CHAPITRE XVII
Comparaison des méthodes de traitement des dyspepsies et des fausses dyspepsies.
A la distinction fondamentale que nous cherchons à établir entre les vraies dyspepsies et les atonies intestinales, il faut de toute nécessité une sanction pratique ; or si nous soumettons au contrôle thérapeutique la solution du problème, nous serons frappés des résultats divers et opposés, auxquels on arrive par les mêmes médications, appliquées aux deux genres de maladies ; si le vieil adage, d'ailleurs généralement trompeur, <( Naturam morborum ostendit curatio n a encoi'e quelque raison d'être, il trouvera son application dans les circonstances actuelles. Qu'on en juge par l'élude et par l'appréciation des moyens médicamenteux, usités d'une part dans les dyspepsies et, d'autre part, dans les atonies gastro-intestinales, qui constituent le groupe morbide que nous comprenons sous le nom collectif de fausses dyspepsies .
Les méthodes usitées dans les dyspepsies compren-
nent, ainsi que nous l'avons longuement développé dans les indications thérapeutiques de la dyspepsie, trois médications principales, une auxiliaire et deux accidentelles, palliatives. Or, ce sont précisément les médications principales, qui sont inutiles pour les aloniques.
1" MÉTHODE ou DIGESTIVE.
La médication digestive, la première en importance, comporte quatre genres de moyens, à savoir :
1° Les acides, c'est-à-dire l'acide clilorhydrique, destiné à suppléer à l'insuffisance de l'acidité du suc gastrique ; il ne trouve aucun emploi dans les atonies intestinales.
2° Les ferments pepsiques; les pepsines animales, tirées de la muqueuse gastrique ou du pancréas, les pepsines simples ou additionnées de chaux, ou de fécule, les pepsines végétales tirées du Carica papaya^ qui sont toutes destinées à remplacer la pepsine naturelle, qu'on suppose être en déficit, ou dans un état d'insolubilité, ou d'inefficacité fonctionnelle; or il est bien évident que, dans les atonies intestinales, ou même dans les atonies spasmodiques de l'estomac, il n'y a aucune indication d'une pepsine quelconque, puisque la digestion, en résumé, s'accomplit régulièrement, quoique lentement, et aboutit finalement à la nutrition normale de l'organisme.
3° Les produits de l'action des ferments sur les albuminates, c'est-à-dire les peptones, ont encore moins de raison d'être que les pepsines médicales.
4° La même réflexion s'applique aux antiputrides, comme l'acide salicylique, la benzine, le chloroforme, dont une petite dose suffit pour enrayer l'action nuisible des organismes extrinsèques, qui troublent la digestion, en favorisant la décomposition putride.
2° MÉTHODE ou PEPSINOGÈNE.
La deuxième méthode curative des dyspepsies comprend les substances pepsinogènes, qui sont destinées à augmenter la sécrétion gastrique ; or parmi ces substances nous trouvons tout d'abord les alcalins, qui, bien qu'ayant en même temps le don de neutrahser les acides, n'ont aucune espèce d'action ni d'utilité, dans les atonies intestinales ; les eaux les plus renommées, comme celles de Yichy, Yals, n'ont pas d'action sur les aiTections atoniques; loin de là, elles peuvent nuire; c'est précisément parce que ces fausses dyspepsies d'origine asthénique ont toujours été méconnues et confondues avec les vraies dyspepsies d'origine chimique, qu'on a si singulièrement déprécié, avec l'autorité de Trousseau, incomplètement renseigné sur la nature des dyspepsies, les usages des eaux alcalines, en les chargeant d'ailleurs de méfaits imaginaires sous le prétexte de propriétés dissolvantes, anémiantes, caclieclisuntes.
Gardez-vous de prescrire ces eaux dans les atonies et préconisez-en résolument l'usage dans les vraies dyspepsies.
Alcool. — Une autre substance pepsinogène, c'est l'alcool, qui ne saurait présenter les mêmes inconvé-
nients que l'eau de Yichy, et qui offre de nombreux avantages dans les asthénies générales et intestinales ; ces indications seront formulées à l'occasion des excl tatits.