DU TRAITEMENT DE LA DYSPEPSIE FLATULENTE
La dyspepsie flatulente, comme nous l'avons vu, se montre particulièrement chez les personnes trèssédentaires, chez celles qui usent d'aliments grossiers, en quantité trop grande, chez celles enfin dont
le ventre est comprimé dans des vêtements trop étroits, qui gênent la progression des matières alimentaires et des gaz dans le canal digestif. Cette dernière cause agit particulièrement sur les femmes, à raison de l'action des corsets, qui font, au préjudice de leur santé, partie presque essentielle de leurs vêtements. Il n'est pas rare non plus d'observer quelque chose d'analogue chez les hommes qui, soit par une ceinture, comme la portent les militaires et comme on la fait porter aux élèves des collèges, soit même par la pression des pantalons, par celle des gilets ou de l'habit, ont le ventre habituellement comprimé. Un certain nombre d'individus éprouvent, sous l'influence de cette compression de l'abdomen, des douleurs sourdes, des borborygmes, l'appréhension de quelque désordre intestinal qui va survenir. Ces symptômes disparaissent aussitôt qu'ils font cesser la compression accidentelle du ventre, qui en était la cause. Quand cette compression est habituelle, les effets qu'elle produit sont communément permanents.
En conséquence, lorsqu'un médecin est consulté par un malade atteint de cette espèce de dyspepsie, il doit, avant tout, s'informer du genre de vie qu'il mène, sous le rapport de l'exercice en particulier ; s'assurer par lui-même si le ventre n'est dans aucun point comprimé par les vêtements dont il est entouré. Je dis que le médecin doit s'assurer par lui-
même que le ventre n'est pas comprimé par les corsets et les vêtements , surtout chez les femmes. Les questionner à ce sujet est chose insignifiante : aucune femme ne se serre. On n'en rencontre pas une sur mille qui avoue cette compression, car elles tiennent à leur corset plus qu'à leur santé. Si l'on passe la main sous ce corset, elles retirent habilement les parois abdominales en arrière, elles font petit ventre, selon l'expression commune, et on pourrait croire, en effet, qu'il existe un large espace entre la région épigrastique et le malheureux corset. Mais, en y laissant la main quelques minutes et en engageant la patiente à faire plusieurs grandes inspirations, on est bientôt éclairé sur cette espèce de gymnastique frauduleuse. Il va sans dire que rien ne sera négligé de ce qui tient aux autres causes, aux aliments surtout, qui peuvent rendre les digestions laborieuses. En effet, c'est à éloigner toutes les causes du mal qu'il faut s'attacher, dans le traitement de cette forme de dyspepsie, comme de toutes autres.
A. Des moyens de soutien dans le relâchement des pavois abdominales.
On peut se demander si le simple relâchement des parois abdominales chez les sujets qui, après avoir eu un grand embonpoint, sont arrivés à une maigreur considérable, ne serait pas une cause propre à diminuer l'action intestinale dans
la progression des matières alimentaires et des gaz, et à favoriser l'accumulation de ces derniers. Je dois dire que je n'ai rien constaté dans ces conditions qui confirmât pleinement ces inductions, surtout chez les sujets dont le relâchement porte sur la peau et le tissu cellulaire, tandis que les muscles qui forment la seconde paroi du ventre conservent une fermeté qui contraste avec la mollesse de la paroi la plus superficielle, et que, dès lors, les intestins ne sont pas privés, comme on pourrait le croire, de leur soutien naturel. Du reste, une ceinture élastique qui enveloppe latota- Hté du ventre, en soutenant les parois sans y exercer une compression nuisible, procure une sorte de bien-être à ces personnes, facihte la marche et aide à la circulation du sang dans les veines superficielles, sujettes dans ces conditions à devenir variqueuses, et peut n'être pas sans quelque avantage pour diminuer la stagnation des gaz dans le canal digestif.
B. De l'exercice dans le traitement de la dyspepsie flatulente.
La nécessité de Y exercice chez tous les sujets qui digèrent mal est plus impérieuse encore et doit être plus sévèrement imposée dans la dyspepsie Hatulente. Il importe aussi de savoir précisément, par des essais de quelques jours au moins, si les aliments végétaux augmentent les vents, si les substan-
ces animales les diminuent, si le pain, aliment essentiellement fermentescible, n'aggrave pas le mal; si une quantité modérée de vins généreux ou de liqueurs alcooliques aromatisées, telles que l'anisette ou le curaçao , ou le café à l'eau , ne modèrent pas la sécrétion et n'aident pas à l'expulsion des gaz, en imprimant aux organes digestifs une stimulation favorable.
C'est dans le même but qu'on recommande aux sujets atteints de dyspepsie flatulente de prendre, hors des repas, soit les infusions, soit les extraits de plantes aromatiques, telles que le fenouil, les diverses sauges, la menthe, l'anis, l'angélique, auxquels on a donné le nom de carminatifs, ou plus vulgairement d' anti-venteux, à raison de la propriété fort contestable dont ils seraient doués. Pour les estomacs auxquels le vin ne convient pas, ces infusions aromatiques doivent être prises avec le vin , aux repas.
Les eaux gazeuses naturelles et artificielles, qui ont une utilité notable dans plusieurs formes de dyspepsie, semblent tout à fait contre-indiquées dans celle qui nous occupe , à raison même des gaz qu'elles ajouteraient à ceux déjà contenus dans l'estomac.