina deux que d'après ses deux noms royaux , n'aurait-on pas la preuve que l' Akenchrès Mandouéi et l' Akenchrès Ousiréi ne furent qu'un seul et même individu ? Au moins n'auraiton pas droit de conclure , de ce que la dynastie compte deux rois du nom d' Akenchrès , qu'il ^ut nécessairement compter^Mandouéi et Ousiréi pour deux rois.

Ce point bien établi nous conduira peut-être à découvrir un Pharaon célèbre , dont l'existence a souvent été regardée comme problématique, et que l'on croit reconnaître aujourd'hui, à des signes certains, dans les temps reculés de la monarchie égyptienne;

Les monumens ont procuré la connaissance d'un roi Mandouéi , qui n'est pas celui de la iS"* dynastie, puisqu'il n'a pas le même prén<mi , et qui doit être beaucoup plus ancien , puisqu'il ne se trouve pas dans la partie qui reste de la table d'Abydos au-dessus de cette dynastie; et qu'il était par conséquent antérieur aux cinq rois dont celte partie conserve les cartouches. On veut en fieiire l'Osymandias de Diodore de Sicile; et certes^ ce serait une belle acquisition pour l'histoire et la chronologie^ qu'un Pha-7 raon qui aurait porté ses armes jusque dans la Bactriane, et élevé le superbe édifice décrit par Diodore, sous le nom de tombeau d'Osymandias , plusieurs siècles avant les

C '39 ) Thutmosis et les grandes constructions dont furent décorées 9 par eux et après eux , Thèbes et toutes ies parties de la Haute-Egypte, ^acquisition est peut-être même trop belle : car elle ferait naître une difficulté dans l'histoire chronologique de 4'architecture des Égyptiens, qui l'auraient portée» dès leurs premiers essais , à un point de perfection qu'on ne retrouverait pas dans les temps qui suivirent ; où elle part d'un point inférieur , et remonte graduellement , pour parvenir à peine aussi haut qu'elle était plusieurs siècles auparavant. Il faut attendre ce que dira là-dessos l'habile architecte , qui nous promet cette intéressante histoire; il n'a à craindre que les illusions que peut faire naître une prévention trop forte en faveur d'une antiquité supposée. Les recherches étendues et toujours approfondies d^un savant académicien» ont déjà répandu une vive lumière sur la description et sur la nature du monument d'Osymandias (i).

Quoi qu'il en soit , on n'a point hésité à prendre le nouveau Mandonéi pour l'Osymandias des historiens. Combinant ensuite les calculs par générations , sur lesquels Diodore de Sicile et Hérodote ont prétendu fonder , chacune de son côté , ui^e sorte de chronologie des plus anciens rois d'Egypte , on a trouvé qu'Osymandias doit êtr^ le dernier de la 1 5* dynastie , ou le premier de la i6* au plus tard : résultat bien précis pour des données aussi vagues et aussi incertaines. La transformation du nom Mandouéi en Osymandias pouvait paraître hasardée ; heureusement la liste des Pharaons de la façon du Syncelle» a offert un roi du nom d'Ousé » dont on a pu s'emparer pour en former , avec celui de Mandouéi » le nom complet d^Osymandias , que ne donnent ni les inscrip* tiens » ni Manethon , ni le Syncelle. II suffisait de rappro-

(i)Lf philol. t. i5.

chérie icègne d'Ousé du r^Dede Mandoùéi; et la chosen'est pas difficile, qùaûd on dispose à son gré des dates.. On se serait épargné la peiûe d'un travail infructueux , si ^ chercbiilit le vrai sans préoccjupation, et dégageant son esprit des illusiqns d*une antiquité chiipérique , oct s'était arrêté à ce que les monuipens ont de certain y et aux seules conséquences qu'on peut sûrement en déduire. On aurait vu que le nomd'O^yniandias n'est que la réunion des deux noms qi|0 las monumens noi^ apprennent : on aurait tu encore que.œ nom composé fournissait lui-même une preuve que le roi qui le portait avait porté les, deux noms.

Ces faits admis » l'hiâtoîre dû Pharaon ne souffîre plus de difficultés ; les exagérations ^ les fables mêmes s'expliquent. Le palais qu'on lui attribue peut étonner s'il fut sa demeure , et pai^aitre insensé s'il devait être son tombeau; mais n'avait rien , comme ouvragé de l'art , qui ne convînt à l'époque où il vécut. Il fijjt » disait-on , guerrier et conquérant : des inscriptions monumentales , au sein de l'Arabie» attestaient du moins que sa domination s'étendait au-delà du golphe , qui séparait l'Egypte à^ Y km. Quant à ses exploits dans la Bactriane,< les prêtres de Thèbes ne p6uvaient-ils pas les voir aussi authentiquement gravés sur la pierre, que les sièges et les batailles de Sésostris?

Passons à une circonstance plus certaine et véritablement extraordinaire > qui, avec raison, embarrasse beaucoup, Mv Champollion. On devine que news vour Ions parler de la mutilation du signe, du symbole du dieu Mandou sur les monumens , soit qu'il y exprime son Qom ^ soit qu'il en représente les deux syllabes dans le nom de Mândpuéi. Eât-ce le dieu ou le roi qu'on a eu en vue? Es^ce l'exécution d*un jugement public porté contre l'un ou l'autre? En se faisant ces questions, M. Champollion l^e suppose point que le jugement ait pu être rendu par les

prétreé; il parait» au ooûtraire , dans ud autre endroit de ses écrits, très^oigné d'admettre « sans un plus ample examen , ce que dit Hérodote de l'autorité que cd;te caste exerçait sur les rois. Cependant, comme les personnes qui accorderaient à cet historien une confiance plus entière , pourraient n'être pas disposées à la lui retirer en cette occasion , et que l'idée d'un jugement sacerdotal serait la première qui se présenterait k leur esprit , nous remarquerons, en passant seulement et sans engager une discussion superflue, que ce trait, de l'histoire d'Egypte, ce jugement des rois , admiré chez les Grecs , ainsi que beaucoup d'autres usages religieux ou civils , dont les Égyptiens faisaient honneur À leurs ancêtres, ne sont encore que des larcins faits à nos livres sacrés : traits simples et vrais dans Jes récits de l'Écriture » dénaturés par l'exagération et de fausses applications daus le travestissement , et néanmoins conservant toujours une ressemblance frappante et d'évidens rapports avec le type original. Déjà rens,emble de ces rapports a fixé l'attention deé savans qui les ont étudiés ; et la conséquence qui en résulta be leur a pas échappée. Ils ont vu que des lois, des coutumes de ce genre , communes à deux peuples , avaient dû nécessairement passer de l'un à' l'autre : mais les idées d'antiquité et de stabilité que la prévention attache aux institutions égyptiennes , ces idées de Pécole ijui dominent toute la vie , ne leur ont pas permis de voir où était la source première; le peuple, regardé comme le plus ancien, a dû être le créateur; la nation, supposée plus récente, n'a , pu que l'imiter.

Après avoir discuté les difFéreates conjectures qui s'offraient à lui , ne trouvant partout que d'inextricables diflicultés , M. Ghampollion finit par en abandonner la solution à d'autres ou au temps. Il nous semble qu'un nouveau

{ 'Aa ) fait qu'il aunonce» et dont nous îùi devons probableœéiït la découyerte, loin de compliquer la question» comme il le pense , indiquerait où il convient de porter les recherches. «N'a-t-on pas» dit-il» le droit de se demander* si ce n'est point plutôt contrôle dieu Mandou lui même que fut dirigée Tanimadversion pu})lique , s'il est vrai , comme tout le prouve ^ que le caractère figuratif Mandou soit également effacé sur le bel obélisque de la pprle du Peuple à Rome » dans la légende royale du Pharaon Mandouéi II, treizième roi de la 18" dynastie i (1). On voit d'abord à qui en voulaient les mutilateurs , à Mandou même et à lui seul i puisqu'ils ne s'attachent qu'à détruire son signe , en laissant subsister le reste du nom royal dont il faisait partie. On voit de plus que l'opération entière a été dirigée par la même main» et exécutée dans le même temps; puiqu'elle atteint à la fois les monumens de deux princes d'époques différentes et très-éloignées l'une de l'autre. On voit enfin qu'elle n'a pu avoir lieu que sous le règne du second de ces princes ou plus tard. En partant, de ces données » la pro&nation qui étonne » et qui semblait se refusera toutes les conjectures, s'explique d'elle-même, et trouve des preuves positives dans les circonstances connues.

Un roi seur pouvait ordonner Un acte semblable , et le faire exécuter : or* Mandouéi est le seul roi auquel on en puisse attribuer le dessein et l'accomplissement. Quand ce prince abjure le nom de Mandou , pour prendre celui d'Osyris, on doit penser qu'il avait de fortes raisons de se plaindre de Mandou ; et quel que fût le tort du dieu , le ressentiment du Pharaon fut certainement très-vif. L'éclat d'une pareille rupture» dont on ne voit point d'autres exemples, avec le dieu auquel il s'était voué , qu'il appelait dans ses

(i).Sec. Lettre, p. a5.

( i43 ) inscriptions le grand Mandou et qu'il répudie si solennellement » en est la preuve incontestable, et en donne la )usto mesure. Ce fait » bien établi » explique tout le reste. On a remarqué sur les tableaux où des Pharaons sont représentés dans tout l'appareil de leur puissance , que ces princes semblent traiter d'égal à égal avec leurs dieux , ou même affecter une sorte de supériorité. L'Histoire sainte nous iBontre le même esprit , dans les superbes monarques dés grands empires de l'Asie. On conçoit donc que » dans son orgueil y un fils du Soleil , son image vivante , et dieu luimême dans noire région inférieure, ait pu se croire en ilroit de déclarer ouvertement la guerre au dieu qui l'avait offensé, et qui n'était après tout qu'un dieu du second ordre. II la£t à sa manière et en employant les armes qu'il avait à sa disposition* De là , cette destruction au marteau du signe de Mandou, sur tous les monumens où ilje trouvait gravé avec son nom , à commencer par le magnifique obélisque qui était peut-être son propre ouvrage.

Une légère question de chronologie nous reste : quelle fut la durée du régné d'Osymandias , qui doit représenter ceux de Mandouéi et d'Ousiéri , ou des deux Akenchrès dans les dynasties? Le texte original de Manelhon paraît être fort altéré dans l'extrait de J. Africain; et M. Champollion Figeac a raison de s'en tenir à l'extrait littéral de l'historien Josèphe > moins manié d'ailleurs par les copistes, moins travaillé par nos anciens chronologues , et par conséquent mieux conservé et plus sàr. Manethon donnait douzo ans au premier Akenchrès» douze ans encore » et non pas vingt» comme l'écrit M. Ghan^ollion Figeac» au second. Si cette égalité du nombre des années assignées à chacun des deux règnes » faisait soupçonner un double emploi du même nombre » le règne entier d'Osymandias se trouverait réduit à douze ans; et ce serait peut-être assez

^our un roi sacrilège , qui devait être en horreur à toute rÉgjTpte. Mais si Ton opposait qu'à l'époque où les Égyptiens» trompés par lefii^deux noms de Mandouéi^en formèrent deux rois , ils durent en même .temps partager les années de son règne » et qu'il était tout simple qu'ils fissent les portions égales : si l'on ajoutait qu'un règne de douze ans ne répondrait p^s à l'idée qui s'était conservée 'parmi eux de celui d'Osymandias , nous n'insisterions pas sur la légère réduction que nous croyons seulement pouvoir être proposée.

