‹ Des eaux publiques et de leur application aux besoins des grandes villes, des communes et des habitations rurales principes fondamentaux concernant la recherche et l'amenagement de l'eau dans tous les paysChapitre 19 sur 54 · EAU APPLIQUÉE A LA PROPHETE DU COUPS · texte numérisé non relu

EAU APPLIQUÉE A LA PROPHETE DU COUPS

qu'il avait primitivement noté, il les comparait entr'elles et il considérait comme transpiration insensible tout ce qui manquait aux excrétions pour égaler la nouriture. Il crut voir de la sorte que la transpiration insensible constituait à elle seule les cinq huitièmes de nos pertes. Dodarl en France, Kobinson en Ecosse, Gorter en Hollande, Linnings dans la Caroline méridionale , expérimentèrent sur les mêmes bases, et obtinrent tous des résultats différents.

Toutefois, ces expériences furent utiles en ce qu'elles serv irent à faire connaître d'une manière générale les variations que la perspiration cutanée présente selon les âges, les climats et les saisons. Ainsi l'on reconnut que dans la vieillesse l'urine prédominait ; que dans l'enfance c'était la perspiration cutanée ; que pendant les mois chauds, la perspiration est à l'urine dans le rapport de cinq à trois ; dans les mois froids, de deux à trois : avril, mai, octobre, novembre, décembre, donnèrent des rapports égaux entre ces deux excrétions.

Lavoisier et Séguin, qui expérimentèrent les derniers sur cette matière, reconnurent que la plus forte quantité de transpiration est de trente-deux grains par minute ; trois onces, deux gros quarante-huit grains par heure ; cinq livres par jour. La moindre quantité est de onze grains par minute; une livre onze onces quatre gros par jour. Elle est à son minimum pendant

la digestion, et à son maximum après l'accomplissement de cette fonction : les mauvaises digestions la diminuent.

Les expériences de Lavoisier et Séguin furent les plus précises; ils séparèrent en effet la perspiration de la peau, de la perspiration du poumon, circonstance qui n'était point entrée dans les travaux faits avant eux.

Mais, quelque rigueur qu'on y ait mis, il était impossible d'arriver à des nombres exacts, parce que rien n'est plus variable que cette exhalation de la peau. L'âge, le sexe, les tempéraments, les climats, les saisons la modifient. Ainsi, abondante et acidulé chez l'enfant, médiocre et musquée chez le pubère, acre et rare chez le vieillard, elle est en plus grande quantité chez l'homme que chez la femme.

Quoi qu'il en soit, l'analyse chimique démontre, dans le produit de la perspiration, de l'acide acétique, un peu de matière animale, des chlorures de sodium et de potassium, un phosphate terreux et de l'oxyde de fer (Orfila). Ce sont toutes ces substances qui, se fixant sur la peau, nécessitent l'usage des bains et de fréquents changements de linge. Quand on les y laisse séjourner, la peau s'irrite, devient le siège de démangeaisons plus ou moins cuisantes et de toutes les maladies qui ont pour cause la malpropreté.

Mais on comprend que quand l'eau employée pour les lotions dont nous parlons, et pour les bains, n'est pas pure, quand elle contient des sels, elle vient ajou-

EAU APPLIQUÉE A LA PROPRETÉ DO CORPS Al

ter elle-même aux inconvénients qui résultent du dépôt des produits de la perspiration. C'est une expérience, au reste, que tout le monde peut avoir eu l'occasion de faire. Un bain pris, avec de l'eau de puits, laisse la peau rude et échauffée, tandis que le même bain, préparé avec de l'eau de pluie ou de rivière, la rafraîchit et la rend douce comme du satin.

Nous laissons de côté un autre phénomène physiologique : l'excrétion de cette humeur grasse et huileuse qui conserve à la peau sa souplesse habituelle et qui est très-abondante dans certaines parties du corps. L'accumulation de cette humeur exige aussi des soins de propreté qu'on ne peut bien satisfaire qu'avec une eau douce, légère, et par conséquent dépourvue de sels.

Nous avons dit que l'eau introduite dans l'économie animale avait pour but de dépurer le sang et de concourir ainsi à la décomposition. Quelques détails sur la fonction physiologique dont la décomposition fait partie ne seront point inutiles.

La nutrition du corps s'exécute par deux actions, dont l'une est composante et l'autre décomposante. Par la première, chaque organe puise, dans le sang artériel, et s'assimile les éléments nécessaires à son entretien; par la seconde, il se débarrasse des matériaux usés qui ont déjà servi à sa conservation. Le corps humain, comme tous les corps organisés, ne peut pas en effet acquérir sans cesse d'un côté, s'il ne

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perd proportionnellement de l'autre. S'il n'y avait pas de balancement entre la composition et la décomposition, il y aurait de toute nécessité aceroisssement indéfini ; or, les limites de l'accroissement sont fixées. Toutefois, l'équilibre n'est parfait que dans l'âge adulte, et il ne dure qu'un temps déterminé. Ainsi, dans le premier âge, c'est l'action de composition qui domine ; l'enfant acquiert beaucoup plus qu'il ne perd. Dans la vieillesse, au contraire, l'action de décomposition prend le dessus, et le vieillard ne parvient jamais à réparer que d'une manière incomplète ce qu'il a perdu.

