DEUXIÈME PARTIE
Chapitre I". Définition. — Je comprends sous ce nom les troubles persistants des fonctions diges* tives^ qui soQt indépendants de toute autre maladie appréciable, soit des organes mêmes de la digestidn^ soit de ceux qui concourent aux mêmes fonctions ou lui sont simplement associés par les lois de la sympathie, soit enfin de toute lésion des parties solides pu liquides de l'économie. Dans tous ces cas, les troubles digestifs appartiennent à la maladie dont ils sont les symptômes. J'en dirai autant de ceux qui se montrent chez beaucoup de femmes pendant la grossesse, et chez quelques-unes à chaque époque menstruelle, et qui se lient aux conditions particulières où se trouve alors l'utérus.
Chapitre IL Des causes. — Les dyspepsies habituelles peuvent dépendre des mêmes causes que celles qui produisent les dyspepsies accidentelles^
296 nbCMÉ.
avec cette différence que ces dernières seront Teffet de l'action passagère et forte de ces causes ; que les autres, au contraire, résulteront de leur action continue et moins énergique. Par exemple, l'individu qui, dans un repas, avalera des morceaux tout entiers sans les mâcher, se donnera immédiatement une indigestion ; celui qui journellement mâchera et insalivera incomplètement ses aliments, se préparera une dyspepsie habituelle. Parmi les causes qui appartiennent spécialement à cette forme de dyspepsie^ nous signalerons^ indépendamment de l'excès ou de la mauvaise qualité des aliments et des boissons, de Tinsuffissuice de la mastication et de l'insalivation déjà indiquées, la mauvaise distribution des repas sous le triple rapport de leur importance, de leur nombre et des intervalles qui les séparent, aux diverses époques de la vie; l'excès ou Tinsuffisance d'exercice, d'occupation physique , intellectuelle et morale , de sommeil, la faiblesse primitive ou acquise des organes digestifs, etc.
Chapitre III. Symptômes des dyspepsies habituelles. — Ces affections se montrent sous des formes diverses, selon qu'elles occupent l'estomac ou les
idbsimi. f97
iatestins, qu'elles sont Itères ou graves, q^e leurs symptômes portent principalement sur les voies digestives, ou sur des organes éloignés. Dans le premier cas, les symptômes ordinaires sont l'inappétence, la douleur ou le malaise daqs les régions stomacale ou intestinale, la pesanteur,, une sensation de plénitude irradiant vers les parties voisines, vers la base du thorax en particulier, avec des nausées, des renvois gazeux, rarement des vomissements ; ils se montrent sous forme de coliques sourdes ou aiguës, quand le mal occupe les intestins. L'ingestion des aliments et le commencement du travail digestif augmentent communémentces souffrances. Un autre symptôme, en apparence peu digne d'attention, mais qui n'est pas sans importance, surtout dans les formes obscures des dyspepsies, c'est une altération de la salive, qui devient mousseuse, moins abondante et formant sur les côtés de la langue deux lignes blanches qui convergent et s'atténuent de la base vers la pointe. Une observation attentive m'a fait reconnaître, chez presque tous les sujets dyspeptiques, cette particularité, qui ne se montre pas chez les autres. Ces phénomènes,^ qui se passent dans les voies digcstives elles-mêmes, rendent en général le diagnostic facile.
t98 jutoQiefe.
U n'en est pas de même quand les phén<Hnènes sympathiques se montrent seuls, comme cela n'est pas rare, ou avec une telle prédominance, qu'ilsyoilent, presque complètement les symptômes locaux.