Résumons nos observations sur les quatre dynasties qui précèdent la 22" et le règne de Sessac, et fixons-^n le résultat par rapport à la chronologie : nous verrons si les &20 ans que compte l'Écriture , de l'invasion de la Judée par Sessac à la sortie des Hébreux de l'Egypte » pourront nous conduire jusqu'au commencement de la 18" dynastie*

Nous avons prouvé que les 21' et 20'' dynasties avaient dû concourir avec la 19^, au moins, depuis la fin» ou même depuis les dernières années de règne de Séthosis; et nous en avons ^conclu qn'il fallait retrancher de la chronologie, ou les 21^ et 20*^ dynasties tout entières, ou la presque totalité de la I9^ Dans le premier cas , le retranchement serait de 265 ans ; dans le second « il serait audessous de 209 ans» durée. de la 19^ dynastie, suivant ce qu'on voudrait en distraire pour le règne de Séthosis* Mais utfe observation lève la difficulté , et donne au calcul une base plus assurée.

Oit ne peut guère douter > en considérant les choses historiquement » que les royaumes de Th^es et de Memphis ne soient tombés en même temps sous les coups des rois d'Ethiopie : telle était alors la marche des événemens de la guerre , une seule bataille décidait du sort d'un empire. Le dernier roi de la 19* fut donc contemporain du

( »45 1 dernier roi de la 9 1^ Allongerait-on celle-là» pour lut donner la durée des deux autres? ret#ancherait-on l'ex^ cédant de cellds-ci , pour les ramener h la durée de la 1 9"" ? Il ne 'Semble pas qu'il y ait h hésiter. La 19* dynastie a pour elle l'appui des monumens ; le nombre des rois thébains qu'on peut , sur celte autorité , y admettre , est déterminé, et s'accorde avec celui que Manethon lui donne* Elle doit donc rester telle qu'elle çst; et c'est déjà beaucoup qu^elle ait pu subsister si long-temps sous de si faibles princes» Quant aux deux dynasties collatérales, on a pu apprécier le degré de confiance qu'elles méritent , et, l'on peut juger maintenant s'il y a i^elque difficulté à en réduire la durée» pour les coordonner avec un état de choses mieux établi*. C'est donc par la durée de la 19' dynastie qu'i) faut estimer l'intervalle entre Sessac et Séthosis t et nous n'avons h Compter» de l'un à l'autre» que 209 ans. Dans la 18' dynastie nous supprimons de plein droit les deux règnes de femmes , çt les 53 ans qui leur soîit assignés» Nous laissons à Mandouéi les 24 &ns qu'il a pu avoir dans l'origine , et que les Égyptiens auraient répartis entre lui et leur Ousiréi; observant toutefois que , s'il en était besoin » l'incertitude de la durée des règnes nous permettrait de nous en dédommager , par u^e réducti<m convenable sur la durée totale de k dynastie.

' La 18^ dynastie » selon le texte de Manethon » conservé par Josèpbe , et mettant seulement à l'écart les mois additionnels , inadmissibles dans tous les systèmes , aurait subsisté pendant 526 ans» sous dix- sept rois ou reines: en supprimant les 53 ans des deux reines dans la chronologie , et le nom d'un roi dans la ^nccessicfn des règnes » elle se réduirait à 293 ans de durée sous quatorze rois. Ces 293 ans» depuis le premier Thutmosis jusqu'à Séthosis , réunis aux 209 ans depuis Séthosis jusqu'à Sessac»

( «46 ) &02 anâft formeraient donc la durée totale du temps écoulée de Thutmosis ou du commencement de la 18' dynastie , h Sessac ou au commencetnent de la 22\ Or, l'interyalle fixé par rUistoire^ sainte entré Tirruptioil de Sessac en Judée et la sortie des Hébreux de l'Egypte est de 520 ans , et ferait pat conséquent remonter ce dernier événement à 18 ans audessus de la 18'' dynastie. On voit que nous sommes au large.

Allons. plus loin, et prenons la 18'' dynastie dans l'état oùManethon nous la présente. Elle donnera de Sessac au premier Thutmosis 555 ans, 1 5 ans seulement de plusqué les 520 de l'historien sacré. Serait-ce une si légère différence, résultat de la durée incertaine de chaque règne dans une longue suite de rois , et facile à compenser au-delà même , s'il était nécessaire , qii'on opposerait à un calcul précis et bien autrement assuré?

Enfin essayons une manière de vérifier les teDaps , qui soit indépendante des évaluations partielles de Manethon, et des incertitudes qu'elles laisseront tôuj^ours après elles. Calculons sur le nombre desrois de la dynastie, et sur l'esiimaliôn commune de la durée des règnes. En-estimant la durée de chaque règne à 20 ans , et les observations que nous avons faites ne permettent pas de la porter plus |iaut, et permettraient plutôt de la mettre au-dessous, seize rois ne supposeraient que 520 ans, quatorze n'en demanderaient que 280; et cette dernière évaluation serait la plus vraie, la seule vraie , puisque la dynastie n'eut effectivement que quatorze rois.

Nous avons raisonné jusqu'ici d'après l'élat actuel de nos connaissances; mais l'effet des discussions dans lesquelles nous sommes entrés s'étend plus loin. Il nous tranquillise d'avance sur les résultats, quels qu'ils soient , des découvertes nouvelles qu'on ferait sur les quatre dynasties en question. Qu'on augmente de quelques années l'espace

( '47 ) de temps que nous donnons aux Irois premières; que Ton -confirme en tout ou en partie la durée de quelques règnes de la 19' , la chronologie de FËcriture n'en sera point ébranlée, elle fera face à tout ce qui aura été soKdement établi; et le reste se refermera de s«i-même dans les limites qu'elle a fixées*

XlL Nous arrivons aux * dynasties des Pasteurs ou des rois Pasteurs, comme on les appelle; et peut-être y trouverons-nous , avec la confirmation des points de chronologie que nous avons fixés , la solution d'autres difficultés qui nous restent à éclajrcir.

M. GhampoUion ne voit dans ces tribus de Pasteurs jque les épouvantables Hykshos , les dévastateurs de l'Egypte , l'horreur des Égyptiens , dont il retrace fidèlement, d'après Manethon , les cruautés , les ravages , les combats , leur histoire enfin dans tousses détails, jusqu'à leur expulsion totale. M. GhampoUion Figeac'remarque bien que l'historien Josèphe en a fait les ancêtres de sa nation , et que les anciens chronblogistes chrétiens ne sont pas éloignés de ce sentiment : mais 11 ne voit dans Josèphe que le désir de relever l'antiquité du peuple juif, et dans les autres que l'esprit de système; il ne lui vient pas dans l'idée que des écrivaijss , après tout raisonnables , n'avaient pu embrasser une pareille opinion , sans y être amenés par quelques considérations au moins spécieuses, et capables de pallier l'erreur à leurs yeux. Ont-ils ignoré l'un et l'autre, que des sa vans distingués parmi les modernes ont cru aussi reconnaître, dans les rois Pasteurs de Manethon, desHraits caractéristiques des Pasteurs hébreux en Egypte? On ne reprochera certainement pas à Boivin , à Perizonius, de n'avoir eu en vue que de donner au peuple hébreu une ancienneté, qui n'atteint même pas celle dont ils trouvaient la preuve dans ses propres annales , livres sacrés pour nous

( .48 ) comme pour lui. Quel esprit de système peut-on leurgupposer?NVot41s pas rendu compte de leur opinion? N'en ont-ils pas déduit les motifs , qu'il fallait avant tout discuter , et , si on le. pouvait, réfuter? • .

Nous ne citons que ceux de nos savans qiii se sont le plus attachés au développement de cette opinion et de ses preuves^ d'autres , qui n'en parlent qu'oçcasionellement , ne montrent pas moins qu'ils souscrivent aux preuves et adoptent l'opinion (i).

La principale dii&culté qu'on a toujours opposée à l'opinion dont il s'agit , et qui forçait à fermer les yenx sur ses vraisemblances » quand on en aurait été le plus vivement feappé, est qu'il n'y a point de rapport entre l'état des Israélites en Egypte , tel que Moïse le représente , et ce que l'histoire nous dit des roîs Pasteurs qui l'envahissent et la ravagent, qui régnent et oppriment (2) : il faut convenir que les deux tableaux se ressemblent peu » et' qu'il n'était pas aisé de les rappo'rter à un mêihe objet , de retrouver dans L'Écriture les màoies hommes dépeints dans Manethon sous des couleurs si différentes. Mais anjourd'hui la difficulté est levée. On a prouvé que le récit de Manethon n'était qu'un travestissement de ceàiii de Moïse; et que tous les traits de l'un sortaient des traits de l'autre, et n'en étaient que des copies étrangement défigurées , mais toujours trèsH^econnaissables. On a fait voir de quelle manière ils en avaient été tirés , et comment les plus grandes différences qui se trouvent entre eux , deviennent les preuves lés plus fortes de la transformation qu'a subie l'un des deux. La question n'est donc plus la même. U ne s'agit pas

(1) Gibert , Mém. des Inscript, t. ?xxv , pag. C70.

(2) Non Memphim cepisse, sed In terram Gessen secesslsse ; et nedum impcriiasse /juin potiiis EgyptUs serviisu constat, GoBt. Annoi. ad Syncetfump.at.

"Digitizecl by

(•49) êe saroir si les Hébreux ont fait en Egypte ce que Ton dit des rois Pasteurs , mais de savoir si les faits attribués aux rois Pasteurs ont été imaginés d'après ce que Moïse a dit des Hébreux. C'est sous ce point de vue qu'elle est traitée dans l'ouyrage de Guérinda Rocher; et c'était là qu'il fallait l'étudier , avant de parler des Hykshos.

Josèphe , citant le texte de Manethon , ne fait aucun doiite que ce ne soit de sa nation que l'auteur égyptien ait parlé; il énonce simplement la chose; et ne se met pas en peine de la prouver : était-ce une opinion reçue parmi les siens? Il remarque les deux interprétations que Manethon donnait du mot Hykshos , rois Pasteurs ou Pasteurscaptifs. H les trouve justes Tune et l'autre, quoiqu'il préftre la seconde , comme plus vraisemblable et plus . con&rme à l'ancienne histoire du peuple Hébreu ; te qui paraîtrait annoncer qu'il ne tenait pas beaucoup à cette qualité de rois. « Nos premier^pères, àit-il, nourrissaient dos troupeaux, et nienaient la vie de pastenrs : d'un autre côté, hs livres 8;acrés d!es Égyptiens n'ont pa» tort de les appeler des captif; c'est le nom que Josèphe, l'un de nos ancêtres , se donne h lui-même , quand il paraît devant Pharaon (i).«

Ëutsèbe n'admet qu'une dynastie de rois , appelés en Egypte Pasteurs , et illa place immédiatement avant la grande dynastie thébatne. G'estla quinzième de Manethon, dont il fait sa 17" , et le motif de la transpotsition est visible. Eusèbe pensait, comme l'historien juif, que les rois Pasteurs de Manethon étaient Joseph jîkèfne et ses frètes établis en .Egypte (2). De.iix autres dynasties de Pasteurs,

(i) Contra jâppiouj iib, i, i^^

(2)RegM /Ëgyfiiiqrum Pastores conjicimus naocupatos, prçpter Joseph et fratres ejus, qui in principio pastores descendisse in /Egyplum compro' baniur. Chroo. t. i. p. 79.

