DE LA DIRECTION
En raison de la situation des parties et de la commodité d'administration, les douches sont descendantes, latérales et ascendantes. — Les premières sont les plus usitées j elles permettent de frapper les membres et le tronc, mais il faut se déplacer et prendre des positions parfois gênantes. — Les secondes, en se tenant debout et sans effort, agissent facilement sur l'épigastre , le dos , certaines parties de la face. — Enfin , les troisièmes se divisent en douches ascendantes proprement dites, en lavemens et en injections.
Dans la douche ascendante, on s'assied sur un tabouret percé, à un pied de l'ouverture d'un jet d'eau assez grêle qui vient frapper sur le pourtour de l'anus, le périnée, et la partie supérieure des cuisses. L'eau s'introduit souvent en forçant le sphincter.
— Froide , cette douche est extrêmement avantageuse pour combattre les écoulemens chroniques de l'urètre et du vagin, le relâchement du sphincter, les fissures de l'anus, etc.
— Chaude, en arrosoir ou en colonne, elle convient dans l'aménorrhée, ou quand on veut provoquer un flux hémorrhoïdaire.
Les douches en lavement sont très -utiles dans l'inertie du gros intestin produisant la constipation ; elles agissent mieux que les lavemens ordinaires; d'abord, elles entraînent les amas de matières qui séjournaient depuis longtemps et donnaient
lieu à des accidens dont on ne se rendait pas compte ; ensuite , stimulant les parois, elles y réveillent la contractilité et rétablissent les fonctions.
La canule doit être introduite aussi profondément que possible j l'eau pénètre et remplit l'intestin. Il peut arriver alors qu'en se contractant , ce dernier expulse le liquide en même temps qu'une nouvelle quantité s'introduit. Il s'établit deux courants, l'un ascendant et l'autre descendant, qui permettent de continuer la douche avec succès pendant assez longtemps. Mais, d'autre fois, le ventre se distend , et il faut se retirer pour évacuer, puis se replacer sur la canule, et renouveler ainsi Topération trois ou quatre fois dans la même séance. On conserve ordinairement le dernier quelque temps.
En rentrant du bain, et le soir pour se coucher, on prend souvent un demi-lavement que l'on garde dans le corps.
La douche en injection se distingue en irrigation , c'est-à-dire , en un simple écoulement d'eau dans le vagin ; et en douche vaginale, consistant en un jet dirigé sur le col utérin.
Ordinairement la canule se termine en olive trouée , de manière à diminuer la force de percussion.
Les irrigations d'eau fraîche pratiquées dans un grand bain , ou un bain de siège , sont très-utiles dans la plupart des inflammations chroniques de matrice ; on les fait durer une demiheure, elles calment, rafraîchissent, et fortifient les organes génitaux.
Les douches vaginales sont excitantes, et doivent s'employer avec circonspection. Il est des cas de stérilité par inertie utérine, où un jet d'eau chaude sur le col peut rendre les aptitudes de fécondité.
RÈGLES GÉNÉRALES POUR l'uSAGE DES DOUCHES.
On ne prend ordinairement la douche qu'après quatre ou cinq jours de bains, de manière à ce que le corps soit déjà préparé par l'action générale des eaux.
A la fin de la saison , on peut en recevoir deux par jour, une le matin, et l'autre à quatre heures.
Quelquefois, c'est le seul moyen employé, le plus souvent, il est précédé par le bain.
Dans certaines circonstances, il est bon de prendre la douche d'abord, et le bain ensuite; d'autrefois, c'est l'inverse ; enfin, dans la généralité des cas, on prend un bain d'une heure et demie, on se rend à la douche, et on revient un quart d'heure dans un bain plus chaud, afin de se remettre de la fatigue et de l'émotion qu'on a pu éprouver.
Pour les affections nerveuses, les irritations locales, quand on prend des bains et des douches tiédes, il est bon de commencer par ces dernières.