Cela posé, il faut savoir que les réparations et les pertes se font, sous certains rapports, par l'intermédiaire de la peau qui revêt toute la surface du corps, et aussi par le moyen de la membrane muqueuse qui tapisse les ramifications pulmonaires, c'est-à-dire que la surface interne des poumons et la surface externe du corps envoient continuellement au dehors, sous forme d'exhalation, les parties les plus subtiles des matériaux usés.

ARTICLE IV De l'eau employée dans les industries diverses.

Notre intention n'est point d'entrer ici dans le détail de toutes les industries qui trouvent dans l'eau un de leurs principaux éléments ; ce détail nous entraî-

nerait trop loin. Nous devons nous borner à signaler la circonstance de quelques-unes de ces industries qui exige, dans l'eau qu'elles emploient, des conditions plus ou moins précises de clarification et de pureté.

A. Dans les machines à vapeur, l'eau qui alimente les chaudières doit jouir de la plus grande pureté possible ; car cette eau étant destinée à se vaporiser, si elle contient des sels, de quelque nature qu'ils soient, ceux-ci se déposeront sur les parois de la chaudière, s'y incrusteront et pourront donner lieu à de terribles explosions. C'est là, du reste, une cause qui a été trop souvent signalée pour qu'il soit nécessaire d'y insister.

« Il est bien rare, dit Arago, que l'eau dont on se sert pour alimenter les chaudières soit pure. Le plus souvent cette eau contient des matières salines qui se déposent pendant l'ébullition, et finissent par former sur les parois intérieures une croûte pierreuse dont l'épaisseur va croissant chaque jour. Tant que cette croûte n'existait pas, la chaleur absorbée par le métal se transmettait très-rapidement à l'eau , et les parois de la chaudière n'acquéraient jamais une température très-élevée ; mais dès qu'une substance peu conductrice, comme le sont toutes les matières pierreuses, tapisse la chaudière, la chaleur ne parvient à l'eau qu'avec beaucoup de lenteur : les parois métalliques recevant du foyer, à chaque instant, plus de calorique

que le dépôt pierreux ne leur en enlève, deviennent de plus en plus chaudes, et iinisscnt même par arriver quelquefois à la température rouge ; or il faut remarquer que ce n'est pas là seulement l'occasion d'une grande perte de chaleur, car les métaux incandescents ayant très-peu de ténacité, les explosions deviennent alors imminentes. Tout le monde verra aussi sans difficulté combien il laut craindre, quand la chaudière est rouge , que l'eau comparativement très-froide qu'elle renferme ne vienne à se répandre sur sa surface par quelque fissure de la croûte pierreuse. Dans cette circonstance, une chaudière de fonte craquerait probablement à l'instant. Quant aux chaudières composées de plaques malléables, si elles ne cédaient pas à la pression, elles éprouveraient du moins les tiraillements les plus fâcheux. J'ajouterai enfin, que les portions métalliques qui rougissent s'oxydent et se détériorent très-promptemcnt. Gomme exemple, je pourrais citer la chaudière destinée au chauffage de la Bourse de Paris, dont la paroi intérieure se troua dans la partie où, par mégardc, un ouvrier avait intérieurement laissé un chiffon.

» On voit à quel point il importe que la chaudière soit bien nettoyée. Dans les bateaux à vapeur qui emploient l'eau de mer, l'enlèvement du dépôt salin doit être effectué toutes les vingt-quatre heures au moins. Quand l'eau d'alimentation est pure, on peut ne faire cette opération qu'à de grands intervalles. On ne sau-

rait sur cela donner de règles générales ; c'est à l'ingénieur de voir expérimentalement de quelle manière et avec quelle rapidité les éléments salins se précipitent des eaux qu'il est forcé d'employer. » (Sur les explosions des machines à vapeur, par F. Arago.)

Dans les machines à condensation, l'eau séléniteuse engorge aussi plus ou moins promptement le système des soupapes , et tous les constructeurs s'empressent de la répudier et d'y substituer l'eau de pluie ou de rivière, quand les localités ou les circonstances leur en offrent la facilité.

B. Amidonniers. La fabrication de l'amidon, de l'empois et des fécules diverses , est, sous plusieurs rapports, une opération chimique pour l'exécution de laquelle l'eau pure est d'une très-grande utilité. Les sels, en se déposant sur les grains de fécule, en altèrent les propriétés et empêchent les empois de bien cuire et de conserver tout leur liant.

C. Baigneurs. Nous avons déjà parlé de l'action des eaux dures sur la peau et de leur peu d'aptitude à nettoyer le corps ; l'industrie du baigneur ne peut donc s'exercer avec avantage et sécurité qu'avec des eaux courantes.

D. Boulangers. Le pain contient un quart et même un tiers de son volume d'eau. Si, comme nous l'avons déjà dit, une substance malsaine prise tous les jours, quoiqu'en très-petite quantité, a de grands inconvénients, il est évident que la santé publique est grave-

ment intéressée à ce que les boulaDgers ne se servent point d'eaux suspectes ; car, que l'on introduise dans le corps humain des principes malfaisants sous forme solide avec le pain, ou sous forme liquide avec la boisson cela est indifférent au résultat final.