( >5o ) avant d'arriver à ia dynastie Ihébaine , où Ton plaçaii Moïse et la sortie d'Egypte » devenaient alors embarrassantes; il n'y avait pas d'autre parti k prendre que de les supprimer. Si l'on avait fait celte observation » on n'aurait pas cru pouvoir 9 sur l'autorité d'Eusèbe» ni contester à J. Africain lés 1 6* et 1 7" dynasties de Pasteurs, qu'il ajoute à celle des six rois» et qu'il tirait bien évidemment dé Manethon même» ni faire changer de place à celle-ci ^ qui est nécessairement U première des trois» et pari::on-' séquent la quinzième dans Tordre général. Le texte cité par Josèphe , sur le long séjour des pasteurs en Egypte après leurs premiers rois » ne permettrait aucun doute à cet égard.

Perizonius avait remarqué et discuté avec soin les traits les plus frappans de ressemblance entre le récit de ^anethon et celui de Moïse : l'historien des temps fabuleux y ajoute de nouveaux traits qui renforcent ia preuve , ^t - des dévcloppemens dont l'esprit est de plus en plus frappé. Gomme l'ouvrage du premier n'est pas à la portée de tout le irîonde » et que , dans l'ouvrage du second » le sujet est traité par parties séparées» et entremêlé d'aiHeurs de remarques analogues » il est vrai » et toujours utiles » mais qui rompent le fil de la discussion et la rendent moins facile à suivre » nous pensons que le lecteur ne sera pas fâché de trouver ici un simple et rapide aperçu de ces /traits divers » dont le rapprochement fera mieux sentir la force.

Les Hykshos étaient des pasteurs : telle était la profession jdes Hébreux » et ils le déclarent eux-mêmes a» Pharaon.

Ce premier rapprochement mérite une attention particulière ; il fixe irrévocablement le caractère du récit de Manelhon. Sans hii » en effet » comment expliquerail-on la

(.5i) qualité de Pasleurs , donnée aux féroces/ envahisseurs de rÉgypte ? Gomment aurait-on imaginé^u'un peuple qui^ sort dé son pays , bien armé et prêt à combattre , assez hardi pour attaquer une nation puissante » assez fort pour la vaincre et la subjuguer tout entière et du premier choc , n'eût été jusque là qu'un peuple d'honmies paisibles» jouissant y loin du bruit des armes» des douceurs de la vie pastorale, ne connaissant que ses troupeaux, et ne s'occupant que des soins qu'ils demandent ? Le contraste enjtre deux états si peu compatibles du même peuple, n'est-il pas une preuve évidente que les Hykshos de Manethon n'ont reçu le nom de Pasteurs » que parce que les pasteurs de Moïse ont été transformés en Hykshos ?

Les Hykshos venaient de l'Orient > et selon quelquesuns » ditManethon^ ils étaient Arabes; dans J. Africain ils sont Phéniciens. Tout cela convenait aux Hébreux , qui venaient du pays de Ghanaan.

. On les disait Phéniciens et frères » suivant Eusèbe. Les Hébreux étaient tous fils du même père » et les chefs de famille étaient les frères de Joseph; le pays qu'ils avaient habité se confondait avec la Phénicie.

G'était un peuple ignoble. Tels étaient les pasteurs aux ' yeux des Égyptiens; Josèphe en prévient lui-même sqs frères.

Us passaient pour avoir été des captifs ou des esclaves. Joseph avait été l'un et l'autre avant son élévation » et son peuple entier finit par être réduit à la plus dure servitude.

Ils s'établissent à l'orient du Nil , vers l'entré de l'Egypte. C'est la situation de la terre deGessen, oùle Pharaaon plaça Jacob et sa famille.

Ils se rendirent maîtres de l'Egypte sans éprouver de résistance > sans Combats à soutenir. C'est ainsi que s^élablit la puissance de Joseph , et qu'il devînt en un mo-

(«5a) ment » ^ans peine et sans efforts , maître de lout^ l'Egypte.

Ils régqferQnt , iU pw^ut des rçia, «fosepb régna connne s'il eût été le roi lui^méipe z la prioce ne Vêtait réservé que lo tiN$oe, et lui en QYait abandonné tout le pouvoir. Joseph eut |^ titre d» prince d^ns la terre 4'Égypta, prinç^ps,^ SJtudit (\)i d'o.ù l^^ mémoires qpe Xiopîçiil Maiié-' thon % av^ôent formé le nom dn premier roi de U dynastie des pftç^ura, Swlathis, Joseph ifyt donc ce premier roi, et lescim} suûOfiaseurs qu'en liû domnifit furei^t orées de la même manidre : o eat toujours Joseph qui leur fournit des noms , tirés des , qqaliléi^ qqe rÉcriture Ini attribue » de ses noms égyptiens qn'eile exprime , <m d*«titrea noma qui se trou? ent mêlés an sien%

Le roi despàateurs s'établit à Memphi$ • et rendit tri-butaires les contrées supérieures et infériewrec^ii Memphis était la résidence du Pb^r^on, et devint par^ eOOiiséquent celle de son ministre » qui de là gouyerni^it le« demi parties du royaume au-dessns et au-dessous du Delta* .

11^ bâtit à l'orient du fleuve Bubastite unevUlequi, dans l'ancienne langue sacrée» s'appelait Avaria ou Abaris; U l'entoura de murs trèsrforts » et y mît pour la garder une armée de 24<> iûîU^ hommes. Quelques savans , et d'An* ville lui-même, se sont donné beaucoup de peine pour retrouver la pnsitien de cette grande ville; M. Ghampollion l'a reconnue et indiquée, aans hésiter , par le non^ qu'dUe P^rte. encore.

Cependant la manière dont M^nethon. s'eiq[>riâie ici et dans un autre endroit > ne sembje p^s» .i^nuono^r un nom vulgaire et connu de tous , mais un nom mysitériéux» dont la connaissance appartenait aux dépositaires de la

(i^ Gen. XLii. 6.

( i53 ) lapgue sacrée; et dès lors, comment »e flatter de le re- ' trouver dans celui que porterait aujourd'hui quelque lieu obscur de la basse Egypte ? D'ailleurs l'histoire a-t-elle jamais parlé d'une grande yille d'Abaris » comme subsis^ tante en Egypte , ou de ses restes , comme attestant son ancienne e»stence ? Ce n'était pas peu de chose qu'une ville dont la garnbon seule aurait rempli une immense cité^ etquiy en lui supposant une population proportionnée» eût à peine reconnu poiir rivales Memphîs et Thèbes dans leurs plus beaux jours. laissons les chimères et revenons & la réalité. Il s'agit ici des pasteurs hébreux, Habrim : le 'pays qu'ils habitaient en Egypte» était donc le pays des Hébreux ; quand les prêtres ont voulu faire de ce paya une ville» Us ont dû l'appeler la ville des Hébretx, De là , cette ville d'Abaris » qui n'a jamais existé que dans leurs mé* moires mensongers » et qui n'est au fond que cettQ terre de Gessen» que le Pharaon avait donnée aux Hébreux pour demeure , et 011 ils se multiplièrent asffz pendant leur séjour, pour former à leur soHîe une «M^mée de ^o mille hommes portant les iirmes.

Tous les ans, pendant l'été, le roi Salatbis se rendait dans ce pays pour iaire la distribution des blés» et pourvoir à la subsistance de ses troupes. Qui ne reconniJt^à le ministre de Pharaon » q^i » dans les anqées d'abondance » ordonne le partage des blés apr^ la moisson , et recueîUe la por* tion qui doit être mise en iréserve pour les aMiée& de fiimine?

Les ravages de ces impitoyables Hykshos » qu'on nous retrace encore» aujourd'hui avec usi aentânent profond „ tantôt de douleur ,. tantôt d'indigûation » on devine déjà ce que c'était^ Les Egyptiens , se représentant les Hébreux comme des barbares qui avaient autrefois envahi leur pays, durent se représenter les maux qu'ils en avaient soufferts i^

(154) sous l'image de ceux qui accompagnent ces malheureuses conjonctures; il leur était permis de charger le tableau.

Remarquons cependant que nous nous bornons uniquement ici à ce qui concerne les rots Pasteurs de Manethon; Les dix plaies de l'Egypte reviennent» sous des formes plus distinctes et mieux caractérisées, dans plusieurs autres endroits de l'histoire de ce pays. Il en est de même de Joseph , dont la vie , pour ainsi dire , tout entière, se trouve répandue dans divers travestissemens. II en est de même encore de Moïse y qui a fcyirni seul des noms pour plusieurs rois» et une multitude de faits pour leur règne.

Le dernier trait des Pasteurs est le plus frappant , et confirine tous les autres. Attaqués et battus par les forces réuùies de la Aaute et de la basse Egypte , les pasteurs se renferment dans leur ville d'Abaris, et ne consentent enfin à en sortir et à quitter TËgypte , que soirs la condition de se retirer où bon leur semblera sans éprouver aucun dommage» « emmenant avec eux toutes leurs &milles et tout ce qu'ils possédaient. » Lisons l'Écriture : Pharaon avait consenti au départ des enfans d'Israël , demandant seulement qu'ils laissassent leurs troupeaux de gros et de menu bétail ; et sur la réponse de Moïse: tXousnos troupeau^r marcheront avec . nous , et il ne demeurera pas seulement un ongle > de leur pied : > Pharaon s'était obstiné h les retenir. Après la mort de premiers-nés il ne refuse plus rien : « Retirez-vous promptemènt , dit-il à' Moïse et à Aaron , d*avec mon peuple, vous et Jes enfané d'Israël, et allez sacrifier au Seigneur comme vous me l'avez proposé. Menez avec vous vos troupeaux de gros et de inenu bétoil , selon que vcms me l'avez demandé (i). »

Quelle route prirent les pasteurs? Ils marchèrent par le

(i) Ex. XII. 3i.

( i55 ) désert vers la Syrie. Oii s'arrêlèrent-iis ? draignanl les Assyriens , qui alors dominaient en Asie » ik s'arrêtèrent , dit Manethon , dans le pays que nous appelons, la Judée , et y bâtirent une ville capable de contenir leurs 240 mille hommes , à laquelle ils donnèrent le nom de Jérusalem. »

Guérin du Rocher a eu raison de dire que ce seul trailr était décisif : j'ajoute , qu'il prouve évidemment que Manethon n'ignorait pas que ces Uykshos n'étaient autres que les Hébreux même , connus de son temps sous le nom de Juifs f et dont le pays ne l'était plus que sous le nom de Judée : comment ceux qui font profession de lui donner une confiance entière sur tout ce qui regarde l'Egypte , récuser aient^ls son témoignage sur un des points «précisément dont il pouvait être le mieux instruit ? Ce ne serait pas reconnaître que l'histoire des rois Pasteurs est véritablement celle des Hébreux pendant leiir séjour en Egypte , comme le supposait sans doute Manethon ; mais on se trouverait sur. la Voie pour rechercher d'où "est Tenue l'idée» si mal conçue d'ailleurs» de ces hideux Hykshos » et comment on a pu l'appliquer aux pac^ues cnfans de Jacob* Comparant alors ce que l'Ëcriture nous apprend des uns^ avec ce que les Égyptiens racontaient des autres , on découvrirait par quelles altérations du texte sacré cette singulière métamorphose s'est opérée; et il ne resterait de la fable des rois Pasteurs qu'une preuve , inattendue mais concluante , que l'époque oii les Égyptiens la plaçaient dans leur histoire » est l'époque où il faut y placer la demeure des Hébreux en Egypte.

