FAIBLESSE PRIMITIVE OU ACQUISE DES OUGANES DIGESTIFS
Il faut encore ranger parmi les causes de dyspepsie, la faiblesse primitive ou acquise des organes
digestifs. — La première a commencé avec la vie, et s'est quelquefois montrée dès la naissance. Il n'est pas rare, en effet, de voir des enfants dont l'allaitement offre, dès le principe, les plus grandes difficultés. Les changements successifs de nourrice, les soins les plus attentifs pour régler les intervalles et la durée de chaque succion, l'emploi de boissons destinées à diminuer la consistance ou à modifier la composition du lait de la nourrice, restent insuffisants pour amener de bonnes digestions. — Après l'allaitement, les mêmes difficultés se présentent pour régler le régime, et ces troubles peuvent persister ainsi dans l'adolescence et dans toutes les périodes successives de la vie. Tout indique ici une débilité congénitale des organes digestifs, qui obligera peut-être indéfiniment à toutes les sévérités du régime le plus austère ; surtout si cette faiblesse des organes digestifs est héréditaire. Ces cas sont heureusement assez rares. Le plus souvent cette faiblesse des organes digestifs n'existe pas chez les parents ; elle n'est survenue que dans le cours de la vie, sous l'influence de causes appréciables, dont l'éloignement complet laisse l'espoir d'un rétablissement définitif. Lorsque cette faiblesse est consécutive, soit à des habitudes solitaires contractées dès l'enfance, soit à des excès prématurés dans les relations sexuelles, le pronostic est plus sérieux. La débilité de tout l'organisme qui résulte de cette
cause, peut porter plus spécialement encore sur les voies digestives, et devenir ainsi un obstacle trèsgrand à leur rétablissement.
Parmi les jeunes femmes trop faibles pour supporter les fatigues de l'allaitement, qui veulent, par un zèle très-naturel d'ailleurs et très-excusable, mais très-imprudent, nourrir leurs enfants, il en est un grand nombre chez lesquelles les voies digestives sont principalement frappées; elles ne se rétablissent que très-diftîcilement, même après que l'allaitement a été suspendu.
La faiblesse des organes digestifs résulte encore assez fréquemment de causes qui ont agi directement sur eux. L'abus des vomitifs et des purgatifs, l'usage immodéré du baume de copahu et du poivre cubèbe, les écarts répétés de régime, et d'autres fois l'exagération de l'abstinence, comme aussi les évacuations sanguines opposées à de chimériques inflammations, ont souvent réduit les organes digestifs à un état d'incapacité, dont on n'a pu triompher que très-lentement ou même qu'incomplètement. Il n'est pas rare enfin, que cette faiblesse soit accompagnée d'une irritabilité excessive de ces mêmes organes, qui ajoute encore aux difficultés du traitement.
Dans ces conditions de faiblesse et de susceptibilité, portées à un certain degré, une quantité d'aliments très-modérée, réduite de moitié, des trois
quarts même, peut rester encore excessive, et les aliments les plus légers n'être digérés qu'avec beaucoup de difficulté et de souffrance.
A ces causes diverses, qui peuvent rendre la digestion pénible, il faut enfin en ajouter une autre de moindre importance sans doute, et qu'on n'observe que rarement : c'est le sommeil dans une position inaccoulumée. Si beaucoup de personnes peuvent se coucher indistinctement à droite, à gauche, ou sur le dos, sans en ressentir aucune incommodité, d'autres ne peuvent choisir, et n'ont, selon leur expression, qu'un côté pour dormir ; c'est le plus souvent le côté droit. Quelque circonstance accidentelle ou durable, comme serait une fracture, une plaie, un érysipèle, une névralgie, une douleur rhumatismale, les oblige-t-elle à dormir sur le côté opposé ou sur le dos, elles ont pendant le sommeil des palpitations, de l'étouffemcnt, des cauchemars et souvent un enduit épais de la langue, le mauvais goût et la sécheresse de la bouche, la soif, les nausées, diverses souffrances abdominales, de la courbature et une inappétence plus ou moins prononcée. Si la nécessité de dormir dans une position inaccoutumée n'est que passagère, le lendemain tout a disparu ; mais si elle se prolonge pendant des semaines, des mois, elle devient l'occasion de dérangements plus marqués, auxquels il n'y a rien autre
chose à faire, que de restreindre, autant que besoin, la quantité des aliments, de prescrire quelques amers, des eaux digestives avec le vin aux repas, jusqu'à ce que le patient puisse reprendre pour la nuit, sa position accoutumée.