Pour les affections rhumatismales, quand on recherche la transpiration , il est bon de finir par la douche , afin de rester sous son influence excitante.
Les personnes sujettes aux maux de tête , et à l'oppression , feront bien de tenir la fenêtre du cabinet entr'ouverte , pour éviter la concentration des vapeurs.
C'est une mauvaise manière de placer un linge sur la peau ; il est préférable, quand on ne peut supporter l'impression de la douche , d'en diminuer la force.
Ainsi , la partie douchée doit être mise à nu , solidement affermie, et les muscles dans le relâchement. — Il est bon d'y pratiquer préalablement quelques frictions. A Aix en Savoie, où les douches sont, dit-on, très-perfection nées, le doucheur,
d'une main^ exerce le massage, et de l'autre dirige le jet sur les points qui viennent d'être préparés. Immédiatement après l'opération , le malade est emmaillotté dans des linges chauds , conduit dans une chaise à porteur, et déposé dans un lit bien bassiné.
Il ne faut pas promener rapidement la douche sur toute la surface du corps et varier incessamment les positions, on doit, au contraire , s'arrêter à chaque partie , et compléter l'action avant de passer à une autre.
Il y a des régions qu'on est dans l'habitude de ménager , à moins de recommandations expresses. Tels sont, la tête, le cœur, le ventre. A la poitrine, et au creux de l'estomac, la douche doit être oblique ou en arrosoir.
DU MODE d'action DE LA DOUCHE.
Je considère la douche comme une forme de massage rapide, uniforme, qui détermine un ébranlement moléculaire, une sorte de frémissement intime capable de modifier la vitalité des organes.
Celte percussion continue, jointe à une chaleur dont l'impression est devenue plus vive , exerce sur les tissus qui en sont atteints une stimulation évidente. La partie frappée se déprime légèrement , il se forme autour un cercle rouge ; on y éprouve une douleur obtuse , un engourdissement ; peu de temps après , cette partie devient le siège d'un travail de réaction , elle s'injecte, se gonfle, s'échauffe, se couvre de sueur, et souvent d'une éruption exanthémateuse.
Ces phénomènes , facilement appréciables , parcequ'ils se passent sur la peau, doivent donner l'idée de ceux qui s'opèrent dans l'intimité des organes ; car la douche ne borne pas son action à la surface externe. L'ébranlement qu'elle occasionne
retentit et se propage dans la profondeur des tissus j il y provoque un surcroît d'activité.
Suivant les effets produits sur l'économie, on peut distinguer les douches en — résolutives ou excitantes , — dérivatives , — toniques, — perturbatrices.
Pour rendre la douche résolutive, on l'appliquera directement sur la partie souffrante, elle sera chaude et forte. C'est ainsi que sur les tumeurs indolentes, les engorgemens chroniques des articulations, on parviendra à exciter un travail d'absorption interstitielle.
Elle est dérivative, quand on la dirige sur les points éloignés du mal , de manière à détourner la fluxion qui embarrasse certains organes. Ainsi , dans les congestions cérébrales , ou pulmonaires, on cherche à déplacer l'excès de vitalité, en le reportant sur les extrémités inférieures. Dans les dérangemens menstruels qui occasionnent tant de maladies , c'est également par l'excitation dérivative de la douche ascendante chaude, ou lombaire , ou du robinet de fer , qu'on rétablit les fonctions dans leur équilibre.
La douche est tonique lorsqu'elle est administrée froide ou tiède sur les membres pendant dix minutes seulement.
Elle est perturbatrice en douche écossaise ei alternative. Cest encore par une sorte de perturbation que la douche chaude agit dans certaines névralgies, comme la sciatique, elle modifie la sensibilité pervertie, exaltée. Sans doute, il y a aussi une action révulsive, excitante qui déplace l'irritation fixée sur le nerf et détruit la cause rhumatismale ; mais toutes ces actions s'enchaînent dans la pratique. J'ai crû devoir les indiquer séparément ici , afin qu'on pût mieux se rendre compte de leurs résultats.