On voit maintenant combien est éloignée de la vérit^a conjecture des interprètes sur le passage de la Genèse» où Joseph recommande à ses frères de déclarer au Pharaon qu'ils sont pasteurs de profession , eux et leurs pères ; ajoutant qu'ils doivent le dire « pour demeurer dans la

. ( i56 ) terre de Gessen , parce que les Égyptieùs ont en abomin»-^ tlon tous les pasteurs de brebis» (i). Quand on a reça comme toute autre » et admis sans méfiante, l'histoire des Hykshos, il est assez naturel de penser à eux en lisant ces paroles , dont ils semblent offrir une explication heureuse, il n'en est plus de même quand on sait ce que sont les Pasteurs de Maneihon ; ce n'est plus d'eux que le patriarche a pu parler. Il faut donc trourer un autre sens à ses paroles , ou donner un autre objet aux sentimens hostiles qu'elles supposent dans les Égyptiens , et préronir ainsi l'argument qu*oli tirerait contre nous d^un si imposant témoignage. Nous ferons roir que l'appKcation qu'on en fait aux Hykshos , n'est point nécessaire; qu'elle est même loin d'être aussi juste et aussi satisfaisante qu'on a para le croire. Jugée par son propre mérite , et -abstraction faite de Tinyincible difficulté qu'on lui opposerait aujourd'hui , l'interprétation donnée aux paroles de Jo^h.qo^qiïe siinple qu'elle parât , ne laissait pas que d'embarrasser, lorsqu'on voulait l'approfondir , et les plus habiles parmi confiai l'ont adoptée , ne se le dissimulaient pas. Galmet' obs^Te que les brebis étaient en vénération* dans tonte l'Egypte y ^ qu'on n'en immolait nulle part, le seul n&me de Nitrb excepté; que lès pasteurs de chèvi^S' étaient honorés dans celui de Mendèse, comme les chèvre» même; et sans 4oùte qu'il en était ainsi pour les bœufs et les pasteurs de bœufs , partout où l'on adorait le dieu Apis. Calmet en infère que les Égyptiens ne dotaient pas regarder avec horreur ceux qui paissaient les animaux pour lesquels ils avaient tant de respect. En cela i) a parfaitement raison : mais, quand il croit trouver dans le souvenir des Hykshosla vraie cause de la haine des Égyptiens envers les pasteurs, U oubUé de concilier ce sentiment de haine avec les senti -

(i) Gen. xtsi. 34.

( i57 ) mens plus doux que^» de son aveu « leurs fouettons devaient inspirer. Il ne devait pas non plus oublier le^ marques de bienveillance et de confiance que le Pharaon donne aux Hébreux , en leur qualité de pasteurs.

On a cherché ^'autres moti& à Ta version des Égyptiens pour les pasteurs de troupeaux. On a dit qu'ils se nourrissaient de la chair de leurs brebis ; ce qiCie ne faisaient pas les autres Égyptiens, qui n'en prenaient que le lait. Gq motif serait bien léger , surtout si l'abstinence des Égyptiens n'était qu'une affaire d'économie , et n'avait pour objet que de conserver les troupeaux et de prévenir la destruction des espèces : la cause ne paraîtrait pas proportionnée à l'étendue et ^ la gravité de l'effet qu'on lui attribue.

On a dit , relativement aux Hébreux , que ce n'était.pas la qualité de pasteurs qui révoltait les Égyptiens, mais celle d'étrangers : cependant Joseph garde le silence sur la qualité d'étrangers, et ne parle que de la professionr de pasteurs.

Au lieu donc de recourir à des faits particuliers , à des détails de mœurs et d'usages, la plupart , après tout, trèsincertains quand on les rapporte à des temps si reculés , pour rendre raison de l'aversion des Égyptiens pour l'état et la personne des pasteurs de troupeaux, n'en trouveraiton pas une cauae suffisante et plus s&re , dans le système des castes , qui a r^é parmi les peuples de l'Orient , qui n'a pas été étranger à l'Egypte , et dont on connaît l'esprit? Les pâtre» devaient en former la dernière classe; et quand on la mettrait , comme le fait Hérodote , avant celle des marchands, on n'en concevrait pas nK>ixis que la nature de ses occupations qui la séparaient de la société des hommes , et la condamnaient à n'avoir que celle des animaux dont le soin lui était confié, l'eût rendue particulièrement vile et méprisable , odieuse même , comme impure et seuil-

( «58) iée y .aux yeux des classes supérieures. L'expression dont se sert Joseph conyient proprcmeht à ce genre d'aflfection morale; elle n'emporte point les idées de ressentiment» de haine, d'inimitié, qu'il faudrait y trouver, si on l'appliquait aux Hykshos.

Il y a plus encore; toutes les circonstances du fait , toute la conduite du patriarche , démontrent que son discours à ses frètes n'avait et ne pouvait, en aucune manière , avoir trait aux pasteurs de Manethon. Joseph voulait établir ses frères dans la terre de Gessen ,où ils auraient vécu séparés des Égyptiens, et moins exposés à en prendre les superstitions ou en contracter les vices : mais il savait que ce \)ays faisait partie des états du Pharaon , qu'ils ne pouvaient par conséquent s'y établir qu'avec son consentement, et y vivre que sous sa protection. Était-ce le moyen d'obtenir l'une et l'autre faveur, que de s'annoncer hautement comme pasteurs de troupeaux , comme l'ayant toujours été, ainsi que leurs pères, et voulant toujours l'être? Croyaient-ils s'en faire un Jtitre de recommandation , eux surtout qui venaient des mêmes contrées d'où étaient sortis autrefois , et qu'habitaient encore après y être rentrés , ces redoutables pasteurs qui avaient fait tant de mal à l'Egypte : eux , qu'on pouvait justement soupçonner de n'être qu'une horde de cette nation détestée^ des espions qu'elle envoyait pour explorer le pays , et préparer les voies à une nouvelle invasion? Car le nom de Pasteurs , Phéniciens ou Arabes, qu'on pouvait également leur donner , réveillait tous les souvenirs du passé , et &isait naître toutes les craintes pour l'avenir. Après cette imprudente révélation, Joseph et sa famille eussent dû s'estimer heureux que le Pharaon se contentât de leur faire, quitter au plus vite son royaume , et qu'il les laissât retourner tranquillement chez eux.

Si Joseph n'a pad craint d'annoncer ses frères comme «des pasteurs venus du pays de Ghanaan^ c'est donc qu'il ne craignait pas que cette qualité et cette origine les rendissent suspects aux Égyptiens , et les fissent regarder comme des ennemis; ce n'était donc point du souvenir des Hyksbos que provenait l'éloignement des Égyptiens pour les pasteurs de brebis» et ce n'était point à ces anciens dévastateurs de l'Egypte que Joseph faisait allusion dans l'avertissement qu'il donnait à ses frères.

Ne n^Iigeons pas une autre conséquence » remarquable et également nécessaire : les Hyksbos n'étaient donc pas même connus en Egypte au temps du patriarche; leur désastreuse invasion n'aurait donc pas eu lieu avant son époque. Mais alors on* ne pourrait la placer qu'après la sortie des Hébreux : nous ne croyons pas qu'on veuille faire revivre cette imagination de Newton.

Manethon avait une autre histoire de pasteurs hébreux mêlés à des lépreux égyptiens, que Josèphe rapporte également ; mais en observant qu'elle n'était pas tirée» comme celle des rois pasteurs , des livres authentiques des Égyptiens» que Manethon en convenait» .et qu'il l'avait prise de quelqu'un de ces auteurs inconnus et sans autorité » qui ne savent que débiter des fables. Josèphe va plus loin » et paraît disposé à croire que le récit est de l'invention de Manethon même» quia voulu calomnier les ^uîfs et les faire passer pour uû peuple de lépreux. Il semble que c'était dans sa pensée » quelque chose de plus qu'un soupçon; il y revient à deux fois différentes » et l'on ne voit pas trop ce qu'il manquerait à la seconde surtout » pour devenir une accusation formelle (i).

(i) Isla vero guœ Manellio ^ non ex UtUris œgypilaca ^sed, tient ipst profesfus est j ab Ineertis autoribut (sineautore fabulas narranttbut) me-

I) se trompait cependant en cela. Manethon n^avait pa« plus inventé l'une que rauti*é de ces deux histoires ; il les lisait tout^ les dçux dans diverses parties peut-être de ses annales sacrées > et il les avait copiées [telles qu'il les y trouvait. Quant à la première, à la dynastie des Pasteurs, Josèphe avait aisément reconnu le rapport ' du récit de Manethon avec celui de Moïse , et y voyait par conséquent les mêmes laits que racontaient chacun de son côté et chacun à sa manière , les historiens des deux nations , sans se douter qu'une narration eût pu être formée sur l'autre. L'histoire des lépreux , ad contraire , ne pouvant être qu'une imposture à ses yeux, il aurait fallu avoir une idée de ce genre de métamorphose > poui' découvrir les traits défigurés du récit de Moïse auxquels elle se* rapporte; il a dû croire que tout était imaginaire et de pure invention. Il ne s'est donc attaché qu'à combattre le récit de Manethon , à venger , dit-il , l'honneur de sa nation , compromis par les mensonges des Égyptiens ; et il le fait avec habileté , suivant le récit dans tous ses détails, et en montrant d'unç manière claire et précise , tantôt l-'absurdité , tantôt les contradictions ou les inconséquences.

Mais nous avons une autre tâche à remplir. Nom devons faire voir comment ce nouveau conte de pasteurs qui rentrent en Egypte pour secourir des lépreux , avec lesquels ils en sont bientôt chassés pour la seconde et dernière fois , se lie intimement avec celui des premiers pasteurs , des pasteurs rois. Nous devons prouver qu'il vient

tnorata adjecit , poitea particatatim exettiiam , ea mendacîa ésse ostendens sine verisi/nilltudine eonficta» Contra Ap. Ub. i, e, iS. Eo iisque historiat quidem aniiquas secuius est : postea vero, sumpia sibi licentia , ut viderstar scripsisse relata et dicta de Judœis , ineredibilia quœdam insérait^ voten» permiscùre nobis muttitadinem jSgypiiorùm leprosorum , et alios ob morbos , ut diciiy èoù /Egyplo fagere compulsarem. c, a6.

de la même source^ et porte le mêma caractère ; qù'ti en est même le compléoBieat » n'étant Jformé que de -traits qui apparteaaient à l!autre ,.Qt aiiraîeDt.pu y être compris.

Un roi Améoophis , désirant voir les dieux comme les avait Yus le roi Hôrus, apprend qu'il doit commencer par purger le pays des lépreux et autres hommes impurs qui le souillenté II fait donc rassem]iler de toutes les parties de ses États ce qu^il y avait d'hommes affectés de semblables maladies. Il s'en trouva quatre-vingt mille , au nombre desquels étaient des prêtres savans , et parmi ceux-ci « comme il est dit plus bas , un prêtre d'HéliopoKs , qui devint ensuite leur chef > «sous le nom de Moïse. Aménophis leÀ envoie tailler des pierres dans les carrières ou* vertes à l'orient du Nil.