E. Blanchisseurs. Pour l'exploitation de cette industrie, qui touche d'ailleurs de si près à l'économie domestique, il importe surtout d'avoir une eau qui dissolve parfaitement le] savon. L'expérience a appris depuis longtemps que les eaux de pluie et de rivière sont celles qui remplissent le mieux cet objet. Nous ferons remarquer, à ce propos, que cette propriété de dissoudre ,1e savon en entraîne d'autres avec elle; et que, quand on rencontre dans la nature une eau qui la possède, cette eau est presque toujours propre à la plupart des usages de l'économie domestique. Je dis presque toujours,^ parce qu'il faut excepter de cette règle les eaux des marais et des étangs, qui jouissent bien de la propriété de dissoudre les savons, mais qui, par l'effet de certaines circonstances que nous avons déjà mentionnées, sont impures et malsaines.

La possibilité de dissoudre le savon dans une eau donnée, doit donc, à bon titre, être regardée comme l'un des? signes caractéristiques les plus significatifs de ses bonnes qualités.

F. Brasseurs. L'action de l'eau dans la fabrication de la bière a pour objet l'extraction des principes so- 'ubles de l'orge et du houblon. D'abord, l'eau chargée

de sels est infiniment moins dissolvante que les eaux de pluie et de rivière ; elle épuise beaucoup moins ces deux substances ; et, pour le houblon surtout, qui est assez cher en tous pays, il y a, dans l'emploi d'une eau légère et pure, un élément d'économie très-sensible que les brasseurs éclairés ne négligent pas. Lîe plus, comme la bière est une liqueur destinée à la boisson, les raisons puissantes de salubrité, déjà articulées à propos du pain et des boissons en général, viennent encore ici commander la préférence dont nous parlons.

G. Confiseurs. Les confiseurs aussi ont besoin d'eau pure, s'ils ne veulent pas que les qualités sapides de leurs sirops soient altérées ou transformées. Toutefois, relativement à la salubrité, l'inconvénient de la présence des sels n'est pas aussi grand, à l'égard de leurs produits, que pour la bière : uniquement parce que l'usage n'en est pas aussi fréquent, ni aussi abondant.

H. Laveurs de laine. La laine est soumise à plusieurs lavages avant d'être transformée en tissu. On la lave sur le dos de l'animal vivant, pour lui enlever les ordures et la crasse qu'elle contient toujours en plus on moins grande quantité: on la lave après latente pour la débarrasser de son suint ; enfin, on la lave encore en fabrique pour la rendre apte à bien prendre les couleurs. Pour tous oes lavages, l'eau doit avoir au moins la propriété de dissoudre le savon, et, par con-

séquent, on doit la puiser dans une rivière ou dans un étang.

I. Liquoristes. Cette profession est comme celle des confiseurs ; elle emploie beaucoup de sucre en sirops.

K. Fabricants de papier. Dans cette industrie, l'eau doit être, avant tout, aussi claire que possible, afin que la pâte conserve toute sa blancheur, ce qui n'aurait pas lieu avec une eau sale ; et aussi, afin que le papier conserve toute la finesse et la douceur de grain dont il est susceptible, qualité qu'il ne peut point acquérir quand l'eau dépose à sa surface des cristaux salins.

L. Fabricants de papier peint. La pureté chimique de l'eau est exigée ici pour que l'éclat des couleurs ne soit point altéré par les combinaisons que leurs éléments pourraient former avec les sels contenus dans l'eau.

M. Maçons. Les maçons aussi ont besoin d'eau de pluie ou de rivière pour fabriquer leurs mortiers. Cette nécessité est surtout sensible à Venise, où l'expérience a prouvé que l'eau de la lagune était impropre à la construction. Cette circonstance a déterminé certaines lois de police relativement aux fondations des maisons et des édifices de toute espèce.

A ce propos, nous ferons une réflexion qui paraîtra singulière, mais qui n'en est pas moins fondée. Certainement, on ne peut pas établir de comparaison entre les eaux de puits les plus chargées de sels et l'eau de

la mer, pas plus qu'il ne peut exister de similitude, ni même d'analogie, entre la fabrication d'un mur et la composition du corps de l'homme : toutefois, si les sels de l'eau de mer, employée dans les bâtisses, détruisent ces dernières en se déposant entre les molécules du mortier, les sels des eaux de puits dont on fait, dans certains pays, la boisson ordinaire, et dont la masse s'accroît chaque jour davantage dans l'économie humaine par le fait de leur usage journalier, ces sels, dis-je, sans cesse accumulés dans le corps , (car, il ne faut pas croire qu'ils soient toujours complètement éliminés) doivent y introduire des éléments de destruction, en se mêlant à la trame des organes, ou en irritant leur tissu.

N. Fabricants de porcelaine. On prétend que les eaux crues et dures, telles qu'où les rencontre dans les puits, ne donnent point à la pâte de porcelaine le liant exigé pour une bonne fabrication.

