SOURCES DU PRINCE ET DU QUAI
Ces deux sources, qui jusqu’ici servaient exclusivement aux bains, sont devenues insuffisantes pour cet usage. Aussi exécute-t-on en ce moment des travaux pour amener le trop-plein de la fontaine du Pavillon auprès des bains, et, grâce à l’abondance de cette source, il n’y aura pas à redouter une interruption, jusqu’ici exceptionnelle, il est vrai, dans le service des bains et des douches.
Elles furent captées peu après la source du Pavillon, sur les conseils du docteur Thouvenel et par les soins du prince de Poix, qui s’était fait construire un pavillon dans le voisinage. C’est lui qui donna son nom à l’une d’elles. Quant à l’autre, le puits qui l’isole étant construit en partie sur le quai de la rivière du Vair, elle porte le nom de source du Quai.
Le captage et l’aménagement de ces sources ont été repris en 1859, sous la direction de M. Jutier, et depuis 1869 elles sont couvertes par une marquise
et installées en buvette. La source du Prince donne 30 litres à la minute, soit 43200 litres en vingtquatre heures.
La source du Quai donne 60 litres à la minute ou 86400 litres en vingt-quatre heures.
Les propriétés physiques de l’eau qu’elles fournissent sont sensiblement les mêmes que celles de l’eau de la source du Pavillon.
Quant aux propriétés chimiques, l’analyse faite également en 1852 par M. Ossian- Henry montre quelles se rapprochent également beaucoup de celles de la source principale. Voici , du reste, le résultat de ces analyses, qui ont donné pour 1 litre d’eau :
Source
Source
du Prince.
du Quai.
( de chaux .... 1
Bicarbonates. . .
^ de magnésie. . . |
( de soude
[ de chaux
Sulfates anhydres
< de magnésie. . . l f de soude v
Chlorures alcalins et terreux. , . . .
Fer et manganèse évalués
Silice, alumine.. .
Matière organique et perte Ç
Enfin M. Lepage, pharmacien à Bulgnéville, a en 1857 analysé avec un grand soin les dépôts des differentes sources, d après les procédés et avec le concours de M. Baudrimont. Les résultats obtenus nous semblent des plus utiles à connaître et surtout à comparer; aussi les exposons-nous sans entrer, bien entendu, dans le détail des opérations qu’ils ont né-
cessitées. Cinq grammes du dépôt des différentes sources, recueilli dans les bassins ou dans les canaux de décharge, ont donné :
Eau
Source du Pavillon.
Source du Prince.
Source du Quai.
Silice
Alumine
Se.squioxvde de 1er . . . .
Carbonate de chaux. . . .
Magnésie
Arsenic métallique. . . .
Matières organiques . . .
Le titrage du protoxyde de fer avec une liqueur d’hy permanganate de potasse, dont 64 divisions et demie correspondaient à 0,02 de fer pur. a donné comme résultat, sur 5 grammes de dépôt, la décoloration de
Pavillon Prince Quai
687 725 525 divisions
de cette liqueur. La source du Prince fournit, on le voit, le plus de fer et d’arsenic, la source du Quai le plus de magnésie. Nos faits cliniques confirment tous les jours ces résultats, en nous permettant d’obtenir de cette seconde source un effet purgatif, alors que les malades sont exceptionnellement rebelles à l’eau du Pavillon, et de la première un effet tonique chez les femmes et les jeunes filles qui visitent soit pour elles, soit avec leurs parents, la station hydro-minérale.
Ulodc d’administration des eaux.
1° Usage interne. — C’est évidemment à 1 ingestion de l’eau que revient la plus grande part des succès de Contrexéville. Mais quoique la dose absorbée soit en moyenne assez considérable, on a, nous le croyons, exagéré la tolérance de l’organisme pour un médicament qui, quoique très-inoffensif, n'en a pas moins chez des buveurs imprudents amené des accidents souvent très-graves. Si nous insistons sur ce point, c’est qu’on voit malheureusement trop souvent à Contrexéville des malades qui, soit faute de direction médicale, soit par une forfanterie inqualifiable, ingèrent des quantités d’eau peu en rapport avec celles qu’indique leur état, et payent, comme nous le verrons à la ûn de cette brochure, plus ou moins cher leur insouciance ou leur amour-propre si mal placé. Dans l’administration de l’eau de Contrexéville en boisson, il importe de tenir compte d’abord de la maladie qui amène le buveur à la source. Ainsi, toutes choses égales d’ailleurs, la gravelle urique nécessite la plus forte dose. L’eau chez les malades qui en sont atteints agit non-seulement chimiquement, mais mécaniquement, et on en a la preuve tous les jours à la source par les nombreux graviers qui sont expulsés séance tenante, et encore la plus grande partie en est-elle perdue pour l’observation.
