‹ Des eaux publiques et de leur application aux besoins des grandes villes, des communes et des habitations rurales principes fondamentaux concernant la recherche et l'amenagement de l'eau dans tous les paysChapitre 36 sur 54 · S. II. S · texte numérisé non relu

S. II. S

Vicence, le Fontanone, à Povolaro 0,/ï836 —

— les fontanoni à due ville, l'une des

sources du Bacchiglione 0,1457 —

— eau du puils de la maison Nievo Bar-

barigo, l'un de ceux qui ont formé la moyenne des dix puits mentionnés ci-dessus 1,4000 —

Vienne (Autriche), eau du Danube prise à Nus-

dorflerlinie 0,1254 —

— eau de puits creusé sur les bords du

fleuve 0,4732 —

— eau de l'aqueduc albertin au Mchl-

markt 0,2300 —

— eau de Paqueduc de la prairie de Sept-

fontaines 0,2322 —

— eau de l'aqueduc du magistrat. . . 0,2792 —

— — — de l'Intendance. . 0,2962 —

— — — de Mariahilf . . . . 0,3009 —

— — — de la garde hongroise 0,3394 —

— eau de l'aqueduc Karoly 0,4450 —

— — — de Ilernal8. . . . 0,2669 —

— eau du puits du palais de Schwarzen-

berg 0,5716 —

Le document qui nous a fourni les analyses de Vicence est intitulé : Mémoire sur les eaux potables de Vicence, par le docteur Ni col as- Joseph Rossi, Padouc, 1830. Les analyses ont été faites dans le laboratoire de DomenicoGuRTi, de Vicence. Nous y trouvons les deux faits suivants, qui démontrent l'action directe exercée sur certains tempéraments par des eaux potables trop chargées de matières fixes.

Le premier est rapporté en ces termes par le docteur Thiene, praticien le plus renommé de son temps à Vicence.« En consultant, dit-il, mon observation clinique de trente ans, il est de fait notoire que presque tous les étrangers se plaignent de notre eau. Je suis appelé très-souvent (spessissimo) pour remédier allô scarso passaggio délie loro orme. Et, à ce propos, je rapporterai un cas qui, s'il n'est pas décisif, est pourtant digne de toute attention et ne s'effacera jamais de ma mémoire. Un étranger d'une belle santé (sanissimo) et d'un âge moyen, appunto nelmezzo del cammin di nosira vita, respectable par ses talents et ses places, peu de temps après s'être établi chez nous, fut pris d'une véritable néphtrite calculeuse, dont il n'avait jamais eu pas môme un soupçon. Il fut envoyé à Venise, où il recouvra sa première santé ; lorsque, rappelé à Vicence pour peu de temps, il ressentit les menaces d'une nouvelle néphtrite, qui cessèrent dès qu'il fut retourné à Venise. »

L'autre fait est raconté ainsi par l'auteur du Mémoire. « Madame L. P... ayant déménagé, prit un logement dans la rue délie gazzole. Peu de temps après, elle fut prise de douleurs de vessie qui amenèrent peu à peu une disurie. On prescrivit des saignées, des purgatifs, des diurétiques, qui procurèrent quelque soulagement, mais n'enlevèrent point le mal. L'observation cependant fit connaître que les symptômes croissaient, au lieu de diminuer, lorsque la malade fai-

sait usage de l'eau de puits de la nobii famiglia Nicvo BarbarîgOj et la disurie augmentait au point d'être obligé de recourir à la sonde, qu'on employa en effet plusieurs fois. Finalement, la malade ne parvint à se délivrer entièrement de son mal qu'en remplaçant l'eau du puits en question par de l ! eau de la rivière, filtrée. Il est à remarquer qu'ayant voulu par la suite reprendre l'usage de l'eau du même puits, les symptômes de la maladie reparurent immédiatement.

L'analyse de l'eau du puits dont il est question fait partie du tableau. Les chiffres quantitatifs, rapportés dans le Mémoire, démontrent, dans cette eau , une abondance de chaux prédominante.