O. Fabricants de produits chimiques et de couleurs. Ici, plus que partout ailleurs peut-être, la pureté chimique de l'eau est une condition de nécessité première, soit à cause de la facilité avec laquelle les eaux chargées de sels se prêtent à des combinaisons qui ne sont point celles que recherche le fabricant ; soit parce que, pour corriger les défauts de pareilles eaux, il faut une complication de procédés qui augmentent les frais de la main-d'œuvre.

P. Fabicants de savon. Le savon est le résultat de la

combinaison des acides qui sont contenus dans les huiles et les graisses avec des oxydes métalliques ou alcalis, tels que la potasse et la soude. L'eau est un intermédiaire indispensable dans sa composition ; elle sert à dissoudre, c'est-à-dire à diviser les particules alcalines, et à multiplier leurs points de contact avec les molécules des corps gras. Mais, son rôle ne se borne pas seulement à servir d'intermédiaire ou de simple auxiliaire, elle fait partie essentielle de la combinaison ; car, c'est de la réunion triple de l'eau, de l'alcali et de l'huile, ou du corps gras, que résulte ce liquide visqueux, dont l'épaississement graduel devient le savon proprement dit.

On jugera de l'affinité que le savon a pour l'eau, quand on saura que le savon blanc, qui, étant fait avec conscience et habileté, est le meilleur de tous, peut admettre jusqu'à 60 pour 100 d'eau, et que les fabricants trouvent dans cette addition exagérée, mais non nuisible à la bonne qualité, un moyen de fraude trèslucratif, par suite de l'augmentation de poids et de volume qui en résulte. Le savon marbré, au contraire, n'en peut admettre que trente parties, et c'est celui auquel les consommateurs éclairés et justement défiants donnent la préférence.

On comprend, du reste, que, dans une fabrication comme celle-ci, qui repose essentiellement sur des réactions chimiques, il ne faut employer, comme intermédiaire et dissolvant, qu'un liquide dont les élé-

ments ne puissent pas donner lieu à des combinaisons hétérogènes. Car, encore bien que l'on pût, par une opération préparatoire, éliminer de l'eau tous les sels dont on redouterait la présence, toujours est-il que l'expulsion de ces sels, en augmentant les prix de fabrication, priverait l'industriel d'un bénéfice réel que l'eau de pluie ou de rivière lui assure complètement.

Q. Fabricants de sucre et raffincurs. Dans la fabrication du sucre, soit en Europe avec les betteraves, soit aux colonies avec la canne, il y a une opération appelée défécation, qui consiste, ou bien à mêler le jus avec environ 1/2 p. 0/0 d'eau acidulée et 250 grains d'acide sulfurique étendu de 8 parties d'eau pour 500 parties de jus, ou bien à le traiter par du lait de chaux. Pour préparer l'eau acidulée ou le lait de chaux (eau mêlée de chaux en quantité suffisante pour la blanchir), le bon succès de l'opération exige que l'eau dont on se sert soit aussi pure que possible.

Dans l'opération du raffinage, l'eau sert à dissoudre le sucre pour le transformer en sirop, avant de le passer aux filtres; elle sert encore, après la cristallisation, pour l'opération du terrage. Si, dans ces deux opérations, on emploie de l'eau chargée de sels, il est hors de doute que les cristaux salins seront retenus avec les cristaux du sucre et altéreront la saveur de ce dernier, tout en lui conservant le degré de blancheur que le fabricant aura voulu lui donner.

On peut se faire une idée assez exacte de ce qui se

passe dans la cristallisation des sels contenus dans l'eau, en comparant les résultats fournis par l'évaporation d'une goutte d'eau de puits et d'une goutte d'eau de rivière, à la surface d'un verre de montre. La goutte d'eau de puits donne lieu à un dépôt de cristaux très-apparents et fort difficiles à détacher* du verre ; la goutte d'eau de rivière ne laisse qu'un peu de poussière d'autant moins abondante que le procédé de clarification auquel on soumet ordinairement les eaux courantes est plus parfait. Or, ce sont justement ces cristaux de l'eau de puits qui, sans changer la couleur des produits de la fabrication, sans leur ôter rien de leur bel aspect, les privent en grande partie de leur qualité fondamentale, qui est le développement de la saveur sucrée. Tl y a beaucoup de contrées en Europe où certainement cette seule circonstance tient l'industrie des sucres dans un état permanent d'infériorité.

R. Tanneurs. Dans la fabrication des cuirs, il y a deux raisons pour lesquelles on est forcé de tenir compte du degré de pureté des eaux employées. Quand les peaux sont mises en fosse, en contact avec le tan mêlé d'eau, il se passe deux choses : le tan pénétré par l'eau abandonne le tannin, et cette substance vient s'introduire dans les interstices de la peau déjà gonflée par des préparations préliminaires nombreuses. Dans un pareil état des choses, si l'eau est chargée de sels, 1° elle est moins dissolvante et l'écorce ne cède

pas tout son tannin, ce qui est une cause de perte directe pour le fabricant ; 2° les sels viennent dans les interstices de ces peaux prendre la place du tannin, et constituent les produits du fabricant dans un état d'infériorité relative.

