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DU TRAITEMENT DE QUELQUES FORMES DE LA DÎSPEPSIE

Après avoir indiqué les bases générales du traitement de la dyspepsie, nous devons nous occuper des modifications particulières que réclament, dans leur traitement, les formes diverses dè cette maladie, selon ses degrés d'intensité et d'opiniâtreté, selon son siège dans Vestomac ou les intestins, selon la. prédominance de Y atonie ou de V irritabilité de ces organes, ou enfin dans ses formes spéciales, désignées sous les noms de flalidente, gastraJgique, boulimique, acide et de dyspepsie des liquides.

§ l®'. — Traitemeut de la dyspepsie légrère.

La dyspepsie légère, cède ordinairement, surtout quand elle est récente, avec facilité et promptitude, au simple éloignement de la cause ou des causes qui lui ont donné naissance. Une diminution modérée dans la quantité des aliments, un choix un peu plus sévère, un intervalle convenable entre les repas, dont le nombre sera déterminé, un exercice suffisant, etc., suivant les règles posées dans le cha-

pitre précédent, suffiront dans le plus grand nombre de cas pour en triompher.

Si, nonobstant ces moyens, le mal persistait, il faudrait revenir à la recherche des causes qui l'ont produit. Une première enquête a pu être incomplète, soit par omission involontaire ou volontaire du malade, soit parce que le médecin n'a pas fait toutes les questions nécessaires. Dans un second examen, il s'assurera avant tout, par le récit du malade lui-même et par celui des assistants, s'il a suivi constamment et en tous points les conseils qui lui ont été donnés. S'il ne l'a pas fait ou ne l'a fait qu'incomplètement, on insistera pour qu'il s'y ' soumette entièrement. Si les prescriptions ont été observées, on reviendra encore sur les recherches étiologiques qui doivent, quand elles sont complètes, conduire à la connaissance des moyens de traitement: elles comprendront les aptitudes habituelles de l'estomac, et s'étendront même aux idiosyncrasies, précédemment signalées. Dans ce nouvel examen, les questions seront posées d'une manière plus précise; celles en particulier qui se rattachent aux causes les plus délicates de la dyspepsie : je veux parler des causes morales. De leur connaissance ressortiront probablement une ou plusieurs indications nouvelles, qui éclaireront dans la marche à suivre pour arriver à bien. On y joindra, au besoin, pour remonter l'esprit du malade, l'usage modéré de quelques bois-

sons amères, de quelque eau minérale digestive, prise aux repas avec le vin, des distractions plus variées, des excursions de quelques jours, et l'on devra triompher de ces légers troubles digestifs, surtout si dans les examens successifs, rien ne vient les rattacher aux dyspepsies symptomatiques.

§ 2. — Traitement «le la dyspepsie g^raTe.

Nous appelons dyspepsie grave celle qui à raison du trouble considérable des fonctions digestives, rend l'alimentation insuffisante, ou même impossible , est accompagnée de vomissements ou de diarrhée, oblige à garder la chambre et même le lit, et finit par inspirer des craintes au malade et à sa famille, pour son existence.

Chez la plupart des sujets, les symptômes locaux prédominent sur les phénomènes généraux et sympathiques ; toutefois, la diminution des forces et de l'embonpoint qui survient lentement dans la plupart des cas, rapidement dans quelques-uns, justifie les préoccupations qu'inspire communément cette forme de dyspepsie.

Dans ces dyspepsies graves, le plus souvent stomacales, la recherche des causes est encore la première chose qui doit appeler l'attention des médecins. 11 faut y joindre celle des influences qui ont pu l'aggraver : plus le mal se montre sous un aspect

grave, plus l'investigation du médecin doit être scrupuleuse et complète, sur ces deux points en particulier.

Elle fournira le plus souvent de précieuses indications, mais en présence d'une altération profonde de l'appareil digestif, de la nécessité et de la difficulté de nourrir un malade qui s'épuise, l'éloignement des causes morbifiques, quelque importance qu'il ait, pourrait rester insuffisant; il n'est pas moins essentiel de trouver un aliment que l'estomac accepte, avec ou sans le concours de quelque agent thérapeutique.

Quand les choses sont arrivées à ce point de gravité, le malade a nécessairement essayé déjà de beaucoup d'aliments variés, soit d'après son propre instinct, soit d'après les conseils des médecins qu'il a consultés. Il importe de connaître quels ont été ces essais, comment ils ont été faits, si plusieurs ont eu lieu simultanément, ou s'ils ont été successifs, et quels ont été les résultats de chacun d'eux. On cherche aussi à connaître les instincts des malades, à savoir quels aliments leur plaisaient davantage ou étaient mieux digérés en santé, fût-ce même parmi ceux réputés indigestes. J'ai cité l'exemple d'un dyspeptique qui , dans les recrudescences plus qu'annuelles de son mal, se remettait en mangeant un melon ; chez d'autres, les pêches, les raisins, le lait, produisent habituellement un effet semblable,

non-seulement dans la dyspepsie stomacale, mais dans la dyspepsie intestinale avec diarrhée. De tels antécédents peuvent, sans doute, fournir des indications importantes, mais ces faits sont des exceptions.

Si rien de semblable ne vient éclairer le médecin, si les essais antérieurs, quoique bien dirigés, n'ont eu que des résultats fâcheux ou à peu près nuls, et ne fournissent d'autre indication que celle de ne pas les recommencer, force est de chercher ailleurs des indications.

Est-on en présence d'un sujet épuisé par un régime trop sévère, et surtout par des évacuations sanguines? on doit diriger son choix vers les aliments qui, sous le plus petit volume possible et sous les formes les plus digestibles, contiennent le plus de matières nutritives, tels que les consommés, les jus de viandes rouges ou noires, grillées ou rôties, que le malade mâchera pour en exprimer le suc, en rejetant la trame. Il les pénétrera de salive et les avalera lentement, en pelite quantité chaque fois et à des intervalles déterminés, mais aussi rapprochés que le permettra l'état de l'appareil digestif. Dans quelques cas, la petite quantité d'eau contenue entre l'huître et sa coquille a pu être seule digérée par des estomacs qui repoussaient toute autre chose. Les gelées de viandes assaisonnées d'un peu de vin généreux, ou même de liqueur alcoolique, quelques parcelles de pain ou de biscuit

imbibées de vins muscats de Fronlignan, de Lunel, de Rivesalles, de vins d'Espagne, de Portugal, ou encore de Rota ou d'Alicante, s'ils sont acceptés, peuvent être d'un grand secours, quand ils sont administrés avec mesure , par cuillerées à café, étendus avec de l'eau, ou associés avec quelque substance douce, comme les bouillons et les gelées. En général, on ne doit pas trop redouter l'impression de chaleur que produit dans un estomac qui ne recevait que de l'eau gommée, ou du bouillon de veau, le contact d'aliments substantiels et surtout de vins généreux. Mais il convient de tempérer cette impression lorsqu'elle est vive, persistante, et qu'elle va jusqu'à la sensation de brûlure, soit en ajoutant plus d'eau à ces vins alcooliques, soit en les remplaçant par les vins vieux de Bordeaux ou de Bourgogne.