On voit ici le mal hideux tant reproché aux Juifs sur la parole des Égyptiens » comme endémique dans leur nation ; quoiqu'ils l'eussent emporté d'Egypte où ils l'avaient contracté, ainsi que le prouvé le récit même de Maiiethon, qui n'a pûle supposer originaire chez eux» qu'en les supposant eux-mêmes d'origine égyptienne. On y voit la lèpre miraculeuse et momentanée de Moîse , qui a auKifrisé à tç mettre au nombre des lépreux d'habitude. On y voit enfin, le genre d'ouvrages auxquels furent condamnés les Hébreux pendant les jours de servitude.

Accablés de ces longs et pénibles travaux , les lépreux demancknt et obtiennent de se retirer dans ta ville habitée autrefois par les pasteurs, et alors déserte» la ville d'Abaris, et selon l'ancienne théologie, dit l'auteur, la ville de Typhon. A peine établis dans leur nouvelle demeure , les lépreux forment des complots , se donnent pour chef un prêtre d'Héliopolis , nommé Osarsîph , et lui jurent obéissanco. Celui-ci \euv prescrit pour première loi de ne point adorer les dieux des Égyptiens, de ne pas craîadre'de

( >6'-^ ) lutt* if3urs antmaunc saorés et d'eutnanger la cbair , Ae ne recefoir personne dans leur société qui ne fôi lié par le même aermenl» ^eofin, lout ce qu'il pouvait y âv<âr de plus oppcfiéaux mœurs et auxcouCuD»es égyptiennes, CëlaseUt ferait connaître quel était cet Osarsiiph : Hiais Atefuetfaon ne le laisse pas deviner ; il nous apprend que le prêtée héliopoUtam changea de nczn quxmd il se vit k la tête des ceuajurésv et prît celui de Mo&e.

C'est donc le prêtre Moïse qui envoie proposer mêx pasteun» expulsés par le roi Tfautmosb ,«t établis dans la vîRe appelée iliérusalem, de se rendre à Abaris leur anoîeane patrie» pour se joindre aux révoltés , et reconquérir avec eux l'Ëgyf)te quMs avaient possédée autreibia. Les Soiymitei» comme Manethon les appelle, ne se font pas .prier : ils accourent ^forinant une armée de soo mille bommes , et aussitôt recommencent des vîdences pires que celles auxquelles s'étaient livrés leur&aucetres; avec cette différence , néanmoins , qu'ici c'est au culte ^es Égyptiens principalement que les nouveaux pasteurs déclafrent la guerre. Ils ne se contentent pas do brûler les villes et les villages, ce n'e^t même pas ^s$qz pour eux de piller les temples et de profaner les /Statues des dbul; ils ea employaient les dâbris h faire rôtir les cbaîrs des animaux consacrés au cake; ils forçaient les prêtres et les devins à les ittunoler et kea égorger de leurs mains» et les chassaient ensuite ^ après les avoir, dépouillés de leurs Vétemens. On voit que les auteurs de ce jrôcit-se âouvenaient que les magiciens de Pharaon in'a valent pu échapper Alix ulcères bonteux 'dont tous les Égyptiens avaient é£é {rw^éi , et que la peste et la morta^lé s'étaient étepadues sur Iqs animaux sacrés comme sur ics autres.

Aménophis prend la résolution de rqwusser les pas-» tours et les lépreux révoltés; il marche avec ano armée de

( i65 ) 5oo mille hommes bien aguerris , armô en présence, de Tennemi; mais craignant , d'après Favis qu'il avait reçu d*an prophète , de combattre contré les dieux , il revient ^ur ses pas, et regagne Memphis.

N'est-ce pas là le cri d'alarme des Égyptiens , poursuivant les Hébreux au travers des flots divisés de la mer ftouge : f Fuyons Israël , car le Seigneur combai; pour eux contre nous. » D'où serait venue l'idée que l'on prêtait au roi Aménophis , que les dieux protégeaient ses ennemis , et qu'il attirerait sur lui leur colère , s'il osait combattre les envahisseurs de ses États ? Aurait-on imaginé de le faire accourir avec une armée formidable dans le dessein de les détruh^e , pour s'arrêter tout è coup, comme frappé d'une terreur panique , tourner le dos et s'enfuir ?

La domination des Solymîtes devait durer treize ans , suivant le prophète. Au boutde ce temps, Aménophis , qui s'était réfugié auprès du roi d'Ethiopie, rentre en Egypte , va les attaquer , les défait complètement et les pousse jusque dans la Syrie , où ils arrivent cette fois avec Moïse.

Nous avonâ droit de le dire : il est impossible de ne pas reconnaître dans ces deux récits combinés l'histoire entière des Hébreux en Egypte , d'abord sous Joseph , ensuite sous Moïse. Il était essentiel de constater ce fait , plus propre qu'aucun autre , le seul même qui soit vraiment propre à servir de base aux recherches chronologiques ou historiques sur l'Egypte ancienne , qu'on voudra rendre solides et fructueuses. Il portera une nouvelle clarté dans les déçussions précédentes , celles surtout où nous n'avons pas eu le secours des dates de l'Écriture sainte; et il nous dirigera utilement dans les discussions , plus obscures encore , dont il nous reste à nous occuper.

XlII. Sil'éppquedei'expuUioD des pasteurs, dans la chrcr* nologic égyptîeimc, marque l'époque où Moïse et les Hébreux sortii:ent de l'Egypte, c'est daas les derniers temps de ia 1 7* dynastie, ou dans les commencepiiens de la 1 8*, qu'il faut pla« cer cet événeiàient. Les anciens s'accordent assez généralement à mettre l'expulsion des pasteurs sous le premier roi de celle-ci» qu'ils pomment, les uns Amosis, les autres Thoutmosis,et d'aptres encore Aménophis.Quapt à b sortie des Hébreux, les auteurs chrétiens , en fixant Fcpoque dVprès leurs diiTérens sptèmes, durent nécessairement la rapporter à des rois différons', plus ou. moins éloignés les uns des autres , quoique toujours comptés parmi les premiers de la 18*" dyniastie : Ëusèbe lui-même, qui croyait, ou du moins regardait comme très- vraisemblable, que les pasteurs étaient les Hébreux, renvoyait la sorti,e de ceux-ci au cinquième roi de cette dynastie , qu'il appelle Misphragmuthosis., nqm que d'autres donnaient au dernier roi de la dynastie précédente, qui avait porté les premiers coups au;^ pasteurs , et les ayait forcés à se renfermer dans leur ville d'Abaris. N'est-ce pas perdre sa peine que de chercher à rapprocher des idées opposées ou divergentes , et ton jours^ arbitraires?

Manethoii parait être la source où les anciens ont puisé : arrêtons-nous à lui , et voyons si Toii peut en tirer quelque chose de plus positif. C'était, selon Manelhon,Jechef de la. grande dynastie qui avait achevé de purger TÉgypte des Jlykshos, et ce roi était Thoutmosis; mais le père de Thoutmosis les avait déjà chassés de la haute et de la basse Kgyple , et partageait ainsi la gloire de leur expulsion* L'extrait que nous avons des dynasties ne nous donnant pas les noms des rois de la 17", nous ne pouvons pas connaître parla le nom du premier vainqueur des Hykshos :

(•.65) ipiai» un passage dû Syncelle , où il dit qae le dernier toi de celte dynastie était Amosîs , nous l'apprends Ante Amosin, dynastiœ decimœ septimœ regcra quarïum et uUlmum (p.-Og). H Je Usait sans doute danis J. Africain; et cet exempte prouve , ainsi que d*ïiutre&'jpassages , qu*iPse perniettait de tnutiiér son auteur , et que la Ifete de J. Afrî^ cainétaitphis complète qu'il* ne la donne. De là viennent ces extraits plus étendus des dynasties de Maneth'oa , que Ton retrouve dans Eusèbe; et que cetnîî-ciaraît, selon toutes tes apparences , ainsi que nbus Pavons déjà observé , tirés de J. Africain ; mais qui étaieni déjà perdus ku téiiips dtt Syncelle , ou qu^ cet auteur aura lu»-même supprimés.

Thoutmosis avait expulsé les premiers pasteurs , les Hykshos; mais Ma^rethon» comme on l\ vii; supposait n ne seconde invasioQ, de pasteurs isolymîtesi et ceux-ci avaient été battus et çbassés par Aniépophts. Ces deux invasions n'en faisant quVne au fond , et celui'qui termina là première étant réellemeiit le même qui*tc?rmîpe ici la seconde , H semblerait que , chez les Égyptiens, fe chef de hi i8' dynastie portait également le nom d'Aménophis et celui de Thoutmosis. Ainsi la tradition primilive dbs Égyptiens sur les rois de Tépoque célèbre dont nous parlons, se trouverait conforme^ à ce,que tes monumens vifennent 4e constater. M. GhampoUion , qui avait déjà' trouvé le vrai nom du premier roi de la 18* dynastie , Amenoph ou Amenophis, noiis apprend, dans un écrit récent ( deuxième lettre , p. 46), que le nom monumental dru dernier roi de la 17* était Aahmos, dont les Grecs ont fait Amosîs. Le Thoutmosis qui vient après Aménof serait Ife second du nom, ' Le nom de TThoutmosis difi^re peu d'Amosis; il le renferme , et en dérive évidemment. Or ce lïom , depuis le premier Thoutmosis , semble affecté à sa race , et les qua-^ Irc ou cinq rois qui lui succèdent le portent; M. Chani-

( i66 ) pollion nous faii lui même observer « la prédilection de 6ette famille de souveraiils pour le nom propre TboutmosiS| que Mauethon donne aussi à Amenof leur chef. ». Cette circQn;$taiiO(B est assurément très-remarquable, comme il 1q dit ; mais ce qui l'est encore plus » et qui est surtout plus important, c'est que ce nom favori des rois de cette époque soit précisément celui de Moïse^ M-S-H opM-âU-H.» Alo6eJ) ou Mosheh.