S. Teinturiers. L'art du teinturier exige des eaux pures sous tous les rapports, sous le rapport physique aussi bien que sous le rapport chimique. Si elles sont chargées de sels, elles altèrent les principes colorants qu'on y met en dissolution; si elles ne sont pas parfaitement limpides, si elles sont tant soit peu louches^ elles ternissent les couleurs et leur enlèvent tout éclat.

Les eaux de la Bièvre tant vantées, quand par hasard elles contiennent des sulfures, ce qui leur arrive lorsqu'elles ont été renfermées dans des citernes, ne valent rien pour être mêlées au sulfate d'indigo (Chevreul).

Nous ne poursuivrons pas plus loin cette énumération fort incomplète des professions et des arts qui trouvent dans l'eau un aliment important et qui exigent dans ce liquide des conditions de pureté plus ou moins absolues. Ce que nous en avons dit nous paraît devoir suffire à motiver les conséquences qui font l'objet final • de ce chapitre.

Critérium de la valeur des eaux publiques. — Un préjugé à détruire. — L'eau doit être neutre. — Définition et énumération de ses propriétés essentiélles. — Qualités de l'eau qui les possède. — Ce qui manque aux bonnes eaux de source. — L'air agit par son oxygène. — Un mémoire et des expériences de M. Chevreul. — La cinquième leçoii de la Chimie dé M. Aliilii^iiti,

Les considérations que nous avons exposées dans le chapitre précédent, en donnant la raison de Futilité spéciale que l'entretien de la santé, l'économie domestique ét les industries diverses recherchent dans l'eau, nous ont par cela même fourni 16 moyén de déterminer les caractères qu'elle doit avoir.

Puisque dans tous les cas où on l'emploie, l'eau ne sert que d'excipient, de dissolvant, de véhicule ; pour remplir son objet d'une manière complète, il faut donc qu'elle soit complètement inerte ; que par ses qualités propres, elle n'ajoute rien, et n'ôte rien aux propriétés des substances qu'on lui confie.

Tel est le critérium de sa valeur, la règle qu'il faut

suivre, la loi qu'il faut respecter. Cette loi est simple et claire : elle dérive de la nature des choses ; l'expérience et l'observation l'ont dictée; en la respectant on va droit au but que l'on poursuit.

A une époque où l'on discutait la valeur des sources dont la ville de Lyon pouvait emprunter les eaux, un chimiste composa un livre pour démontrer qu'il fallait préférer aux eaux du Rhône celles de plusieurs sources peu éloignées, qui contenaient en dissolution des sels favorables à la teinture de la soie. Ce chimiste ignorait les principes.

D'autres ont affirmé que les carbonates de chaux et de magnésie, loin de nuire à la qualité de l'eau, la rendent saine et agréable. Ceux-là ont aussi méconnu les principes. Nous examinerons cette opinion avec détail dans le chapitre suivant.

Et, en effet, une eau destinée à tout le monde et à tous les usages domestiques et industriels, ne doit pas avoir des propriétés qui la rendent susceptible d'altérer en aucune façon les qualités des substances qu'on lui confie. Si Ton a à choisir entre plusieurs eaux, il faut donc prendre la ;plus neutre et ne pas établir des préférences fondées sur la présence de tel ou tel sel, agréable à tel goût, favorable à tel tempérament, propre à telle teinture ; parce qu'il y a d'autres goûts, d'autres tempéraments et d'autres teintures, pour lesquels ces mêmes sels peuvent être un inconvénient et même un danger.

C'est pour cela que les eaux publiques doivent être neutres

Les propriétés de l'eau neutre, de l'eau qui réunit les conditions dont il vient d'être parlé, sont les suivantes :

1° Elle apaise la soif sans exciter à boire, mouille bien la bouche et le palais et ne pèse point sur l'estomac;

2° Elle s'échauffe et bout facilement, sans se troubler ni écumer, s'évapore promplement et sans laisser de résidu manifeste ; se rafraîchit très-vite ;

3 e Elle cuit bien les légumes et ne les durcit pas ; extrait avec facilité les principes aromatiques des plantes, telles que le thé, sans altérer aucunement leur saveur ;

4° Elle dissout le savon et blanchit parfaitement le linge ;

5° Elle adoucit la peau et la nettoie sans la dessécher ni l'irriter.

L'eau qui jouit de ces propriétés est légère, limpide, elle mousse tant soit peu par l'agitation ; elle n'a ni couleur ni odeur sensibles ; elle n'a pas de goût particulier, et les vins auxquels on la mêle n'en sont point altérés ni dans leur sève, ni dans leur bouquet, ni dans leur couleur.

Or, ces qualités se rencontrent le plus généralement dans les eaux de pluie et de rivière, et elles y existent proportionnellement, en raison directe, de la quantité

d'air et inverse des principes fixes çpe les circonstances y ont introduit.

Il y a bien quelques eaux de source qui réunissent la plupart de ces qualité»;» ce sont celles qui oM traversé un sol rocailleux ou sablonneux qui n'a pu leur céder aucun principe soluble. Les aûtres sources sont dams les conditions qu'a dites Pline , il y a vingt siècles : quippè taies sunt aquœ, qualis terra per qimm ftitunt (C. Pline, liv. xxxi, ch. rv). Mais, même dans les conditions les plus favorables, on peut assurer que les eaux de source contiennent une quantité d'air relativement moindre que l'eau de rivière ou de fleuve, et par conséquent que l'eau de pluie. En tout cas donc,

et les choses égales d'ailleurs, ces dernières doivent obtenir la préférence.

