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XI

Traitement des atonies spasmodiques de l'estomac.

Les atonies gastriques avec ou sans spasmes doivent être traitées d'abord au point de vue de leurs causes, ou plutôt de leur mécanisme. Sous ce rapport, il faut distinguer, ainsi que nous l'avons démontré, cinq groupes de spasmes atoniques:

1° Les atonies d'ordre réflexe, dont l'impression part des organes génito-urinaires chez l'homme et la femme ;

2° Les atonies provenant des dyspnées cardiaques ou pulmonaires ;

3° Celles qui dépendent des débilitations et des diatlièses;

4° Les atonies par influences nerveuses ; 5° Les atonies spasmodiques primitives.

ARTICLE PREMIER Atonies d'ordre réflexe.

a. Atonies d' oingine utérine . — Si la cardialgie réflexe provient des aff'eclions utérines, des métrites simples ou catarrliales, ce qui est assez fréquent, la guérison peut tarder longtemps encore à se produire après que l'utérus est modifié favorablement; le système nervomoteur de l'estomac a contracté^ comme on dit, des habitudes vicieuses ; j'ai vu bien souvent survivre les douleurs ainsi que la tympanite; dans ce cas il faut, négligeant de traiter la lésion primordiale s'il en reste des indices, ne s'occuper que de la maladie spécialisée dans l'estomac.

Il y a une exception à faire en faveur des cardialgies d'origine menstruelle; si elles cadrent avec l'apparition des règles, elles cèdent aussitôt que la dysménorrhée a cessé, et, pour mettre fin à ces douleurs si violentes, avec vomissements, spasmes gastriques, le moyen le plus certain, c'est le salicylate de soude, à la dose de 2 grammes, répétés trois fois par jour, à prendre dans un verre d'eau additionnée de liqueur.

Chez l'homme, l'atonie spasmodique de l'estomac se développe souvent sous l'influence des maladies de la vessie ; les cystites agissent dans ces cas, pour produire soitune dyspepsie vraie, soit l'urémie gastro-intestinale, soit enfin l'atonie de l'estomac; cette dernière cède naturellement sous l'influence du traitement de la cystite.

b. Les atonies gastriques doi^igine intestinale se font par voie réflexe ou par voie de continuité ; on constate souvent, chez les malades frappés d'atonie intestinale, les phénomènes de la tympanile douloureuse de l'estomac, sans qu'il soit toujours possible de délimiter ces deuxafl'ections, qui reconnaissent les mêmes causes, le même mécanisme; ce qui permet ordinairement d'affirmer l'envahissement de l'estomac, c'est l'introduction d'un phénomène gastrique absolument distinct, c'est-àdire des nausées ou des vomissements, qui sont également d'ordre moteur.

9n pourrait dire dans ce cas qu'il s'agit en réalité d'une action réflexe de l'intestin sur l'estomac; cela est vrai ; car c'est même sous cette forme que l'estomac se trouble habituellement à la suite des atîections intestinales, soit atoniques, soit dyspeptiques, soit diarrhéiques ; si le phénomène vomissement vient se déclarer sans tympanite gastro-intestinale, il est évidemment d'ordre réflexe ; si au contraire il vient à se greffer, comme on l'observe dans les atonies inteslinales et gastriques, sur la tympanite, il n'a plus aussi sûrement la valeur d'un acte réflexe, il pourrait bien être le résultat de la distension gazeuse de l'estomac ; de toutes façons il indique la participation de l'estomac à l'affection primitive de l'intestin.

Tant qu'il y a du doute sur la propagation de l'atonie de bas en haut, le traitement de l'atonie simple devra suffire pour empêcher l'extension du mal ; mais dès

l'mstant que d'autres troubles,comme les vomissements se manifestent, il importe d'y obvier par les boissons gazeuses, glacées, par les poudres carbonatées calcaires,

par quelques dérivalifs sur la peau de l'épigastre, et au besoin par rinjeclion sous-cutanée d'un centigramme de morphine.