Si , au lieu de ces conditions, on est en présence d'un malade dont l'estomac a été longtemps irrité par un régime incendiaire, par l'abus des vins et des liqueurs, des assaisonnements excitants, par l'emploi prolongé des purgatifs résineux, du poivre cubèbe, du copahu, c'est aux aliments les plus doux qu'il convient d'abord de recourir, au lait sortant du pis, pur ou étendu d'eau, au lait d'ânesse, qui est le plus léger, aux bouillons animaux les plus faibles, tels que les bouillons de grenouilles, qui ont remplacé depuis plus d'un demi-siècle, dans la'

pratique médicale, les bouillons de vipère, si recommandés autrefois. Un jaune d'œuf délayé dans de l'eau bouillante, sucrée et aromatisée avec l'eau de fleurs d'oranger, les décoctions de fruits, de légumes, plus ou moins concentrées, forment une série de boissons alimentaires, parmi lesquelles on choisit, en consultant le goût du malade et la manière dont son estomac les accepte. On ne doit pas non plus perdre de vue, dans ces circonstances, la nécessité de tenir compte des habitudes. De même que, dans le cours d'une maladie aiguë, chez les sujets adonnés à l'usage du vin et des liqueurs alcooliques, il importe de ne pas interdire brusquement ces boissons, mais d'en accorder, chaque jour, une quantité limitée, qui peut encore être diminuée graduellement ; de même aussi, dans quelques dyspepsies graves, même avec augmentation de l'irritabilité, peut-il être nécessaire d'ajouter aux boissons mucilagineuses, quelques petites proportions de vins, ou mieux d'une liqueur alcoolique. Privés de leur stimulation accoutumée, certains estomacs ne savent pas digérer les substances même les plus légères.

Si l'on parvient à trouver, dans ces cas divers, un ahment qui soit accepté et digéré convenablement par un estomac qui vomissait ou se révoltait contre toutes choses, on a fait déjcà un premier pas et un pas important vers la guérison. On en aug-

mente graduellement la dose, mais avec prudence: on avait commencé par une cuillerée à café, on en donne deux, puis trois, puis une cuillerée à bouche, une très-petite tasse, et l'on est souvent surpris de voir qu'une quantité quadruple, décuple même, n'est pas en définitive plus laborieusement digérée que les quelques gouttes par lesquelles on avait débuté.

Si, au lieu de ces essais heureux, le mal persistait, et spécialement les vomissements, on essayerait de les enrayer par l'usage de la glace râpée, bien préférable à la glace pilée, parce qu'au lieu de fragments angulaires peu faciles à avaler, elle offre une espèce de poudre homogène à laquelle on peut ajouter du jus de fruits, un sirop, un peu de vin ou de bouillon, et qui arrive dans l'estomac avec sa température, tandis que les fragments qu'on laisse fondre dans la bouche ne portent dans ce viscère qu'une eau devenue tiède, en traversant par petites quantités, et dès lors avec lenteur, le pharynx et l'œsophage.

Dans le cas où la glace reste sans succès, on trouve dans le gaz acide carbonique, suspendu dans les eaux gazeuses nalurelles ou artificielles ou dégagées de la potion de Rivière, un moyen souvent utile auquel tous les praticiens ont recours, avec des résultats très-divers. L'eau de Bussang, qui contient avec le gaz acide carbonique un élément alca-

lin, compte aussi des succès. Il en est de même de l'eau de Yichy, malgré son goût saumâlre. Il est d'usage, dans ces cas rebelles, d'essayer ces eaux diverses, et le médecin, dans un mal qui dure longtemps, est encore heureux de trouver dans la variété de ces ressources, même incertaines, des chances de combattre la maladie et des moyens de soutenir le moral du patient.

Dans ces derniers temps, quelques praticiens ont employé chez les enfants atteints de dyspepsie diarrhéique intense, un genre à' alimentaiion qui devait soulever des objections sérieuses, mais qui n'a pas présenté à l'expérimentation d'aussi mauvais effets que l'induction aurait pu le faire craindre : il s'agit de la viande crue, du bœuf ou du mouton en particulier, réduite par la râpe ou la feuille (1), en très-petits fragments, assaisonnée avec un peu de sel ou de sucre. Je tiens du docteur Blache que parmi les enfants qu'il a soumis à cette alimentation, à l'hôpital de l'Enfant-Jésus, quelques-uns, en très-petit nombre, ont éprouvé une amélioration passagère; mais ceux-là même n'ont pas pu continuer la viande crue, et chez la plupart des autres, cet amendement passager n'a pas même été observé. Je ne sache pas qu'aucun médecin en prescrive encore l'usage aujourd'hui, et le délaissement

(l) Espèce de couperet très-mince.

universel de ce mode d'alimentation ne permet guère de conserver l'idée qu'il ait eu, dans les mains de quelques praticiens, des avantages soutenus et réels.

Les poudres amères de racine de columbo, l'extrait de gentiane, de quinquina et autres, ont été aussi administrés, peu avant les aliments, dans les cas surtout où les substances toniques sont indiquées. Lorsque seules, elles ne réussissent pas, et que le mal se présente avec des vomissements, des douleurs locales, de la diarrhée ou simplement une tendance diarrhéïque, on les associe à quelque préparation opiacée, à l'extrait thébaïque, à la codéine en particulier.

L'application sur l'épigastre de serviettes trèschaudes, de boîtes d'étain remphes d'eau chaude et configurées de manière à s'appliquer à la forme de l'épigastre, aident quelquefois à l'action de l'appareil digestif. Mais ce moyen ne peut être employé que comme un simple auxiliaire. On doit espérer mieux des sinapismes et des vésicatoires appliqués à l'épigastre. Si l'on en obtient quelque succès, on en répète l'apphcation aussi souvent que le demande le retour des vomissements.

A. Des aiïusions et des immersions froides dans le traitement des dyspepsies graves de forme gastrique.

Dans les cas où le trouble des fonctions diges-

lives résiste à ces moyens, l'emploi de Veau froide, sous forme d'iwmeraons, ou mieux a fjusions, constitue une des plus puissantes ressources de la thérapeutique. C'est au professeur Récamier, à qui l'art de guérir restera redevable à bien des titres, qu'il faut rapporter l'honneur d'avoir préconisé et introduit dans la pratique ce moyen énergique de traitement.