DE LA MATIÈRE ORGANIQUE

D'où elle provient. — La question la pins élevée des sciences naturelles. — La forme et la matière dans les corps vivants. — Décomposition des corps organisés. — Où est le mystère. — Insalubrité des marais. — Expériences de MM. Rigaud, de Taddei, Parent du Chàtelet et du docteur Quaglino. — Études de M. Fauré sur l'alios des landes. — A quel prix l'estomac élimine certains poisons. — développement insidieux des maladies chroniques.

Le tableau qui termine le chapitre précédent contient une colonne, dans laquelle manquent souvent leschiffres, soit que les chimistes qui ont fait les analyses aient négligé la recherche de la matière organique, soit qu'ils ne l'aient pas trouvée. Il n'en est pas de même des médecins et des hygiénistes : partout où les eaux sont imprégnées de matière organique, cette matière se révèle à leurs yeux par ses pernicieux effets.

La matière organique provient de la décomposition des végétaux et des animaux privés de vie ; elle provient aussi des résidus, ducaput mortuum qui sont le

résultat de l'exercice des fonctions vitales de tout être organisé et vivant.

Ceci touche à la question la plus élevée des sciences naturelles ; et l'intérêt immense de celte question nous autorise à la considérer un instant.

Dans la nature vivante, il n'y a d'inaltérable que la forme des êtres, a dit Bulïon ; quant au fond ou à la substance qui les constitue il est variable et corruptible, selon l'expression du naturaliste.

« Dans les corps vivants, dit Cuvier, aucune molécule ne reste en place ; toutes entrent et sortent successivement : la vie est un tourbillon continuel, dont la direction, toute compliquée qu'elle est, demeure constante, ainsi que l'espèce des molécules qui y sont entraînées, mais non les molécules individuelles, ellesmêmes ; au contraire la matière actuelle du corps vivant, n'y sera bientôt plus, et cependant elle est dépositaire de la force qui contraindra la matière future à marcher dans le même sens qu'elle. Ainsi la forme de ces corps leur est plus essentielle que leur matière, puisque celle-ci change sans cesse, tandis que l'autre se conserve. »

En méditant sur le même sujet, M. Flourens a formulé en loi les rapports de la forme avec la matière et il a démontré cette loi directement par des expériences.

« 11 y a, dit-il, dans la vie, des forces qui en gouvernent la matière et des forces qui en maintiennent la forme.

DE LA MATIÈRE ORGANIQUE 149

• Lorsque j'étudie le développement d'un os, je vois successivement toutes les parties, toutes les molécules de cet os être déposées, et successivement toutes être résorbées ; aucune ne reste ; toutes s'écoulent, toutes changent, et le mécanisme secret, ce mécanisme in

time delà formation des os, est la mutation continuelle de leur matière. »

M. Flourens démontre ce fait par trois ordres d'expériences et il conclut ainsi : « toute la matière, tout l'organe matériel, tout IV/ re parait et disparaît, se fait et se défait, et une seule chose reste, c'est-à-dire celle qui fait et défait, celle qui produit et détruit, c'est-àdire la force qui vit au milieu de la matière et qui la gouverne. »

M. Flourens continue : « de même, dit-il, qu'il y a des forces qui gouvernent la matière et qui la font s'écouter et se renouveler sans cesse, il y en a d'autres, qui, au milieu de ce renouvellement continuel de la matière, maintiennent continuellement la forme.

• On connaît, ajoute-t-il, les expériences de Bonnet et de Spallanzani sur la reproduction des pattes de la Salamandre.

« J'ai souvent répété ces expériences, et cela, sous ce point de vue surtout qui est admirable, la reproduction de la forme des parties anciennes par la forme des parties nouvelles.

« Je coupe la patte d'une Salamandre; et cette patte

se reproduit. Cependant ce n'est pas une chose simple que la patte d'une Salamandre... »

« Il y a donc des forces qui reproduisent les parties coupées et qui les reproduisent avec leur forme. »

M. Flourens, et c'est là un des grands bienfaits de ses études, a réalisé, dans l'homme même, ce fait de reproduction de certaines parties; et de ce fait mis par lui en lumière, il serait injuste de ne pas le dire en passant, est née une chirurgie nouvelle : si bien qu'aujourd'hui on prévient beaucoup d'amputations et de mut ilations en conservant le périoste qui reproduisant l'os entier, assure la conservation du membre.