ARTICLE II

Atonies gastriques d'origine cardiaco pulmonaire.

Bien qu'on soit en train d'organiser des hyperlrophies et des dyspnées d'origine hépatico-stomacale, et même d'en formuler une séduisante théorie, avant même que l'observation eijt prononcé sur la réalité de ces faits, on n'ose pas aller jusqu'au bout de la théorie, ni intervertir l'ordre, en détruisant les gastralgies effets au profit des gastralgies causes. Or les gastralgies consécutives, c'esl-à-dire les atonies gastriques, ainsi que les tympanites^ constituent souvent l'annonce, et non moins souvent le signe de la maladie cardiaque ou pulmonaire ; cet épiphénomène n'est autre, pour les Allemands, que le catarrhe muqueux comme tout ce qui vient de l'estomac, pour les vieux Français la dyspepsie, pour les modernes la gastrite, qui semble descendre en droite ligne de la congestion statique que produisent les affections graves du cœur, ou des poumons.

Cependant il s'agit si peu de gastrite, de dyspepsie ou de catarrhe muqueux, qu'il suffit en général du traitement le plus simple de l'atonie gastrique, pour avoir justice de ces accidents, et démasquer ainsi la maladie primordiale, qu'il suffira de prendre seule en considération.

DES ATONIES GASTflO-lNTESTINALES.

ARTICLE III Atonies par dolibitation.

Les atonies provenant d'un alïaiblissement général, lorsqu'il succède surtout à des déperditions, présentent de véritables dilTicultés thérapeutiques.

a. Ainsi les atonies, si fréquentes à la suite de Xonanisme et des pertes séminales, constituent un problème très complexe, par la raison qu'il s'agit de combattre un alliage indissoluble de phénomènes réflexes, de pertes physiques, et d'épuisement nerveux. Pour échapper au rôle de sphinx, on s'est retranché derrière l'indication causale qu'il est si facile de poser, et toujours si difficile d'atteindre. Guérissez l'onatiisme, si vous ne pouvez guérir ses elTets, voilà le conseil qu'on formule avec naïveté, et il se trouve que la cause et les effets se valent au point de vue de la curabilité.

En voici une preuve : l'atonie gastrique^ si complexe dans ses origines séminales, demande les purgatifs, les toniques, l'hydrothérapie; l'onanisme exige le bromure de potassium, qui ne vaut rien pour l'estomac, et compromet les forces du malade ; les déperditions séminales sont justiciables des calmants, des bains tièdes prolongés, et de toute la séquelle antispasmodique. Comment concilier toutes ces exigences si absolument antagonistes? si l'on perd de vue une seule de ces indications, tout est remis en question.

Yoici ce que j'ai observé dans un grand nombre de cas. Les calmants, les bains, le bromure sont absolument contraires, et jettent le malade dans un état souvent

irrémédiable de débililé. Les toniques à base de tannin ou de quinquina sont sans action, et les ferrugineux mal supportés, irritants au dire des malades. L'hydrolhérapie, venant souvent trop tôt, est répudiée. Voici maintenant ce que j'ai obtenu par un traitement combiné en vue de la plupart des indications :

1° Chaque jour, 1 à 2 grammes d'iodure de potassium, combiné avec du sirop de rhubarbe ;

2° Administrer en pilules 7 à 10 centigrammes d'extrait alcoolique de digitale, associé avec le double de sulfate de quinine ;

3° Lavements laxatifs matin et soir ;

4° Douches d'eau sulfureuse chaude, au début ; à la fin seulement du traitement, les douches froides;

5° Régime très substantiel (viandes et fécules);

6° Exercices très modérés, mais réguliers, comme la gymnastique.