D en a obtenu, et depuis lui le professeur Marjolin et beaucoup d'autres, parmi lesquels j'ai pris rang dès le principe, des résultats surprenants, dans les cas où les malades étaient parvenus au dernier degré de la faiblesse, et où l'estomac rejetait tous les aliments qu'on lui donnait. Voici de quelle manière Récamier procédait à ces affusions.

Il faisait mettre au milieu de la chambre du malade une baignoire vide, à droite et à gauche de la baignoire un baquet rempli d'eau à 16° Réaumur, quelquefois à 20°, quand il craignait, à raison de la faiblesse, que la réaction ne se fît pas convenablement. Deux personnes tenant à la main une grande casserole, étaient placées à côté de ces baquets. Le malade, débarrassé de ses vêtements, enveloppé dans une nappe comme dans un hamac, la tête seule couverte d'un serre-tête en taffetas ciré, était enlevé par deux personnes, tenant les deux extrémités du hamac et placé, ainsi suspendu, dans la partie la plus élevée de la baignoire : aussitôt les

deux personnes placées à droite et à gauche, remplissant leurs casseroles dans les baquets, lançaient avec force l'eau dont elles étaient pleines sur le malade, dans la direction de la tête vers les pieds, d'une manière alternative, de sorte que l'affusion fût presque continue pendant le temps qu'elle durait. Ce temps était de 15 à 30 secondes pour les premières fois, chez les sujets très-faibles, d'une à deux minutes dans les affusions suivantes et chez les sujets moins débilités. L'affusion achevée, le malade était porté nu sur un lit de camp, essuyé rapidement, mais complètement, avec du linge non chauffé, puis enveloppé dans un vaste peignoir de flanelle, où il était frictionné jusqu'à ce que la chaleur fût partout et convenablement rétablie.

Cela terminé, le malade prenait un aliment beaucoup plus substantiel que celui auquel il était depuis longtemps réduit. C'était, selon l'ancienneté du mal, tantôt un potage ou une rôtie de pain dans un bon bouillon, tantôt une aile de poulet ou même un morceau de bœuf ou de mouton rôtis, en lui laissant le choix d'en avaler une partie, s'il était tendre, ou de se borner à en bien exprimer tout le jus, dans le cas contraire ; ces affusions étaient répétées deux fois le jour, vers dix heures du matin, et vers cinq heures du soir, et chacune d'elles était suivie d'un repas analogue.

J'ai employé souvent ces affusions depuis une

trentaine d'années de la manière que je viens d'exposer. Si j'en excepte quelques cas rares dans lesquels les malades, dirigés par Récamier lui-même, prenaient trois fois le jour et souvent à contre- cœur de la viande, en quantité qui me paraissait Irop considérable, je ne me rappelle pas avoir vu survenir d'aggravation ; loin de là, tous ont éprouvé une amélioration immédiate, passant d'une abstinence presque absolue à l'usage d'aliments substantiels et abondants, d'un état qui semblait désespéré au sentiment d'un bien-être soudain et d'une guérison procbaine.

Le succès des affusions dépend, en grande partie, de leur bonne administration. Le médecin doitfaire en sorte d'assister lui-même aux premières et de régler, avec une confiance modérée, l'alimentation des malades, évitant à la fois de leur en faire prendre une quantité excessive, comme aussi de se tenir trop près de l'abstinence des jours précédents.

V imme7'sio7i se fait comme l'affusion. Seulement, au lieu de recevoir sur son corps l'eau qui y est lancée, le malade est plongé, suspendu sur le hamac, dans l'eau dont la baignoire est à moitié remplie, et dont la température est presque égale à celle destinée 'aux affusions, 18 à 20° Réaumur. La durée de chacune de ces immersions ou de ces plongeons, qu'on répète six à dix fois, selon la ma-

nière dont ils sont supportés, ne dépasse pas quelques secondes. Le malade, retiré, est rais sur le lit de camp, où il est essuyé et frictionné comme à la suite des affusions. Celles-ci sont généralement mieux supportées. L'eau qui glisse sur la surface du corps produit moins de refroidissement ; la percussion du liquide prépare mieux la réaction et assure davantage les bons effets de l'eau froide. Toutefois il est quelques sujets très-impressionnables, parmi les femmes en particulier, qui redoutent cette projection de l'eau, et préfèrent être immergés dans le bain. Chez ceux-là, on peut employer l'immersion pour commencer, sans renoncer à la remplacer, quand faire se pourra, par les affusions.

Quel que soit le mode préféré, on doit généralement continuer ce moyen deux fois le jour d'abord, puis une fois, pendant au moins quelques semaines, pour mettre le malade à l'abri du retour des accidents.

B. Des affusions et des immersions froides dans les dyspepsies graves, de forme intestinale.

Bien que les meilleurs effets de l'eau froide aient été constatés dans la forme stomacale de la dyspepsie avec vomissement, elle a été employée aussi avec des résultats satisfaisants, mais non pas aussi constants, dans quelques dyspepsies inleftf.i-

nales, dans celles même qui se montrent avec de la diarrhée. J'ai vu, à ma grande surprise, je dois le confesser, Récamier la prescrire avec sa résolution ordinaire, dans un cas de ce genre, mais avec une intensité plus grande encore, car il s'agissait de selles, non pas simplement diarrhéïques, mais sanguinolentes et très-copieuses, chez un jeune homme de vingt-cinq ans, très-robuste, réduit en quelques semaines au dernier degré d'épuisement, par une sorte de dysenterie qui, après avoir résisté à toute la série des moyens usités en pareil cas, fut immédiatement interrompue par les affusions froides et le passage brusque à une alimentation solide. Ce cas n'appartient pas aux simples dyspepsies , mais il montre l'innocuité et l'utilité des atfusions dans un cas pathologique qui portait sur les mêmes organes et offrait encore bien plus de gravité.

Les malades attaqués de dyspepsie intense, et surtout de dyspepsie intestinale diarrhéique, sont communément très-sensibles au froid : ils le redoutent par conséquent beaucoup, et la plupart ont un grand éloignement pour ces affusions et ces immersions. Aussi, lorsqu'elles sont clairement indiquées, l'autorité du médecin doit -elle intervenir énergiquement pour les rassurer et exiger d'eux qu'ils soumettent leurs appréhensions personnelles à l'expérience de celui à qui ils confient le soin de les

guérir. C'est un motif de plus pour que le médecin

assiste aux premières applicalions de l'eau froide,

qu'il en dirige et en limite l'emploi, et que par sa

présence et ses paroles, il remonte et soutienne le

courage du patient. Ajoutons d'ailleurs que c'est

précisément dans ces cas, où la sensibilité au froid

est plus marquée, que l'usage extérieur de l'eau

froide est plus particulièrement indiqué ; c'est,

comme on sait, presque le seul moyen, c'est du

moins le plus efficace, de réchauffer ces individus,

quasi bien portants, qui ont constamment froid,

malgré l'épaisseur et le nombre des vêtements dont

ils se chargent.