Ce rappx>rt n'avait pas échappé h l'historien des temps fabuleux , et il s^étpnnait que de tant de savans f. anciens et moderoe^ , qui avaient d^erché. k fixer l'époque de Moïse dans U chronologie égyptienne , aucim n'en eûj fait l'ob-sejrvation; mais pour que l'idée en vînt h l'esprit , il &Uait connaître ce qu'est , l'histoirp de Fi^ipcienne Egypte , et comment elle s'est formée. Guérie du Rpcher lui-même,, qui 9 en travaillant sur ce que noju3 ojat transmis les auteurs , ne prévoyait pas ce que les monumens nous apprendraient un jour I n'a pas saisi les justes conséquence;» de la vérité qui se ]()réseiitait à luj : il n'a vu ici qu'un nom fictif^ tel qu'il en a. dévoilé ()i)leurs plusiei^ri outres , forgé par les conteurs égyptiens des siècles suivans, sur le nom de Mpise, et appliqué à un. prétendu roi; au lieu d'y voir un roi véritable , qui s'approprie volontairement ce nom et en fait le sien,

On objectera que les poms Amosis et Thoutmosis ^ont tout bgyptiens et qnt dans la langue leur signification. Nous ^e contesterons pas le fait; mois nous dirons qu'ils n'en «ont pas moms le nom de Moïse, et que toutes les circonstances autorisent à penser , forcent de croire que ce nom a été pris et porté comme él^nt et parce qu'il était celui de Moïse«

Qu'y aurait-il donc d'incroyable en cela, de 1^ part de princes qui avaient appris , et, pour ainsi dire, vu de leurs^

( »67.) yeux » ce qui veuaU de se passer dajM 1^ royaume le plus ¥oisîo 9 et ayec lequel Uf a^^^i te plus de relations ? Tant et de si girands-pro^lg^s^epéiréftpai' Meïse i cet engipîre absolu q[u'il.e^eixfi[4^.satesi^lQsb^oQ)m^qu'i^^ gttéril, se^oo

<pi*ikse uipptreiit dacile»- ou re)iel}es ; soit su^ le^, i^ninoi^x • ceux loêma qui é^^pp^ai^^t à. Unit autre pQÙvoir , et qu'il multiplie , rassainl>le pu dispersa so^ gr4i^ sur la naMire entière qui eateo4 sa^yçi?; , §t »e.iu#utpe tout)Ours pcêle k eu exécuter lea orde^ : i^udr^t-il s'ét^iuuer quç les Ë^gyptiçus eussent vu dai^s Tauiteur de ces i^erveilles un êice d'uu OficU^e sup^euf?, ^sx dieu caché,, ua autre Hemë&r et (gie let^i^ iroîs fe fussi^tr bQnoi?és d'eo pi^eodre le nom, ou simplemeiit et tel qu'il est^.coipiae Aiuosis, Qaen le joignajot à celui du grand Totb » cçNOuaerJes Tb^utmosis? Les livres 4^ Moïse ,,çrest^à*dire les ei^raits qu'en tirèrent depuis les Ëgypitiqus^ ne fufânt41s pas pou^ q^ Les Uvires d'Hermès 2.

LacatastcQjphe inouïe du Pharaon de Memphifi dutfan*e une vive ioji|Nression suc les Pharaons de Thèh^; et jus- (|u'ou powraient. conduire les sentimens profonds d'admiralfon et de crainte que nous avons droit de leur supposer ?^ Qu'oit se représente L'esprit, non seulement religieux, ipais superstitieux à re;«:cès, de la n^^tion; qu'on se rappelle Tu^agct particulier de ses priqpes, dans le choix, et la tbrmatian des noo^ royaux qu'ik, adoptaient , et les noms d'Aah-MotsCr de Totjb ou Toudi-Ai^ïse , n'auront plus rien que de très-naturel. Serait-ce de là que venait la tradition juive ^rajqitQrléei par Jo^èpbe^, défit guerres de Moïse dans rLthiopie et de la conquête de Saba sa capitale ? Ce furent» à ce ^u'il parait , les premiers Thoutiposis qui se rendirent maîtres de la NuLie ^ confondue souvent avec l'Ethiopie , et la îoiguîrent à leurs États.

On conçoit le trouble et la confusion que produisit

( «68 ) parmi les hdbilans de Memphis et du reste de la basse Egypte, cette longue succession de fléaux de toute espèce dont ils furent accablés ; la consternation qne répandit dans toutes les femille» ta moil; soudaine des preiuiersrnés; enfin» le désordre général qui dut* suivre la disparition du Pha^ raon et de son' armée, qu'on ne revit plus en Egypte. Ne peut-on pas croire que ces circonstances malheureuses , qui laissaient te royaume sans gouvernement y sans forée et sans défense , marquent l'époque où il perdit son indépendance ; et devint la proie d'une puissance rivale , avec laquelle vraisemblablement il n'avait pas tou}oturs été en paix ? Ce qu'on sait des rois de la 1 8* dynastie , donne lieu dépenser qu'ils étaient mattres de TÉgypte entière,* rien du moins ne prouve que de leur temps Mempbis eût encore des rois. Ce ne serait donc qu'au commencement de cette dynastie, qu'on pourrait placer la réunioa des deux royaumes; et c'est en ejBTet alprs que celui de PÉgypte inférieure fut éteint, comme le prouveraitla découverte récente, mais encore trop peu circonstanciée , du tombeau d'un Pharaon , près de Mempbis. Ce prince régnait sur la basse Egypte, puisqu*il y avait sa sépulture; et siTon a bien lu son nom , s'il portait , comme on l'assure , le nom de Thoutmosis, il ne serait pas douteux qu^t n*eût régné en même temps à Thèbes, et qu'il ne fût un des premiers rois de la 18" dynastie , celui peut-être qui avait profité des désastres du pays pour s'emparer d'un trône vacant.

Ainsi tout concourt, et les données de rffistoîre égyptienne et Içs faits de l'Histoire sacrée , à montrer que les pasteurs chassés de l'Egypte sont les Hébreux mêmes délivrés par Moïse de leur captivité; que la sortief de cçux-ci fut suivie de près , comme on pouvait le conjecturer, de l'extinctioa du royaume de Memphis , et de la réunion de toute TE-

( '69 ) gypte sous TempHre des rois thébains ; que de ces éeox évé*nemens , Van eut lieu au temps du dernier roi de la 17'' ^ytisistie , Vautre au temps de ce n^mè prince ; (m de fuu 4ie ses premiei^s successeurs ; et, poùrdwmère el principiile eoucltfsion , qu'il faut mettre id durée entière de: la %6^ ày^ nastie, après la'sortb d'Ëg;;^Ce'» sans élre effihayé/si on péoi^it Têtre encore , ni du nombre desroîs que coimpte Maâethon , ni du nombre dés années qu'il asisigfieà chaque règne, don» cette dynàitie et les survantes jusqu'à Sésondns. XIV. Nousprévoyons la réflexion que suggéreront ici le» eircoiistances du BMHnent» et que Ton i croira peut-être sufiisante pour diiranler les piiacapes qné nous Tenons d'é^ tablir , ou en ajourner les conséquences, au moins sur plusieurs points.. £n effet, nos ditcnsâons ont été^soiisûses à l'état des connaissances , très-bornées encore , que nous possédons .relativement à l'ancienne Egypte , et it^ne pouvait en être autrement; On ne parlait alors que d/one i»a^ nière vague des recherches dont cette codtrée et ses ma* numens seraient susceptibles , et des nouvelles cMcouvérte» qui pourraient en résulter. Maintraant les reoberdhes sont en pleine activité ; et, mieux dirigées^, ne donnent^dlcfs^pas, dîra*t-on,de grandes et Justes espérances ? De» aianus*^ crit^ conservés dans les catacombes , dans te^ cercueils des fïlomîes,et mis enfin au jour; ^ des monù«ieiis qu'oan'u. peint encore étudiés , ou qui le seront avee^plus desoisyet plus de moyeus, nepeuyeni^ls pas jeter des linàÊèves i^at-^ tendues sur cette chronologie et cette histoire d'Égyptë , ^Ine vods vous pt'essez trop d'accuser? jMe^pourront'tls'pas justi fier ce qui vo«i8 paraît au jourd^hui le' pluséfidemmen* faux , on lever les doutes que vous croyez tes 'mieux fondés5*La réponse est facile , et sera bien siavplo.- Nous ne nous ren fusons à auctine des espémnces que les'-conjoockires ac^ faciles peuvent faire tégitimetnent concevoir; inaîs:nou8

( «70) ne ToiftliQêfi PAS hs étendre plu9 loin qjae m le permeileBi la raîao» » t^e^périence et Tétat réel jdes choses.

PlirioQs d'abord des laamisoriU. Les calaeombes peu- ¥^t en receler , ei ce n'est même que là , çoiBi»e on l'a observé » qu'on peut espérer d'en découyrir ; parée que ce ft'esi que là et »a«s le clisMit de l'ÉçjFpte qu'ib auraient éié à l'abri de la main dea hommes et des injiures du tempis* Sbis ae iUlte-t^on sérieusement qu'ils s'élèvent à cet^ bauka aatiquUé qu'U imperte surtent d*éclairer ? Croit-on qu'à ces époques reculées les li?rea » et particulièrement les Bfres d'faji8to£re»fuseeiiia8Be2 comoMiiispottr être enterrés avec les. morts qui en avairaii Sût usi^, au lieu d'être réservés k l'iisage de leurs sur?ivans9Lea feuilles de p^pysrua tfounias dans quelques eercueUs sur les corps embamnét» outilles jamais offert des écrits de ce genre 3

Youft <iéterrere2 une histoire écrite et bien lisible pour voiis^mâis le manuscril serait-il du temps même anquel appartient l'histoire» ou d'un temps assez proche» pour qtifile témoignage del'aiftteuvoudu scribe conserve quelque peiids? AurcBs-^vous le bonheur d*en re^ueiUir plusieurs eaempliûres que vous puissiez oonfrooter ka uns avec les auttes» pour découvrir le vrai au milieu de leurs contradictions» ou en tinter, daiis leur concouirs^ uae garantie suflisamle? car, si vous n'avez pas d'ailleurs un peiaâ de. comparaison, ce témoignage » isolj^ et. sans autre appni que lui-même , ne saurait être d'une bien grande autorité*

Mais ne nous berçons point de chimériques espérances. Que nous apprennent les papyrus égyptiens d'époque plus récente , quand ik contiennent autre chose que des formules de ptières P on en a dé)k en assez grand nombre : qu'y voitHm? des nonsis de personnages inconnus» et qu'on ne gagne rien è connaître i des dates sur quelques

fèglie$,.aiuqiiel8 eUe$ asaurail Wen une oertatoe.dHrâe , mais dont dle^ noua laîasent ignorar la durée lotale : peu de chose , par comment, pour la chrooelogie eleien pour rbi^toûre. . .

Des tnoDUHiens qui nous apportoraient les fints-.anoiens éctiH:$t}r la pieri^, et trarersattl avec eux led siècles sans éprourer d'altéralioi) « seraœnt uaplus suret pfos poissant 9eCoixt9* Or Toilà^ ihhis (UliOiiv ce que protaetteat* au^ jfHipd'hui les ntaumeiis Uérogly^hniQf s i&nt V^fSff^^^ e0UTerle»etdoni récriture nW plus an myâHère; et ce ii0$% pas aeolement l'bialoire de l'Ëg^te dès^ les premiers t^ops de laciviliiatmi, mais celle de tous les peuples qid penTiifent alors hilter^ pi^saoce aToc'etle/f»* hn inspirer. 4a8 eraintet , et qm fiirent Tobjët ' des firincipaleft e;(pédttii)n$ de :ies. Pharaon», que f<a nous faire cofloattre ^fmifnmmêogaleti^hiêtorifm, etcettesuitenombvmse de bfi9rreHefo, enU^méUs de iongui» in$criptiim$ eonpU"

L9»dét;i41sdiamfesquekMtreioilL ChampollioD^etrès^ 9Mra«ceavecla<fiieileîls!exprime, ne semUent pas permettre de doiii9rq«'iln'ajtacquiftdâjà sf rce^ujetdesnotion^élen*' dœaet précises» et que le succès de premières tentatives sur les monumens ou copies de monumens / qtr'it a pu élwUer en Ei9ff>e » Brantôme odui qu'il se prôtneJt d\in travail sembbbiesnr le yasie ensemble <b|S|a«niUtt6nsq«i^ r%ypte Tftlivver à ses inTesligation»; mab/dafl^ «elle supposition même » en admettant toot œ^qn'it a réisitement TU, et sans toucher au fioâiddu brillant 'tableau qu'il en trace, nous y opposennis quelques i^eerriitions 'qui nous paraissent propres, soijt à restreindre les conséqueioces qu'il en Ura, aoit à rectifier les 6ppltca1îoiia qu'il en feit.