« La matière, dit enfin M. Flourens, n'est, selon l'heureuse expression de Cuvier, que dépositaire de ces forces; la matière actuelle, la matière qui est à présent, ne les a reçues qu'en dépôt, elle les a reçues de la matière qui l'a précédée, et ne les a reçues que pour les rendre à la matière qui la remplacera bientôt.

« Ainsi donc la matière passe, et les forces restent.

• La loi, la grande loi qui fixe les rapports des forces avec la matière, dans les corps vivants, est donc, d'une part, Ï3l permanence des forces, et de l'autre, la mutation continuelle de la matière. (Voyez de la Vie et l'Intelligence par M. Flourens). »

Cette mutation, ce changement continuel joint à la «décomposition qui a lieu, après la mort de chaque être, détermine précisément la production de la matière organique, dont la présence dans les eaux pota-

DE LA MATIÈRE ORGANIQUE IM

Lies est une cause d'insalubrité et de maladie pour les populations qui sont soumises à leur usage.

Il n'est pas étonnant après tout que les débris d'un corps fini, dans lequel la vie n'a pas pu se continuer, soient impropres à l'alimentation des êtres qui vivent encore. Qu'il en 60it de même des matériaux usés par la nutrition et que les corps vivants rejettent, en vertu de la loi de mutation de la matière, il n'y a encore là rien d'étonnant.

Mais voici où est le mystère : c'est que ces mêmes débris, qui tuent l'homme, sont de véritables engrais et non des poisons, pour la terre aflectée à la culture des fruits les plus savoureux, et les plus salubres, et à la production de l'herbe même préférée, par les bestiaux dont la chair fait la base de l'alimentation humaine.

Quoi qu'il en soit, d'après son origine la matière organique est donc de deux sortes. Elle est .végétale ou animale. Dans les lieux habités, là où les populations s'agglomèrent, où il y a beaucoup de vie, où la mutation continuelle de la matière s'exerce sur des êtres nombreux, la matière organique est à la fois l'un et l'autre et presque toujours plutôt animale, et par conséquent fortement azotée.

L'insalubrité des marais n'a pas d'autre cause que l'évaporation qui s'établit à leur surface, et qui entraîne c elle de la matière organique. Il est même d'obvation que la maligne influence ne dépasse pas la

hauteur que les vapeurs atteignent elles-mêmes.

Dans les maremmes de la Toscene et particulièrement dans la province de Grossetto où la fièvre des marais est endémique, on se metal'abri de sesatteîntes, en allant prendre habitation à Scanzano qui est dans une situation plus élevée. Dans ces mêmes maremmes, les familles de paysans s'établissent toujours dans les hauts lieux. Il résulte de là que les hommes, appelés par le pâturage des bestiaux et les autres travaux de la campagne, au fond de la vallée, en rapportent souvent la fièvre, tandis que les femmes et les enfants qui restent à la maison en sont préservés.

On a recueilli la matière organique mêlée aux émanations des marais. M. Rigaud connaissant le fait de Scanzano, et l'ayant observé dans d'autres localités, constata d'abord que la hauteur à laquelle s'élèvent les brouillards marécageux ne dépassent pas deux à trois centsmètres, et qu'au delà de cette limite, on est à Fabri de toute atteinte. Il supposa ensuite que, si la matière organique était entraînée par les vapeurs, on devait la trouver en même temps dans la rosée, et il se mit à recueillir de la rosée au moyen de l'appareil suivant :

« Je montai, dit-il, un cadre en bois blanc très-léger ; sur ce cadre, supporté par quatre pieds, dont l'inégale hauteur lui donne une inclinaison de trente à quarante degrés, je disposai en losange trois ou qn grands carreaux de verre à vitre, dont les extrémiti

DR LA MATIÈRE ORGANIQUE 153

recouvrent, comme les ardoises d'un toit, de manière que les vapeurs de la rosée, qui se condensent aux deux surfaces, suivent et coulent des unes aux autres jusqu'au dernier, à l'extrémité duquel je plaçai un grand flacon muni d'un entonnoir. » Deux bouteilles pleines du liquide recueilli par ce moyen, ont été remises à M. Vauquelin et son examen a donné les résultats suivants :

1° Cette eau n'a point de couleur ; elle est claire ; mais quand on l'agite on y remarque des flocons légers qui y sont répandus.

