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DYSPEPSIE ET ATONIE DES ENFANTS

La dyspepsie et l'atonie gastro-inteslinale s'observent aux diverses périodes de l'enfance ; à sa naissance, pendant les phases de la lactation et de la dentition, îe sevrage, la croissance ; dans toutes ces conditions il vient presque toujours se joindre aux phénomènes gastro-intestinaux une série de troubles persistants dans les évacuations ; la diarrhée domine alors la scène morbide ; c'est pourquoi l'étude des affections gastro-intestinales de l'enfance ne saurait être complète sans l'analyse préalable de la pathogénie des diarrhées.

Physiologie de la digestion chez les nouveau-nés et les enfants au sein.

Dans la muqueuse stomacale de chiens nouveau-nés, on ne peut, à l'aide des réactifs les plus déUcats, démontrer la présence de la pepsine; il en est de même pendant la première semaine de la vie.

Ce n'est que dans la deuxième semaine, que la pepsine

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apparaît en quantité appréciable ; ce n'est que dans la quatrième semaine qu'elle atteint le taux normal (Zweifel-Hammarsten).

Mais alors comment les jeunes animaux parviennentils à digérer la caséine du lait? Hammarsten croit que le premier suc gastrique, qui est acide, quoique dépourvu de pepsine, a pour fonction unique de coaguler le lait, et de retenir ainsi la caséine dans l'estomac, de façon à ce qu'elle n'envahisse pas trop promptement l'intestin; mais c'est une simple hypothèse. L'explication n'est pas trouvée, pour les jeunes chiens et les chats nouveau-nés.

Pepsine du 7iouveau-né. — Chez l'enfant naissant, et à plus forte raison chez l'enfant qui tète, la muqueuse stomacale contient une quantité bien marquée de pepsine, variable d'ailleurs d'après les dimensions et l'état physique de l'enfant ; la caséine se transforme chez eux facilement en peptone. L'estomac de l'enfant contient aussi le ferment spécial qui transforme le sucre de lait et qui a été découvert par Hammarsten.

Salive. — L'extrait de la parotide transforme facilement l'amidon en sucre, tandis que l'extrait de la glande sous-maxillaire ne donne que des résultats négatifs ; c'est le contraire de ce qui se passe chez l'adulte. L'état pathologique des enfants, la diarrhée, les vomissements, le muguet lui-même ne changent pas cette donnée; seulement la puissance du ferment dans ces derniers cas diminué singulièrement.

Pancréas. — L'infusion du pancréas manque complètement, comme l'a démontré Korowin, de ferment diastatique, pendant le premier mois; par contre le suc

pancréatique a le pouvoir de métamorphoser les albuminates (caséine et fibrine) en peptones; il a aussi la propriété de décomposer les graisses neutres. Dans les irritations intestinales, ces fonctions paraissent se perdre.

Bile. — Dans le méconium on ne trouve pas d'acides biliaires ; la bile n'est pas formée ; les éléments ne sont complets que plus tard ; dès que la lactation est établie, on retrouve, dans les garde-robes, les diverses colorations que nous avons indiquées, et en même temps les grumeaux graisseux, résultant de l'usage excessif du lait.

§ II

Pathologie digestive.

ARTICLE PREMIER Nouveau-nés.

Dès les premiers jours de la vie on trouve la dyspepsie gastrique, la dyspepsie intestinale ou pancréatique; tantôt sous forme de vomissements acides (acides de décomposition) rarement biliaires, plus rarement encore muqueux ; tantôt c'est la diarrhée muqueuse, avec la bile inaltérée verte, combinée avec des flocons de graisse; plus souvent des fragments de caséum (Wegscheider). — La caractéristique de ces dyspepsies, c'est donc l'évacuation, par les premières ou secondes voies, du lait et des produits de décomposition. Les coliques et le tym-

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panisme s'y joignent habituellement. Le cortège de l'inanition, c'est-à-dire de la dénutrition ne tarde pas à venir démasquer la nature de la maladie, qu'on ne peut pas toujours attribuer à une altération de proportion des divers éléments du lait ; encore moins faut-il attribuer ces dyspepsies à la plénitude par l'alimentation lactée excessive, à moins qu'on ne l'associe aux féculents; il faut souvent, avant de se résoudre à changer tous les jours de nourrice, ou avant de rationner l'enfant, savoir incriminer l'enfant, ou plutôt ses organes digestifs, et leurs glandes fermentifères ; — nous savons en effet qu'un état antérieur de débilité empêche la formation des ferments ; l'athrepsie, si bien décrite par mon collègue Parrot, n'est pas seulement un effet de la digestion vicieuse ; elle est souvent aussi la cause des altérations des glandes pepsiques, et par conséquent de la pepsine.