Dans la forme grave de la dyspepsie intestinale, il

y a presque toujours diarrhée. La petite quantité

d'aliments que prend le malade subit, en général,

peu d'altération en traversant le canal digestif, et

sort souvent reconnaissable encore à ses caractères

physiques, surtout quand l'estomac ne reste pas

étranger aux désordres intestinaux. Dans ces cas,

c'est surtout par la persévérance dans un régime

sévère et par l'emploi de quelque préparation

opiacée, prise une demi heure avant l'ingestion de

chaque petit aliment, qu'on parviendra à triompher

du mal. Si l'opium seul n'arrête pas la trop grande

fréquence des selles, on le combine soit avec le

magistère de bismuth, soit avec une substance

astringente, comme le tannin, les extraits de ra-

tanhia, de quinquina, de roses rouges, qui en contiennent une certaine proportion. On porte directement les mêmes tnédicaments, suspendus dans un liquide amidonné ou mucilagineux, dans le rectum, sous forme de lavement peu volumineux, de 100 à 200 grammes, pour qu'ils soient conservés. On excite en même temps l'action de toute la peau par des frictions sèches, prolongées, aromatiques, presque rubéfiantes. On y porte des révulsifs, et de préférence des vésicatoires appliqués sur les parois abdominales. Et enfin si, par exception, cette série de moyens ne produit pas l'amélioration qu'on en obtient communément, si les forces s'épuisent, si le pronostic s'aggrave, on se tourne vers les affusions froides, comme nous l'avons dit dans l'article précédent, sans attendre que la faiblesse soit parvenue à un tel degré que la réaction, indispensable après l'application du froid, soit devenue impossible ou ^ incerlaine et hasardeuse.

Le régime, dans cette forme de dyspepsie, sera à peu près le même que dans la dyspepsie stomacale; toutefois on choisira, parmi les substances alimentaires, celles qui sont le moins susceptibles d'entretenir la diarrhée. Le bouillon de vieux coq, la gelée préparée avecce bouillon, la macération à froid de pépins de coing, l'eau de riz, la décoction blanche, le jaune d'œuf délayé dans de l'eau bouillante, sucrée et agréablement aromatisée (lait de

poule), sont autant de boissons alimentaires auxquelles on doit recourir, jusqu'à ce que la diminution des selles permette d'en essayer de plus substantielles. Chez les sujets qui, dans l'état de santé, digèrent bien le lait et sont même constipés par son usage, on devrait en faire l'essai, en commençant de préférence par celui de chèvre. L'association du calomei au sucre et à l'opium a paru à quelques praticiens amener des modifications utiles et a été préconisée par eux ; mais, si les doses de calomel uni à l'opium sont très-petites, l'effet en est a peu près nul ; si elles sont élevées, ce n'est pas sans inconvénient qu'on s'expose à ajouter, par un purgatif, à la fréquence déjà trop grande des évacuations alvines. J'ai peu de confiance dans ces recelles complexes, dans lesquelles on associe des remèdes dont les effets sont opposés, dont l'un est constipant, et l'autre purgatif.

C. De quelques remèdes récemment recommandés dans le traitement

Je l'ai dit souvent dans le cours de ce livre, et je ne crains pas de le répéter, les médicaments proprement dits, ne guérissent la dyspepsie que rarement et seulement avec le concours de l'hygiène. Ce jugement porté sur les anciens remèdes digestifs, auxquels nous ne refusons pas toute action favorable, doit-il s'étendre à ceux qui ont été préconisés dans ces

derniers temps? C'est ce que nous allons examiner.

]\ous commencerons par Vexlrait alcoolique de noix vomiqiie et la slnjclinine, qui en est la partie active.

Cette dernière substance ne doit être employée qu'avec une grande réserve, parce qu'elle appartient aux poisons les plus actifs et qu'à la dose de quelques centigrammes, surtout sous la forme de strychnine, elle pourrait occasionner rapidement la mort.

J'ai un grand éloignement, je l'avoue, pour de semblables remèdes, qui portent avec eux de si grands et si incontestables périls, et dont les bons effets sont, à mon avis, très-incertains. Ces périls peuvent être prévenus, il est vrai, si le médecin est constamment attentif à tout ce qu'il prescrit, s'il relit soigneusement son ordonnance ; si celle-ci est écrite de telle soite qu'aucune incertitude ne soit possible sur les mots et sur les chiffres: si le pharmacien et ses élèves sont à l'abri de toute distraction et de toute erreur; si le remède est donné au malade exactement aux intervalles et aux doses indiquées; si, comme il est arrivé plusieurs fois, on n'administre pas en un seul jour les doses accumulées des jours précédents ; si, après l'épuisement d'une première masse de strychnine, celle qui suit n'est pas plus pure et plus forte. Mais comment être sûr que ces conditions seront

toutes et chaque jour observées de la part de chacun de ceux qui sont appelés à les remplir? Si, nonobstant ces dangers, la strychnine devait guérir des dyspepsies contre lesquelles tout autre moyen aurait échoué, moi-même j'y aurais recours. Mais quand je me reporte sur le passé, quand je vois la dyspepsie presque constamment due à des erreurs d'hygiène qui l'entretiendront, tant qu'elles ne seront pas éloignées, quand il doit être évident pour tous qu'aucun médicament, strychnine ou autre, ne saurait suppléer à la soustraction de ces causes, que dans le peu de cas où j'en ai essayé, je n'en ai obtenu aucun ctTet manifestement favorable, je ne saurais en recommander l'usage.

D. Des moyens propres à suppléer à l'insufflsance ou aux allérations du liquide pancréatique, du suc gastrique et de la bile.

Dans ces derniers temps, quelques médecins ont estimé que la dyspepsie, surtout lorsqu'elle est rebelle, pouvait dépendre de quelques modifications morbides du liquide pancréalique ou du suc gastrique lui-même. Ils ont en conséquence de celte idée toute théorique, proposé de porter dans les estomacs dyspeptiques, ces liquides recueillis sur des animaux. Pour le liquide pancréatique, qu'on ne peut aller chercher sur les animaux vivants, on a pensé qu'il devait se trouver en certaine abondance dans le pancréas des animaux

morts. On a proposé en conséquence de faire manger aux dyspeptiques des pancréas de pigeon, beaucoup plus développés proportionnellement que ceux des autres volatiles, et préparés de manière à en faire un aliment acceptable. Je n'ai assisté qu'à un seul essai de ce genre, assez prolongé, malgré l'extrême répugnance qu'il inspirait: le résultat en a été nul.