A l'aide de ces divers moyens associés et prolongés deux à trois mois, on peut espérer la guérison totale.

b. Les localisations chlorotiques vers l'estomac sont très fréquentes, et le fer est rarement supporté sous quelque forme que ce soit; le mieux est de s'occuper d'abord exclusivement de l'estomac, en ayant soin de joindre au traitement un régime spécial. — Dans les atonies chloro-anémiques, je procède ordinairement ainsi : 1° usage journalier de 200 à 300 grammes de viande crue, avec un légume féculent; 2° boisson carbonalée calcaire comme l'eau de Fougues ; 3° le vin est mal supporté, il est inutile d'insister sur son emploi; je préfère l'eau alcoolisée ; 4° poudre de noix vomique

OU de fève de Calabar, avec magnésie calcinée ; 4° hydrothérapie.

ARTICLE IV Atonies d'origine hystérique.

Les accidents gastriques de l'hystérie se traitent comme l'hystérie elle-même ; mais, l'hystérie n'ayant pas de thérapeutique fixe, et la gastralgie pouvant survivre à l'hystérie, il devient difficile de formuler un programme thérapeutique. En général, ces atonies sont peu graves, et elles cèdent au traitement de l'atonie simple, auquel il faut ajouter l'usage de l'eau froide.

ARTICLE V Atonies primitives.

Une distinction est nécessaire à établir entre les atonies avec tympanismes, les atonies avec spasmes, soit simples, soit d'origine alimentaire (je ne dis pas digestive).

a. Les atonies avec tympanisme sans paroxysmes douloureux réclament à peu près le même traitement que celles de l'intestin, avec cette importante dilférence, qu'on peut insister davantage sur les préparations calcaires et moins sur les laxatifs. Voici les moyens qui me paraissent le mieux appropriés à cet état :

1° Substances absorbantes : craie ou phosphate calcaire avec une poudre amère, comme le Colombo, selon la formule suivante :

■2f Craie lavée 30 grammes.

Magnésie calcinée 30 —

Poudre de Colombo 2

Poudre do vanille 1

A prendre une demi-cuillerée à café avant chaque repas ;

2° Purgatif salin, de temps à autre ;

3° Teinture de noix vomique, S à 10 gouttes à prendre dans une cuillerée de café noir ou de liqueur, à la fin du repas, ou bien 20 centigrammes de fève de Calabar.

Ou bien :

^ Vin de gentiane 300 grammes.

Vin de rhubarbe . . 100 —

Alcoolature de racine d'aconit. . . 3 — Essence d'anis l —

Une grande cuillerée à la fin du repas.

4° L'arsenic sous forme de gouttes de Fowler (6 à chaque repas) réussit parfois ;

5° Douches sulfureuses chaudes, plus tard l'hydrothérapie;

6° Saison thermale à Plombières ;

7° L'électricité constitue un des plus puissants moyens de traitement de l'atonie, soit en tant que faradisation des téguments de l'épigastre, soit comme courants continus; on applique le pôle anode sur l'épigastre, l'autre sur la colonne vertébrale.

b. Atonies avec sjoasmes. — Les spasmes qui succèdent à l'atonie réclament un traitement d'urgence, mais temporaire ; les injections hypodermiques constituent le moyen le plus sûr et le plus prompt dans son action ;

avant et après le spasme, les moyens curatifs sont les mêmes que dans l'atonie avec météorisme.

c. Atonies avec spasmes d'oriffine alimejitaire. — Si les spasmes^ au lieu d'être sous la dépendance d'un excès de tension, se manifestent sous l'influence d'une excitation directe de l'estomac par les aliments indigestes (les graisses, les sauces, les boissons glacées, etc.), la guérison ne suit pas toujours d'une manière absolue la suppression de cette alimentation nuisible ; il faut aussi agir sur l'estomac lui-même, soit par la pompe stomacale (Leube), soit par un vomitif, soit enfin par un évacuant intestinal, pour entraîner au dehors les aliments qui ont pu séjourner dans la cavité gastrique, et irriter la muqueuse ; à partir de l'évacuation quelle qu'elle soit, les spasmes sont ordinairement entravés dans leur manifestation, par suite de l'absence d'irritants habituels, c'est-à-dire par la diminution de l'irritabihté des nerfs sensibles de l'estomac.

G. Sée, Dyspepsies.

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