Une sorte de malaise général, de fatigue, de mo<rosité, survenus dans le cours de la journée, surtout après les repas, est quelquefois, dans les formes légères, Le seul phénomène qui révèle des digestions pénibles; c'est comme l' avant-coureur des symptômes hypochondriaques que la dyspepsie, quand elle se prolonge, amène si souvent à sa suite. Un des phénomènes sympathiques les plus ordinaires de la dyspepsie est la céphalalgie ; elle peut offrir tous les degrés d'intensité entre une simple pesanteur et la migraine la plus intense accompagnée de vomissements. La somnolence après le repas, Tinsommie nocturne, le Cauchemar, une sorte d'affaiblissement de l'intelligence, qui rend presque impossible Fapj^ication sérieuse à un travail quelconque, à Une lecture, à une simple conversation, chez quelquesuns.F affaiblissement de la voix et surtout des muscles locomoteurs, sont encore autant de i^bénomènes sympathiques très-fréquents dans la dyspepsie, dans les heures qui suivent les' repas.
Les phénomènes sympathiques de la dyspepsie
RtSDUft. i^^
peuvent aussi porter- suf les viscèreis reofermés daas le tiiorax, et donner lieu à des troubles mar-'^ quésdans la rei^iration et la circulation : dyspnée» bâillements, toux, palpitations du cœur, quelque* fois irrégularités et inégalités fréquentes dans ses battements. — Ces phénomènes ne se montrent en générai qu'après les repas^ à une même dislance chaque fois, et ayec une intensité proportionnée à Tabondanee des aliments ingérés. — Une accélération, fébrile du pouls est encore un effet sympathique de la dyspepsie^ le seul quelquefois que le malade accuse.; il se montre le plus souvent la nuit, rarement le jour; c'est quelquefois un accès complet avec ses trois stades, presque con«stamment quotidien, quelquefois tierce, par excep* tion rare. (V. p. 80.) Ces symptômes varient du reste selon l'intensité de la dyspepsie (V. p. 107) et la forme spéciale qu'elle peut affecter.
Chapitre IV. De quelques formes spégiaies bE DYSPEPSIE. — Voici celles que nous avons ad-
mises. — D. ftaiùl&ite. — D. névralgiqite, signalées r une et l'autre depuis lotlgteiùps par les auteurs. — D. boulimique , dont nous n'avons vu qu'un exemple bien caractérisé. — Les D. acideet alcaline ;
et enfin la dyspepsie des liquides. Ces trois dernières ont été ou omises ou incomplètement décrites dans les ouvrage^ de médecine; nous en avons fait annuellement le sujet de quelques leçons
dans notre enseignement clinique depuis vingt-cinq ans.
akticii» 1. Dyspepsie flatulente. — Elle a pour phénomène particulier une surabondance de gaz dans les organes digestifs assez prononcée pour ajouter aux malaises 4e la dyspepsie ordinaire.
La distension partielle ou générale de l'abdomen^ les douleurs ordinairement supportables qui en résultent, la gène qu'elle détermine soit dans les voies digestives elles-mêmes, soit dans le thorax par le refoulement du diaphragme, des poumons et du cœur, que la main et l'oreille peuvrat constater et suivre dans leur progrès et leur déclin, les borborygmes, l'émission de gaz par haut et par bas, Yaggravation de tous ces symptômes avec Taccumulation croissante des gaz, et leur diminution qjjand ils sont expulsés ou résorbés : tels sont les
signes de la dyspepsie flatulente.
AttnciiC n. Dyspepsie névralgique. — Gelle^i,
RÉSDIi^. 301
sans devoir être confondue ayec les névralgies^ se rapproche d'elles par V extrême acuité et la forme paroxystique des douleurs dont elle est accompagnée, et qui peuvent être portées jusqu'au point d'arracher des cris aux malades, de déterminer des tremblements convulsifs, une altération considérable des traits^ des sueurs froides, des défaillances.
Amtt€i<B 8. — Je n'ai observé qu'un seul cas de dyspepsie boulimiquej caractérisé à la fois par le besoin presque incessant de manger, et de manger beaucoup chaque fois, et par des vomissements qui survenaient sous l'influence de causes très-légères.