Quant au Sun gastrique, proposé par le docteur L. Corvisart, il a pu être retiré de l'estomac des animaux vivants, desséché et réduit en une sorte de poudre qu'on fait prendre avant ou après les repas. Les premiers essais, comme cela arrive souvent, ont paru offrir des résultats encourageants; mais je dois dire que rarement, à ma connaissance, ces succès se sont soutenus, que la plupart des praticiens avec lesquels j'en ai causé, n'ont pas même obtenu ces succès éphémères. Quant à ce qui me concerne, j'ai pour règle, comme je l'ai dit, de traiter les dyspepsies par l'hygiène, de ne recourir aux remèdes que dans les cas d'insuffisance bien constatée du régime, et surtout de l'éloignement complet de toutes les causes qui ont concouru au développement du mal. Or, ces cas sont des exceptions, et avant de recourir aux pancréas de pigeon ou au suc gastrique des animaux, je cherche à remplir toutcb les indications étiologiques précédemment énumérées, à réunir toutes les conditions hygié-

PAIITIE 11. — DYSPEPSIES HABITUELLES. 231

niques de régime; j'y joins dans quelques cas l'emploi des amers ou des eaux minérales, etc. Rarement le mal résiste, et les occasions d'employer les sucs pancréatique ou gastrique m'ont le plus souvent échappé. Lorsque je les ai essayés dans ces circonstances, l'effet a été nul ou douteux. 11 est d'ailleurs à remarquer que pour les employer à propos, il faudrait avoir des signes à l'aide desquels on reconnaîtrait que la dyspepsie en présence de laquelle on se trouve, est due à une altération de ces sucs! Or, la science ne possède pas actuellement ces signes; les possédera- t-el le un jour? Jusque-là on est réduit à essayer ces remèdes à tout hasard, et à jeler, dans un estomac qui souffre, un remède suggéré seulement par la théorie, et qui ne peut être utile que dans une concUlion supposée, dont aucun signe posilif ne saurait, aujourd'hui du moins, démontrer l'existence. Enfin, au milieu de ces essais de remèdes, la chose principale, c'està-dire le régime, se trouve presque inévitablement reportée sur le second plan.

Il n'en est pas tout à fait de môme de l'emploi du fiel de bœuf, que j'ai moi-même prescrit à quelques malades et recommandé dans certaines dyspepsies, dans lesquelles le cours de la bile étant entravé par suite d'une alTeclion du foie lui-même ou de ses conduits, l'absence de ce liquide détermine dans la digestion intestinale des troubles, auxquels on peut

en partie remédier, en portant dans les voies digestives, avec les aliments, une certaine dose de la bile du bœuf ou d'un animal Carnivore. Ici , on n'agit . pas au hasard : la couleur blanche des matières fécales ne laisse aucun doute sur l'absence débile dans les intestins; et d'autre part, sa présence dans d'autres parties où elle ne devrait pas se trouver, dans l'urine, dans le sang, dans tous les tissus de l'économie, dans la sclérotique, dans la peau en particulier, vient encore confirmer ce fait. 11 en est tout , autrement des altérations du suc gastrique et du fluide pancréatique qui sont à peu près insaisissables pendant la vie.

En conséquence, dans ces cas de dyspepsie avec coloration ictérique des parties extérieures, et décoloration des matières fécales, j'ai pour usage d'associer aux aliments que me paraît réclamer l'état des organes, les pilules de fiel de bœuf, en nombre suffisant pour atteindre la dose d'un demigramme à un gramme à chaque repas. J'y associe, dans le cas de constipation, un dixième de savon médicinal ou de diagr ède, et dans les cas de paresse des organes digestifs, quelque extrait amer comme ceux de taraxacura ou de gentiane. Sous l'influence de ce moyen, on observe le plus souvent quelque amélioration dans les fonctions digestives, lorsque le foie lui-même n'est pas sérieusement lésé ; la production des gaz, ordinairement augmentée par la

rétention de la bile dans ses conduits, diminue, et une partie des souffrances abdominales s'évanouit, en même temps que les fèces reprennent une couleur presque normale parleur mélange avec la bile d'emprunt portée dans les voies digcstives. Mais il faut le reconnaître, ce n'est plus ici une simple dyspepsie, mais une dyspepsie compliquée, quelquefois môme symptomalique, d'une affection du foie.

§ 3. — Dyspepsie d'iiiteiisîté moyenne, mais de durée long'ne.

Cette forme de la dyspepsie se rencontre fréquemment. Les symptômes ne sont pas assez intenses pour suspendre les occupations ordinaires de la vie; mais ils la rendent constamment pénible, et, par intervalles, presque insupportable, par leurs exacerbations fréquentes. C'est, d'ailleurs, en par- ' ticulier dans cette forme de dyspepsie qu'on voit se développer des symptômes d'hypocondrie; et, soit qu'ils dépendent uniquement des troubles digestifs, soit qu'ils se rattachent à des causes qui portent plus directement sur le système nerveux , telles qu'une disposition héréditaire, un tempérament nerveux, une tendance mélancolique de l'esprit, le désœuvrement physique et moral, causes plus puissantes encore d'hypocondrie que de dyspepsie, toujours est-il que le découragement vient s'ajouter aux

autres phénomènes de la maladie et en rend la guérison plus difficile. Comment, en effet, obtenir des malades la persévérance nécessaire dans le traitement d'un mal, dont l'effet le plus ordinaire est de déprimer l'espérance et d'inspirer un cloignement absolu pour cette vie physiquement et moralement active qui est la condition première de la guérison?

De là, la nécessité de frapper leur imagination, et, dans ce but, en raème temps qu'on insiste sur l'ensemble des moyens hygiéniques qui constituent le véritable traitement, de montrer à leurs yeux, comme moyen certain de guérison, quelque remède dont la nouveauté, la singularité ou simplement le nom, doive les frapper, fût-il dénué de toute propriété énergique, qu'il appartienne à l'hygiène ou à la matière médicale. Il n'est même pas inutile que son emploi présente quelque difficulté, telle que l'espace à franchir ou le temps à attendre pour se le procurer, etc.

