‹ Des dyspepsies [electronic resource]Chapitre 2 sur 44 · CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES. S · texte numérisé non relu

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aussi rares dans les hôpitaux qu'elles sont communes dans la pratique particulière , et cela par un motif très-simple. Les malades pauvres, que leurs souffrances n'obligent pas à garder le lit, ne demandent guère à être admis dans les hôpitaux, et ceux qui s'y présentent dans ces conditions n'y sont que rarement reçus. Dans le but de remplir cette lacune, j'ai, à diverses reprises, consacré plusieurs leçons à l'exposition de ces dyspepsies, que, dans l'exercice de son art, hors des hôpitaux, le jeune médecin renconh^era tous les jours. Cette considération me détermine aujourd'hui à traiter par écrit ce point important de pathologie : c'est une manière encore de continuer mon enseignement ; celle-là, je dois le croire, ne me sera pas enlevée.

Ce que je viens de dire sur l'extrême fréquence de la dyspepsie portera quelques personnes à se demander si, après avoir constamment lutté contre le' système deBroussais, je n'arriverais pas moi-même à des idées analogues aux siennes, si je ne verrais pas partout des dyspepsies, comme il voyait lui-même des gastrites et des entérites dans presque toutes les maladies aiguës et chroniques. Mais il me sera facile de me disculper du reproche de ne l'avoir combattu que pour me parer de ses dépouilles. Je n'ai pas le genre d'esprit, je dirai même sincèrement l'espèce de capacité nécessaire pour créer des systèmes, comme je n'ai pas non plus, et je m'en félicite, cette facilité

de conviction qui conduit à les subir et à les accepter. Broussais voyait comme point de départ, on comme phénomène prédominant, dans toutes les maladies aiguës, l'inflammation de l'estomac et des intestins ; il retrouvait cette même inflammation dans la plupart des maladies chroniques ; et les lésions organiques de ces viscères, cancers, végétations, hémorrhagies, invaginations, etc., n'étaient que des formes diverses de la gastrite et de l'entérite. Ces idées que j'ai combattues tant qu'elles ont été en faveur, je suis loin de les accepter aujourd'hui qu'elles sont tombées dans un complet abandon, je devrais dire dans un oubli général. Il m'est facile d'ailleurs de montrer qu'il n'existe aucune similitude entre les gastro-entérites de Broussais et les maladies que je réunis sous le nom de dyspepsies. Celles-ci ne comprennent ni la grande classe des maladies fébriles , affections typhoïdes , exanthèmes aigus, phlegmasies viscérales et membraneuses de toute espèce, ni même la gastrite et l'entérite, parce que les troubles de la digestion qu'on observe dans ces maladies appartiennent à ces maladies diverses, qu'ils ne doivent être étudiés qu'avec elles et qu'il serait illogique d'en traiter à pari. Mon sujet est limité à ces dyspepsies qui sont indépendantes de toute autre maladie, soit des organes digestifs eux-mêmes, soit des parties plus ou moins éloignées, à ces cas dans lesquels la dys-

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pepsie, constituant la maladie elle-même, n'est ni symplomatique comme dans la gastrite, l'embarras des premières voies, le cancer de l'estomac ou des intestins, ni sympathique comme dans les maladies des reins, de la vessie, de l'utérus, du cerveau ou dans les déplacements herniaires. Elle est le résultat de causes très-variées sans doute, mais le plus souvent manifestes et qui, pour la plupart, portent directement leiir action sur les organes digestifs. Elle ne comporte pas, comme la gastro-entérite, qui comprenait tous les troubles digestifs, sans exception aucune, quels que fussent leur nature et leur point de départ, un seul traitement, la saignée et la diète ; elle réclame, au contraire, les moyens les plus variés, selon les causes très-diverses qui la produisent ; elle exige dans le médecin qui la traite un esprit d'investigation et de discernement dont Broussais et ses disciples n'avaient ni souci ni besoin.

Notre sujet se trouve donc limité à un seul genre de dyspepsies, celles que nous appelons essentielles, malgré l'espèce d'anatlième prononcé contre ce mot par le chef de la médecine physiologique. Le mot essentiel est aussi nécessaire en pathologie que le mot symplomatique, dont la signification est toute contraire. Si l'un est conservé, il est de rigueur que l'autre le soit aussi. C'est d'ailleurs une question de pathologie générale qui ne doit pas prendre place ici. .Te rappellerai seulement que la dyspepsie essen-

tielle n'a jamais été considérée comme un être, pas plus que celle qui est symptomatique d'un cancer de l'estomac, d'une ulcération simple de ce viscère ou de toute autre maladie. Jamais médecin n'a eu pensée semblable, excepté l'homme qui a écrit des volumes pour combattre un fantôme de son invention. Nous avons traité ailleurs ce point de doctrine in extenso, et nous renvoyons le lecteur à ce que nous nous en avons dit (1).

Nous diviserons notre sujet en deux parties. La première, qui sera de beaucoup la plus courte, aura pour objet la dyspepsie accidentelle, passagère, celle qu'on désigne vulgairement sous le nom di indigestion. Bien qu'elle soit loin d'avoir l'intérêt que présente la dyspepsie habituelle, elle offre aussi dans quelques points un intérêt réel, des faits qui ne sont pas assez généralement connus. Elle appartient d'ailleurs au sujet que nous traitons, et nous ne pourrions l'omettre, sans rendre notre œuvre incomplète, et sans nuire à la description de la dyspepsie habituelle, à laquelle elle se lie par bien des points.

La seconde partie, consacrée à la dyspepsie habituelle, celle qui fait à proprement parler le sujet de ce livre, aura nécessairement beaucoup phis d'importance et d'étendue. La dyspepsie acciden-

^i) Élémentf! de Patholoijip générale, l'nris. lSo(i.

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lelJe n'est le plus souvent qu'une indisposition passagère, dont chacun connaît la cause et le remède, et pour laquelle on n'appelle guère le médecin, si ce n'est dans des cas exceptionnels. La dyspepsie habituelle, au contraire, constitue une véritable maladie, de durée souvent longue, qui altère plus ou moins sérieusement la santé, rend nécessaire l'emploi méthodique de toutes les règles de l'hygiène, et quelquefois même le concours de médicaments plus ou moins énergiques.

PREMIÈRE PAirriE.

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