ARTICLE II Allaitement.

Dans le cours de V allaitement. — Pendant la lactation et à une période assez avancée, on voit des enfants, qui, sans perdre de leur poids corporel, éprouvent tous les phénomènes d'une dyspepsie gastro-intestinale à répétitions incessantes; tantôt le motif en est apparent, c'est la dentition douloureuse^, ou bien ce sont des aliments additionnels de mauvais aloi ; mais tantôt aussi la raison de ces accès de dyspepsies échappe complètement. Les enfants sont pris, bien que la langue reste nette, de dégoût des aliments, de Hatuosités douloureu-

ses avec ou sans gonflement de l'estomac ou du côlon, avec des évacuations irrégulières, c'est-à-dire des diarrhées succédant à la constipation.

On a beau chercher dans ce cas par des pesées comparatives l'état de la nutrition ; on ne trouve rien par ce procédé, qui trahit d'ailleurs bien souvent le médecin, car il n'est que le sommaire, l'addition totale des éléments corporels, dont quelques-uns sont peu utiles, comme l'eau, d'autres plus nécessaires, comme la graisse, d'autres indispensables comme les albuminates corporels. Dans ces cas l'examen attentif des urines, la quantité d'azote qu'elles contiennent, eu égard aux principes azotés qui sont ingérés, constituent une base d'appréciation bien plus rationnelle, plus sûre des forces, et surtout de la conservation de la trame des tissus. C'est une remarque que j'ai faite bien souvent ; elle importe d'autant plus, que les apparences de l'enfant peuvent se conserver longtemps, en raison même des intervalles qui séparent ces accès de dyspepsies ; ce n'est qu'à la longue que Taspect de l'enfant change, quelquefois même subitement, que l'amaigrissement se dessine d'une manière inquiétante ; on se livre alors à toutes sortes de conjectures sinistres, ainsi à la crainte de la tuberculisation pulmonaire, ou méningée, tandis qu'il ne s'agit en réalité que d'une profonde et insidieuse perturbation des fonctions digestives et nutritives.

ARTICLE m Dentition.

L'influence de la dentition sur les fonctions digesti-

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ves est connue, peut-être même est-elle exagérée; si, en eCfet, on est d'accord pour ne modifier le régime lacté, pour n'y ajouter des aliments aibuminoïdes ou féculents, que dans les périodes d'accalmie des éruptions dentaires, c'est uniquement dans le but d'éviter l'influence de la douleur sur l'intestin, et l'action réflexe que les dents, au moment de sortir de l'alvéole, exercent sur la motricité du tube digestif; il est bien clair que les dents ne serviront pas de longtemps à la mastication, les enfants font spontanément l'éducation de cette fonction ; si donc tout se passe, pendant la dentition, sans qu'il se manifeste de douleurs, ni d'effets de ces douleurs, ni de modifications dans les fonctions expullrices de l'estomac ou des intestins, rien n'empêchera d'établir un régime nouveau, et même de permettre le sevrage.

ARTICLE IV Sevrage.