(i) Aperça des rétultau bî«toriqiieff> p. t$ et «oiv.

Le» monumens peureiÀ être considérés sous 'difl^rena. rapporU : ils offrent àe% oapteb royaux , des inscriptions^ dans les iliàs-retiefà, dbs oàrrâctère» hiéroglyphiques, semés; sans^ ordre apparent sur tous les coûtés des obélisques dont lis ooùvrent les'surikces;

: Les dai^els oh oartoocbed^ royaux* bous ont appris ies^ nomsidet règfue deplotieurs Pharaons; en découvrant4^auiret <5»tdaohe6 > oiv connaîtra d'anlres. noms : m&b les^ Uomsseuk» utîfes^pouv la chronologie » soat un faible se^ cours peur l'histoire ; noua avions- lès noms vulgaires d^ ces .rois'j aoii^ aurons leurs noms monuaientaux.' Tout oebi ne va pas pkis loin quota preove de- leur existence, mi 1»^^U0 il n'y avait déj/k aucune'ÎDéertitiide. Nesavions^ noiis pas qu'avanft l'arrivée des Hébreux v t^Ëgypté «vttit eo^ ses roisw^ depuii au moins le temps d!Abvahaéa^ et qu'elte^ en eat aptes leur sortie jiisqu^au - règne' «L'Apnèê ?'' On apasu mettre un grand intérêt à k découverte^ <ie cinq à* six rois antérieurs à la 18' dynastie , et donli la ' table^ d'Abydusja'&ii connaître les oonis: et tes règnes, Mais si em r<>is:^bébai0s nTétateiit que les* contêmpofains de «euxqui régnaient à Mepnphis: pendant le séjour d\es^IMit»eax cA l!i<gjple , que gagpett-oa à eoBualtre leurs nomis'?- eni îgnocera-tltonmoiosfeuvhilstoire^ ..■.;. ^

: IissiQfK»*iptianà.eiDbasirelie& expliqueront les tableauxqj«'<sU^ ilocoaqiagiieBt , . «t dPerobt çonnaltrb distinctement les £^ tsq^'oi), y ifti voulu, représenter. Noussoubaitèns que- (g^ips0rîpti€im npus do(nQ&ntJréettement'4e8 faits : qt^els qiJbiU. ipssent, ïsf.déviéndbaient d'importantes acquis!liûOf; po^ une histeàre qni est.à peu prèâ' tout entière à crécjr » puîsqu'elLei ne noiis.iq>prend jusqu'ici (le tjes princes, que lesi noms qu'ils ont pbkés, et'de le<ïr3& lèghes que les constructions de palais et de temples qu'ils firent élever. Mais à quoi se réduira ce qile nous pourrons en appren-

( '7î5 ) lire de plus? Des bas>reUefâ ne promettent guère que ieé indications vagues ^ ou des traits, isolés , sans développemens, sans liaison entre eux ; et par conséquent» point de narration circonstanciée et suivie , point d'histoire proprement dite. Nous supposons» au reste, d'après Fasisurance qu'on nous en donne, que les inscriptions dont il s'agit difl^rent. absolument de ^lles d'un obélisque de Borne , qu'avait interprétées le sophiste Hermappion, et qui sont toutes purement religieuses (i).

Quant aux hiéroglyphes, dont les obélisques ou d'autres monumens égyptiens sont couverts , Jl semble qu'on ne saurait encore en parler affirmativement. Formaienl-ils une écriture ? iM^ent'-ils destinés k l'histoire ? peut^m ou pourra*t-on lesiire? Ces questions ont été souvent agitées dans des temps où l'on n'avait aucuin moyen de les résoudre. Peqt-êlre deviendront-elles un jour, bientôt même, susceptibles de sérieuses et utiles discussions; mais jus-^ qu'à présent, la dernière est la seule dont oa puisse dire qu'elle soit a u moins eotamée.

Nous rappellerons ici une observation que nous avons eu d^ l'occasion d,^ &ire , mais qui est importante et d'une application générale.

Pour app^oîer la valeur! et régler l'emploi des monumens égyptiens quon produit en preuve, il importe surtout d'en connaître l'époque , et en même temps celle des laits qu'ils relatent ou qu'ils indiquent; et cela est vîrai pour tous , de. quelque part qu'ils viennent , de quelque nature qu'ils soient : grands obélisques ou petites stèles , figures colossales ou simples. statuettes» dooimens écrits sur papier ou gravés sur. la pierre , ouvrages publics ou privés. Si tous peuvent faire autorité pour leur temps , chacun

(i) Aaiin« Marcdl. lib. xvii. 4'

( '74 ) sebn iongéare et daûs'un deg^é respectif, otî sent que nul ne {>6nt amr ce earactère , quand il atteste des âiits d'une é{>oque trop éloignée , 6n « ce qni revient au mênoie , quand on ignore l^épocfue à laquelle il appartient. Dans les tleux cas ,il ne peut ireprésenter que des bruits populaires, des tmditions fabuleuses , ks idées de son temps; et lorsque^ parbasard, il dirait le vrai, il n^ saurait en être pour tmud lin gâ!^ànt assuré. La table même d^Abydos , A elle remontait trop haut » finir^t par devenir suspecte aux yeux de la critique* On ^it ce qu'il en fut des marbres de Paros , qui avaient fait naître tant d'espérances ^ et com^ mekit ils ftirent réduits à leur juste valdur , dès qu'on eôt réfléefai sur ta date possible de leur formation. On comprît que les époques fixées n'étaient pas plus certaines > pont* être taillées dam le marbre > que si elles étaient tracées sur des rouleaux du même temps ; qu'elles pouvaient n'offrir qu'un des systèmes de chronologie attiq«e » sur iesquéla disputaîeat alors les savaas , ou quelque nouveau i^ystèmc semblable , et n'avaient ainsi » par elles-mêmes > aucun droit daplus à la confiance.

On n'avait pas fait ces réflexions » quand on s'est liâté d'annoncer la découverte d'une histoire de SésoiE^ris ^4è ses eonqttétes > trouvée dans le cenmeil d'une momie , et qu'on^a cru aatbentique » sans doute , pnrce qu'elle était éci^e en langue ^yptienne et en caractères déiiiolîqAes. La sînqile oeasidératibon de la date que l'on pMvait 4enner atr manuscrit ^ aurait «rn^ les trasspDrts de pie que sâ vue fit écl«ter« La momie est du règne 4'u«i dès premiers Ptolémées, et voilà h seule d«te sûre du manuscrit ren-^ fermé dans aon cercueil» Était-il dono si ma^veilleiix de lire sur oit papyrus du cette «époque , «le que , 'deux cents ans auparavant^, Hérodote avait appris des prêtres de Memphis, et fait connaître à toute la Grèce ^ en le publiant parmi ses

( 175 ) contes sur TÉgypté ? car il parait qtie rhîstoire de Sésosiris, dont on tious parle , est la même » du moins pour le fond, que celle dfe lliistorien grec. Le témoignage d'Hérodote prouve que de son temps la fable avait déjà cours en Egypte; celui du papyrus prouverait qu'elle n*ayaît encore rien perdu de son crédit au temps des Ptolémées : c'est tout te qu'on pouvait en conclure. '

Nous ne croyons donc pas que M. Cl^ampollion ait été aussi frappé d'admiration qu'on le dit, ii la vue delà pièce et du nom de Sésostris. Nous croyons encore moins que lui-même y ait lu tout ce qu'on en rapporte : que la rela tion fut écrite l'année précisément où le vainqueur rentrât dans ses États; que cette année était la neuvième de son règne , et par conséquent aussi la neuvième de son expédition , suivant la remarque de Diodore de Sicile que l'on cite; qu'enfin c'est l'auteur qui atteste ces particniarités , propres assurément , dans sa bouche, à inspirer de la confiance à ses lecteurs. Au reste, en convient que M. ChampoUion n*a pu que jeter un coup d'œil rapide de quelques instàns sur la pièce qu'on déroulait devant lui; il est prudent d^attendre qu'il nous dise , après l'avoir examinée h loisir, ce qu'il y aura lu et ce qu'il en pense.

Venons à des faits plus précis, qui montreront directement s'il est beancoup à craindre que de nouvelles découvertes et les kimières qui en résulteront , ne s'opposent Invinciblement aux bornes étroites que nous avons cru devoir donner à la chronologie et è l'histojre vraies de l'Egypte , et ne nous forcent d'abandonner les preuves sur lesquelles nous nous sommes appuyés.

Il n'existe jusqu'à présent » et vraisemblablement on n'aura jamais de moniimens au-dessus d'un petit nombre àe rois antérieurs à la 18* dynastie, et ce n'est que pour

{ '76 ) cette dyjoastie que les monuixiens deriennent nombreux et importans. Ce serait beaucoup, san& doute, d'avoir enrichi de faits remarquables , d'une histoire complète , si Ton veut , la liste nominale de ces Pharaons et de leurs successeurs : ce ne sera rien pour nous, si on pou« laisse ignorer l'époque à laquelle ils ont régné. Pense-t-on que de nouveaux monumens nous apprendront ce que les premiers ne nous ont pas fait connaître ? M. GhampolUon ne paraît pas s'en flatter; et , dans son dernier ouvrage comme dans les précédons , ne voyant que Manethon et sa chronologie, et ne raisonnant, jamais que d'après l'idée qu'il s'est faite de l'irréfragable autorité de l'un et de la parfaite exactitude de l'autre , il pe s'appuie jamais que sur la chronologie de Manethon. ,Nous avons besoin d*un témoignage plus décisif; et tant qu'il ne sera pas démontré , soit que les preuves se tirent des monumens ou d'ailleurs , que la grande dynastie doit nécessairement être placée avant la délivrance du peuple hébreu , fondés sur la chronologie des livras saints; et sans égard pour celle de Manethon , nou» croirons rester en droit de renvoyer après cette époque la dynastie toute entière. Ajoutons que si elle y est nécessairement placée par la chronologie , elle s'y trouverai placée très-convenablement pour l'histoire.

L'histoire de l'Asie , et celle du peuple hébreu en partie culier , ne permettent pas de penser à de grandes entreprises des Pharaons sur cet^ partie du continent , depuis le retour des enfans d'Israël dans le pays de Ghanaan jusqu'à la fin du règne de Saloipon : ce qui n'^ippêche pas que ces princes n'aient pu avoir de fréquentes guerres à soutenir en Afrique, soit qu'ils ambitionnassent de faire des conquêtes, soit qu'ils eussent à se défendre. Ainsi Jes Thoutmosis soumirent les Nubiens , et peut-être d'autres

( hl )

peuples plus éloignés , comprisi aVec eux sous la dénomination d*Éthiopiens. Leurs successeurs étaient probablement maîtres de la Libye atant l'expédition de Sésonchis; et ils auraient , hu temps d'Osymandias , porté leurs armes jusque daris l'Arabie, si Ton en jugeait par l'inscription dont parle un voyageur. L'apparition en Judée d'un Éthiopien , roi d'Egypte , suppose une grande révolution dans l'intérieur du pays : quelle en fut la durée? quels en furent les phases et les événemens divers ? Le changement de dynastie , qui mit les Ramessès à la place des Thutmosls , iKe s'effectua pas non plus sans lutte et sans combats.