Cette condition si précieuse de la présence de l'air dans l'eau diminue de beaucoup le mérite des eaux jaillissantes que l'on va chercher à grand'peine dans les profondeurs de la terre à l'aide de sondages trèsdispendieux. Ces eaux en jaillissant à travers des conduits qu'elles remplissent complètement, ne commencent à éprouver l'action vivifiante de l'air que lorsqu'elles arrivent à la surface du sol. A de grandes pro^fondeurs, les nappes d'eau qui alimentent les puits forés, en supposant qu'elles ne garnissent pas entière^ ment les cavités où elles séjournent, ne sont point en contact avec un air identique à celui de notre atmosphère ; et, dans le cas contraire, il est à présumer que

cet air n'est pas assez souvent renouvelé pour se dissoudre dans l'eau, dans les proportions que présentent les eaux de pluie, les eaux de rivière, et même les eaux de source potables.

L'air exerce son action principalement par l'oxygène qui fait partie de sa composition. A ce sujet nous rappellerons que M. Chevreul a émis ctes idées particulières qui méritent toute ^attention des hygiénistes. Nous ne saurions analyser son travail à cause de sa concision extrême, et aussi parce que les considérations qui lui servent de base sont purement scientifiques. Ceux de nos lecteurs qui voudraient l'étudier le trouveront in extenso dans les mémoires de la société impériale et centrale d'agriculture pour l'année 1853. Il est intitulé : Mémoire sur plusieurs réactions cliimiques qui intéressent l'hygiène des cités populeuses (1).

La cinquième des leçons élémentaires de eJdmie de M. Malaguti est consacrée à l'histoire de l'eau. Le savant doyen de la faculté des sciences de Rennes parle

(IV Tout le monde connaît l'influence que les découvertes de M. Chevreul ont exercée sur la création et les progrès de plusieurs branches de l'industrie française. Quelques-unes de ses expériences remontent à 1824. Mais il a lu son mémoire, en 18&6, à l'Académie des sciences; et il ne IV imprimé qu'en 1853.

Qu'il nous soit permis de dire ici que déjà en 1841, dans Y Essai sur les emiœ publiques, dont le présent travail est une édition nouvelle, nous avions eu l'occasion d'établir, sur la condition des eaux, des principe» s emblables à ceux que M. Chev reul est venu cinq ans plus tard consacrer et fortltier des données d'une chimie à la précision de laquelle rien ne sau-

du sujet qui nous occupe dans les ternies suivants : a Eaux potables naturelles. — Depuis longtemps on a classé les eaux douces naturelles, selon leur pureté, en les divisant en quatre groupes distincts : l'eau pluviale, — Feau de rivière, — l'eau de source, — l'eau de puits.

« On divise encore, tout aussi empiriquement, les eaux potables en eaux légères et en eaux lourdes ; les premières sont les seules qui soient potables par excellence.

« Caractère des eaux dites légères et des eaux dites lourdes. — Une eau légère, dans son acception populaire, doit être bien aérée, puisque toute eau a la propriété de dissoudre une certaine quantité des éléments de l'air (azote et oxygène). En effet, si l'on chauffe un matras rempli de la première eau venue et communiquant, par son tube également rempli d'eau, avec une éprouvette renversée sur le mercure, on voit des bulles gazeuses se dégager et monter dans Téprouvette. Ce ne sera qu'après plusieurs minutes d'ébullition que le dégagement gazeux cessera tout à fait : mais la quantité d'air qui se dégagera pourra varier considérablement. Une eau légère donne par litre 28 à 30 centimètres cubes de gaz, dans lequel l'oxygène sera en quantité plus forte que dans l'air ordinaire ; le gaz acide carbonique n'y manquera jamais.

« Si l'on cherche les matières fixes dissoutes dans une eau légère, on trouve qu'elles consistent très-sou-

vent en une petite quantité de bicarbonate d'oxyde de calcium, de chlorures alcalins, de sulfates d'oxydes de calcium et de magnésium, et de chlorures de ces mêmes métaux. Généralement, le poids total de tous ces sels ne dépasse guère 0 gr , 1 à 0* r , 2 par litre. Quant aux matières organiques, elles n'en contiennent point, ou du moins elles en contiennent des proportions très-faibles; (en outre, elles doivent être agréables au goût, fraîches en été et point glacées en hiver;) elles doivent conserver leur limpidité malgré l'ébullition, bien dissoudre le savon et bien cuire les légumes.