2° Elle a une odeur légèrement sulfureuse, fort anaogue à celle du blanc d'œuf cuit.

3° Parmi les différents réactifs que l'on a mêlés à cette eau, le nitrate d'argent, le nitrate de mercure et le nitrate de plomb, sont les seuls qui aient produit quelques effets, qui ont annoncé la présence d'un muriate et d'un alcali. Celle de ce dernier a été confirmée par le changement en bleu du papier de tournesol rougi par un acide.

4° Le résidu laissé par cette eau avait une couleur „ jaune, il pesait deux ou trois grains au plus, il avait une saveur salée, noircissait au feu, faisait une légère effervescence, avec les acides, a précipité le nitrate d'argent en jaunâtre ; le précipité se dissolvait en partie dans l'acide nitrique et ce qui restait devenait blanc, u contient donc :

ne partie de matière animale, dont la plus

grosse portion s'est séparée sous forme de flocons, pendant que cette eau a été enfermée dans les bouteilles.

2° De l'amoniaque ou alcali volatil. (Voyez Annales cliniques de la Société de médecine pratique de Mont-

pellier. Tome 44, page 286.)

Le professeur Taddei de Florence, ayant à rechercher les causes de l'insalubrité de l'hôpital de Santa- Maria-NoveUa, suspendit, au milieu d'une salle occupée par des malades et mal aérée, un ballon en verre rempli d'un mélange réfrigérant. La vapeur d'eau répandue dans l'air se condensa sur les parois extérieures du ballon et vint se réunir, goutte à goutte, dans un récipient disposé pour cela à la partie inférieure. Il s'amassa ainsi deux scrupules de liquide. A l'analyse, ce fut le nitrate d'argent qui occasionna le précipité le plus considérable; et le résidu, évaporé jusqu'à sicci té et; brûlé, fournit le charbon caractéristique d'une matière organique très-abondante. L'expérience est décrite in extenso dans la pharmacopée générale sur les bases de la chimie, du professseur Taddei.

Parent du Chatelet, a joui de son vivant, d'une grande autorité dans les questions d'hygiène publique et, plus d'une fois, ses écrits ont servi de base aux déterminations de l'autorité concernant la santé publique de la capitale. Il produisait à volonté, sur des chiens, tous les symptômes et les effets du typhus, e; donnant de la matière organique azotée, en le

DR LA MATIÈRE ORGANIQUE 155

sant manger de la viande dans un état plus ou moins

avancé de décomposition.

Les expériences de Parent du Chatelet ont été répétées par le docteur Quaglino de Milan. Nous avons entendu la communication que ce savant en a faite en 1847 à Venise, au congrès des savants.

Il y â des localités où la matière organique estpure- %Jment végétale. Celle que Ton trouve dans le sous-sol des Landes a été très-bien étudiée, dans sa nature et \hes effets, parM.Fauré, de Bordeaux. Voici ce qu'il en dit dans son Analyse chimique des eaux du département

" idela Gironde :

■fa

« On sait que les eaux pluviales retenues à peu de rofondeur par les couches aliotiques imperméables ui forment le sous-sol de nos Landes, y croupissent, chargent des principes solublcs de l'alios, et forent ensuite cette nappe d'eau souterraine qui alitous ces puisards qui fournissent à la populaion landaise l'eau dont elle a besoin pour ses usages omestiques, sa boisson et celle des animaux.

?kGes eaux presque entièrement privées de sels minéraux, ont une couleur jaune brun plus ou moins /£jbncé, et contiennent une grande quantité de matières organiques provenant soit de leur séjour sur lalios, de la décomposition des végétaux qui meurent ce sol perméable; aussi portent-elles le germe des idies, trop souvent mortelles, que les chaleurs de

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