Ainsi vers la fin de l'hiver, le lait qui sera le produit des herbes nouvelles, et dont il est facile d'exalter les qualités; les sucs dlicrbcs chicoracées ou autres, à l'époque où elles auront acquis toutes leurs vertus; les fruits ronges du printemps ou les raisins d'automne, pris en quantité déterminée, cueillis par les malades eux-mêmes, couverts de la rosée du matin, deviennent, aux yeux de quelquesuns, un remède puissant. Le temps qui doit s'é-

couler entre le moment où ces moyens leur sont conseillés et celui où ils pourront en faire usage augmente de beaucoup le prix qu'ils y attachent et n'est pas temps perdu, surtout lorsque, parmi leurs connaissances, ces malades en trouvent quelquesunes qui en ont éprouvé elles-mêmes de bons effets, ou qui ont entendu parler de guérisons obtenues de cette façon, et dont elles exaltent les merveilles. Du reste, ces sortes de cures, celle des raisins en particulier, si célèbre et si usitée au delà du Rhin; la cure des fruits rouges et du lait vernal, des sucs d'herbes printanières, ne sont pas sans etTet sur les organes digestifs, surtout quand elles sont secondées, appuyées par l'observance simultanée de ces grandes règles hygiéniques que nous avons signalées. Mais il faut reconnaître aussi que, dans la forme hypocondriaque de la dyspepsie, elles constituent surtout un moyen puissant d'agir sur le moral abattu de certains sujets, de relever leur espérance, et de rendre au système nerveux, à l'appareil digestif, à l'organisme tout entier, une énergie qu'ils avaient perdue depuis longtemps. Ce même ordre de moyens n'est pas, non plus, sans utilité dans la simple dyspepsie, soit à raison de l'influence morale qu'il exerce, soit par l'action physique des eaux sur l'estomac.

A. Des eaux minérales dans le traitement des dyspepsies rebelles.

Dans la cure des dyspepsies rebelles, il est un autre ordre de moyens qui nous inspire une certaine confiance : nous voulons parler des eaux minérales, sans les présenter comme un remède certain contre une maladie qui n'en reconnaît pas. Elles ont, ici une double action : celle d'abord que, plusieurs d'entre elles déterminent à un degré quelconque et incontesté sur les voies digestives; celle ensuite qu'elles exercent sur tout l'organisme, par leur composition et leur abondance, par les sécrétions diverses qu'elles provoquent et par un changement complet de toutes les habitudes de la vie, et <;'est sur ce dernier point que j'insisterai particulièrement. Tout se trouve renouvelé autour du dyspeptique transportéà dessources minérales: il respire un air différent, il est soustrait à la sollicitude exagérée de. sa famille et de ses amis; les personnes qu il rencontre ne sont pas disposées à entendre chaque jour de sa bouche les mêmes doléances ; force est donc pour lui de parler d'autre chose, de penser à autre chose qu'à ses maux. De là, un cercle d'idées autre et meilleur. Les substances alimentaires ont partout leurs différences, et surtout dans des lieux Irès-éloignôs les uns des autres. La chair des animaux , le gibier, le poisson, les fruits, les légumes, le vin, l'eau commune elle-même, celle qu'on prend au re-

pas avec le vin, tout cela est différent à un degré quelconque, et ces différences sont Irès-sensibles pour les gens dont le palais est délicat. Mais c'est surtout la vie plus active qu'il mène aux eaux, la nécessité de se lever de bonne heure, de faire des promenades régulières, à pied, en voiture; de chercher, hors de son gîte d'emprunt, des distractions qu'il n'y trouve pas; de porter ses pensées sur cette foule qui va, qui vient, qui s'agite, et avec laquelle il faut aussi aller et venir, faire des excursions fréquentes dans dos lieux plus ou moins éloignés, vers les plus beaux sites des environs : tout cela constitue un ensemble de conditions nouvelles dont la puissance est grande chez les dyspeptiques, comme chez les hypocondriaques, et qui entre pour une bonne part dans les bons effets qu'ils retirent des eaux minérales.

Considérées en elles-mêmes, je dois le répéter, ces eaux ne doivent pas être regardées, comme un simple but de voyage, et une occasion de mouvement et de distractions. Elles ont certainement une action, qui peut être bonne ou mauvaise, selon leur nature à elles-mêmes, et selon celle des maladies pour lesquelles on les conseille. On sait combien de gens désœuvrés se sont trouvés fort mal de l'usage de ces eaux, qu'ils prenaient par distraction, ou pour faire comme les personnes qui en avaient un besoin réel.

En règle générale, dans les dyspepsies, il est préférable de choisir parmi les eaux celles qui sont prises en bains, en douches, principalement ou mieux exclusivement, qui, par conséquent, n'imposent pas un nouveau travail aux organes digestifs déjà fort empêchés dans le travail nécessaire de la digestion. On s'abstient de celles qui sont prises surtout en boissons, sauf indications particulières. Rarement en effet, dans la dyspepsie, l'estomac peut recevoir et digérer , sans fatigue , une grande quantité d'eau, comme celle que l'usage a consacrée, àEms, à Vichy, et dans la plupart des eaux en réputation. Je conseille plus volontiers Plombières, où il est d'usage de borner la cure aux bains et aux douches, sans y joindre l'emploi des eaux en boissons. L'air vif des Vosges, les promenades élevées qui circonscrivent de presque tous côtés la gorge où sont les sources, la magnificence des sites qui les entourent à quelques lieues de distance, concourent avec les qualités des eaux thermales aux excellents résultats que la plupart des dyspeptiques en obtiennent. La proximité de Bussang leur permet de prendre avec le vin, à leurs repas, cette dernière eau, qui ne fait pas partie nécessaire de la cure, mais qui est particulièrement indiquée, lorsqu'après une ou deux semaines de séjour à Plombières, les digestions restent encore laborieuses. Les bains de Plombières sont également utiles dans la dyspepsie gas-

trique ou intestinale, c'est surtout dans celle-ci (forme diarrhéïque), que leur usage en boissons a paru contraire. Chez un certain nombre de malades, et en particulier chez un des plus grands ministres de la monarchie de Juillet, elles ont donné lieu, deux années de suite, à une inflammation dysentérique.

Apres les eaux de Plombières, je placerais les eaux d'Ems en Allemagne; mais je recommande aux dyspeptiques d'en faire usage surtout en bains ; de n'en user en boissons qu'en manière d'essai et avec une extrême réserve, et de résister aux prescriptions de purgatifs, trop souvent associés à l'usage de ces eaux.

La plupart des sources minérales, celles surtout qui sont situées dans les montagnes, ont été préconisées contre la langueur des digestions; l'air vif que les malades y respirent, a nécessairement sa part dans l'amélioration qu'elles apportent presque constamment aux symptômes de la dyspepsie.

B. Des modiCirations que réclame le Iraitement, dans les cas de dialhèse ihumalismale ou herpétique.

Lorsque les antécédents des dyspeptiques révèlent en eux l'existence d'une dialhèse herpétique ou rhumatismale, il y a lieu dans "le choix des eaux minérales, de donner la préférence, dans le premier cas, à des eaux sulfureuses, comme celles d'Aix en Savoie, de Stakelberg en Suisse, d'Aix-la-Chapelle, etc.