AKTICI.C 4. De la dyspepsie acides — Nous donnons ce nom à une forme particulière de dyspepsie, dans laquelle la salive^ d'alcaline qu'elle est chez l'homme sain, devient acide; l'haleine le devient également, soit par elle-même et dans les voies aériennes, soit en traversant la bouche. Cette acidité, quelquefois faible, peut être portée à un tel degré, que l'air de la chambre qu'habite le malade en soit fortement imprégné. La même acidité est facile à constater dans les matières vomies, dans les rentois gazeux et quelquefois dans
a02 BismiA.
les fèces ; peut-être se trouve-t-eUe en excès dans
les excrétions naturellement acides^ (elles que Tu-
rine et la sueur r c'est un point que la cbimie
éclairera.
La plupjart de ces malades ont de Téloignement pour tout ce qui est acide, acidi fiable , et en particulier pour le sucre. Ils éprouvent, du reste, les symptômes ordinaires des dyspepsies communes. L'abstinence des choses acides et l'usage des alcalins forment les bases du traitement.
Elle a de l'analogie avec une maladie infiniment plus grave, non encore décrite par les auteurs, et dont nous donnons l'exposition dans le chapitre consacré au diagnostic.
ARTicuB 5. De la dyspepsie alcaline. — - Nous croyons aussi devoir admettre, au moins par induction, cette forme de dyspepsie, tout opposée à la précédente, et liée à la prédominance alcaline dans toute l'économie, et spécialement dans les liquides. L'odeur fétide de l'haleine comparable à celle des viandes corrompues, celle des matières vomies ou excrétées par l'anus, l'instinct des malades pour les acides et les aliments végétaux, semblent caractériser cette prédominance.
BÉSIWÉ. 303
AsncnLK e. De la dyspepsie des liquides. — • Parmi les formes spéciales^ celle-ci est l'une des plus remarquables et aussi des moins connues. L'^tomac est devenu impropre à bien digérer les liquides, tandis que la digestion des solides continué à s'opérer avec une apparente régularité. — Quelques individus ont la conscience de leur état : leur estomac 9 disént-ils, est comme noyé dans l'eau; d'autres remarquent que les liquides leur passent mal et en réduisent d'eux-mêmes la qusuitité (V. p. 100 et 101), mais la plupart se plaignent seulement de troubles digestifs, sans discerner le phénomène particulier,, qui devient pour le médecin le symptôme prédominant du mal. Ce symptônae est le clapotement stomacal qui se fait entendre dans les grands mouvements du corps, dans les secousses qu'on lui imprime, et aussi par la pression rapide de la main sur l'épigastre et sous les fausses côtes gauches, quel que soit, du reste, le temps écoulé depuis le dernier repas. Quelques sujets éprouvent de l'oppression et des palpitations de cœur analogues à celles qui ont été signalées dans la dyspepsie flatulente.
Les intestins sont quelquefois aussi le siège d'une affection semblable. Le clapotement a lieu dans les
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régioDS qu'ils occupent; des borborygmes humides s'y font fréquemment entendre; les selles sont habituellement aqueuses et multipliées, et le régime sec est souvent, comme dans la forme stomacale, le seul moyen d'en triompher.
Chapitre V. Marche des affections dyspeptiques. *- Elle est essentiellement rémittente ou intermittente, comme l'est lui-même le travail digestif. Des exacerbations sensibles, mais modérées^ ont souvent lieu après chaque repas, surtout après le plus copieux; de plus prononcées, quelquefois même de très-douloureuses, se montrent à la suite d'écarts de régime, ou par d'autres causes appréciables. Ces exacerbations peuvent aider beaucoup, dans les cas obscurs, au diagnostic, et aussi au traitement du mal.
Indépendamment de ces modifications que présentent les dyspepsies, il en est d'autres qui correspondent aux saisons, au séjour dans les villes ou à la campagne, à la prédominance des symptômes locaux sur les symptômes généraux, des troubles gastriques sur les troubles intestinaux, etc.
Le diagnostic comprend deux points également importants : T discerner ces affections au milieu des troubles sympathiques qui les voilent; 2*" déterminer si les troubles digestifs sont essentiels ou symptomatiquesy et, dans ce dernier cas, quelle est la maladie dont la dyspepsie est l'effet.