C'est la période la plus grave, la plus difficile à traverser pour les enfants, quel que soit leur âge. Le passage brusque ou graduel d'une alimentation uniforme ou à peu près à un régime diamétralement opposé par sa variété, par sa composition, constitue pour les organes digestifs un fonctionnement pour ainsi dire révolutionnaire; sans doute ces aliments nouveaux., qui en général sont composés de viandes, d'albumine, de fécules, de sucre, trouvent dores et déjà leurs ferments respectifs, comme la pepsine, comme le fer-

ment diasiasique ; mais ce qu'ils ne trouvent pas, c'est l'habitude pour l'estomac de supporter une surcharge de substances non alimentaires ou indigestes, qui viennent, comme les tendons, les aponévroses, le tissu cellulaire interstitiel, ajouter aux principes azotés purs^ à la fibrine, et produire ainsi un véritable détournement des forces digestives, c'est-à-dire une usure sans profit des sucs digestifs. De là des indigestions, même sans qu'il y ait eu excès, des diarrhées muqueuses ou alimentaires, de la lienterie, la cholérine infantile, toutes modifications d'un seul et même type morbide, la dyspepsie gastro-intestinale ; les indigestions sont temporaires, les diarrhées souvent permanentes ; si elles entraînent trop d'aliments avant leur élaboration, l'enfant succombe à la lienterie, c'està-dire à l'apepsie complète, à moins qu'il ne s'établisse dans tout le tractus digestif une déperdition subite, grave, de tous les liquides intestinaux, y compris le suc pancréatique et la bile, une expulsion complète du suc gastrique, et en même temps une hypersécrétion muqueuse exagérée, qui fait perdre au sang sa liquidité, sa température, au courant sanguin sa force circulatoire ; c'est le tableau du choléra infantile.

Conséquences pratiques. — Il est à noter que ces graves perturbations ne se manifestent pas toujours d'une manière immédiate ; souvent, une, deux et même trois semaines se passent avant et sans qu'il y ait eu le moindre indice d'altération dans la santé de l'enfant ; les parents et le médecin sont rassurés ; ils considèrent l'opération du sevrage comme terminée et réussie ; puis tout à coup, sans raison apparente, la

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dyspepsie se dessine sous une des formes, et par les localisations que nous avons signalées ; pourquoi ce retard dans le développement de ces graves accidents? C'est précisément la dénutrition graduelle résultant de l'inhabileté et du défaut d'habitude de l'estomac à chercher dans cette gangue alimentaire les principes azotés pu7's, à les élaborer par le suc gastrique, qui ne parvient à eux qu'après avoir traversé des enveloppes réfractaires exigeant elles-mêmes une élaboration digestive. La provision nutritive existait encore, c'est-à-dire ce liquide albumineux de circulation, qui a été si bien décrit par Voit, et qui n'est pas immédiatement entamé par l'usure ni même influencé journellement par le genre d'aliments. — Maintenant que cette réserve est épuisée, commence la terrible séquelle des phénomènes dyspeptiques.

Voilà l'explication ; il s'agit maintenant de l'appliquer à la pratique.

Pour éviter l'encombrement de l'estomac par des produits réfractaires, je prescris habituellement de la viande crue, délayée dans le bouillon dégraissé, ou dans une purée de légumes secs ; et je proscris l'usage du lait sous une forme quelconque ; en même temps je donne comme boisson l'eau alcoohsée ; — voici pourquoi ce régime : — la viande crue est dépouillée de tous les éléments cellulo-flbreux ; les féculents azotés sont faciles à digérer, et ajoutent en tant que léguminose à l'action de la fibrine musculaire ; — le lait produit au contraire souvent un relâchement intestinal, dontl'eff'et déplorable est d'éliminer les aliments avant leur absorption ; or c'est celte dernière fonction qu'il faut avant

tout sauvegarder, en retenant les aliments par l'eau alcoolisée ou même par une préparation calcaire dans la cavité intestinale.

ARTICLE V Période de croissance.

Pendant les premières années de la croissance, ainsi de deux à six ans, la dyspepsie est rare, et l'atonie intestinale simple n'existe pas encore; mais j'ai vu souvent survenir, à cette époque de la vie de l'enfant, deux genres d'affections gastro-intestinales bien distinctes :

1° Embarras gastriques à répétitions saisonnières. — Le premier genre de troubles qu'on observe souvent chez les enfants consiste dans une dyspepsie aiguë à forme ou plutôt d'origine catarrhale, qu'on décrit habituellement sous le nom d'embarras gastrique (anorexie, nausées, vomissements, constipation, malaise général avec ou sans fièvre) ; ces embarras gastriques durent quelques jours, reparaissent deux à trois fois par an, surtout aux changements climatériques, et laissent l'enfant parfaitement en état de bonne santé, dans l'intervalle de ces accès de dyspepsie.