Je ne placerais que sur le second rang les eaux également sulfureuses des Pyrénées, plus spécialement réservées pour les affections Ihoraciques et laryngées; à raison surtout de la fréquence des troubles intestinaux qui surviennent chez les personnes, même bien portantes, qui vont à ces eaux par distraction.

Dans le cas où la dyspepsie surviendrait chez un sujet rhumatisant ou goutteux, je donnerais la préférence aux eaux du mont d'Or, de Néris ou Bourbon-l'Archambault. Dans le cas de complication chlorotique chez les femmes, il convient de diriger les malades vers Spa, Schwalbach, Wiesbaden ou Soden (duché de Nassau), ou encore vers Soultzbad, en France. Les eaux de Vichy, de Carlsbadcn, sont plus particulièrement indiquées soit contre la dyspepsie acide, dont le traitement fera le sujet d'un article particulier, soit dans le cas de coïncidence d'affection du foie.

Les eaux minérales ne sont pas un moyen de traitement qui puisse être recommandé à tous. Bien qu'à raison de la faciHté actuelle des transports, et d'une certaine aisance répandue dans beaucoup de classes de la société, on ne puisse plus les regarder comme un moyen réservé à l'aristocratie et aux grandes fortunes financières; cependant habituellement ce n'est pas un moyen que le médecin puisse conseiller aux pauvres. Or, il faut bien aussi

penser à eux, dans un livre consacré au traitement d'un genre de maladies beaucoup moins communes chez eux, à raison surtout de leur vie active, que dans les classes aisées de la société, mais dont ils ne sont pas exempts.

Les eaux minérales ne leur sont pas toutefois absolument fermées. Dans la plupart des sources, il existe des établissements charitables où les pauvres sont admis gratis, ceux delà ville et des environs en particulier, et où ils viennent en grand nombre chercher leur guérison. Mais le plus souvent c'est pour des maux d'une tout autre nature que ceux qui font le sujet de cet écrit. Pour ceux qui sont atteints de troubles digestifs, qu'ils ont contractés dans les villes, sous l'influence d'une profession sédentaire, pour ceux-là, dis-je, quand les moyens ordinaires ont échoué, je regarde le retour au pays natal comme le remède le plus efficace contre un mal auquel une certaine tristesse, une sorte de nostalgie vient presque toujours s'ajouter. Un séjour de quelques mois dans la famille, au milieu des souvenirs et des émotions qu'éveille la vue des lieux où l'homme a passé son enfance, l'intérêt qu'il trouve à tout ce qu'il voit, dans son village, dans les lieux voisins, la sympathie dont il est entouré, tout cela exerce sur l'organisme une influence assez puissante pour remonter le moral et rendre leur énergie aux organes de la digestion.

§ 4.- — Traitement de la dyspepsie due à la faiblesse coug^énitale ou ac<iuise des org^aues dig^estifs.

Parmi les sujets que la faiblesse primordiale des organes digestifs oblige à se soumettre à un régime excessivement sévère, quelques-uns devront indéfiniment persévérer dans cette vie exceptionnelle qui est gênante pour tous, et plus pénible encore à ceux qui aiment les plaisirs de la table. Lorsqu'au contraire la faiblesse des organes digestifs est la conséquence d'écarts de régime même multipliés, de l'abus des remèdes irritants et purgatifs, et qu'elle ne s'est développée qu'à une époque plus ou moins avancée de la vie, le rétablissement est le plus souvent possible, surtout quand la maladie n'a eu qu'une durée limitée, quelques années au plus par exemple ; mais cela, à la condition d'une soumission entière et prolongéeaux règles del'hygiène. Toutefois dans ces cas même de débilité acquise des organes digestifs, il arrive quelquefois que le rétablissement n'est pas parfait et que ceux même qui reprennent l'apparence d'une santé florissante, sont quelquefois dans l'absolue nécessité de suivre indéfiniment une diète aussi sévère que celle qu'on impose aux personnes actuellement malades. Le célèbre Cornaro en a présenté un exemple remarquable.

Relation de la maladie de Cornaro,

Après avoir mené jusqu'à trente-cinq ou quarante ans une vie fort intempérante , il expia ses écarts journaliers de régime par un état presque constant de souffrances , dont les voies digestives étaient manifestement le point de départ : douleurs d'estomac, soif insupportable, fièvre lente, insomnies, humeur chagrine, irritabilité. Après avoir essayé, sans succès aucun, de toutes les ressources de la pharmacie, il resta convaincu de l'insuffisance des médicaments, contre un état de souffrances et d'épuisement qui ne lui laissait presque aucun espoir de guérison. Cornaro voulut avoir un dernier avis des médecins : ceux-ci lui déclarèrent, avec beaucoup de sagesse, à mon sens, que son mal, qui avait résisté à tous les remèdes, pouvait encore céder au régime ; que le régime était sa seule ancre de salut. Il se résigna, non sans regret, ni sans effort, à suivre ce conseil.

Il se fit, en conséquence, une règle de ne prendre chaque jour que douze onces d'aliments solides, et quatorze onces de vin, partagées entre quatre repas, composés chacun de trois onces d'aliments et de trois onces et demie de vin nouveau, le vin vieux lui étant contraire. Ses aliments consistaient en pain, en soupes, en jaunes d'œufs, auxquels il ajoutait quelquefois un peu de viande. Une seule fois, il essaya, sur les instances de ses amis, d'augmenter

d'un sixième la quantité de ses aliments; il en fut immédiatement incommodé, et forcé de redescendre à sou chiffre premier. Encore, à mesure qu'il avança dans la vie, dirainua-t-il quelque chose de ce faible menu.

Pour beaucoup de gens, renoncer à manger selon leur goût et selon leur appétit, c'est se condamner à des privations intolérables, et une guérison achetée à pareil prix serait chose pire que le mal luimême. Cornaro, quia passé par ces deux épreuves, était loin de partager cette opinion. Le temps oii il satisfaisait son appétit, aux dépens de sa santé, était pour lui un temps de misère, bien qu'il fût jeune encore. Le temps, au contraire, oii, par une extrême sévérité de régime, il parvint à rétablir et à conserver sa santé, devint et resta la période la plus heureuse d'une vie qu'il a prolongée au delà de cent ans. Il n'est pas sans intérêt de l'entendre lui-même célébrer cette verte vieillesse, cette parfaite santé, chose d'un prix inestimable quand il la compare aux faibles sacrifices qu'elle lui imposait (1).

« Tous ceux qui me connaissent, dit-il, certifieront que la vie que je mène n'est pas une vie morte et languissante, mais une vie aussi heureuse qu'on puisse la souhaiter en ce monde.