« Au contraire, dans une eau lourde ou crue, on trouve souvent ou des quantités exagérées de bicarbonate de chaux et de chlorures alcalins, ou bien encore des quantités relativement très-fortes des autres sels. Souvent elles renferment beaucoup de matières organiques, elles se troublent presque toujours par l'ébullition, elles ont un goût fade, produisent beaucoup de grumeaux en dissolvant le savon, et se prêtent rarement à la cuisson des légumes. »

Dans le résumé qui fait suite à chaque leçon et qui a pour objet de concentrer, dans un petit nombre de lignes, ce qui doit rester de la leçon dans l'esprit de l'élève, M. Malaguti ne mentionne point les caractères que nous avons soulignés. Il dit seulement : « Les eaux « potables doivent être aérées et contenir de faibles « quantités de sels et peu ou point de matières orga- « niques. »

C'est qu'en réalité les questions de saveur et de température sont des questions relatives, elles ne peuvent point servir de base à des caractères généraux qui tirent toute leur valeur de leur stabilité et de leur permanence,

Composition de l'eau. — L'auteur de sa découverte. — Question jugée par Berzélius. — Macquer, Wartlire, Cavendish, Watt et Priestley. — Expériences de Lavoisier : de M. Dumas. — Altération de l'eau pure au sein de la terre. — M. Ossian Henry.

La découverte de la composition de l'eau pure est due à Lavoisier. Les Anglais ont prétendu s'en attribuer le mérite : Berzélius a jugé le procès en dernier ressort; son jugement est très-explicite et il est resté sans appel ; en voici les termes : o On peut dire avec « toute justice que Watt et Gavendish s'étaient appro- « chés bien près du but, mais que Lavoisier seul l'a « atteint. Watt, Gavendish et Priestley envisageaient « l'oxygène, l'hydrogène et l'eau comme des états dif- « férents d'un seul et même corps pondérable; Lavoi- « sier prouva que l'eau est composée de deux corps « pondérables particuliers, et c'est précisément en cela t que consiste la découverte. »

L'hydrogène avait été découvert par Cavendish et

l'oxygène par Pricstlcy ; mais, pour l'un et pour l'autre, l'eau était toujours restée un clément. La science, à son égard, n'était pas sortie de la théorie célébrée dans ces vers d'Ovide.

Quatuor aeternus genitalia corpora mundus Continet. Ex illis duo sunl oncrosa, suoquc Pondère in inferius, iellus atque unda, ferunUir.

(Ovide, Mètanu liv. XV.)

Le fait qui marqua le premier pas en avant fut observé par Macquer en 1776. Il avait mis une soucoupe de porcelaine blanche sur une flamme de gaz hydrogène ; il vit qu'à l'endroit léché par la flamme , il se déposait des gouttelettes d'eau, sans accompagnement de fumée ni de suie. Macquer enregistra le fait, se contentant de s'assurer que les gouttelettes étaient bien de l'eau, qu'elles n'avaient pas d'autre origine que la flamme de l'hydrogène : il n'alla pas plus loin.

En 1781, Wartlire enferma de l'air et de l'hydrogène dans un ballon en cuivre; il voulait savoir si la chaleur était ou non pesante. Il brûla le gaz avec l'étincelle, et il constata une perte de poids et la précipitation d'un peu d'humidité sur les parois du vase. Mais cette dernière circonstance, le dépôt d'humidité, avait été observée avant lui par Priestley, comme Wartlire en témoigne lui-même.

En 1783, Cavendish répéta l'expérience de Wartlire, et comme lui, il obtint de l'eau par la détonation d'un mélange d'oxygène et d'hydrogène, sans en rien con-

dure de bien positif. Au mois d'avril de la même année, Priestley démontra que l'eau déposée sur les parois du ballon représentait en poids les deux gaz. Il communiqua ce fait important à Watt, qui en conclut t que l'eau était un composé des deux gaz, oxygène et a hydrogène privés d'une partie de leur chaleur la- • tente ou élémentaire. » La lettre de Watt est du 26 avril 1783, et elle se trouve dans les Transactions philosophiques, tome 74.

Mais voilà que dans la même année et au mois de juin, Lavoisier fit connaître ses nouvelles expériences, dans un mémoire où il développa ses vues sur la production de Veau par la combustion de V oxygène et de l'hydrogène.

Dès ce moment, il n'y eut plus rien de douteux ni d'obscur.

A la Société royale de Londres, quand on avait communiqué les idées de Watt, on les avait prises en pitié ; on avait trouvé sa théorie étrange ; on avait même douté de la vérité des expériences de Priestley ; on était allé jusqu'à en rire, dit Deluc, comme de l'explication de la dent d'or.

Il y a plus, Priestley lui-même n'y avait point cru, puisqu'il avait écrit immédiatement à son ami W r att, en lui envoyant un dessin : qu'il avait miné sans retour sa belle hypothèse.

A l'apparition du mémoire de Lavoisier, tout fut expliqué.

Ce mémoire se compose de quatre expériences. Les

trois premières ont pour but la décomposition de l'eau; la quatrième est relative à sa recomposition avec les éléments spécifiés et déterminés dans les précédentes.

Ici il faut citer le texte même : « Le résultat de cette expérience (la troisième), dit Lavoisier, présente une véritable oxydation du fer par l'eau ; oxydation toute semblable à celle qui s'opère dans l'air à l'aide de la chaleur. 100 grains d'eau ont été décomposés; 85 d'oxygène se sont unis au fer pour le constituer dans l'état d'oxyde noir, et il s'est dégagé 15 grains d'un gaz inflammable particulier ; donc l'eau est composée d'oxygène et de la base d'un gaz inflammable, dans la proportion de 85 parties contre 15.