Quant au premier point, il importe de né pas oublier que souvent, par suite de la prédominance des troubles sympathiques, le malade qui consulte se plaint de toute autre partie que de Testomac, et que ce n'est qu'après avoir constaté l'intégrité des organes oii il accuse des douleurs, que^ portant son attention sur les voies digestives, le médecin cons* tate dans l'état de la langue, de la salive le plus souvent mousseuse, de la muqueuse buccale imparfaitement humide, dans le malaise constant qui suit l'ingestion des aliments, la douleur de tète, la somnolence diurne et l'insomnie nocturne, etc., des signes propres à lui montrer le point de départ du mal.
Quant aux maladies qui peuvent donner lieu à des troubles digestifs semblables à ceuTi des dyspepsies essentielles, elles ont été l'objet d'un examen détaillé dans l'ouvrage lui-même (p. 1 22). Nous
n'en donnerons ici qu'une simple énumération :
so
306 RÉSHIIÉ.
1* La gastrite chronique; 2* certaines maladies organiques de l'estomac et des intestins, des viscères voisins et du péritoine, surtout dans leur première période; 3* la présence de très-petites tumeurs épiploîques spécialement sur le trajet de de la ligne blanche; 4* la contraction des portions supérieures des muscles droits abdominaux ; 5* le relâchement des parois abdominales; 6*" la chlorose. Nous avons indiqué également les signes diagnostiques propres à chaque forme spéciale des dyspepsies.
A la suite de ces considérations nous avons placé la description d'une maladie, peu connue encore, et nulle part décrite, qui, à la gravité près qu'elle présente, offre quelque ressemblance avec la dyspepsie des acides, et se caractérise parla perte d'appétit;, quelquefois Tabsence de soif, un état fébrile d'abord léger, des nausées, l'odeur excessivement acide de l'haleine, une grande faiblesse qui oblige à garder le lit. Tous ces symptômes vont s'aggravant les premiers jours avec quelque lenteur ; des vomissements de mucus et de matières bilieuses, jaunes, puis vertes, d'abord rares, puis fréquents, marquent le commencement de la seconde période. Les traits s'altèrent» le pouls se
précipite, Tanx^iété augmente; etenûn, après trois à quatre semaines, commence la troisième période, dans laquelle les vomissements s'éloignent et cessent; mais en même temps que cette apparente amélioration s'opère, la fréquence du pouls augmente ainsi que sa faiblesse, l'intelligence se trouble^ le malade a des hallucinations, puis de la somnolence et un état comateux ; la faiblesse croit rapidement, le corps se refroidit et la vie s'éteint* Cette maladie, qui s'est offerte à moi fréquemment en 1832, à la suite de la première invasion du choléra à Paris, et que, depuis lors, j'ai rencontrée plusieurs fois chaque année, souvent chez les femmes enceintes, s'est presque constamment terminée d'une manière. funeste. L'anatomie pathologique n'a rien révélé de constant chez les sujets qui succombent*
Chapitre VII. Pronostic. — La dyspepsie ne compromet l'existence que lorsque, par sa durée et son intensité, elle rend l'alimentation insuffisante et amène graduellement un épuisement complet. Ces cas sont heureusement très-rares ; et le plus ordinairement on découvre, avant ou après la ^n des malades, quelque lésion matérielle, dont les
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troubles digestifs n'étaient que l'elTet. Les cas dans lesquels on ne trouve aucune lésion, et qui seuls appartenaient à la dyspepsie essentielle, sontdes faits exceptionnels. Il n'est pas rare non plus de voir survenir, dans le cours d'une maladie aussi longue, quelque pUegmasie accidentelle, d'autant plus dangereuse qu'elle frappe des sujets épuisés : elle détermine le plus souvent une fin rapide.
Le pronostic porte donc surtout sur la durée du mal, sur les chances prochaines ou éloignées de soulagement ou de complète guérison qu'il peut offrir. La recherche des causes, la résistance aux moyens mis en usage, la docilité des malades au traitement et surtout au régime qu'on leur conseille, sont autant d'éléments importants pour le pronostic.
