S III
Maladies danis lesquelles les Eaux de Baius sout nuisibles.
Quelque modération qu'on apporte dans l'usage des eaux j, elles s'accompagnent toujours d'un certain degré d'excitation j leur emploi sera donc contre-indiqué dans toutes les maladies où l'on doit redouter cet effet.
En première ligne se placeront naturellement les maladies jébrUes, que ce soient des fièvres proprement dites, ou des fièvres liées à une phlegmasie quelconque. Il est inutile d'insister sur ce point ; il ne vient à la pensée de personne de se rendre aux eaux pendant la période aiguë d'une affection inflammatoire.
Mais il arrive parfois que des malades empressés n'attendent pas l'entier épuisement du mouvement fébrile qui accompagne un rhumatisme articulaire, ou une inflammalion interne, et arrivent aux eaux , impatiens de se débarrasser de leurs souffrances. Ils ne tardent pas à voir se rallumer la fièvre ; ils comprennent alors qu'il faut cesser , revenir aux moyens caïmans et anti-pblogistiques.
Une seconde catégorie d'affections dans lesquelles nous avons plus souvent l'occasion d'apprécier les fâcheux effets de l'excitation des eaux , ce sont celles qui , constituées par une lésion organique, ou un vice humoral , ont pour caractère de marcher
vers une dégénérescence de plus en plus profonde. Ainsi ^ le cancer , le tubercule , la syphilis.
De malheureuses femmes , travaillées depuis longtemps par un mal sourd du bas-ventre et des reins, arrivent à Bains pleines de confiance , et je constate une induration squirrheuse du col utérin , ou un ulcère avec des bords renversés et un fond crevassé , reposant sur des duretés ; — des hommes ont des digestions pénibles , et ne se croient pas bien malades , je constate une tumeur dans quelque point des parois de l'estomac.
Eh bien , dans tous ces cas , — je dirais presque sans exception , — je ne tarde pas à observer une aggravation dans les symptômes. Dans les cas douteux , on peut regarder les effets des eaux comme un moyen diagnostique, — naturam morborum ostendunt curationes , — certainement , on peut juger par là que nos eaux ne sont point insignifiantes , et que pour provoquer un travail de dégénérescence aussi actif, elles doivent renfermer autre chose dans leur composition que les quelques grains de sel de soude trouvés par la chimie.
Ainsi donc, quels que soit l'espèce, le siège et l'étendue de la production cancéreuse déposée dans les tissus , il faut la respecter, et se garder de toute excitation médicatrice. C'est le cas de dire qu'il faut vivre avec son ennemi, et le traiter avec égards ; autrement , plus on le tourmentera , plus il implantera profondément ses racines.
J'en dirai autant d'une autre production morbide déposée dans nos tissus , et qui, pour être moins effrayante par le nom, n'en est pas moins terrible par les effets, et surtout par la fréquence. Je veux parler du tubercule qui , disséminé dans les poumons , constitue la phthisie pulmonaire.
J'ai peine à concevoir la vogue de certaines eaux plus excitantes que les nôtres dans cette triste maladie. Je sais bien qu'à Ems , on use principalement des eaux en boisson , et qu'on ne
doit y traiter que les catarrhes et les laryngites. Mais , que de Yéritables phthisiques s'abritent com plaisamment sous ces dénominations trompeuses !
Pour mon compte , je ne vois qu'en tremblant une poitrine suspecte se plonger dans nos piscines. J'ai vu trop souvent la fièvre s'allumer après quelques jours , l'oppression et la toux augmenter. — Sans compter les accidens de refroidissement , rendus si faciles avec une peau impressionnable et sans vi-^ talité.
Peut-être, nos eaux offriraient-elles, dans ces cas, quelqu'avantage si elles étaient prises seulement en boisson. Mais elles ont d'autres spécialités , et , crainte d'abus , il vaut mieux bannir d'une manière absolue tout ce qui tient de près ou de loin à la tuberculisation.
Les affections syphilitiques ne nous viennent guère que par méprise. Certaines personnes portent des exostoses , ou des ulcères, sans se douter de leur origine. Quand je suis bien arrêté sur la nature du mal , je les soumets à un traitement ioduré , et j'ai pu me convaincre depuis huit ans , que ce traitement , secondé par les eaux , jouissait d'une efficacité plus grande, et à plus faible dose. — Les effets en sont admirables.
Au contraire, sans l'iodure de potassium, les maladies vénériennes s'aggravent rapidement sous l'influence des eaux.
Les préparations mercurielles ne peuvent être employées de la même manière que l'iodure, parce qu'aux plus petites doses, elles amènent promptement la salivation , et les autres signes de l'empoisonnement.
Il est possible que si l'on possédait pour le cancer et le tubercule , un spécifique égal à l'iodure pour la syphilis , les eaux deviendraient aussi avantageuses qu'elles sont nuisibles.
Dans les scrofules , les eaux de Bains , par elles-mêmes , sont encore défavorables. En y ajoutant du sel marin , et en administrant concurremment l'iodure, il n'en est plus de même. Mais alors, ce n'est plus le traitement des eaux. Aussi , n'est-ce que dans des cas exceptionnels , et lorsqu'on ne peut renvoyer le malade , qu'on y a recours.
