DU TRAITEMENT DE LA DYSPEPSIE ALCALINE
Cette forme de dyspepsie, dont nous n'avons parlé qu'avec réserve, devra réclamer un régime tout opposé.
Les boissons acidulés , les fruits rouges dans la saison, l'oseille convenablement préparée, les lé-
gumes au vinaigre, toutes choses que les malades demandent par instinct, leur sont généralement utiles. Les substances animales, les viandes en particulier , leur sont à la fois désagréables et nuisibles.
Si, comme il arrive quelquefois, aux symplômes de cette dyspepsie se joignent ceux d'un embarras gastrique ou intestinal, un vomitif ou un purgatif sera indiqué, et produira des effets utiles.
A raison de l'influence fâcheuse de l'hiver sur la production de cette espèce de dyspepsie, il semblerait convenable de placer ces malades dans des chambres un peu chaudes. Mais on doit croire que, si la maladie se montre surtout au printemps, c'est moins à la température de l'hiver qu'il faut en rattacher le développement qu'au régime presque tout animal qu'imposent au plus grand nombre la rareté et la cherté des légumes verts et des fruits.
Nos voisins d'oulre-mer ont, depuis quelques années, conseillé comme antidyspeptique un remède qui semblerait plus particulièrement destiné à combattre la dyspepsie alcaline , et qu'ils ont prescrit à peu près dans tous les cas indistinctement, sauf cependant ceux dans lesquels il y a des aigreurs et qui doivent appartenir à la dyspepsie acide.
Ce remède consiste dans une solution au dixième d'acide chlorhydrique, dont on prend une goutte dans deux cuillerées à bouche (30 grammes) d'une
infusion amère ou aromatique : celte solution [ad gratam aciditatem) est prise immédiatennent avant chaque repas. Si l'on en croit leurs rapports, le soulagement produit par ce remède, dans les dyspepsies, serait à peu près constant, et la conclusion, qu'il n'y aurait pas lieu d'en chercher d'autre. Il ne faut que réfléchir aux causes si variées, quelquefois si opposées , qui peuvent donner heu à la dyspepsie, aux formes diverses qu'elle revêt, pour apprécier à priori la valeur de ces espèces de panacées proposées contre toutes les dyspepsies, et appliquées indistinctement à toutes les variétés de la maladie, une seule exceptée, et encore trèsimparfaitement signalée, celle où il y a des aigreurs. Je comprends parfaitement qu'un médecin consacre une partie, même considérable, de son temps à la recherche d'un spécifique contre la rage, par exemple, parce qu'il peut, je dirais presque parce qu'il doit, y en avoir un, et que, dans les conditions actuelles de la thérapeutique, le mal, une fois développé, est absolument incurable. Mais qu'on cherche un remède qui guérirait toutes les pneumonies ou toutes les dyspepsies, les dyspepsies surtout, c'est évidemment courir après l'impossible, et perdre de vue les règles fondamentales de la médecine. Si, en suivant cette voie, on arrivait à quelques résultats en apparence favorables, on ne saurait douter qu'en les prolongeant quelque temps, avec le soin
de s'astreindre aux règles de l'expérimentation en thérapeutique, on ne parvînt à reconnaître l'impuissance de cette formule et de tant d'autres que la médecine anglaise tient aujourd'hui en si grande faveur. Je fais des vœux, dans l'intérêt de la science, pour que le zèle, la persévérance, l'assiduité dans le travail, qui distinguent à un si haut degré les médecins anglais, s'allient à cet esprit de circonspection et de prudence, qui ne conclut que lentement et sûrement des faits suffisamment nombreux, et bien observés, et qui préserve à la fois de ces inductions prématurées qui égarent, et de cette polypharmacie qui devient un obstacle absolu à l'appréciation exacte des remèdes.
Dans le chapitre consacré à l'étiologie des dyspepsies, nous avons réuni dans une élude commune les causes de toutes les affections comprises sous ce nom, sans nous attacher à signaler les causes propres à chacune de leurs variétés. Nous y avons suppléé en partie, dans les articles consacrés à chacune d'elles. Mais ces points d'étiologie spéciale restent fort obscurs , même dans quelques dyspepsies, où une sorte d'induction semblerait guider le médecin. Ainsi, pour les formes névralgiques, on serait porté à croire qu'elles ne se mon^ trent que chez les sujets doués d'un tempérament nerveux et sous l'influence des causes morales; mais elles se présentent souvent aussi chez des su-
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jets qui ne présentent pas ces conditions. Si Ton admettait que l'iiabitude de boire trop abondamment est le point de départ de la dyspepsie des liquides, on ferait une supposition toute gratuite. Dans beaucoup de cas, on est réduit à rattacher ces diversités, dans les formes spéciales d'une même maladie, à ces modifications intimes et par conséquent inconnues de l'organisme auxquelles nous sommes trop souvent obligés de remonter et de nous arrêter, quand les causes patentes nous échappent.
L'absence d'exercice, au contraire, bien que concourant au développement de toutes les dyspepsies, peut réellement être considérée comme ayant une action plus particulière dans la forme flatulente de ces alïections, ainsi que nous l'avons déjà signalé.
Pour revenir aux causes particulières des dyspepsies acide et alcaline qui font le sujet de cet article, on doit se demander, si certaines conditions habituelles ou prolongées du régime, n'en prépareraient pas le développement; si ces conditions, qui sont l'opposé de celles qui guérissent le mal quand il est produit, ne l'auraient pas préparé et engendré en agissant longtemps et incessamment sur nos organes, jusqu'à l'explosion du mal. La dyspepsie acide, par exemple, ne frapperait-elle pas les personnes qui vivent presque entièrement de fruits, de légumes verts, de plats sucrés, et qui font un grand
usage des choses acides, du vinaigre, du citron et du sucre, sous des formes diverses? Cette atîection ne se montrerait-elle pas, dès lors, principalement dans le cours de l'été, vers la fin de celte saison, qui fournit en abondance les fruits acidulés et les végétaux dont l'usage presque exclusif apporterait, avec le temps, dans l'économie tout entière, cette prédominance des acides qui se montrerait dans les voies digestives? El, d'autre part, la dyspepsie alcaline ne serait-elle pas la conséquence d'une diète presque entièrement animale, telle qu'on la suit en hiver, et qui est la conséquence de la privation des végétaux frais, légumes et fruits ? et dès lors cette forme de dyspepsie ne serait-elle pas plus fréquente dans la seconde moitié de l'hiver et au printemps, lorsque l'influence de la diète animale s'est fait sentir pendant un certain nombre de mois consécutifs? Les faits me manquent pour résoudre ces questions.
ARTICLE VIII