Chapitre VIIL Du TitAiTEMENt des dyspepsies HABITUELLES. — A l'encontrc de ce qu'on observe dans le plus grand nombre des maladies, dont l'étiologie est obscure, et ne fournit au traitementque des indications secondaires, les causes des dyspepsies sont le plus souvent connues, ou susceptiblesde l!ètre ; elles donnent l'explication naturelle de la maladie, et leur soustraction est le moyen direct
BÉSDMÉ. 309
d'en triompher. C'est ici un des cas, . assez rares dans les maladies qui sont du ressort de la pathologie interne, auxquels peut s'appliquer le vieil adage, Catisà sublatâ, tollUur effectus.
La première chose à faire est donc de rechercher ces causes, en demandant au malade de raconter lui-même quels changements sont survenus dans ses habitudes de vie au début du mal, quelles circonstances, depuis le début, en ont adouci ou exaspéré les symptômes. Puis le médecin interrpge lui-même le malade sur les conditions passées et actuelles de son régime, en suivant l'ordre chronologique et faisant porter ses questions sur toute la série de causes énumérées dans le chapitre consacré à l'étiologie.
Ce premier point éclairci , le traitemeçt doit s'appuyer principalement sur Téloignement immédiat de ces causes, qui ont produit le mal, et de celles qui l'entretiennent, sans négliger d'ailleurs tous les autres points du régime. £n conséquence, on devra fixer tout ce qui se rattache.:
1 "^ A la quantité des aliments ;
2'' A leurs qualités ;
S"" A la quantité et à la qualité des boissons ; à leur température et à celle des aliments ;
Si Ré^CMÉ.
4* A la mastication des aliments ;
5' A leur insalivation ;
6* et 7' Aux assaisonnements, aux pastilles et sucreries digestives dont usent beaucoup de personnes après leurs repas;'
8** A certaines habitudes, comme celle du tabac à fumer ;
9* A la distribution des repas ;
10** A l'exercice;
1 r Aux rapprochements sexuels ;
12** Aux occupations intellectuelles^
1 3** Aux préoccupations morales ;
14' Au désœuvrement. {Des œuvres actives de charité comme moyen (Ty remédier.)
Cette partie étiologique du traiteiùent, est nonseulement en elle-même la plus importante : elle forme, en quelque sorte, le pivot du traitement de toutes les dyspepsies; aussi le médecin doit-il s'appliquer scrupuleusement à ce que les indications qui en ressortent soient toutes exactement saisies et remplies. Le traitement devra du reste varier nécessairement selon Y intensité et la durée du mal ; et à ce sujet, nous en avons admis trois formes principales :
1 ° Dyspepsies légères ;
2^* Dyspepsies graves ;
3* Dyspepsies de longue durée et de moyenne intensité.
La première cède en général facilement et promptement au régime et à Téloignement de& causes connues ; surtout quand elle ne remonte pas loin, que sa durée ne dépasse pas quelques semaines.
La seconde, dyspepsie grave, est une maladie sérieuse, qui réclame de la part du médecin une grande attention et une investigation complète de tout ce qui a précédé le développement du mal et pu y concourir ; rien, jusqu'aux idiosyncrasies y ne devra lui échapper; il se fera rendre compte de tout ce qui a été essayé et des résultats obtenus. Enfin, il fera un examen non moins attentif de l'état actuel du sujet. Il cherchera parmi les boissons alimentaires les plus légères, celles que Tinstinctdu malade accepte le plus volontiers, celles qui dans l'état de santé lui étaient le plus agréables et lui passaient le mieux, en très-petite quantité d'abord, frappées de glace ou très-chaudes: il observera les effets de ces conditions opposées, et réglera sa conduite en conséquence. La glace pilée^ les boissons chargées d'acide carbonique, de sels neutres
OU alcalins , seront essayées. Leç amers, les aromatiques, un peu de vin généreux si la faiblesse est grande ; le lait, les calmants, quand l'irritabilité de l'estomac parait prédominer. Les révulsifs de tout genre, les serviettes très-chaudes sur l'estomac, les sinapismes, les vésicatoires, les frictions vésiculantes, avec l'huile de croton, offrent aussi des ressources actives et dont les effets sont souvent favorables.
