PARTIE II. — ( DYSPEPSIES HABITUELLES
il n'y a pas lieu et il y aurait même inconvénient à prescrire les narcotiques avant chaque repas. Je dois ajouter que ces grandes douleurs , qqi donnent à la dyspepsie à de longs intervalles une, apparence névralgique, se rattachent souvent, comme nous Tavons signalé, à quelques circonstances de régime que le médecin a dû chercher à connaître, dès le premier examen qu'il a fait du malade. Il reviendra de nouveau à ces investigations dans le cours de la maladie, chaque fois surtout qu'une aggravation notable dans les symptômes ou l'apparition d'un symptôme nouveau viendra les réclamer. Il devra avoir constamment présent à l'esprit combien ces recherches offrent de difficulté, à raison de la tendance des nialades surtout, et quelquefois même, des assistants, à oublier ou à dissimuler les infractions trop fréquentes apportées au régime, soit dans la qualité ou dans la quantité des aliments, soit aussi dans beaucoup d'autres points qui font partie essentielle du traitement. Si les causes de l'exacerbation sont découvertes, c'est surtout à les éloigner qu'il faut s'attacher; si on ne les découvre pas, il faut prescrire pour quelques jours une diète plus sévère , et ne pas perdre de vue qu'il y a une inconnue dans le problème et qu'on doit parvenir à la découvrir.
Au moment où les vives douleurs surviennent, il faut chercher à les modérer. On y parvient quel-
quefois par des applications répétées de linges trèschauds sur les parties soufifrantes, par des catapla&t mes également très-chauds, arrosés de laudanum., de chloroforme ou autres liqueurs calmantes, par des bains simples ou préparés avec des infusions narcotiques, quelquefois même par des sinapisnàes, qu'oti enlève lorsqu'ils commencent à se faire sen« tir avec quelque vivacité : c'est par cette série de moyens qu'on doit généralement commencer. Dans le cas d'insuffisance, on a recours à l'usage de calmants en lavement tï abord, et, s'ils n'étaient pas conservés, par la bouchey surtout lorsque le temps qui s'est écoulé depuis le dernier repas permet de croire que la digestion stomacale est achevée. La circonscription des douleurs dans les régions intestinales confirmera dans la pensée que les aliments sont parvenus aux intestins, que l'estomac en est délivré, et qu'il peut sans inconvénient recevoir les calmants. Au reste, quand des douleurs excessives surviennent, même peu de temps après le repas, dans la dyspepsie gastralgique, l'indication de les calmer passera avant toute autre, ejt l'on ne devra pas hésiter à donner , en lavement ou par la bouche, une solution d'opium ou quelque autre calmant, à doses plus ou moins élevées et rappro-^chées, selon l'acuité et la persistance des douleurs, et aussi en raison des désordres plus ou moins grands qu'elles apporteraient dans la physionomie,
dans les forces, dans l'état du pouls et de la chaleur. X
Dans le cas enfin d'insuffisance des calmants , on devrait recourir aux exutoires sur l'épigastre, aux vésicatoires saupoudrés, au besoin, de quelque sub^ stancë calmante,, après l'enlèvement de Tépiderme. Mais l'efGet doit toujours en être attentivement sur* \&Aé. L'irritation locale qu'ils produisent, loin dq €alme^ les souffirailces^ intérieures, détermine ch^ qudques &ùjets un effet contraire; et de là l'indi^ cation d'y r^oneer.
Si la maladie se prolonge au delà de plusieurs semaines, de quelques mois surtout, les eaux mi* néràles peuvent avoir' des effets salutaires. Nous nous .en référons, sur ce point, à ce qui a été dit précédemment sur l'opportunité et le choix de ces eaus -: celles de Néris sont souvent très-utiles.
ARTICLE V
ou TRAITEMENT DE LA DYSPEPSIE BOULIMIQUE.
JjSl dyspepsie et la boulimie sont communément deux maladies opposées l'une à l'autre. Celui qui est atteint de dyspepsie mange peu et digère mal ; celui qui est atteint de boulimie mange au delà de toute mesure, et n'en est pas ou presque pas incommodé. , On a. vu, toutefois, dans F observation que nous avons^rapportée (dans la description de la dyspepsie
boulimique), un cas de boulimie avec vomissements, par intervalles, des aliments pris peu avant, surtout lorsque te malade essayait d'appliquer son esprit à quelque travail sérieux, et même à une simple lecture, ou lorsqu'il se livrait à la marche au delà d*un temps d'ailleurs très-limité.
Quels moyens opposer à un mal semblable? Que prescrire à un malade qui est irrésistiblement entraîné à faire quinze repas par jour, et chez qui un retard d'un quart d'heure provoque des vomissements de glaires ou de bile? dont les muscles, dessinés comme ceux d'Hercule, sont incapables de soutenir la marche au delà d'une demi-heure? dont l'esprit ne peut supporter une appHcation d'un quart d'heure, sans que le vomissement des aliments en soit la conséquence? Consultés ensemble par ce malade, nous fûmes d'avis, le docteur Gendrin et moi, de lui faire prendre, un quart d'heure avant le repas, un narcotique, dans le but de modérer la sensation du besoin et d'augmenter graduellement les intervalles des repas. — Dans la même intention, nous l'engageâmes à manger davantage chaque fois, afin de diminuer le nombre total des repas en vingt-quatre heures. Une dose plus forte d'opium, chaque soir, nous parut en outre un moyen de rendre le sommeil plus long et de réduire les repas nocturnes. Enfin , nous conseillâmes des promenades courtes, puisqu'il y avait impossibilité de