‹ Des dyspepsies [electronic resource]Chapitre 1 sur 44 · CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

Dans les dix dernières années du dix-huitième siècle et depuis le commencement du siècle actuel, les travaux des médecins ont été presque uniquement dirigés vers l'étude des altérations anatomiques que les maladies apportent dans la structure du corps humain. Une science presque nouvelle est sortie de ces travaux auxquels la médecine française a donné la première et la plus forte impulsion, et fourni la meilleure part. Gloire et reconnaissance à tous ceux qui ont concouru aux progrès de l'anatomie pathologique ! ils ont débarrassé la médecine d'une multitude d'opinions erronées et de théories dangereuses. Ils ont fourni des connaissances précises sur le siège des maladies les plus graves, sur les lésions variées des parties constituantes du corps. Ils ont rectifié ou consolidé

la valeur des signes diagnostiques et fourni à la thé-

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rapeulique celle première base sur laquelle seule elle peut être solidement ('ondée. Ils ont distingué les altérations susceptibles de guérison de celles qui ne le sont pas, et éclairé par conséquent le prognostic; ils ont fourni enfin à l'étude des fonctions chez l'homme sain, à la physiologie, des faits plus importants et plus concluants que ne sauraient l'être ceux qui résultent des expériences &u.rjes animaux vivants.

Mais l'apphcation de l'anatomie pathologique et par conséquent son .utilité ont leurs limites naturelles. L'anatomie pathologique, n'hitervenant qu'après la mort, est de peu de secours dans la plupart des maladies qui n'entraînent pas la perte de la vie, et particulièrement dans celles qui font l'objet de ce hvre. Or, leur étude ne saurait avoir une importance moindre que celle des premières : elle en a même, à quelques égards, une plus grande encore, surtout par ce double motif que ces maladies sont incomparablement plus fréquentes, et qu'elles sont pour la plupart susceptibles de céder à un traitement convenable.

J'ajouterai enfin, qu'étant en dehors du domaine de l'anatomie pathologique, elles sont restées en dehors de l'impulsion imprimée à l'étude des autres maladies, qu'elles n'ont pas été observées avec le même intérêt, et qu'aujourd'hui elles sont moins bien connues que les premières.

Pour ce qui concerne leur fréquence, il serait sans

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doute difficile de la déterminer rigoureusement, et sur une grande échelle. Beaucoup de dyspepsies passent inaperçues, soit parce qu'elles ne donnent lieu qu'à des phénomènes locaux, si peu intenses, que les malades n'y font pas attention, et croient ne pas devoir consulter pour un mal si léger, soit enfin parce qu'elles ne se montrent que par des phénomènes sympathiques, qui peuvent tromper le médecin lui-même : d'où il résulte qu'elles sont en réahté beaucoup plus fréquentes qu'elles ne le paraissent. Ce que je puis affirmer, pour ce qui me concerne, c'est que parmi les personnes qui viennent me consulter pour des maladies qui, bien entendu, ne les retiennent pas au lit, un cinquième, au moins, est atteint de dyspepsie, sans que jamais j'aie eu, que je sache, une réputation spéciale à ce sujet. Or, la fréquence d'une maladie ajoute beaucoup à son importance, aux yeux du médecin et au point de vue de l'humanité. Les maladies rares ne sont presque qu'un objet de curiosité ; on les étudie pour ne pas laisser incomplet le tableau des misères humaines, mais avec la pensée qu'on ne les rencontrera peutêtre pas une seconde fois dans le cours de sa carrière : elles ne sont pas du domaine de la pratique , rara non sunt artis. 11 en est tout autrement des maladies de tous les jours, de celles que chaque médecin rencontre à chaque pas dans l'exercice de son art. Qu'elles soient graves ou bénignes, ce sont celles-

i DES DYSPEPSIES.

là surtout, comme j'aimais à le répéter dans mes leçons cliniques, qu'il faut étudier avec le plus de soin, sous toutes leurs formes, celles-là qu'il faut bien connaître et savoir traiter. Beaucoup d'entre elles, sans compromettre l'existence, la rendent très-pénible, quelquefois même presque intolérable, par le genre de souffrances qu'elles déterminent, et par leur durée désespérante. Quelques - unes enfin ne sont pas exemptes de danger.

J'en dirai autant sous le rapport de la science. Quelque humble que soit , dans un cadre nosologique, le rang assigné aux maladies qui n'offrent communément, ni périls, ni symptômes très-graves, ni lésion matérielle qui les explique, les dyspepsies présentent en réalité, même au point de vue scientifique, un intérêt très-grand, dans toutes les parties de leur histoire, mais principalement dans la recherche des causes nombreuses et variées qui les produisent, dans les formes très-différentes qu'elles revêtent, dans leur diagnostic souvent difficile, et enfin dans la diversité très-grande, et pourtant rationnelle, des moyens de traitement qu'elles réclament.

Pendant vingt-six années que j'ai passées dans l'enseignement clinique, j'ai saisi avec empressement les occasions qui se sont offertes d'appeler l'attention des élèves et des jeunes médecins sur ce genre de uialadies. Mais, il faut le dire, elles sont

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