Les hydropisies sont également proscrites des eaux. Je ne pense pas que cet arrêt doive être tout-à-fait absolu. Il est de ces affections dans lesquelles il pourrait y avoir avantage à produire une excitation de la peau et des reins; dans certaines formes d'bydropisies essentielles et passives.
Mais celles qui se rattachent à une néphrite albumineuse, ou à une maladie organique du cœur, devront chercher ailleurs quelque soulagement à un état désespéré.
J'ai cependant essayé de tirer parti, dans le dernier cas, de la présence obstinée de certaines anévrysmatiques aux eaux. Lorsque la lésion du cœur dépendait, comme cela arrive si souvent, d'une affection rhumatismale, je combattais ce principe par les bains chauds , en même temps que je tenais le cœur en bride au moyen de la digitale.
Mes essais ne sont pas assez nombreux, ni assez concluans, pour que je puisse dés aujourd'hui émettre une opinion sur cette vue thérapeutique.
Les personnes prédisposées aux hémorragies de toutes sortes devront s'abstenir des eaux, lu hémoptysie, Vhêmatémèse , la métrorrhayie , n'y apparaissent jamais qu'accidentellement; mais il n'en est pas de même de Vhémorragie cérébrale.
Quelques médecins nous adressent indistinctement des apoplectiques à toutes les périodes. C'est une erreur qui pourrait devenir funeste.
Il faut distinguer plusieurs états dans lesquels Papoplexie so comporte d'une manière différente à l'égard des eaux.
On les évitera dans les attaques précédées et suivies d'une céphalalgie opiniâtre, d'un affaiblissement des facultés intellectuelles, d'une sorte de mouvement fébrile; sous cette forme, malheureusement une des plus communes, le travail de désorganisation de la pulpe cérébrale qui a déterminé l'épanchement sanguin persiste et prépare une rechute. L'excitation des eaux ne pourra que donner plus d'extension à ce travail morbide , et hâter la terminaison fatale.
Si, au contraire, l'altération est stationnaire ou disparue, que la paralysie soit ancienne, et que rien dans la constitution ne puisse faire craindre le retour d'accidens , c'est par des eaux et des douches chaudes qu'on doit attaquer la maladie. Les eaux les plus actives , comme celles de Bourbonne et de Wisbaden, doivent même être préférées.
Entre ces deux cas extrêmes, il en est d'autres moins tranchés dans lesquels on peut retirer quelqu'avantage des eaux de Bains. Ainsi , deux ou trois mois après l'attaque , quand on est sur la limite des moyens dépressifs, dérivatifs, et des moyens stimulans , que l'état congestif ou inflammatoire du cerveau paraît dissipé , que le retour à la sensibilité et au mouvement est enrayé , nos eaux faiblement excitantes conviennent parfaitement. Dirigées avec prudence, elles peuvent rendre service, tout en exposant à moins de dangers que les eaux très-fortes oii les paralytiques ont coutume de se rendre.
Mais, où elles seraient difficilement remplacées par d'autres, c'est dans cet état de surexcitation vasculaire et nerveuse qui précède et suit l'apparition des congestions cérébrales. Lorsqu'un effort immodéré du cœur entretient vers les parties supérieures une hypérémie active qui est le prodrome de l'apoplexie , on se trouve bien de calmer par des bains tièdes pro-
longés l'effervescence sanguine, et d'appeler par les douches sur les extrémités inférieures une vitalité mal répartie. On voit mieux qu'on ne peut l'expliquer cette action à la fois tempérante et diffusible qui met en équilibre la masse du sang, et régularise sa circulation.
Il est une sorte d'hémorrhagie naturelle et périodique pendant laquelle on doit s'abstenir des eaux. Je veux parler du flux menstruels
En règle générale, les femmes doivent cesser les exercices thermaux pendant la durée de l'écoulement. Il faut respecter cette fonction régulatrice de la santé, et éviter toute cause de perturbation. Or, l'excitation des eaux pourrait accroître outre mesure la fluxion utérine, ou les refroidissemens accidentels pourraient la supprimer brusquement.
Toutefois , comme il n'est pas de règle sans exception , je permets aux femmes qui ont cette fonction solidement établie de se baigner après un ou deux jours, et je le recommande dès le début à celles qui ont de la dysménorrhée.
Les bains tempérés calment le spasme et les douleurs qui accompagnent parfois l'éruption cataménialej et les demi-bains chauds de courte durée, augmentent favorablement la fluxion, lorsque l'effort sanguin est faible et incertain.
En terminant cet aperçu, qu'il me soit permis de rappeler que, ne tenant pas à reproduire ce que l'on peut trouver dans les ouvrages classiques, je n'avais pas à faire une exposition méthodique et complète des maladies chroniques. J'ai dû me laisser aller au gré de mon inspiration, et retracer quelquesunes des idées suggérées par la pratique des eaux.
S'il en était qui parussent aventurées ou fausses, je serais heureux que la critique appelât sur elles des éclaircissemens ou des modifications qui pussent être profitables aux malades confiés à mes soins.
KPINAL, IMPRIMERIE DE PEIXERIW.