Dans la gravelle phosphatique au contraire, les calculs sont en quelque sorte délités et s’en vont en bouillie suivant l’expression d’un malade, de sorte
(ju il est souvent fort difficile de se rendre compte de leur dimension première. Aussi les doses élevées ne doivent-elles être atteintes que progressivement. Dans la plupart des affections de la vessie, la quantité d’eau ingérée doit être modérée. Il est donc impossible de déterminer d’avance la dose maximum, variant en général de trois à dix ou douze verres, et qui est en outre subordonnée, pour une même affection, à l’âge, au sexe et à la constitution du malade. Il est évident que le traitement ne saurait être le même pour un goutteux robuste, vigoureux et jouissant de l’entière liberté de ses mouvements, et un de ces malheureux impotents qui viennent pour la première fois faire appel à l’efficacité de la source du Pavillon; pour un homme de trente et un homme de soixantedix ans atteints de la même affection de la vessie ; pour une femme suivant les différentes époques de sa vie, etc. Cette ingestion de l’eau par verres ou demiverres, espacée de dix, quinze, vingt minutes, ou une demi-heure, suivant les cas, se fait le plus souvent en une seule séance, le matin à jeun. Quelquefois cependant, et surtout dans le cas d’intolérance de l’estomac, une seconde séance entre trois et cinq heures peut être indiquée. Enfin dans quelques cas, heureusement fort rares, il est nécessaire de couper l’eau soit avec un peu de lait, soit avec du sirop de gomme, ou quelque autre adjonction. L’exercice que font entre chaque verre les buveurs ne contribue pas peu à faciliter la tolérance et à activer la digestion de l’eau. Nous ne sommes pas d’avis que les malades
fassent pendant le traitement usage de celle-ci au repas, soit pure, soit pour couper leur vin. La séance du matin rend dans la majorité des cas cette manière d’agir inutile, et nous avons vu quelques personnes en être incommodées momentanément. Nous parlons, bien entendu, de l’époque de la cure exclusivement, car, si à domicile l’eau bue au repas ne suffit pas à amener des résultats décisifs, elle peut entretenir l’amélioration et confirmer la guérison que le malade sera venu demander à la source ou encore le préparer utilement à faire une nouvelle saison à Contrexéville. Nous la recommanderons particulièrement sous ce rapport aux malades atteints d’inflammation chronique de la muqueuse des voies urinaires.
2° Usage externe. — L’emploi de l’eau de Conlrexéville à l’extérieur rend tous les jours des services signalés-et tend, sous l’influence des médecins qui en constatent les bons effets, ainsi que sous celle des malades qui les ressentent, à prendre de jour en jour plus d’extension.
Ces modes d’emploi assez nombreux sont les bains, les douches, les injections et les lotions.
L’établissement comprend quarante-six cabinets de bains, dont trente pour les hommes et seize poulies dames; quatre douches générales, trois appareils pour bains de siège à eau courante, un pour douches vaginales et deux douches ascendantes. Un cinquième cabinet pour grandes douches est, sur nos instances, installé en ce moment et permettra de suffire ù tous les besoins du traitement externe.
Les bains sont à Contrcxévillo un puissant adjuvant de la médication interne, qui est, nous l’avons dit, le principal agent thérapeutique de cette station. La question si controversée de l’absorption cutanée ne nous permet pas d’évaluer la quantité de sels minéraux absorbée dans un bain. Il est cependant hors de doute qu’à la température moyenne de 30 à 32 degrés centigrades une partie des 800 à 900 grammes de sels contenus dans l’eau du bain est absorbée et va ajouter son action à ceux qui ont été introduits dans l’économie par l’ingestion. de l’eau. Notons également que l’eau, étant très-froide, il importait que le chauffage ne la dénaturât point en précipitant ou décomposant un certain nombre de ces sels. Le chauffage à feu nu avait cet inconvénient, et ce n’est que dans ces dernières années qu’une nouvelle installation permet d’élever la température de l’eau sans la décomposer. Ce résultat est obtenu par des serpentins parcourus par de la vapeur, qui sont plongés dans les réservoirs dont l’eau doit être chauffée. Ce n’est que depuis cette époque que les bains peuvent logiquement faire partie intégrante du traitement. Du reste, leur durée et leur tempéralure varient individuellement. Disons seulement que les bains chauds conviennent surtout aux graveleux et que les mêmes bains prolongés calment l’irritation spasmodique causée par la présence des graviers, dont ils favorisent l’expulsion. Dans les cas de coliques néphrétiques, ils apaisent les douleurs de médiocre intensité. Il est néanmoins un certain nombre de cas où ils sont
contre-indiqués, et entre autres chez les malades affectés de dyspnée, résultant soit d’une affection cardiaque, soit d’une affection thoracique, comme nous avons souvent lieu d’en voir à Contrexéville. Quant aux bains frais ou froids, ils n’ont dans cette station que de rares applications.
Les bains de siège rendent journellement des services, soit lorsque le bain général est rendu impossible par une affection des organes thoraciques ou toute autre cause, soit que l’effet du bain doive être localisé à la partie immergée. Dans le premier cas, ils déierminent des effets analogues au bain entier, quoique l'absorption cutanée ne vienne plus alors qu’en dernier lieu et que ce soit surtout comme agent externe qu'ils agissent. Leur durée est d’ailleurs toujours moindre que celle des bains généraux; la position incommode qu'ils nécessitent en ferait, à défaut d’autre motif, une obligation, et ils ont en outre l'inconvénient d’exposer le malade à se refroidir en mouillant ses vêtements. Mais néanmoins, dans certaines affections de la vessie, de la prostate de l’utérus ou du gros intestin, ils sont d’une utilité incontestable et d'un emploi journalier.
Les bains de siège, à eau courante surtout, dans lesquels l'eau jaillit circulai rement et se renouvelle sans cesse, remplacent utilement dans des cas nombreux les douches périnéales; leur température est, bien entendu, comme celle des bains et des douches, graduée suivant les indications.
Les douches sont froides, chaudes, ou alternative-