PARTIE II. — DYSPEPSIES HABITUELLES
AUX malades qui sont dans cette position, il faut recommander de limiter le travail intellectuel aux heures où Testomac est en repos: depuis le lever, par exemple, jusqu'au déjeuner. C'est le moment d'ailleurs où l'esprit est le plus libre, où rien encore ne l'a ému ni préoccupé, où il est le plus facile de le fixer sans efiTort sur tel ou tel sujet. Les heures qui précèdent le second repas sont encore favorables et peuvent être consacrées au travail intellectuel, surtout lorsqu'un exercice suffisant a eu lieu après le déjeuner, et que la digestion de ce repas est assez avancée pour que ni le cerveau ni Testomac n'en souffrent. Quant aux hommes que des devoirs publics obligent à s'occuper de choses sérieuses, dans les heures même qui suivent le premier repas, aux magistrats, aux avocats, aux professeurs, par exemple, il faut qu*ils s'astreignent à un déjeuner très-léger, dussent-ils prendre plus tard un peu d'aliments pour attendre le diner.
§13. — Des préoccupations iiiol*ales sons le rapport
thérapentl<ine.
Si les occupations excessives de l'esprit sont un obstacle presque insurmontable à la guérison de la dyspepsie, les inquiétudes vives, les grandes peines morales, les chagrins prolongés, surtout dans un cœur de père ou de mère, de fils ou de fille, de
202 DBS DT8PBP8IB8.
femme ou de mari, de frère ou de sœur, exercent
une action non moins forte, et contre laquelle la médecine est à peu près désarmée. On peut obtenir d'un homme voué à la culture des lettres ou des sciences, une certaine modération dans ses éludes^ qu'il peut quitter et reprendre comm.e il le veut. On peut le convaincre qu'il vaut mieux interrompre, chaque jour, pendant uoe qu plusieurs heures qui seront consacrées à des exercices de corps, à des jdistractions de l'esprit, un travail dont, la continuité et l'excès ne se concilieraient pas avec sa santé déjà altérée. Mais que dire à l'homme qui tremble pour les existences qui lui sont les plus chères, à celui surtout qui vient de voir s'accomplir le malheur qu'il redoutait, qui pleure son père, sa femme, son enfant ; à celui encore qui voit son honneur! jamais compromis dans quelqu'un de ces événements dont la vie humaine est remplie ? Dans ce» perturbations de tous les organes, l'estomac n'est plus apte à remplir ses fonctions: à peine quelques potages, quelques bouillons peuvent-ils être acceptés et digérés. On attendra pour augmenter graduellement Talimenlation, l'adoucissement de ces grandes et trop légitimes douleurs. Quand le temps en aura adouci la violence, les voyages, surtout vers des pays solitaires, vers les grands et beaux sites de la nature, loin dès Jieux oii la mode et les plaisirs bruyants rassemblent, chaque année, les gens désœuvrés, conr
PABTIE II. — DTSPEP8IE8 HABITUELLES. 203
courront à apporter un allégenpient réel aux grandes peines du cœur et aux désordres qu'elles ont amenés dans les divejrses fonctions.
Si les grandes secousses morales, ainsi que la tension excessive . de l'esprit troublent presque inéyitablement les digestions^ les conditions tout à fait opposées ne leur sont pas non plus favorables. Le vide du cœur, le désœuvrement complet de l'esprit sont loin d'être choses bonnes pour la santé. Non pas que sous ces dernières influences on voie apparaître les grandes et subites perturbations que produisent les premières. Mais dans ce vide complet du cœur et de l'intelligence, les fonctions stomacales deviennent languissantes, l'appétit diminue, les aliments même en petite quantité, sont digérés difficilement, péniblement; et si les mêmes influences persistent longtemps , elles peuvent conduire jusqu'à cette dyspepsie intense qui réduit à presque rien l'alimentation, et qui se montre bientôt avec le pénible cortège des symptômes de l'hypochondrie.
C'est surtout à l'inoccupation habituelle de l'esprit qu'il convient de rattacher ces dyspepsies hypochondriaques, qu'on voit survenir si fréquem-* ment schez les sujets qui abandonnent prématurément leyr profession vers le milieu de leur vie, et alors qu'ils conservent encore une activité qui n'a plus d'emploi. Il est bien quelques hommes, qui, nés avec de l'aisance, ayant fait des études littéraires ou
scientifiques complètes, et sans avoir jamais exercé une profession proprement dite, trouvent dans Tétude des lettres ou des sciences, datis leur goût pourTagriculture, dans les soins de leur famille et l'éducation de leurs enfants, dans l'habitude de voyages instructifs, de bons et honorables moyens d'imprimer à leur vie un mouvei^aent, un but qui préserveront leur santé. Mais si on compare leur nombre à celui des hommes qui, après avoir acquis dans les affaires une aisance suffisante, abandonnent les seules choses qu'ils sussent faire et ne peuvent plus que traîner leur vîe dans des distractions stériles et insuffisantes, telles que les conversations de la société, les promenades sans but, la fréquentation des spectacles, des clubs, des réunions diverses, on se convaincra facilement que les premiers font exception et que lès seconds établissent cette règle, savoir ; que si, comme on l'a répété depuis longtemps, la parfaite honnêteté est plus difficile et plus rare chez les gens oisifs, il est également vrai, il est plus vrai encore, d'après l'observation médi-* cde, que l'homme oisif est moins bien portant et moins heureux que l'homme occupé.
Lors donc que je su.is consulté par un homme dyspeptique, à quelques autres questions déjà signalées et que je lui adresse constamment, je joins toujours celle-ci: Avez- vous eu et avez-vous encore une profession et quelle est^Uè ? La dyspepsie, comme