. Enfin, dans les cas où ces moyens ont échoué et surtout lorsqu'il existe des vomissements, le moyen de traitement le plus efficace consiste assuré, ment dans l'usage des affusions d'eau froide sur tout le corps, ou des immersions courtes et répétées dans un bain froid, comme le faisait Récamier, et comme nous l'avons fait après lui, depuis environ trente ans, avec des succès presque constants. Nous avons donné, en conséquence, un assez grand développement à ce qui en concerné l'application. Nous avons enfin passé en revue quelques moyens récemment préconisés contre les dyspepsies graves ou rebelles, tels que la strychnine, la chair crue et hachée du mouton ou du bœuf, l'usage du suc pancréatique, du suc gastrique et de la bile. L'utilité de ces moyens nous a paru fort incertaine, si
BiSUMÉ. 313
Ton en excepte l'usage de l'extrait de fiel de bœuf dans quelques cas où l'insuffisance de la bile était constatée par une légère teinte ictérique des téguments, et une décoloration sensible des matières fécales. Mais souvent alors le foie est malade de son côté.
La dyspepsie de moyenne intensité et de longue durée est une maladie très-fréquente. G*est celle , des gens qui digèrent habituellement avec peine, vaquent encore à leurs occupations, ayant, par intervalles, des recrudescences qui les constituent réellement malades ; mais qui, en définitive, ne noenacent leur vie ni prochainement ni dans l'avenir. C'est chez eux surtout que les symptômes de l'hypochondrie viennent s'allier souvent à ceux de la dyspepsie.
De là l'indication particulière d'agir sur leur imagination, en même temps qu*on les soumet au traitement ordinaire de la dyspepsie. Dans ce but, il convient de leur indiquer un remède dont la nauveatuéf la singularité^ le nom même au besoin devra les frapper, et qui présenterait quelques difficultés actuelles dans son emploi, comme la saison, l'espace à franchir, pour en assurer le succès. Ce remède consistera, par exemple, dans des sucs
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exprimés de certaines plantes vernales ou au^ tomnales, dans le lait sortant du pis, dans Tu- -sage abondant et presque exclusif au premier repas, des fruits rouges d'été, des raisins d'automne, cueillis le matin, couverts de rosée, par le malade lui-même, etc. Mais les eaux minérales sont, pour beaucoup d'entre eux, d'un bien plus grand secours, en partie par elles-mêmes, en plus grande partie encore par la vie toute nouvelle où le malade est, placé, et qui exerce une> action puissante sur tout Forganisme. {Voy. page 236.)
Les diathèses herpétique et rhumatismale entrent pour une bonne part dans le choix des eaux, comme aussi dans le choit du régime et des remèdes qui doivent concourir au traitement (page 239).
4'' La dyspepsie, par faiblesse congénitale ou acquise des organes digestifs, est .une des formes les plus opiniâtres de la maladie^ surtout quand elle est > coQgénitale ; elle réclame Un traitement plus sévère, plus long et * quelquefois même la continuation illimitée ' du réjgime qui a amené la guérison, même dans le cas de faiblesse acquise. J'ai cru que l'exposé de la maladie du célèbre Cor-
haro, fait par lui-même, serait de quelque intérêt pour le lecteur, et j'en ai transcrit la partie la plus importante et la plus curieuse;
5** La dyspepsie, par irritabilité des voies digestives, réclame un choix d'aliments plus doux, en quantité moindre encore, et souvent le concours de quelques remèdes calmants.