2\itome intestinale par obstruction mécanique.

L'autre genre de trouble est enticrenient distinct de la dyspepsie; c'est une obstruction incomplète de l'intestin, une atonie par obturation, provenant de la présence de polypes du rectum, plus rarement d'Iiémorrhoïdes.

Les enfants sont constipés ; le ventre est ballonné ; l'appétit capricieux ; quand les évacuations s'opèrent,

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c'est avec peine et grande douleur, et souvent elles s'accompagnent de sang pur, ou mêlé de mucus; à l'examen direct on trouve le corps du délit, c'est-à-dire un polype muqueux de la muqueuse anale, à l'entrée du sphincter externe; si on ne les enlève pas, ce qui est souvent nécessaire, ils se flétrissent, et la maladie disparaît ; mais auparavant ils peuvent produire une véritable hypersécrétion rectale et anale, qui tourmente les parents, et expose l'enfant aux inconvénients d'une véritable entérorectite.

Quelques laxatifs, des lavements suffisent ordinairement pour enrayer momentanément les progrès du maL

ARTICLE VI Deuxième enfance.

a. Anorexie chez Venfant. — La dyspepsie est très rare, mais ce qui ne l'est pas, c'est l'atonie intestinale sous diverses formes, puis l'anorexie qu'on a décrite sous le nom d'hystérique; l'hystérie constitue en elTet très souvent l'apanage des jeunes filles depuis l'âge de six à huit ans, pour se continuer indéfiuiment.

Laissons là cette anorexie, ou plutôt ce refus de manger, qui rappelle souvent un acte d'aliénation mentale^ à moins qu'il ne se rattache à une dilatation stomacale, que j'ai eu l'occasion d'observer chez une jeune fille, et de guérir par la pompe stomacale.

h. V atonie intestinale véritable s'observe dans les deux sexes, plus souvent chez les petites filles, et cela sous forme d'atonie simple, sans crampes, sans spasmes.;

les enfants présentent de la lenteur de la digestion, du malaise, de la distension gazeuse de l'estomac et de l'intestin, de la constipation ; l'appétit est conservé, et la digestion se fait ; c'est donc un état d'atonie analogue à celui qu'on observe chez l'adulte.

Puis de temps à autre il s'établit une crise diarrhéique, qu'il ne faut pas confondre avec une diarrhée primitive ; il y a là un sujet d'erreur, et en même temps une série d'indications analogues à celles qui dominent dans l'atonie en général.

c. Atonie avec entérite muco-membraneiise. — Une forme d'atonie bien autrement grave, fréquente et persistante, c'est l'entérorrhée mucilagineuse ; on voit, chez les petites filles chlorotiques ou hystériques, des évacuations de mucus concret, cyhndroïdes ou amorphes, avec des douleurs vives, et un certain dépérissement avec flétrissure des téguments ; c'est la reproduction exacte mais réduite de l'entérite muco-membraneuse.

Chez l'enfant elle est d'autant plus grave qu'elle passe souvent par des crises aiguës, même fébriles ; dans ces cas on traite la maladie pour une fièvre typhoïde, ou pour une fièvre muqueuse, sans songer un instant qu'il s'agit de crises d'irritations, qui sont dues primitivement à l'atonie intestinale avec rétention des matières stercorales, et caractérisées consécutivement par des excrétions muco-membraneuses tellement considérables, qu'on est tenté de croire à une diarrhée muqueuse d'origine typhoïde ou inflammatoire. C'est du reste la reproduction du tableau de l'atonie avec produits muco-membraneux, qu'on est étonné de retrouver dans l'enfance, et qu'on méconnaît

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difficilement à un âge plus avancé. Toujours est-il que son analogie avec la maladie de l'adolescence indique naturellement la nécessité d'un traitement analogue. Yoilù, en abrégé, les diverses formes de la dyspepsie gastro-intestinale, qu'on observe à tout âge de l'enfance.

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