« Ainsi l'eau, indépendamment de l'oxygène, qui est un de ses principes, et qui lui est commun avec beaucoup d'autres substances, en contient un aulre qui lui est propre, qui est son radical constitutif, et auquel nous nous sommes trouvés forcés de donner un nom.

Aucun ne nous a paru plus convenable que celui d'/iydrogène, c'est-à-dire principe générateur de l'eau, de

û<Wp, eau, et yeivojxat, j'engendre.

« Si tout ce que je viens d'exposer sur la décomposition de l'eau est exact et vrai, si réellement cette substance est composée, comme j'ai cherché à l'établir, d'un principe qui lui est propre, d'hydrogène combiné avec l'oxygène, il en résulte qu'en réunissant ces deux principes, on doit refaire de l'eau, et c'est ce qui ar-

riva en effet, comme on va en juger par l'expérience suivante. »

Dans cette quatrième expérience, Lavoisier dispose dans un ballon les deux gaz constitutifs de l'eau, et il les enflamme à l'aide de l'étincelle électrique.

« A mesure que la combustion s'opère, dit-il, il se dépose de l'eau sur les parois intérieures du ballon ou niatras : la quantité de cette eau augmente peu à peu ; elle se réunit en grosses gouttes qui coulent et se rassemblent au fond du vase.

« En pesant le matras avant et après l'opération, il est facile de reconnaître l'eau qui s'y est ainsi rassemblée. On a donc dans cette expérience une double vérification : d'une part le poids des gaz employés, de l'autre, celui de l'eau formée ; et ces deux quantités doivent être égales.

«Ainsi, soit qu'on opère par voie de décomposition ou de recomposition, on peut regarder comme constant, et aussi bien prouvé en chimie qu'en physique, que l'eau n'est point une substance simple, qu'elle est composée de deux principes, l'oxygène et l'hydrogène.

« Ce phénomène de la décomposition et de la recomposition de l'eau s'opère continuellement sous nos yeux, à la température de l'atmosphère et par l'effet des affinités composées. C'est à cette décomposition, que sont dus, comme nous le verrons du moins jusqu'à un certain point, les phénomènes de la végétation. Il est bien extraordinaire qu'elle ait échappé jus-

qu'ici à l'œil attentif des physiciens et des chimistes ; et on doit en conclure que dans les sciences, comme dans la momie, il est difficile de vaincre les préjugés dont on a été originairement imbu, et de suivre une autre route que celle où l'on a été accoutumé de marcher. »

Plus tard, de nos jours, M. Dumas a répété l'expérience de la recomposition de l'eau, et il a fabriqué ainsi plus d'un kilogramme d'eau artificielle. « C'est le produit de dix-neuf opérations, dit-il... En comptant cellesqui ont échoué par accident, je n'ai pas fait moins de . quarante ou cinquante expériences semblables. » Pour chacune d'elles, il n'avait pas fallu moins de quinze à vingt heures d'attention soutenue. Dans cet important travail, M. Dumas avait pour collaborateur M. Stas.

L'eau pure est toujours identique à elle-même; elle est formée d'un, équivalent d'oxygène et d'un équivalent d'hydrogène, ce qui correspond à un volume du premier et deux volumes du second, ou bien encore à 88,91 d'oxygène et à 1 1,09 d'hydrogène.

Les expériences de M. Dumas ont un peu modifié ces chiffres. « Le poids atomique de l'hydrogène, ditil, ne peut guère être au-dessous de 12,50 quand on représente l'oxygène par 100. Mes expériences le placent entre 12,50 et 12,56. »

Dans leur Traite 'pratique d'analyse chimique des eauw minérales, MM. Ossian Henry père et fils s'expriment de la manière suivante :

« Sortie pure de la main du Créateur, l'eau acquiert à la surface du globe diverses qualités qui tiennent à des circonstances étrangères à sa nature ; celle qui se forme dans les airs par la combinaison des principes entrant dans sa composition, ou qui, d'abord sous la forme de vapeurs enlevées dans la région de l'atmosphère, s'en précipite liquide, est dans un assez grand état de pureté, et sans presqu'aucun mélange, si on en excepte les corpuscules qui, flottant au milieu de l'espace, peuvent être entraînés par elle dans un état de dissolution complète. Les sols divers qu'elle recèle quand on la trouve à la surface du globe, ont une origine qui lui est étrangère, et elle ne se les est appropriés que par sa qualité dissolvante. Aussi rcgardet-on l'eau qui tombe du ciel, reçue directement, au moment de sa chute dans des réservoirs de matière inattaquable par elle, exposés en plein air, et sans avoir eu le moindre contact avec la terre, comme la plus pure et quelquefois presque semblable à l'eau distillée de nos laboratoires. Mais en arrosant le sol, elle y disparaît momentanément, le pénètre à une plus ou moins grande profondeur, et revient à sa surface, rapportant avec elle tout ce qu'elle a pu lui emprunter. Sa constitution se trouve alors modifiée par la présence de corps étrangers, qui peuvent ou non nuire à la salubrité. Au premier rang des eaux potables ou propres aux usages de la vie, on trouverait donc l'eau de pluie, reçue dans les circonstances favorables dont

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