Aift«ici.v s. Traitement des dyspepsies de for ^ mes spéciales. — V Dyspepsie flatulenie. L' exercice constitue un des points essentiels du traitement dans toutes les dyspepsies ; il est plus iodispetisable encore dans celle-ci, qui est surtout la maladie des individus sédentaires. Il importe, pour que rien n'entrave la circulation des gaz datts les voies digestives, que le ventre soit débarrassé de toute compression par leé corsets, les ceintures^ les cordons chez les femmes ; chez les hommes, de tous les vêtements qui enveloppent le ventre, gilets, caleçons, pantalons, habits; un soutien doux et égal est quelquefois nécessaire contre le relâchement des parois abdominales. On y joint les remèdes dits absorbants, et surtout les réfrigé-
316 RiSDllÉ.
rants, qui peuvent diminuer la sécrétion gazeuse et aussi le volume des gaz renfermés dans l'estomac et les intestins, selon la voie par laquelle ils sont administrés. — Chez quelques sujets les boissons et les aliments chauds conviennent mieux; des topiques chauds ont été appliqués sur le ventre, dans ce dernier cas ; des topiques froids, de la glace même dans le premier. Des sondes œsophagiennes ont été introduites dans le rectum, quelquefois avec avantage, pour facihter l'expulsion des gaz; les frictions abdominales, prolongées, sont de quelque utilité dans le même but.
2"" Dyspepsie névralgique (gastrique et intestinale). — Remonter aux causes qui ont amené les troubles digestifs; si, malgré l'éloignement des causes connues, les douleurs pemstent, recourir aux narcotiques, à l'opium surtout, par la bouche en particulier, peu de temps avant les repas, si les douleurs sont stomacales; quelques heures avant, si elles sont intestinales ; si les douleurs reviennent irrégulièrement, et sans que rien indique le moment de leurs retours, il convient de n'employer les calmants que quand elles se font sentir. Si le mal résiste, recourir aux . exutoires,
RÉSmiÉ. 31 7
aux topiques morphines, au changement de lieu, aux eaux minérales.
3* Dyspepsie boulimique. — Régime, ■*— Opiacés, — Exercices. {Voy. page 267.)
4* Dyspepsie acide. — Elle se révèle par Tacidité morbide des sécrétions qui n'en sont pas douées d'ordinaire ; on la combat par l'abstinence de toutes les choses acides ou acidifiables, du sucre, du pain, et par l'emploi des substances alcalines par toutes les voies, en boissons, en lavements, en bains, par l'alimentation animale.
4"* La dyspepsie alcaline caractérisée par des phénomènes opposés, réclame aussi des moyens opposés : boissons et aliments acidulés, diète végétale, légumes verts et fruits de la saison. — La solution faible d'acide hydrochlorique, recommandée en Angleterre contre toutes les dyspepsies, ne serait applicable 'qu*à celle-ci.
B"" Dans la dyspepsie des liquides^ les indications sont claires : l'estomac, qui digère les aliments solides, digère mal les liquides ; ils restent
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dans ce viscère en assez grande proportion pour y produire, même très-loin des repas, ce clapotement qui forme le signe caractéristique de la maladie. Le malade doit s'abstenir des liquideSj et ne prendre que des aliments solides : les médicaments eux-mêmes doivent être pris sous cette forme.
C'est le plus souvent l'estomac qui est le siège de cette. dyspepsie. Elle porte quelquefois sur les intestins et donne lieu à ces borborygmes humides dont les régions intestinales sont le siège, et quelquefois à une diarrhée séreuse, qui ne cède qu'au régime sec.
GUAPITHE IX ET DERNIER. De LA CONVALESCENCE.
— La convalescence des dyspepsies est d'une longueur proportionnée à celle qu'a eue la maladie elle-même. Du reste, elle est généralement plus longue et plus sujette à rechutes et à récidives que celle des autres maladies. De là l' obligation d'une surveillance plus grande de la part du médecin, et d une soumission plus absolue du malade aux précautions et surtout au r^ime alimentaire, qui lui sont imposés. Il ne doit pas ignorer, et le médecin lui dira avçc autorité, et
BÉSiniÉ. 3 i 9
lui répétera souvent, que des écarts beaucoup moindres de régime ramèneraient le mal plus intense et plus opiniâtre encore que la première fois.
Considérations générales sur les dyspepsies. . . i