Les occasions né manquèrent donc pas aux Pharaoné de ce temps pour élever des monumens et célébrer des' victoires, et cependant ils ùe sortent point de l'Lgyptc; les tableaux mêmes, où l'on a cru voir clairement les expéditions lointaines de Sésostris, n'indiquent, au vrai, que des peuples africains vaincus et soumis. II n'y a rien par conséquent, dans ce qui3 nous savons de la iS"* dynastie, qui empêche de la mettre après la sortie des Hébreux.

Allons plus loin , et cherchons ^ quoi tient principalement cette facilité dé transporter la i 8* dytiastie à une ëpioque si différente de celle que là chronologie égyptienne lui assigne. Elle tient à une circonstance particulière; qu'exige impérieusement èette époque, et qti'offre heureusement la dynastie; à un éloignement marqué de ses Pharaons pour les guerres étrangères ^ qui les relient constamment sur le sol de l'Afrique, sans oser dépasse)*4à mer Bouge, sans être tentés de porter leurs armes viclorifelises dans l'Asie , 6ù s'offraient à leui* ambition tant de glbiréà acquérir et tant de riôhes conquêtes à faire. Ce phénôniène , car c'en est uû daùs l'histoire de ces anciens enipires ; l'Éfcriturè l'explique, mais pour l'époque dont il eèt;questîon seulement^ Ir toute autre , oU ne saurait en rendre rafison. Il Âe pour-

( 17» ) rait donc que ce qui rend facile de placer la i8* dynastie après la calastrophe du Pharaon oppresseur des Hébreux , fendit impossible de la placer ailleurs*

En effet, qu'on la mette au-dessus de cet événement, qu'on l'élère même à la hauteur où Manethon la porte , on demandera ce qui a pu contenir ces monarques dans jes bornes où ils se sont constamment renfermés , avec la puissance et les dispositions qu'on leur reconnaît , et que leurs propres monumens attestent ? N'auraient -ils pas eu des rivaux en Asie , qui eussent éveillé leur orgueit jaloux; des rois conquérans , comme ils l'étaient eux-mêmes en Afrique, dont il importait de prévoir les desseins et de prévenir les entreprises; qu'il fallait les premiers attaquer pour arrêter leur agrandissement, ou contre lesquels il eût bien enfin fallu se défendre ? Car c'est une chimère , à laquelle on s'est trop légèrement livré .. que d'imaginer une nation parvenue à un tel degré de civilisation , de progrès dans les arts , de prospérité et de force , lorsque le reste du monde était encore dans l'enfance. On risquerait moiofi de s'éloigner de la vérité , si l'on supposait de grands empires déjà formés sur les bords de l'Ëuphrate et du Gange, dans, les contrées berceau du genre humain , avant qu'il y en eût un semblable dans la vallée du NiU

Tout concourt donc à fixer la place des i8* et ig* dynasties , et avec elles , celle des monumens de leurs Pharaons , après la délivrance du peuple hébreu et sa sortie de l'Egypte. Mais, tous les monumens, même de Thèbes , n'appartiennent pas à ces deux dynasties : il en est, dans l'une et Tautre Egypte, que des Pharaons , venus long-temps après , peuvent revendiquer, et qui pourront aussi fournir des renseignement h l'histoire , quand ils auront été exaqiinés et décrits avec soin.

Sésonehis fut h premier des Pharaons qui osa, frm>cbir

(' »79 ) les limites dans lesquelles ses prédécesseurs s'étaient jusque là renfermés ; mais il n'alla pas plus loin que Jérusa* l|Bm , et se contenta de l'immense butin qu'il y fit. Zaréfut moins heureux : il perdit un6 grande bataille et son armée d'un million d'hommes. L'un et l'autre étaient étrangers aux anciennes races indigènes qui venaient de s'éteindre. On ne sait si celui dont Salbmon épousa la fille était Éthiopien comme eux; mais il n'enlra avec une armée dans le pays des Philistins que comme allié du roi de Juda, et pour combattre à son profit. Déjà peut-être se formait au loin la puissance contre laquelle l'Egypte devait lutter un jour.

La Mésopotamie y habitée dès l'origine par les Araméens; était devenue un royaume considérable , avant même le retour des Israélites dans la terre promise à leurs pères : cent ans après leur sortie de TEgypte, Chusan Rasathaïm; roi d'Aram des deux fleuves , avait pu étendre sa domination jusqu'au pays de Chanaan et les asservir. C'est peutêtre ce royaume , qui comprenait alors les deux pays d'Aram , ou les deux Syries , et qui put se maintenir long-temps dans cet état , que les anciens ont appelé le premier empire d'Assyrie. Au temps des rois de Juda et d'Israël s'élevait ^ dans les mêmes contrées , un nouvel et plus puis- . sant empire , véritablement assyrien > celui que les livres sacrés ne désignent jamais que par le nom d'Assur. Les rois deNinive, quittant les montagnes de l'Arménie et delà Médie, et s'avançant, plus ou moins rapidement, dans les plaines de la Mésopotamie, l'occupèrent enfin tout entière, des deux côtés du Tigre et de l'^uphrate , et jusqu'à leur embouchure dans le sein XWsique. ils durent alors tourner leurs armes vers les riches contrées qui s'offraienl à eux au midi. Phul soumit au tribut le royaume de Syrie; et sous Manahêm , qui régna de 77 1 à 76 1 avant l'ère chré-

( «So ) tienne, le royaume d'Israël. Quaratite ans environ après, le roi Ozée , voyant les Assyriens maîtres de Damas , et craignaiit pour lui-même , chercha un appui dans le i*oi d'Egypte , et fit alliance avec Sua , le Sévéchus ou le Sabbacos des dynasties, qui n'empêcha pas là prise de Samarie et la ruine du royaume d'Israël.

C'est ici , vers l'année 726 avant notre ète et 766 après la sortie d'Egypte, qu'on voit, pour la première fois, les Pharaons prendre une part active aux afFaires de l'Asie, et s*occupe'r sérieusement de mettre une barrière aux énva-hissemeus des rois d'Assyrie. De ce moment , la guérite fut déclarée entre les deux puissances rivales, et ne devait plus finir que par la destruction de l'une ou de l'autre. Aussi, lorsque Sennachérib, quinze ans après, vient menacer Ezéchias sous les murs même dé Jérusalem , Tharaca se hâte d'accourir à son secours; et toutes les forces de l'Egypte et de l'Assyrie se seraient trouvées en présence , si Dieu n'eût pas voulu opérer seul le salut de son peuple. Battus d'abord par Assarhaddon , et après avoir vu leur royaunie ravagé et un grand nombre de leurs sujets emmenés captifs , les Pharaons se relèvent ; Psammitichus rend à la monarchie son ancienne splendeur , et Néchao se trouve assez fort pour porter la guerre au sein du royaume de Babylone , qui s'élevait sur les débris de celui des Assyriens , gagner des batailles , prendre des villes, et se maintenir long-temps sur lès bords de l'Euphrate. Il est vaincu enfin; mais dans sa fuite, et comme en passant , il dépose le roi de Juda , l'emmène captif en Egypte, et donne lé rôyauine à un autre. Il est aisé de voir quelles étaient en cela ses vues.

Il y eut donc en Egypte , après l'extinction des races thébaines , et en (Commençant au règne de Sésondhis i des

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Pharaons illustres et.des événemens mémorables, de^mouvemeDS intérieurs , dcts expéditions au dehors et ap. loin , des victoires et des défaites , des villes prises , des pays conquis , des rois , les uns vaincus , les autres déposés ou établis à la volonté du vaincpieur. Il ; eut donc aussi , la conséquence est nécessaire » comme sous les dynasties précédentes, des monumens érigés pour rehausser la gloire, et rendre plus durable le, souvenir de ces hauts faits. Seraitrce sur ces nionumensde récente date, que se trouveraient les tableaux sculptés qui oiOfrent , nous dit-on , Thistoire entière des plus célèbres Pharaons , qui font connaître leurs principales expéditions contre les peuples qui jouaient un rôle important en Afrique et dans l'Asie occidentale , contre les nations qui pouvaient alors lutter de puissance avec l'Egypte, et lui disputer l'empire de Tançien monde? II parait du moins que ces monumens , s'ils sont tels qu'on les dépeint, conviennent Irès^bien à l'histoire de l'Egyptç sous les derniers Pharaons , et n'ont au contraire, presque aucun rapport avec les faits que retracent ceux des rois thébains.

II est vrai , si notre observation est juste , qu'on ne pourrait plus dire que les notions acquises par l'étude de ces monumens , nous reporteront aux premiers temps de Ic^ civilisation humaine , è des époque si*r lesquelles Chisj toire est encore muette , à un ancien monde que nous n'apercevons encore quà travers mille incertitudes. Mais on en sera dédommagé par l'avantage de sortir de ces exagérations , qui fascinent l'esprit et l'égarent dans ses re-r cherches , coAimo elles l'ont égaré dans ses espérances : on se trouvera moins éloigné déjà de la vérité , plus à portée de l'atteiodrc , plus en état de la reconnaître quand elle se présentera, et tout disposé à la saisir et à s'y a^-: . tacher quand on l'aura reconnue.

Ajoutons encore deux consîdératSoos, qui semblent surtout prouver, d'une manière directe , que les dynasties thébaines étaient effectifemeiit beaucoup plus rapprochées des dynasties éthiopiennes qaene le suppose Manethon, et fiois^ sons par là cet article , qui ne s^est allongé qu'à raison de son importance.

Les inscriptions ont fait connaître que des Pharaons, audessous même de Sésonchis , s'occupaient encore des tem-* pies et des autres édifices de la grande dynastie ; qu'ils se faisaient un mérite d'en acheyer des parties qui manquaient pu étaient restées imparfaites , d'y ajouter des décorations nouvelles qui avaient dû entrer dans le plan originaire , ou dont ils demeuraient au moins susceptibles. S'il< étaient aussi anciens qu'on le croît , comment aurait-il encore manqué quelque chose à ces monumens élevés à si grands frais , si respectés d'an peuple superstitieux à l'excès , si intéressans pour la vanité des rois , et auxquels tant de Pharaons auraient pa suecessiveonent travailler ? Comment n'auraient-ils pas reçu depuis long-temps tous les embellissemens qui pouvaient leur convenir ? L'état d'imperfection où ont été laissées la plupart de ces grandes constilictions , les palais comme les temples , ne peut guère s'ex-^ pliqner qu'en admettant le fait , que les premiers auteors n'ont pas eu le temps d'y mettre eux-mêmes la dernière main. Pourquoi encore des princes , venus plusieurs siècles après , y auraient-ils cherché , dans quelques coins obscurs, des places vides pour y écrire leurs noms , qu'eussent mis plus au jour le^ plus simples monumens érigés de leurs inains ?

Quand on met les deux principales dynasties à la hauteur où Manethon les place , et que de là on parcourt la suite des monumens égyptiens, on voit après elles un long espace de temps , où l'art de bâtir semble mort, et le goût .

( 183 ) d» la grande architecture éteint. Des siècles s'écoulent entre l'époque des Thutmosîs et des Ramessès, si féconde en ce genre , et ceUi où l'Egypte , reprenant ses habitudes et ses travaux , reproduit ses anciennes merveilles. Cela est-il dans Tordre naturel , et en assignera-t-on une cause plausible? On la chercherait vainement; mais tout s'expliquera, dès qu'onaura remis 1^ dynasties Thébaines à leur véritable place.

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