« Ils diront que ma vigueur est encore assez

(1) Conseils et exemples faciles pour vivre longtemps, par Louis Cornaro, noble vénitien. Paris^ 1772.

grande, à quatre-Yingl-trois ans, pour monter seul à cheval, sans avantage (1) ; que non-seulement je descends hardiment un escalier, mais encore une montagne tout entière de mon pied ; que je suis toujours gai, toujours content, toujours de belle humeur ; que rien ne m'empêche de passer agréablement le temps et de goûter tous les plaisirs d'une société honnête. Je me promène dans mes jardins, le long de mes canaux et de mes espaliers, où je trouve toujours quelque petite chose à faire qui m'occupe et me divertit. Je prends quelquefois le divertissement de la chasse, mais d'une chasse qui convient à mon âge, comme celle du chien couchant et du basset.

« Je vais quelquefois rendre visite à mes amis dans les villes voisines. Je visite les édifices publics, les palais, les jardins, les antiquités, les places, les églises, les fortifications, n'oubliant aucun endroit où je puisse contenter ma curiosité ou acquérir quelque nouvelle connaissance.

« Enfin, les plaisirs que je prends ne sont pas imparfaits par la faiblesse des organes. Je vois et j'entends aussi bien que j'aie jamais fait; tous mes sens sont aussi libres et aussi complets qu'ils aient jamais été, particulièrement le goût, que j'ai meilleur, avec le peu que je mange à présent, que je ne

(i) Avantage se dit d'une saillie du sol, d'une pierre ou de quelque autre objet qui élève le cavalier et lui permet de monter plus facilement sur son cheval.

l'avais lorsque j'étais esclave des voluptés de la table. — J'ai conservé toutes mes dents.

« Le changement de lit ne m'empêche pas de dormir ; je dors partout tranquillement, et, si je rêve, je ne fais que des songes agréables.

« S'il m'est permis de citer des bagatelles en traitant un sujet comme celui-ci, je dirai qu'à l'âge de quatre-vingt-trois ans, la vie sobre m'a conservé assez de liberté d'esprit et assez de gaieté pour composer une comédie qui, sans choquer les bonnes mœurs, est fort diverlissante.

« Pour comble de bonheur, j'ai onze petits-enfants. Je m'amuse à badiner avec les cadets, les enfants de trois à cinq ans étant ordinairement de petits bouffons assez divertissants. Ceux qui sont plus âgés me tiennent meilleure compagnie; je les fais souvent chanter et jouer des instruments; je me mêle quelquefois dans leurs concerts, et j'ose dire que je chante et que je soutiens ma voix mieux que je n'ai jamais fait. Ma mémoire et mon cœur sont à présent ce qu'ils étaient dans les plus belles années de mon adolescence, et mon jugement n'a rien perdu de sa netteté ni de sa force. Je suis persuadé que cela vient de la diminution que je fais des aliments à mesure que je vieillis.

« Je suis né fort bilieux , et par conséquent

fort prompt; je m'emportais, je brusquais tout le monde ; j'étais si insupportable, que beaucoup d'hon-

nêtes gens évitaient de me fréquenter. — Par le secours de la vie sobre, je suis devenu si modéré qu'on ne s'aperçoit plus de ma disposition première.

« Cela s'appelle-t-il une vieillesse incommode et caduque? Je ne changerais pas d'âge et de vie contre la plus florissante jeunesse, qui ne refuse rien à ses sens, étant sûr qu'elle est sujette à une infinité de maux. »

L'exemple de Cornaro a cela d'encourageant qu'avec une très-petite quantité d'aliments il a pu non-seulement vivre, mais vivre agréablement et longtemps. Toutefois, il faut reconnaître qu'il est peu de cas oii un régime aussi sévère soit indispensable pour rétablir un estomac débilité, si ce n'est pour un temps limité et pendant la période intense du mal. Au delà de ces conditions, une diète aussi rigoureuse n'est pas nécessaire ; je dirai même qu'efle pourrait être nuisible. Elle'entraînerait tous les inconvénients qui résultent d'une alimentation insuffisante. Cornaro constitue une exception, et non pas une règle. J'ajouterai même qu'il est douteux pour moi que ce régime auquel il s'était réduit fût absolument nécessaire et dût être aussi prolongé, et que l'essai infructueux qu'il fit une fois d'augmenter ses aliments n'eût pu et dû être recommencé avec chances d'un meilleur résullat, surtout dans les premiers temps qui suivirent son rclabHsscmenl.

Plus tard, l'habitude était prise; le résultat de cette diète était si complètement satisfaisant, les forces et le bien-être étaient si complets, qu'il y avait peutêtre sagesse à ne pas chercher un mieux incertain.

Dans le cas où la dyspepsie reconnaît pour cause la faiblesse primordiale ou acquise des organes digestifs, la maladie offre plus de résistance, exige un traitement plus long, un concours plus complet de tous les moyens hygiéniques, un régime plus sévère et une progression plus lente dans l'augmentation graduelle des aliments. Aussi, dans cette forme de dyspepsie, est-il souvent nécessaire de joindre au régime l'usage de quelques remèdes dits stomachiques, et particulièrement d'infusions ou d'extraits amers pris, quelques minutes avant le repas, comme ceux de petite centaurée, de quinquina, d'angéhque ou de genièvre; d'associer à quelque eau gazeuse ou légèrement alcaline, comme celles de Bussang, de Fougues, de Soultzmath, un peu de vin vieux; de faire prendre même, au milieu des repas, pour 'que son mélange avec les aliments en adoucisse l'action sur l'estomac, un peu de vin pur, tel que bordeaux, bourgogne ou même muscat.

g 5. — Traitement de la dyspepsie par irritabilité des org;'anes dig'estifs.

L'extrême irritabilité des organes digestifs peut, comme leur débilité, devenir une véritable cause de

dyspepsie. Il n'est pas rare même que ces deux dispositions morbides se présentent réunies chez un même sujet, et concourent chacune à leur manière à troubler les digestions.

Cette irritabilité de l'estomac se révèle principalement par l'impression vive qui suit l'ingestion des ahments et des boissons, et cesse généralement assez promptement. Elle se confond presque avec la dyspepsie gastralgique ; elle en diffère comme la sensibilité diffère de la douleur ; elle en diffère encore parce qu'il n'y a pas de crises aiguës, survenant quelquefois en dehors des repas, comme dans la gastralgie.

Elle réclame un choix d'ahments très-doux , une diminution dans leur quantité, et dans quelques cas l'usage d'un léger calmant avant leur ingestion, tel que la décoction de tête de pavot , une petite dose de codéine ou d'opium, le sous-nitrate de bismuth, etc.

ARTICLE III

§ 1- — !•« traitement des dyspepsies de formes spéciales.

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